CARADOSSO
expriment leur douleur par la mimique la plus passionnée. Fidèle à ses origines septentrionales non moins qu’au style traditionnel de ce genre de compositions, Caradosso s’y montre réaliste acharné. Si la tête de la Vierge se distingue par sa beauté parfaite, la plupart des autres acteurs, avec leur bouche ouverte, leurs traits contractés, font penser aux types créés par Donatello à Padoue : les draperies, aux nombreuses cassures, rappellent d’autre part les modèles des Mantegazza.
Orfèvre attitré de Ludovic le More et son agent pour la recherche des antiquités, Caradosso entretenait des relations suivies avec le roi Mathias Corvin, qui tenta de l’attirer en Flongrie, et avec la marquise Isabelle d’Este, à laquelle il rendit visite en i5o5. Fixé à Rome, après la chute du More, il ne tarda pas à être distingué par Jules II, qui le nomma joaillier pontifical.
Son chef-d’œuvre comme orfèvre, le fameux encrier en argent orné de bas-reliefs représentant V Enlèvement de Ganymède, le Combat des Centaures et des Lapithes (gravé t. I, p. 203), Hercule et Cacus, des Triomphes, etc., n’est plus connu que par des reproductions en bronze. Cette pièce monumentale semble avoir été terminée dès i5o5, car à ce moment Gian Cristoforo Romano engage la marquise Isabelle à en faire l’acquisition, quoique l’auteur en demandât looo ducats (ôoooo francs’).
Andrea Bregno (né en 1411 à Osteno, près de Côme, mort à Rome en i5o6) est l’auteur de l’autel de la sacristie de Sainte-Marie du Peuple (1473) et de plusieurs autres autels de la même église, du richissime mausolée de Raverella
I. Venturi : Archivio storico delV Arte, 188B, p. Il2-ll3. L’encrier se trouvait encore en i586 entre les mains des héritiers de Caradosso; mais il était dès lors incomplet (il se composait d’un « torrino », de sept « piastre » et d’un « portino ».
Statuette de Guerrier
provenant du tombeau de Gaston de Foix, par le Rambaja. (Collection de Mme Edouard André.)
dans la basilique de Saint-Clément, et de celui de Tebaldi à la Minerve, ces deux derniers sculptés en collaboration avec Giovanni Dalmata. A Sienne, Bregno exécuta en iqSÔ l’autel des Piccoloiiiini , ouvrage somptueux, mais passablement froid et vide, sans relief et sans couleur. L’artiste, fidèle à la tradition romaine, y a abusé des ornements classiques (N'ictoires dans les écoinçons de l’arcade principale, cornes d’abondance, etc). On remarquera la monotonie et la pauvreté de ses rinceaux. Par contre, il convient de louer l’élégance des anges tenant des candélabres'.
Andrea Fusina, que l’on a confondu jusqu’à ces derniers temps avec Andrea Bregno, exécuta en 1496 le tombeau de Dauiele Biraghi, avche\'cc[ue de Mitylène (église « Santa Maria délia Passione » à Milan). L’ornementation, des plus riches (griffes de lion, rinceaux, génies tenant des festons et génies tenant un cartouche, banderoles, têtes de Méduse, etc.), montre une pureté toute classique qui surprend dans ces parages. Au Musée de Brera, le tombeau de l’évêque G. -B. Bagaroto (ce personnage mourut en lôiç, mais il avait commandé son tombeau dès i5i7) contient, sur six colonnes en forme de candélabres, le sarcophage destiné aux ossements du défunt et sa statue, remarquable par l’expression de la gravité et du recueillement. — Fusina prit également part à la décoration de la Chartreuse de Pavie.
Ambrogio Barocci ou Ambrogino de Milan sculpta, au palais ducal d’Urbin, une partie des chambranles des portes, des fenêtres et des cheminées, et près de Ferrare, dans l’église San Giorgio, le tombeau de Loren:(o Boverella (1475), œuvre sage et bien pondérée (en collaboration avec Antonio Rossellino).
Lorenzo de Mugiano n’est connu que par sa statue de Louis XII (au Musée du Louvre; la statue fut exécutée à Milan, en i5o8, pour le cardinal d’Amboise), œnivre d’une conception facile et d’un style mou.
'Fommaso da Cozzanigo passe pour l’auteur du tombeau de Giacomo Stejano Brivio (f iqBq), dans l’église Sant’ Eustorgio à Milan. Le sarcophage repose sur des colonnes en forme de candélabres, d’un goût assez douteux. On remarque, parmi les ornements, une copie de la fameuse gemme antique des Médicis, Apollon el Marsyas.
Gaspare de Milan exécuta, de 149.3 à i5o3, les bustes d’ Empereurs romains, la statue de Sani’ Apollonio, les trophées, les têtes de lion et les masques du palais municipal de Brescia.
Ni les ouvrages généraux {le Cicerone, etc.) ni les ouvrages spéciaux ne mentionnent l’existence d’ Antonio délia Porta, surnommé Tamagni. Cet artiste
1. Schmarsow : .Anrtiaire des Musées de Berlin, i883, p. 18 et suiv. — De Tschudi : même recueil, t. IV, p. i85, 188. iqo. — De Geymüller, Die Architelduv der Renaissance in Toscana.
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a cependant exécuté une série d’ouvrages intéressants, au palais municipal de Brescia (bustes à' Empereurs, 1499-1500), à la Chartreuse de Pavie et surtout à Gênes. Il est l’auteur du superbe bas-reliet de l’église de Folleville, dans le département de la Somme'.
Quant au sculpteur Marco Ferrari d’Agrate, que l’on range d’ordinaire parmi les contemporains d’Omodeo, il appartient en réalité à une période bien postérieure. Son Saint Barthélemy date de 1062, son Saint François de Paule de 1571 F
A Côme, les frères Tommaso et Jacopo Rodari, originaires de Maroggia, près du lac de Lugano (p. 373), se sont immortalisés par les sculptures de la cathédrale. La décoration de la porte latérale du nord, l’exécution d’un autel, et surtout les monuments commémoratifs des deux Pline, sur la foçade (l’un porte la date 1498), etc., nous montrent, à côté d’un style fort maniéré, une accumulation fostidieuse de réminiscences antiques. Ces artistes, ainsi que M. Rahn l’a prouvé dans le mémoire cité ci-dessus (cf. p. 3o2, 373), sont étrangers à la décoration, si curieuse, de la cathédrale de Lugano : il £mt en faire honneur à une Ecole locale’’.
On voit quelle génération laborieuse et vaillante s’était développée au milieu de cette province exubérante, avec ses gras pâturages bordés de mûriers, au feuillage d’un vert si tendre et si brillant, ou d’ormes se reliant les uns aux autres par des festons de vignes, entre les montagnes et les lacs, dans les vallées ensoleillées, fermées de toutes parts. Ouverte aux idées poétiques et douée de l’instinct de l’art, pour ne pas dire de l’instinct du beau, il ne lui manquait que de savoir. Mais n’est-ce pas là quelquefois une force? Les Florentins, eux, savaient, ils ne savaient que trop, et voilà pourquoi l’originalité disparut si vite chez eux. Chez les Lombards, au contraire, nous assistons à un véritable cas de génération spontanée : en peu d’années surgit une École incorrecte, vivante, amusante au possible, ne doutant de rien, se plaisant à bouleverser toutes les règles reçues : notre curiosité, blasée par la monotonie du classicisme, se ranime devant ces créations originales, bizarres, parfois grotesques; ici du moins nous découvrons de la sincérité et de la vie.
1. Voy. Alizeri, Noti-çie dei Professori del Disegno m Ligiiria, t. V. — Palustre, la Renaissance en Fra7ice. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 538. — Gaurico, de Sciilplura, édit. Brockhaus, p. 74.
2. Annali délia Fabbrica del Duoino di Milano, app., t. II, p. 223.
3. Sur l’histoire de la sculpture à Gênes, voy. t. I, p. igS; t. II, p. 3o8-3o9. — Aux artistes toscans signalés comme ayant travaillé dans cette ville, il faut ajouter Benedetto Buglioni (1499). Par contre, Civitale et Sansovino ont exécuté, le premier à Lucques même ou à Carrare, le second à Florence (et non sur place), les statues destinées à la cathédrale. Sur les différents autres artistes étrangers fixés à Gênes et sur les belles portes historiées de cette ville, voy. le tome V des Notifie dei Professori del Disegno in Liguria d'Alizeri.
Puis, après avoir débuté par l’flpreté, l’École milanaise tombe dans l’affeterie et la fadeur. L’influence de Léonard de Vinci a très certainement été pour beaucoup dans cette évolution. Les sculpteurs lombards, étrangers aux fortes études des Florentins et hommes de sentiment avant tout, ne voyaient en effet dans les créations de ce souverain maître de la peinture que le résultat ffnal, je veux dire la suavité de l’expression, sans soupçonner la masse infinie d’études au moyen desquelles ce résultat était obtenu. En un mot, entraînés par le courant, ils abandonnaient d’un cœur léger le terrain du réalisme, si familier aux Primitifs, pour aborder des sphères où ils n’étaient soutenus ni par la science du dessin, ni par la pureté du goût.
.\[iges tenant le saint Suaire, par Omodeo. (Chartreuse de Pavie.)
Encadrement composé avec des fragments tirés des » Epiurammata ANiiyuÆ urhis » de Mazzocciii
Rome, i52i ).
Dieu séparant la lumière des ténèbres, par Raphaël. (Loges du Vatican.)