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LES COLLECTIONS D'ANTIQUES

A Rome, le pape Paul II (1464 à 1471) avait réuni une inestimable série de bronzes, de pierres gravées, d’antiquités de toute sorte, qui fut malheureusement dispersée après sa mort. Mais Sixte IV reprit, sur un plan plus vaste, plus libéral et plus méthodique, les tentatives de son prédécesseur, et attacha son nom à la fondation du musée du Capitole'. Ce musée comprit à l’origine la Louve de bronze, un buste de Domitien et un Hercule, tous deux également en bronze, le Lion dévorant le cheval, le Tireur d'épine, la « Zingara », que l’on a essayé d’identifier au Camille de bronze du Capitole , et une foule de bustes. Parmi les morceaux qui vinrent enrichir dans la suite la collection municipale, il convient de citer un buste colossal de Commode et un sarcophage trouvé sur la voie Appienne.

Le musée du Belvédère, fondé par Jules II, ne tarda pas à comprendre une série de statues toutes nouvellement découvertes et dont l’étude permit à l’art italien de triompher

des dernieres difficultés : (imlesques de Raphaël. (L0£>-e,s du N'atican.)

V Apollon, le Laocoon, le

Torse, VAriadne ou Cléopâtre, V Impératrice Sallustia Barba Orhana, sous les traits de Vénus, Commode, le Tibre, le Nil, deux Antinoiis.

En dehors de ces deux musées publics, les palais de Rome, et jusqu aux

I. Sur les collections romaines, vov. Rnphacl, sa vie, son œuvre et sou temps, 2 édit., p. 602 et suiv.

• E. .Müntz. — II. Italie. E'-V^o d’ür. '■*

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ateliers ou boutiques d’artistes, renfermaient des milliers de marbres, de bronzes, de pierres gravées, d’ « anticaglie » de toute sorte, depuis la bmieuse collection du cardinal Grimani, qui alla plus tard enrichir Venise, sa ville natale, jusqu’à celles d’amateurs obscurs, entraînés aux plus lourds sacrifices par l’enthousiasme universel.

Pour nous faire une idée de la prodigieuse accumulation de statues et de bas-reliefs antiques dans les musées, les palais, les maisons de Rome, pendant le premier quart du xvp siècle, il suffit de parcourir VOpusciiluni de Mirabilibus urbis Romæ d’Albertini (i5io), les Epigraiiimata antiqiiæ Urlns de Mazzocchi (i52i), les Antiquarîa d’Andrea Fulvio (i5i3) et les Antiquitatcs Urbis du même auteur (iÔ27). Et que sera-ce quelque vingt ou trente années plus tard, lorsque Aldrovandi publiera son catalogue Delle Slaluc antiche per tutta Roma in diversi luoghi si veggono (i556)!

Ne quittons pas la Ville éternelle sans signaler les services que rendirent à l’art les investigations ou les fouilles entreprises dans les édifices antiques, tels que les Thermes de Titus : elles révélèrent aux artistes de la Renaissance cette branche si intéressante de l’ornementation à laquelle ils donnèrent le nom de Grotf.sq,ues.

En dehors de Rome et de Florence, on trouvait des choix plus ou moins riches de statues et de bas-reliefs, plutôt que des Musées dignes de ce nom. A Ferrare, les princes d’Este avaient formé une série très nombreuse de médailles ou de pierres gravées; mais de marbres, peu ou point. A Mantoue, la marquise Isabelle, malgré ses efforts persévérants, ne parvint à réunir que quelques morceaux d’élite. ^Tnise n’entra en possession d’une collection véritable qu’en i523, grâce à la munificence du cardinal Grimani, qui fit don à la République des belles antiques conquises à Rome. A Milan, Ludovic le More possédait quelques statues isolées, mais non un ensemble comparable a ceux des Papes ou des Médicis. Il tenta l’impossible pour conquérir les dépouilles de ces derniers, mais sa tentative échoua.

Bon nombre d’artistes se firent collectionneurs : l’orfèvre Antonio da San Marino possédait une statue de Vénus, Mantegna une Faustine, ses beauxfrères, les Bellin, un buste de Platon et un torse de Vénus, qu’ils attribuaient, est-il nécessaire de l’ajouter, à Praxitèle. Faute de mieux, on se contentait, comme Antonio da San Gallo, d’une pierre gravée pouvant servir de cachet '.

Certains archéologues s’occupaient aussi dès lors de former des séries iconographiques. En i5i7, Andrea Fulvio publiait à Rome, sous le titre de lUuslrium Imagines, un recueil de gravures reproduisant d’après les médailles les portraits

1. Lettere pittoriche, édit. Ticozzi, t. VIII, p. aç-od. — Catalogue de la collection d’ Autographes de M. B. Fillon, séries IX et X, n“ 2099.

LKS SÜURCICS LITTÉRAIRl'.S.

des empereurs et des personnages célèbres de l’antiquité. Un peu plus tard, en i52I, la collection de portraits si précieuse, réunie par Paul Jove, passait déjà pour fort riche ', ce qui n’empêchait pas ce savant de publier des portraits de fantaisie lorsque les documents authentiques lui frisaient défaut ; tel le portrait de Romulus publié en tête de ses Éloges.

Quelques fureteurs — Raphaël était du nombre — allaient jusqu’à mettre à contribution les manuscrits. Le célèbre Virgile du Vatican, qui date du iv*’ ou du siècle, et qui appartenait alors à Bembo, fournit au Sanzio un des motifs

La Peste de Phrygie.

Fac-similé d’une estampe gravée par Marc-Antoine d’après Raphaël.

de la Peste de Phrygie ou Morbetio, gravée par Marc-Antoine, l’Apparition à Énée des Pénates de Troie h

Pendant la période nouvelle dont nous nous occupons, les sources littéraires restèrent, à quelques exceptions près, les mêmes que chez les Primitifs : les Métamorphoses d’Ovide, l’Enéide, les Décades de Tite-Live, les écrits de Lucien (voy. t. I, p. 241-245), probablement aussi les Tableaux des Philostrate. Les tragiques et les comiques grecs ou latins, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Plaute, Térence, Sénèque, furent à peine mis à contribution, par suite

1. Gaye, Carteggio, t. II, p. i5i. — Schmarsow, Mc1û:^io da Forli, p. 238-242.

2. De Nolhac, Petites Notes sur l'Art italien, p. 1-4. Paris, 1887.

loH HISTOIRE DE L’ART PENDANT LA RENAISSANCE.

de je ne sais quelle paresse intellectuelle. Seul Michel-Ange, fidèle à son pessimisme, s’attaqua à quelques-unes de ces scènes si propres à faire ressortir la colère et l’inexorabilité des Dieux, le Châtiment de Prométhée, auquel il faut ajouter la Chute des Titans et la Chute de Phaéton' (yoy. aussi ci-contre, p. log).

La tendance à pénétrer plus profondément dans l’esprit de l’antiquité perce d’ailleurs en plus d’une occasion : on abandonne les Fables d'Esope comme trop enfimtines; on emprunte à Apulée le mythe de Psyché, aux Philostrate le tableau des Amours jouant avec des pommes (dessin de Raphaël, au Louvre). Parfois, la fantaisie individuelle s’en mêlant, on va jusqu’à déterrer les apologues les moins connus. Telle est cette variante de la légende d’Hercule entre la Vertu et le Vice, élaborée par le sophiste Prodikos et rapportée par Xénophon : « Minerve, debout à côté d’un jeune homme nu, assis, lui montre la Gloire et l’invite à la suivre; l’Oisiveté et la Paresse, derrière lui, le dissuadent. Dans le bas, une sorte de rustre, assis sur une écrevisse et ayant deux colimaçons sur les coudes; près de lui, une figure analogue avec un bouquet de pavots à la main. » Ce sujet fut traité en peinture par G. -F. Caroto, à Vérone, et plus tard par A. Carrache, à Rome, au palais Farnèse.

Veut-on touclier du doigt la différence entre le moyen âge et la Renaissance, entre l’art populaire et l’art aristocratique, la voici : au moyen càge, un artiste n’aurait pas traité un sujet qui n’eût pas été compris de la majorité des spectateurs ; au xvi’’ siècle, il choisira le thème le plus spécial, comptant sur la sagacité des érudits pour le deviner, sur les mérites de l’exécution pour le faire accepter.

Grâce à la variété des matières qu’elles embrassent, les Métamorphoses à' Oviàe forment comme le bréviaire des artistes de la Renaissance. Ceux-ci n’ont pas cessé d’y puiser à pleines mains, depuis les auteurs des plaquettes jusqu’à Pontormo, qui les peignit en i5i3 sur les chars de carnaval de Florence, jusqu’à Caraglio, qui publia les Amours des Dieux en quinze pièces, et les Divinités de la Fable en vingt (i520), jusqu’à Bonasone, Ghisi, et tant d’autres, jusqu’aux Dosso de Ferrare, dans leurs cartons de tapisseries. Le chef-d’œuvre d’Ovide jouit en outre

I . On retrouve le mythe si ingénieux et si pathétique de Prométhée sur deux plaquettes en bronze (Molinier, t. II, p. 333, ,58q). Q.uant à la Chute de Phaéton, elle reparaît sur une gravure d’Agostino Veneziano reproduisant un dessin de l’école de Raphaël . ainsi que sur une majolique (Delange, pl. LVl). Citons encore, dans le même ordre d’idées, deux gravures retraçant le Supplice d'Ixion et le Supplice de Tantale (Passavant, t. \T, p. 97, 107).

Pour éviter la multiplicité des renvois bibliographiques, on rappellera ici que la mention des plaquettes en bronze est empruntée à l’ouvrage de M. Molinier : les Bronies de la Renaissance; les Plaquettes (Paris, Rouam, 1886, 2 vol. in-8°); celle des majoliques, au Recueil de Faïences italiennes des .Yl'», .YIT et XVIP siècles, de MM. Delange et Darcel (Paris, 1869); celle des médailles, aux Médailleiirs italiens, de M. Armand (Paris, 1883-1887; 3 vol.); celle des gravures, au Peintre graveur , de Bartsch (Vienne, i8o3-i82i; 21 vol.), ou au Peintie graveur, de Passavant (Leipzig, i86ü 1864; 6 vol.). Quant aux sculptures ou peintures mentionnées dans ce chapitre, j’en ai emprunté la liste à Vasari, à moins d’indication contraire.

LES SUJ]':TS antiques.

du privilège de paraître fréquemment avec un choix abondant d’illustrations, alors que l’Italie du xvE siècle avait presque complètement renoncé à ce genre d’éditions pour les autres auteurs classiques ou modernes (voy. ci-dessus, p. 64). L’édition publiée à Admise en 1497 se distingue par des gravures élégantes, se rapprochant parfois, comme celle du folio cvii, du Songe de Polyphile, mais d’ordinaire passablement enflmtines. La gravure d’Apollon et Daphné montre où en était encore à la fin du xv" siècle l’archéologie classique, et quels travestissements on faisait subir aux Dieux.

Mais procédons avec méthode et commençons cette revue par la principale des divinités du ciel, par ', maître des hommes et des Dieux. La Renaissance mit en lumière avec un égal empressement ses exploits et ses fiiiblesses, la Chute des Titans (peintures de Perino del Vaga) et V EnUvonent de Ganymède (gravure de Béatrizet d’après Michel- Ange; plaquette) ou V Enlèvement d'Europe (gravure de G. Bonasone d’après une esquisse de Raphaël),

Jupiter surprenant Aniiope ou Jupiter changeant Lycaon en loup (gravure d’Agostino Veneziano d’après Raphaël; majolique publiée par Delange, pl. LXXIX)x

Le mythe de Léda tenta à la fois Léonard et Michel-Ange, mais ne tarda pas à expier cet excès d’honneur : on sait que les tableaux des deux maîtres furent détruits ou dénaturés par des amateurs trop pudibonds. Un tableau de Costa’’, une statue de Bandinelli, plusieurs médailles gravées dans le Trésor de numismatique et de glyptique (P. i, pl. XLII; P. i, pl. I), des majoliques (Delange, pl. XXMII) et divers monuments de petite dimension mirent également en œuvre cette composition si éminemment plastique. Quant aux fils de Léda,

1. La Renaissance ayant ignoré la mythologie grecque, tout comme l’art grec, nous maintenons aux divinités de l'Olympe leurs noms latins.

2. Bibl. : Ce dépouillement, qui exigerait la collaboration d’un archéologue avec un historien de l’art, n’a été entrepris jusqu’ici que pour Raphaël et son Ecole et pour Michel-Ange. Voy. A. Gruyer, Raphaël et V Antiquité; 2 vol. Paris, i86q. — Pulszky, BeitriCge :(u Raphaels Studium der Antike. Leipzig, 1877. — Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps; 2” édit., p. 6oi-6o3. — Thode, die Antiken in den Stichen Marcanton’s, Agostino Vene\iano's und Marco Dente' s. Leipzig, 1881. — F. Wickhoff, die Antike ini Bildungsgange Michetangelo's. Innspruck, 1882.

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