I. Gaye, Carteggio, t. II, p
L.-B. Alberti. Depuis l’achèvement de ce sanctuaire en 1476 jusqu’au milieu du xvL siècle, ces fins et ardents protecteurs de l’art ne cessèrent de travailler à son embellissement. Parfois ils lésinaient, comme avec Andrea del Sarto, qui ne reçut que dix florins pour chacune de ses premières fresques ; mais, à l’occasion, ils savaient se montrer larges et généreux. C’est ainsi que, lorsque Léonard de Vinci leur offrit de peindre le retable du maître-autel, primitivement confié à Filippino Lippi, ils l’hébergèrent chez eux et le défrayèrent, lui ainsi que toute sa suite. Ce qui achève de prouver quel prix ils attachaient à obtenir le concours des artistes les plus célèbres, c’est qu’en i5o3, désespérant de voir Léonard achever le travail, ils le confièrent de nouveau à Filippino Lippi, et après la mort de celui-ci au Pérugin, qui acheva enfin le retable. On sait que cet ouvrage, une Crucifixion, se trouve aujourd’hui à l’Académie de Florence '.
La plupart des familles patriciennes de Florence avaient été trop éprouvées par la révolution de 1494 et par la chute des Médicis, auxquels tant de liens les unissaient, pour ne pas se condamner au recueillement, à l’abstention; les Strozzi, les Tornabuoni, les Martelli, les Capponi ne font plus guère parler d’eux, pas plus d’ailleurs que les adversaires des Médicis, les Pazzi et les Pitti. Parmi les Médicis de la faction dissidente, Lorenzo di Pier Francesco se signala seul en commandant à Michel-Ange la statue en marbre de Saint Jean-BnptisiC (aujourd’hui au Musée de Berlin), et Pier Francesco en commandant à Baccio da Montelupo une statue C Hercule. Ce fut donc à des familles relativement nouvelles qu’incomba la protection des arts. Citons parmi elles les Pucci, qui commandèrent au Pérugin la fresque de Santa Maria Maddalena dei Pazzi (1492-1496), au prix dérisoire de o5 florins’, puis Angelo Doni, Lorenzo Nasi,
1. Le lecteur veut-il savoir ce que représente le bilan artistique d’une communauté telle que les Servîtes? Il n’a qu’à jeter les regards sur la statistique ci-dessous : Le portique fut construit par Antonio da San Gallo le vieux, le cloître et la chapelle des Peintres par le Cronaca probablement ; pour la sculpture et l’incrustation des stalles, les Servîtes firent choix d’artistes aussi célèbres que le Francione, Giuliano da Majano, Baccio d’Agnolo. .\ Giuliano et à Antonio da San Gallo ils demandèrent un Crucifix (1482), un Christ aux limbes en terre cuite vernissée à Buglioni (1484), un autre Crucifix à Baccio da Montelupo (i5o.5), un Saint Roeb en bois à un sculpteur français du nom de Janni. Quant aux peintres employés par eux, la liste en est interminable : Cosimo Rosselli peignit le retable de la chapelle Sainte-Barbe, et dans le premier cloître un épisode de V Histoire de saint Philippe Beni\^i\ .Antonio del Cerajuolo un Saint Michel pesant les dmes, Piero di Gosimo un autre épisode de V Histoire de saint Philippe Beni^xi', David Ghirlandajo exécuta la mosaïque (lôoq-i.SiS); .Andrea del Sarto commença en iSog le cycle de fresques qui a le plus fait pour sa réputation; en i5iü, .Andrea Feltrini couvrit la façade de l’église de peintures en camaïeu, et un peu plus tard il exécuta les armoiries de Léon X, en concurrence avec Jacopo da Pontormo, qui enrichit en outre d’une fresque la chapelle des Peintres. Puis nous avons à enregistrer le Mariage de la Vierge, peint par Franciabigio , Saifit François recevant les stigmates , peint par Domenico del Puligo aux frais de Francesco del Jocondo, etc., etc.
2. U. Medici, dell' antica Chiesa dei Cistercensi oggi S. Maria Maddalena de’ Paxxi ; Florence, 1880, p. 33-34.
Etude pour la tête de saint Zacharie, par Andrea del Sarto. (Musée du Louvre.)
FLORENCE
Taddeo Taddei, les Del, Bindo Altoviti (1491-1 556)', les del Giocondo, immortalisés par leurs relations avec Raphaël, Michel-Ange ou Léonard de Vinci ; Fier Francesco Borgherini, un des protecteurs de Benedetto da Rovezzano et du Pontormo; les Gondi, qui firent construire leur palais par Giuliano da San Gallo, etc.
Seuls parmi les familles que noblesse obligeait, les Ruccellai continuèrent dans une certaine mesure leur rôle de Mécènes, et encore leur action se borna-t-elle à la littérature et à l’art rétrospectif.
L’historien Bernard Ruccellai ( 1 448 - 1 5 1 4) \ le fils de Jean et le beaufrère de Laurent de Médicis, avait songé dès la mort de son père à se construire une habitation sur les vastes terrains connus depuis sous le nom d’ « Orti Oricellarj » (aujourd’hui les jardins Orloff); ce ne fut toutefois qu’en 1498 qu’il put donner suite à son projet. Le palais d’ailleurs ne fut à ses yeux que l’accessoire, les jardins l’objectif principal. Ces jardins, Bernard les fit orner de statues
précieuses acquises à Rome et en Grèce, ainsi que des débris du Musée des Médicis, si malheureusement dispersé en 1494. Mais l’hospitalité offerte à l’Académie platonicienne fondée par Cosme, le Père de la Patrie, contribua davantage à leur réputation. L’Académie comptait vers cette époque dans son sein Machiavel, les Alamanni, Pietro Crinito, Cristoforo Landino, Gio-
Uortrait de Bindo .Vltoviti. par Raphaël, (l’inacothèque de .Munich.)
1 . Voy., sur ces différents amateurs, Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps (à la table). — La biographie d’Altoviti a été donnée par Moreni : lllustras^ione di iina rarissima Medaglia rappresentante Bindo Altoviti, opéra di Michelangiolo Buonarroti . Florence, iBaq.
2. Voy. t. I, p. 66. Jean Ruccellai mourut en 1477 et non en 1484, comme je l’ai imprimé d’après un renseignement erroné. A la liste des ouvrages consacrés à cette famille illustre il faut ajouter la savante monographie de M. Marcotti ; Un Mcrcante fiorentino e la sua famiglia nel secolo XV (Florence, Barbera, 1881).
E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or.
vanni Cavalcanti, Ugolino Verino et une foule d’autres écrivains distingués. C’est devant elle que Diacceto lut son Traite du Beau, Alamanni quelquesunes de ses Sehv; c’est en se promenant sous les ombrages des « Orti Oricellarj » et devant ce peuple de statues, témoins du passé, que Machiavel composa scs immortels Discours sur les Décades de Dite Live et son Art de Guerre, si pleins de l’esprit des anciens Romains.
Quoique les Académies d’alors, comme celles d’aujourd’hui, se rentermassent dans les études contemplatives, les membres de l’Académie platonicienne sortirent une fois, une seule fois, de la réserve que leur imposait jusqu’au nom de leur patron ; en i5i2 ils prirent la plus grande part à la révolution qui rendit le pouvoir aux Médicis.
En i5i6, Léon X, de passage à Florence, voulut honorer de sa présence les réunions de cette Société qui lui rappelait les plus nobles distractions de son jeune âge. Son cousin Jean Ruccellai, le fils de Bernard, composa et fit représenter en son honneur Rosmunda, la seconde en date des tragédies italiennes '.
A partir de i5i2 les Médicis rentrent en scène : Léon X, Julien, son frère, Pierre et Jules, ses neveux, sans égaler les mémorables fondations de leurs ancêtres, encouragent l’art sous toutes ses formes. Tantôt c’est le concours pour la firçade de l’église Saint-Laurent, tantôt la décoration du grand salon de Poggio a Cajano, puis les commandes de tombeaux, ou encore les fêtes du carnaval de lôi.L Le cardinal Jules de Médicis se consacra plus particulièrement à l’embellissement du palais de la via Larga : il envoya Jean d’Udine de Rome à Florence pour orner un des salons de grotesques et de stucs; il commanda à Rustici une statue de Mercure ainsi qu’une statue de David, à Bandinelli une statue iT Orphée, etc.
Si nous voulions descendre aux « arti minori », que de merveilles, depuis les orgues de Santa Maria Novella, sculptées par Baccio d’Agnolo, jusqu’aux lanternes en fer forgé du palais Strozzi, depuis les terres cuites des délia Robbia, dont l’atelier prospérait plus que jamais, jusqu’aux antiphonaires du dôme, enluminés par Gherardo, par Monte di Giovanni, Attavante, Boccardino et Fra Eustachio!
La gravure elle-même, longtemps si hésitante dans le choix de ses sujets, voulut se consacrer à l’illustration de la cité ; le grand plan de Florence reproduit dans notre premier volume prit naissance vers cette époque.
On trouvera dans les sections consacrées à l’architecture, à la sculpture, à la peinture et aux arts décoratifs la description des œuvres d’art de toute sorte —
I. Passerini, Curiosità storico-artistiche fiorentine, P” série. Florence, 1866. — Sismondi, t. XIV, p. 261.
FLORENCE
palais, tombeaux, fresques, tableaux de chevalet, etc., etc. — nées sur les bords de l’Arno pendant cette ère d’incomparable fécondité.
Un mot seulement encore ici d’une branche de l’art à laquelle il a été fait de nombreuses allusions dans les chapitres précédents (p. 32, 3q, 35, 37, 41, etc.), et qui jeta un éclat tout particulier à Florence : je veux parler des fêtes, des cérémonies, de la décoration temporaire, il serait plus juste de dire de la décoration éphémère, car quoi de plus navrant que de voir ces merveilles d’imagination et de goût disparaître avec la circonstance qui en a été le prétexte ! Nulle ville n’y brilla autant que Florence, qu’il fût question de banquets, de mascarades, ou d’entrées solennelles ; mais à Florence même une fête éclipsa toutes les autres : l’entrée de Léon X, au mois de novembre i5i5.
Cette cérémonie imposante entre toutes fut digne de ce fils de Laurent le Magnifique et digne de Florence : c’est tout dire. Jamais, ni dans l’antiquité, à laquelle la Renaissance en ceci n’eut rien, absolument rien à envier, jamais non plus dans les temps modernes, souverain ne fut accueili par un concours aussi extraordinaire d’artistes célèbres : des architectes tels que
Antonio da San Gallo le vieux, Aristotele da San Gallo et Jacopo Sansovino, des sculpteurs tels que Baccio da Montelupo, Baccio Bandinelli, des peintres tels que Andrea del Sarto, Pontormo, Granacci, le Rosso, Andrea Feltrini, Perino del Vaga, des décorateurs tels que Giuliano del Tasso. L’architecture, la sculpture, la peinture rivalisèrent d’efibrts, et s’il y eut entre elles de l’émulation, il n’y eut pas de vaincus'.
On admirait tout d’abord les deux baldaquins, l’un de damas blanc avec des fleurs d’or, destiné au Saint-Sacrement, l’autre, de drap d’or, pour le Pape. Le ciel de ce second baldaquin était orné de grotesques peintes par Andrea Feltrini, tandis que les armoiries du Pape et de l’Eglise se développaient sur les rideaux. Cent jeunes gens à pied, richement vêtus et tenant des baguettes dorées, cent autres à cheval, figuraient dans l’escorte, qui fut ce que l’on peut penser, quoique les misérables questions d’étiquette, si fréquentes dès lors en Italie, fitillirent plusieurs fois compromettre l’harmonie.
I. Moreni, de Ingressu suiiimi Pont. Leonis X Florentiaiii, descriptio Paridis de Grassis. Florence, 1793. — Vasari, passim.
Fortrait de Julien de Medids.
Attribué à Raphaël.
(.\ncienne collection de la g'rande-duchesse •Marie de Russie.)
De distance en distance, on avait élevé douze arcs de triomphe, sur lesquels on avait prodigué toutes les inventions du génie florentin, des statues et des peintures colossales, telles que cette figure de sept brasses de haut dessinée par Perino del Vaga. Les choeurs installés sur ces monuments (« Canrilenæ diversæ », dit le maître de cérémonies pontifical, Paris de Grassis) causèrent un plaisir infini au Pape, qui était grand amateur de musique. Entre les arcs, se dressaient des édifices imités de ceu.x de Rome antique, l’obélisque vulgairement appelé « Meta di Romolo », une colonne triomphale, analogue à celle du Champ de Mars, un temple octogonal, construit sous la direction d’Antonio da San Gallo le vieux, une statue équestre dorée analogue à celle de Marc-Aurèle. Puis partout, sur les places et dans les rues, des statues improvisées, telles que cet Hercule colossal modelé par Baccio Bandinelli pour la Loge des Lanzi. A la cathédrale, par une attention délicate, Jacopo Sansovino, Andrea Feltrini et Andrea del Sarto avaient mis en oeuvre le projet de décoration autrefois imaginé pour la façade par Laurent le Magnifique, le père de Léon X, et cette façade, en bois, reçut pour ornements des figures en grisaille et des grotesques.
Que reste-t-il de tant de merveilles? La description de Vasari et peut-être deux ou trois esquisses. Seules les époques privilégiées peuvent se permettre de semer ainsi au vent leurs trésors, persuadées qu’elles sont qu’elles les remplaceront sans peine. Le moment n’était pas éloigné où la moindre entrée princière all.tit donner naissance, en Italie aussi bien qu’en France et dans les Pays-Bas, à de somptueuses monographies. Mais on aurait cherché en vain alors des Andrea del Sarto, des Jacopo Sansovino, des Pontormo, pour élever les arcs de triomphe ou pour décorer les baldaquins.
L’activité fébrile des Florentins relégua dans l’ombre les efforts des autres villes de la Toscane, à l’exception de Sienne, qui tint brillamment tête à sa rivale séculaire. Et cependant, parmi les vingt ou trente villes de cinquième ou de si.xième ordre qui s’échelonnent en Toscane, il n’en est pas une qui, en appelant quelque artiste de marque, ne se soit créé un titre à la reconnaissance de la postérité.
Voici d’abord les vaillants villages de tailleurs de pierres situés au nord de la métropole (voy. t. I, p. K^q) : ils s’enrichissent à peine de quelque retable ou tabernacle, mais en revanche combien de recrues n’envoient-ils pas à l’École florentine! Fiesole donne le jour à Francesco di Simone Ferrucci; à Michèle Maini, l’auteur de la statue de Saint Sébastien, dans l’église de la Minerve, à Rome; à Andrea Ferrucci, le plus célèbre de tous; puis à Maso Boscoli, à Silvio Cosini, à Cicilia, élèves d’Andrea. De San Martino a Mensola sortent les Juste, qui firent fortune dans notre pays; de Settignano, Simone Mosca; de Majano, les deux frères Giuliano et Benedetto.
Plus au Nord, Prato, si intimement liée à l’histoire de la Première Renais-
PRATO ET PISTüjA.
sance, se repose sur ses lauriers. Rappelons seulement la construction de la belle église de la « Madonna delle Carceri », commencée en 148.^ d’après les plans de Giuliano da San Gallo (t. I, p. 71).
Pistojà, par contre, longtemps languissante, reprend un certain essor. Si ses concitoyens, le sculpteur-ornemaniste Benedetto da Rovezzano, si les peintres Gerino et Fra Paolino, à qui l’on attribue d’ordinaire le beau groupe de la
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■Miniature e.xéaitée par Attavante pour le roi .Mathias Corvin.
(Bibliothèque royale de Bru.xelles.)
Visitation, dans l’église San Giovanni Fuorcivitas (en 1488, le nombre des peintres fixés à Pistoja s’élevait à onze), sont loin de briller au premier rang, un autre artiste originaire de Pistoja, l’architecte Ventura Vitoni, met en pratique dans sa patrie, avec beaucoup de talent, les principes de son maître Bramante, notamment dans la belle église octogonale de l’Umiltà, dont le portique et le chœur datent de iqqS, la partie centrale de i5oq. Comme ouvrages d’art commandés à des Florentins, nous avons à enregistrer les fameux bas-reliefs en terre cuite émaillée de l’hôpital « del Ceppo », par des artistes de l’école des délia Robbia, diverses peintures de Lorenzo di Credi, a chapelle baptismale en marbre de San Jacopo par Andrea Ferrucci.
Quant à Lucques, malgré son hostilité permanente contre Florence, elle subit entièrement son ascendant dans le domaine de l’art. Le seul artiste indigène qui y ht quelque hgure fut le sculpteur Matteo Civitale, au talent aussi pur que glacial. Pour ce qui est des artistes étrangers, cette République en miniature ht appel à Baccio da Montelupo, qui y construisit entre autres l’église S. Paolino, à Filippino Lippi, à Fra Bartolommeo, au Francia, etc.
Plus loin, du côté de la mer, Pise retomba dans son inertie, comme si le long effort tenté pour les fresques de Benozzo Gozzoli l’avait épuisée. Elle avait d’ailleurs mieux à faire que de commander des statues ou des tableaux : il s’agissait pour elle de défendre sa liberté, subitement reconquise, et la longue lutte de l’infortunée cité contre Florence prouva quels trésors de vitalité elle renfermait encore. Nous n’avons à y signaler, pour la période qui nous occupe, qu’une Assomplion de la Vierge par Botticelli, laissée inachevée, des peintures de Sogliani, puis de Perino del Vaga et enhn du Sodoma.
^’olterra, si cruellement éprouvée par le siège et le sac de 1472, dut se borner à commander quelques peintures à Signorelli et à Balthazar Peruzzi, et des fonts baptismaux à Andrea Sansovino (i5o2).
La partie méridionale de la Toscane déploya inhniment plus d’ardeur. Les admirateurs de la Renaissance devront faire de longues stations à Arezzo, à Cortone, à Montepulciano.
Pendant la période comprise entre l’apparition de Laurent le Magnihque et la mort de Léon X, Arezzo fournit au contingent de l’École toscane un certain nombre de recrues intéressantes : les peintres Domenico Pecori, Giovanni Antonio Lappoli, le sculpteur Zaccliia ou Zaccheria dit de Volterra. Elle occupa en outre quelques artistes étrangers de mérite, dom Bartolommeo délia Gatta, Luca Signorelli, qui y travailla à partir de 1472, Niccolo Soggi, Francesco rindaco, et surtout notre compatriote, l’éminent peintre-verrier Guillaume de Marcillat, qui y hxa sa résidence en iSiq.
San Gimignano ne croyait pas avoir assez fait en conquérant l’admirable cycle de tresques de Benozzo Gozzoli, VHistoire de Saint Augustin-, elle ht appel au talent de Benedetto da Majano pour orner la cathédrale et l’église Saut’ Agostino de diverses sculptures ornementales, et au talent de Domenico Ghirlandajo pour peindre, entre autres, VHistoire de Santa Fina (1474 et années suivantes). Piero del Pollajuolo (1483), Pinturicchio et Fra Paolino de Pistoja vinrent à leur tour y exécuter quelques peintures*. Cette vaillante petite cité, qui maintint si ferme le drapeau de l’art, s’honore en outre d’avoir donné le jour aux peintres Bastiano xMainardi, un des collaborateurs de D. Ghirlandajo, et Vincenzo Tamagni, un des élèves de Raphaël.
1. Article de M. Baldoria dans VArchivio storico detl' Arte, 1890, p. 35-68.
, 'Hôpital « del Ceppo » a Pistoja.
Dans les mêmes parages, pour avoir quelque ptu tardé, les moines de Vallombreuse n’en tombèrent pas moins sur des maîtres distingués : ils obtinrent du Pérugin Y Assomption et deux portraits superbes (Académie de Florence), et de Benedetto da Rovezzano le tombeau de saint Gualbert (i5o6).
Mais que dire des moines de Camaldoli qui attendirent, pour invoquer le secours d’un artiste, l’avènement de messire Giorgio Vasari! Les nombreuses
I.a Mort de sainte Monique, par Benozzo (iozznli. (Efplise Saint-Aufïustin à San (iimi"nano.)
peintures de sa main qui ornent aujourd’hui encore le sanctuaire du Casentin témoignent à la fois de la vénération de l’artiste pour les Camaldules et de la médiocrité de son talent.
Trop souvent, il nous faut nous borner à des énumérations de noms, mais il est des noms qui en disent long, et qui valent à eux seuls un éloge. C’est ainsi que, pour l’antique Cortone, il suffit de rappeler qu’elle donna le jour à Luca Signorelli, le peintre du Jugement dernier, et à Domenico Boccador, l’architecte de l’Hôtel de Ville de Paris, qu’elle chargea Francesco di Giorgio Martini de construire la célèbre église de la « Madonna del Calcinajo », et Guillaume de Marcillat, le prince des peintres-verriers de la Renaissance italienne, d’orner de vitraux plusieurs de ses églises ou palais.
MONTEPULCIANO. — MONTE SANSAMNO.
Au lieu de se disperser comme tant d’autres villes, Montepulciano concentra ses efforts sur la construction de la belle église de la Madonna di San Biagio, le chef-d’œuvre d’Antonio da San Gallo le vieux : elle eut la satisfaction d’élever dans un délai limité un monument complet et homogène, résultat difficile à obtenir même dans l’Italie de la Renaissance. San Gallo y créa en outre le palais Cervini-Argiolotto, le palais Bellarmini, le palais Nobili-Tarugi-Ilari. Un autre palais, celui du cardinal del Monte, fut commencé par Antonio da San Gallo et terminé par Baldassare Peruzzi.
Signalons encore quelques peintures commandées à Lorenzo di Credi, à Francesco Indaco, etc.
Monte Sansavino, patrie du célèbre sculpteur et architecte Andrea Contucci, surnommé Sansovino, s’enrichit d’un certain nombre de palais, élevés, croit-on, sur les dessins d’Antonio da San Gallo le vieux, de diverses peintures dues à Niccolo Soggi de Florence, à Ridolfo Ghirlandajo, également de Florence, à Battista Franco de Venise, à Bartolom-
meo délia Gatta d’Arezzo, ainsi que des sculptures qu’y laissa Andrea Sansovino.
I-'glise de la Madonna del Calcinajo, près de (Jortone, Par F. di Giorgio Martini.
Une mention, une simple mention, suffira pour les différentes autres cités de la Toscane : Pescia tut le berceau du flimeux graveur en pierres dures Pier Maria et d’un amateur fort éclairé, Baldassare Turini, qui acquit pour sa ville natale la Vierge au baldaquin de son ami Raphaël (aujourd’hui au palais Pitti); Montelupo celui des sculpteurs Baccio et Raffaello. Quant à Borgo San Sepolcro, cette ville avait épuisé sa vitalité avec Piero délia Francesca ; elle éleva encore quelques palais, le tombeau de l’abbé Simone Grati (y i5o8), presque littéralement copié sur le tombeau de Leonardo Bruni, et donna le jour à l’architecte Alberto, qui prit part au concours pour la fliçade de San Petronio, à Bologne; mais on n’y trouve plus de note caractéristique.
E. .Münlz. — H. Italie. L’Age d'Or. -0
A la fin du xv” et au début du xvi'‘ siècle, Sienne, comme engourdie pendant un temps, sort enfin de sa tcvrpeur et s’associe franchement au mouvement nouveau, tout en se gardant des excès qui signalèrent la Renaissance florentine. Sans renoncer à ce fond de mysticisme qui la distingua de tout temps, et sans cacher sa prédilection pour l’École ombrienne, elle se pénétra avec plus de finesse peut-être et dans tous les cas avec moins de sécheresse que les Florentins de l’esprit même de la Renaissance. Un tour plus libre, une grâce plus naturelle, une distinction plus haute, telles sont quelques-unes des qualités par lesquelles elle l’emporta sur sa rivale. Notons aussi la réputation de beauté dont jouissaient les Siennoises d’alors : en 149?, le roi Charles VIII, passant par Sienne, manifesta le désir de s’assurer par ses propres yeux si cette réputation était fondée. Cinquante dames des plus riches et des plus honnêtes, parées de leurs plus brillants atours, tinrent à honneur de se présenter devant le nouveau Paris et d’exécuter des danses qui transportèrent d’admiration le jeune monarque'.
Les noms d’architectes tels que Francesco di Giorgio Martini et Baldassare Peruzzi, de peintres tels que Giacomo Pacchiarotti (né en 1474), Girolamo del Pacchia (né en 1477), Beccafumi (né en i486), de décorateurs tels que les Barile et le Marrina (né en 1476), proclament la vitalité de cet antique foyer de l’art.
Mettant de côté l’amour-propre régional, les Siennois n’hésitaient d’ailleurs pas à appeler de près et de loin ceux qui leur paraissaient dignes de contribuer à l’embellissement de leur cité : Signorelli, qui y fit d’assez nombreuses apparitions (1498, i5o6, i5o9), le Pérugin et Pinturicchio, l’habile miniaturiste florentin Litti ou Lillifredi Corbizi, qui y travailla de 1494 à i5i5, le sculpteur Andrea Bregno, puis Michel -Ange, et enfin un peintre lombard qui, inféodé à sa nouvelle patrie, répandit en tous lieux sa gloire, Giovanni Antonio Bazzi, surnommé le Sodoma.
Le patronage de l’art pendant cette période se partage entre les autorités civiles, les corporations religieuses et un petit nombre de fiunilles patriciennes, parmi lesquelles les Pétrucci, les Piccolomini, les Spannocchi, les Chigi, ont acquis des titres éclatants à notre gratitude.
Quoique l’embellissement de Sienne se poursuivît sur une échelle infiniment moins vaste que l’embellissement de Florence, on y constate plusieurs courants véritablement dignes de sympathie. G’est tout d’abord l’esprit de suite et de vénération ininterrompue avec lequel clercs et laïques se dévouèrent à la décoration de la cathédrale; leurs efforts furent couronnés de succès : le dôme siennois est dix fois plus riche, plus complet, plus vivant que Sainte-Marie des Fleurs; quatre siècles durant les fidèles travaillèrent, non seulement avec libéralité, mais encore avec amour à le doter des oeuvres d’art les plus rares.