‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 69 sur 262 · PEROUSE · texte numérisé non relu

PEROUSE

de l’École des délia Robbia, la Vierge trônant, l’Enfant sur ses genoux (gravée p. 229); ailleurs ce sont d’admirables boiseries, exécutées en i5o3 par Fra Giovanni de Vérone, le célèbre incrustateur (transportées en partie au dôme de Sienne); mais le titre de gloire de Monte Oliveto, ce sont les fresques du cloître, peintes, les unes par Signorelli en 1497, les autres en i5o5 et i5oô par le Sodoma, dont le compatriote lombard Domenico Airaldi de Lecco, supérieur du couvent, proclama le premier le génie.

Parmi les autres cités ou monastères situés dans l’orbite de Sienne, nous devons encore accorder une mention à Santa Anna in Creta, près de Pienza : le Sodoma en décora l’église, en i5o3, de fresques intéressantes.

Quant à Pienza, cette création si brillante, mais si éphémère et tout artificielle de Pie II, elle s’était vouée dès lors à l’effacement, et depuis quatre siècles l’ingrate favorite du Pape-humaniste n’a rien fait pour sortir de son obscurité.

Un mélange de férocité et de ferveur chez les grands, d’humilité, de mysticisme et d’extase dans la classe moyenne, une activité intellectuelle restreinte à quelques disciplines, mais qui, grâce à la petite Université locale, savait à l’occasion associer les choses de la littérature à celles de l’art, enfin un vif amour pour les beautés de ce paysage ombrien, relativement si souffreteux, voilà ce qui distinguait Pérouse'. Ses tyrans — les factions rivales des Oddi et des Baglioni — ignoraient la magnificence aussi bien que les goûts littéraires de la cour d’Urbin, de même que sa bourgeoisie ne pouvait qu’envier de loin la prospérité des Siennois ou des Florentins.

Mais quand les passions n’étaient pas surexcitées, comme elles le furent trop souvent, ces hauteurs respiraient un calme et une sérénité infinis. Il devait

I. Pour la bibliographie, voy. Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps, 2° édit, p. 29*53.

faire bon y vivre vers l’an i5o4, au moment où le plus célèbre des citoyens de Pérouse, le Pérugin, alors dans toute la force de son talent, s’adjoignait pour collaborateur le jeune Raphaël d’Urbin.

Ce que fut l’École fondée par le Pérugin, illustrée par Pinturicchio, par Raphaël, pour ne point parler du Spagna, de Domenico Alfani, d’Eusebio da San Giorgio, de l’Ingegno, de Manni , etc., etc., je m’efforcerai de

le montrer dans une autre partie de ce travail, celle qui est consacrée à la peinture; ici je voudrais seulement délimiter le champ d’action et analyser les ressources des Pérusins. Leur ambition se bornait à la peinture et à quelques branches secondaires, telles que l’orfèvrerie, où Cesarino di Francesco Rosetti et surtout Lautizio conquirent une véritable célébrité. S’agissait-il d’architecture ou de sculpture, ils se résolvaient sans peine à appeler des étrangers.

Même pour la sculp-

Téte de Saint. Fra^^nient d'une Iresque peinte par le l’éru^in.

(Hfrlise Santa Maria .Maddalena dei l^azzi à Florence.) tUl'e en boiS et pOUt

la marqueterie, ils se

virent réduits à Étire venir des Florentins, Domenico del Tasso et Baccio d’Agnolo. Plus tard seulement, pendant la dernière période de la Renaissance, ainsi après une incubation qui avait duré près d’un siècle, des architectes et des sculpteurs de mérite sortirent de Pérouse, les G. B. Caporali, les Galeazzo Alessi, les Vincenzo Danti.

L’exemple de Pérouse est bien propre à montrer combien, à défaut du patronage de l’État ou des municipalités, les artistes trouvaient à cette époque d’encouragements chez les fabri*ques des églises, les communautés religieuses, les corporations civiles ou chez les particuliers; il nous explique en même temps comment, au milieu des invasions étrangères ou des luttes intestines, la piété, la gloriole ou un culte désintéressé pour les choses de l’art suppléaient à la

ASSISE. — (iimmo.

protection officielle. Ce fut une simple corporation, celle des changeurs, qui dota le « Cambio » de son éblouissante parure de fresques, chef-d’œuvre du Pérugin; ce fut une communauté assez obscure, celle des Camaldules de Pérouse, qui fit orner son couvent de San Severo de la Trinité de Raphaël; et ce fut un humble cordonnier qui chargea le Pérugin de peindre la Vierge entre saint François et saint Jérôme, aujourd’hui l’ornement de la Galerie Penna.

Aux portes de Pérouse, la fabrique de majoliques de Deruta, connue dès le xiv*" siècle, affirma sa vitalité par une série de pièces qui l’ont placée au premier rang des centres céramiques de la Renaissance.

Città délia Pieve, située un peu plus loin, s’honore d’être le berceau du Pérugin.

A Assise, bien déchue d’un passé glorieux, la pénurie des artistes égale celle des œuvres d’art :

nous n’avons cà y signaler que les stalles de la basilique de Saint-François (t. I, p. 82), puis quelques peintures du Spa-

gna, de Niccolô da Foligno et d’un entant du pays, Tiberio d’Assisi.

Après avoir un instant rivalisé avec Urbin, grâce au beau palais édifié par Luciano Laurana, Gubbio se contenta de briller dans une branche longtemps bien dédaignée, je veux dire la céramique. Je reviendrai plus loin sur les productions sorties de l’atelier du plus célèbre peut-être des fiiïenciers du xvf siècle, « maestro Giorgio ». Mieux valait être le premier à Gubbio que e second à Florence ou à Rome.

Télé de Sainte. I'raf,<'nienl d'une fresque peinte par le Uérutrin, (Ky-lise Santa Maria Maddalena dei Uazzi à Florence.)

Tour à tour gouvernée par les délégués du Pape ou tyrannisée par les Vitelli, ces condottieri qui firent une fin si tragique (l’un, Paolo', fut décapité

I. On connaît une médaille de Paolo Vitello exécutée par un anonyme (Armand, t. II, p. 68).

E. Müntz. — IL Italie. L’Age d Or.

Esquisse de Raphaël pour un plat ciselé par l’orfèvre G. Rossetti.

(Cabinet des Estampes de Dresde.)

par ordre des Florentins en 1495, pour avoir échoué dans une attaque contre Pise; l’autre, Vitellozzo, étranglé en i5o2, par ordre de César Borgia,

dans le guet-apens de Sinigaglia),

Città di Castello ' a bien mérité de l’art en appelant Signorelli, qui y travailla en 1474, 1488, 1493, 1494, 1496, et qui y créa, entre autres, le Martyre de saint Sébastien-, un peu plus tard, vers iSoq, elle a acquis des titres plus considérables encore à notre gratitude en confiant à Raphaël une série de peintures importantes, le Couronnement de saint Nicolas de Tokntino (qui n’est plus connu que par des esquisses), le Christ en croix, de la galerie Ward-Dudley à Londres, le Mariage de la Vierge, au musée de Brera, pour ne point parler d’une bannière restée en place et qui représente la Trinité et la Création d'Eve. Nous avons déjà mentionné (t. I, p. 82) la construction du dôme, commencée en

1488, à ce qu’il semble, par le Lombard Elia di Bartolommeo.

Spello doit sa notoriété aux fresques dont Pinturicchio orna une chapelle du dôme (i5oi). Citons en outre une Pietà du Pérugin , peinte en IÔ2I pour le même édifice. La « Collegiata di Santa Maria Maggiore » , construite de i 5 1 2 à i5i5 par l’architecte -sculpteur Rocco de Vicence, mérite aussi une mention.

A l’actif de la ville de Foligno, si vivace pendant la période précédente, nous ne trouvons guère à enregistrer que la reconstruction du dôme, commencée vers 1000, et l’édification du palais Orfini, en i5i5; puis quelques peintures d’un enfant du pays, qui ne devait d’ailleurs pas tarder à disparaître, Niccolô di Libera-

Coupe en faïence de (iubbio.

(Musée du Louvre.)

1 Bibl. : t. I, p. 80. — R. Vischer, Luca Signorelli. Leipzig, 1879, p. qS-qB.

Page 1