LA LITTERATURE ITALIENNE
fin du xv'' siècle, l’équilibre tend à se rétablir; bientôt l’Italie pourra célébrer le second âge d’or de sa littérature ; si l’œuvre de poètes tels que Laurent le Magnifique, Politien, le Bojardo, l’Arioste, n’égale pas en puissance celui de
Portrait de Italthazar Castiglione, par Raphaël. (.Musée du Rouvre.)
Dante ou de Pétrarque, pas plus qu’il n’égale celui des coryphées de 1 ait contemporain. Bramante, Léonard, Michel-Ange et Raphaël, du moins inaugure-t-il brillamment cette renaissance littéraire qui a trouvé dans le Tasse son dernier et plus éloquent interprète'.
I. Bibliographie : Tiraboschi, Sloria dclla Leileratura ihiliana; édit, de Milan, 1822-1826.
— Ginguené, Histoire liltcrairc de VItalie, 1824-1835. — Burckhardt, Cnltur der Renaissance. -
E. .Münlz. — II. Italie. L'.Xj^e d’Or. ‘
Le phénomène qui nous frappe tout d’abord quand nous envisageons l’ensemble des productions littéraires de l’Italie dans le dernier quart du xv® siècle et dans le premier quart du xvT, c’est l’apparition d’une langue nouvelle, ou plutôt la résurrection de cette langue italienne, déjà si riche en chefs-d’œuvre. Désormais, comme au temps de Dante, de Pétrarque et de Boccace, l’italien reprend officiellement sa place à côté du latin en tant qu’organe littéraire.
Ecoutons à ce sujet l’éloquent plaidoyer de Bibbiena, l’auteur de la Calandra et un des nourrissons des Médicis, si intimement liés à la renaissance de l’italien : « La langue que Dieu et la nature nous ont donnée ne doit pas jouir auprès de nous de moins d’estime ni de moins de faveur que les langues latine,
grecque et hébraïque, auxquelles la nôtre ne serait peut-être inférieure en rien si nous l’exaltions, la cultivions et la polissions avec cette diligence et ce soin que les Grecs et les autres ont employés à l’égard de la leur. C’est se montrer ennemi de soimême que de Dire plus de cas de la langue d’autrui que de sa propre langue. Pour moi, je sais très bien que la mienne m’est tellement chère, que je ne la changerais pas contre toutes les langues actuellement connues. »
Il ne tut d’ailleurs nullement question, dans ce siècle de conciliation, de proscrire le latin, mais l’équilibre entre la langue savante et la langue vulgaire. Tous les ouvrages de science et une toule d’ouvrages d’histoire, entre autres ceux de Paul Jove (i483-i552), continuèrent à être rédigés en latin. Bien plus, la majorité des poètes — Politien (1454-1494), Boiardo (1434- 1494), Sannazar (i458-i53o), Bembo (1470-1542), l’Arioste (1474-1532), Vida (1490-1556), Balthazar Castiglione (1478-1529) — cultivèrent simultanément les deux langues. La littérature néo-latine s’enrichit même de quelques chets-d’œ'Livre, les élégies de Pontano, le de Pariii Virgiuis de Sannazar et le poème de Eracastor (1483-1 553), pour ne point parler d’une foule de jolis morceaux — élégies, épigrammes, etc., — qui n’ont cessé de compter des admirateurs en Italie et auxquels on Dit de nos jours encore l’honneur de les réimprimer'. Il na pas manqué d’historiens pour placer la littérature latine de cette époque au-dessus de la littérature italienne : je citerai le brave Tira-
Canello, Storia délia Letteratuva italiuna nel secolo XVI. Milan, 1880. (C’est une réunion de feuilletons plutôt qu une histoire.) — Symonds, Renaissance in Italy ; Italian Literature. 2 vol. Londres, 1881. — L. Etienne, Histoire de la Littérature italienne depuis ses origines jusqu’à nos jours. Paris, 1884. Marc-Monnier, la Renaissance, de Dante h Luther. Paris, j88,5. — Geiger, Renaissance und Hunianisnius in Italien und Deiitschland. Berlin, 1882 (fait partie de l’Histoire générale publiée sous la direction d’Oncken). — Le même : Vierteljahrschrift jür Kultur und Literatur der Renaissance. Berlin, 1886 et suiv.
I. Pas plus tard qu en 1888, M. Costa a donné, dans un^élégant volume, un choix des prin-
Ilieroiiimo Vida.
D'après une médaille italienne anonyme.
uniquement de rétablir