FERDINAND D’ARAGON
Puis le mouvement s’accentue avec l’arrivée (1472) d’Aristotele di Fioravante de Bologne, le plus fameux ingénieur et un des plus insignes architectes italiens du quinzième siècle1, qui, après avoir transporté pour le pape Nicolas V d’immenses colonnes monolithes de la Minerve au Vatican (iqSi), après avoir déplacé, sans la démolir, une tour monumentale dans sa ville natale ( 1 455), se signala successivement au service des Sforza, à celui de Mathias Corvin (1468), et à celui du pape Paul II (1471- 1470), et couronna enfin sa carrière au service d’Iwan III,
Buste de Ferdinand d’Aragon. (Musée national de Naples.)
tsar de Moscovie, pour lequel il construisit la cathédrale de l’Assomption, frappa des monnaies et fondit des canons. A Naples, maître Aristote fut chargé d’un travail relativement ingrat : il s’agissait de retirer une caisse tombée dans la mer, près du môle; aussi ne reçut-il que la modique gratification de 8 florins. Deux années plus tard, en 1474, nous rencontrons au service de Ferdinand un sculpteur dalmate, sur lequel nous aurons plus d’une fois l’occasion de revenir : Francesco Laurana, un des principaux promoteurs de la Renaissance dans notre pays. Laurana, après un premier séjour à la cour de René d’Anjou, de 1461 à 1466 environ, avait cherché fortune en Sicile, où nous constatons sa présence de 1468 à 1471. En revenant de Païenne pour regagner
1. Bibl. : Memoric risguardanti... inastro Ridolfo detto Aristotele Fioravanti Modène, 1820.
— Gualandi, Aristotele Fioravanti Bologne, 1870. — Malagola, Del le cose ope rate in Mosca da
Aristotele Fioravanti, Modène, 1877. — E. Müntz, les Arts à la Cour des Papes, t. I, p. 83, 108; t. II, p. 24.
la cour du roi René, il accepta sans scrupules de travailler pour Ferdinand, compétiteur du bon roi, et exécuta pour lui une statue de la Vierge avec l’enfant Jésus, destinée à la chapelle du Château Neuf, travail qui lui fut payé 5o ducats. L’année 1484, date à laquelle Ferdinand posa la première pierre de la « Porta Capuana », élevée sur les plans de Giuliano da Majano (terminée en 1 535 seulement), marque la fin de cette première période.
Pendant les dernières années de son règne, et surtout après sa dernière victoire sur les barons révoltés (148?), nous trouvons chez Ferdinand une vision tellement nette du stvle nouveau, destiné à tuer le style hybride jusqu’alors en faveur à Naples, et une ardeur tellement vive, tellement touchante pour la cause sacro-sainte de la Renaissance, que toutes nos répugnances tombent devant des services aussi signalés et une sincérité aussi grande. Laurent le Magnifique, devenu l’ami intime du roi après avoir été en butte à toute sa haine, tel est le magicien qui a accompli ce miracle; sa correspondance le prouve â l’évidence. Ce sont d’abord les grands travaux confiés aux deux frères Giuliano et Benedetto da Majano, soit par Ferdinand même, soit par son fils le duc de Calabre (édification des villas de Poggio Reale et de la « Duchesca », statues du duc de Calabre et de don Frédéric, etc. '). Puis le projet de palais commandé à un autre architecte toscan célèbre, Giuliano da San Gallo3 4, qui reçut pour ce travail, le 2~ février 1488, un présent de 100 ducats. Puis des commandes de peintures faites à un certain Calvano (1487) et à un certain Carluccio (1492), tous deux de Padoue et probablement élèves de Mantegna, et des commandes de pierres gravées faites à Andrea di Mesnage (1487) et à maestro Battistino Taglia de Gènes, « maestro di fare cammei » (1488). Après la mort de Giuliano da Majano (1490), Ferdinand et son fils appellent près d’eux, sur le conseil de leur oracle Laurent le Magnifique, Luca Fancelli, l’habile architecte du marquis de Mantoue. Deux autres architectes toscans, Antonio di Giorgio da Settignano et Francesco di Giorgio Martini de Sienne (1492-1495), se fixent également, pour quelque temps du moins, à leur cour, ainsi que Yincenzo de Cortonc, constructeur de modèles de forteresses (149.3), et les peintres florentins Pietro et Polito, qui peignirent à Poggio Reale les épisodes de la Guerre des Barons. A ce moment, les étrangers sont assez nombreux pour battre en brèche les maîtres indigènes, les peintres Marchitello Gallo (1470-1472), Angelillo Artu^zo de Naples (1472), Antonello de Capoue (1472-1492), Colantonio de Perrino (1487), Rizzardo Quartararo (1492), et enfin le fameux Giovanni Donnadio da Mormann 2o 1
1. Voy. la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 428-4.31.
2. Le projet de palais de San Gallo a été publié dans l’ouvrage de M. de Geymüller : die Architektur der Renaissance in Toscana. Munich, i885, 1” livr.
3. Milanesi, Documenti per la storia delV arte senese, t. II, p. 446-402.
4. Le prince Filangieri a établi, dans YArchivio storico per le Province Napoletane, 1884, p. 286- 3o6, que Mormanno était bien né dans le royaume de Naples, fait qui avait été contesté par plusieurs historiens d’art.