‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 42 sur 337 · II · texte numérisé non relu

II

(il s’y trouvait encore en H92), partageait son temps entre l’archéologie et les études d’ingénieur. Il se rendit sur l’ordre du roi à Pouzzoles, en compagnie du poète Sannazar (qui célébra plus tard, dans un distique fameux, la construction, par son ami, du pont de Notre-Dame à Paris), pour y visiter les antiquités, et composa également pour Ferdinand un recueil d’architecture et un autre d’artillerie. Par une coïncidence qui n’est certainement pas due au seul hasard, cette même année 1492, Ferdinand fit relier le Traité d' Architecture deFilarete, ce bréviaire de la nouvelle École1 2 3. Citons encore parmi les étrangers un peintre vénitien, Pierantonio Veneziano (1490), assez heureux pour trouver de l’occupation à Naples, alors qu’un des fils les plus glorieux du royaume des Deux- Siciles, Antonello de Messine, était forcé de chercher fortune à Venise.

L’essor de l’architecture n’était pas seulement favorisé par le concours de maîtres aussi extraordinaires, il l’était encore par le voisinage des monuments romains les plus variés, à Baies, à Pouzzoles, etc. Ces monuments inspirèrent à la fois Fra Giocondo, Francesco di Giorgio Martini et les deux frères da Majano, puis Giuliano da San Gallo, qui, dans l’album conservé à la Bibliothèque de Sienne, a esquissé les principales ruines de Capoue, d’Aquin, de Bénévent, aussi bien que de Baies et de Pouzzoles (folios B, 9, 16, 24, 26, 27). Le peintre Morto da Feltro, le restaurateur des grotesques, les étudia de son côté au point de vue de la décoration. Il n’y eut pas jusqu’au pédant Jean Burchard, le fameux maître des cérémonies d’Alexandre VI, qui, lors de son voyage à Naples, en 1494, ne prît plaisir à contempler et à décrire ces ruines augustes *.

Quoique à Naples aussi bien qu’à Rome les étrangers seuls semblent avoir eu le privilège de deviner l’intérêt de ces modèles, la Renaissance n’aurait peutêtre pas manqué de jeter des racines dans ce pays enchanteur et de donner une riche moisson, sans les guerres qui ensanglantèrent le royaume à partir de 1496 et qui, renversant du trône la dynastie aragonaise, coupèrent pour toujours court à de si brillantes prémices.

Le fils de Ferdinand, Alphonse, duc de Calabre (1448-1495), roi un instant sous le nom d’Alphonse II, tenait de son aïeul Alphonse le Magnanime le goût des armes (c’est lui qui reconquit Otrante sur les Turcs), et de son père Ferdinand l’astuce, la cruauté, la cupidité*. « Après avoir mérité par ses débauches le surnom de Dieu de la chair, « Dio délia carne », surnom à rendre jaloux les Césars de l’ancienne Rome (et cependant le Journal de son médecin nous le montre remplissant tous les jours avec une ponctualité extrême ses devoirs reli—

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