‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 105 sur 284 · PADOUE · texte numérisé non relu

PADOUE

s’associa avec ardeur à l’essor de l’École vénitienne et lui envoya les plus brillantes recrues. D’Udine sortirent Jean, l’élève favori de Raphaël et le décorateur hors ligne, puis Pellegrino da San Daniele (J* 1647); de Pordenone, Giovanni Antonio Licinio (1484-1589), surnommé « il Pordenone », et enfin, de Cadore, le grand Titien.

A Trévise ', le fait le plus saillant est l’apparition d’un groupe de peintres qui conquirent une place distinguée dans les rangs de l’École vénitienne : Vincenzo Catena, les Pennachi (Pier-Maria, 1464-1528; Girolamo, 1497-1544), puis Lorenzo Lotto (né vers 1480) et Paris Bordone (i5oo-i57o).

Malgré le talent de ses concitoyens, Trévise ne cessa de frire appel à des étrangers : tantôt aux Lombardi pour bâtir ses églises et ses palais, ainsi que pour les orner de sculptures; tantôt à Fra Giocondo de Vérone (i5ü9), pour fortifier la ville menacée par l’empereur Maximilien; tantôt à Giovanni Bellini, pour orner de fresques le tombeau d’Onigo, dans l’église San Niccolô ; ou encore au Pordenone, pour illustrer les chapelles du dôme.

Vicence, particulièrement éprouvée par les guerres qui désolèrent la Vénétie au début du xvf siècle (elle fut notamment prise et saccagée par les Allemands en 1 5 1 6) , se trouva condamnée à l’effacement et au recueillement. Tout au plus put-elle s’honorer d’avoir produit quelques artistes distingués, l’architecte Tommaso Formentone, qui commença en 1492 le palais municipal de Brescia, et l’architecte Rocco, qui travailla en 1 5 1 2 à Spello et à Trevi; Valerio Belli, le graveur en pierres dures (1468 - i5q6) ; Benedetto Montagna, peintre et graveur, fils de Bartolommeo (ce dernier, ainsi qu’il a été expliqué ailleurs, avait pour patrie Orsinovi, non Vicence). Quant à l’architecte illustre auquel cette cité doit le meilleur de sa gloire, Andrea Palladio, il ne peut être mentionné ici que pour la date de sa naissance ( 1 5 1 4) , non pour ses travaux. Nous le retrouverons quand nous étudierons la dernière évolution de la Renaissance italienne.

Dans les environs de Trévise, Castelfranco entra en scène en donnant à la peinture le Giorgione.

Padoue, l’arche sainte de la Première Renaissance, ne cesse pendant cette seconde période de se montrer digne de son glorieux passé. Malgré les plus dures épreuves (le terrible siège de i5o9, pendant lequel Andrea Griffi défendit si vaillamment la ville contre l’empereur Maximilien, puis de nouveau le siège de 1 5 1 3), lettres et arts y font l’objet d’une culture passionnée. Les Padouans, qui comptaient pour compatriotes des peintres tels que les Bellini et le grand

1. Bibl. : T. I, p. 172-173. — Max Lohde : Zeitschrift fur lildende Kunst , 1868, p. 296-

Andrea Mantegna, des sculpteurs tels que Bellano ou Vellano et Andrea Briosco ou Riccio, appelaient sans relâche de près et de loin tous ceux que leur signalait la renommée. A Florence ils demandèrent Bertoldo, le dernier survivant de l’École de Donatello (1483), dont l’essai ne fut toutefois pas agréé; de Ferrare ils firent venir Biagio Rossetti, qui construisit la « Loggia del Consiglio », édifice d’une élégance un peu facile; Vérone leur prêta Falconetto, l’architecte du palais Giustiniani; Venise, le Titien et une foule d’autres maîtres éminents. Fidèle aux leçons de Donatello, leur cité fut avec Vérone, pendant toute cette période, la grande pépinière des fondeurs de bronze : statuettes, encriers, mortiers, presse-papiers, sonnettes historiées, sortaient par milliers de ses ateliers. Mais le contact avec les Florentins avait ses inconvénients comme ses avantages : il communiquait une certaine sécheresse et une certaine dureté. Les Vénitiens les premiers réussirent à substituer à ces défauts la souplesse et la suavité, mais en sacrifiant les grandes lignes et comme les arêtes de la statuaire.

L’embellissement du sanctuaire le plus vénéré de la Haute-Italie, la basilique de Saint-Antoine, « il Santo » tout court, comme l’appelait la dévotion populaire, tel fut, au début du xvie siècle, comme au xve et au xive, le but que les Padouans proposèrent à leurs efforts. Ils commandèrent les fresques ou les retables à une légion de peintres en renom : les Bellini, Pietro Calzetta, Jacopo da Montagnana, Matteo del Pozzo de Venise, Bartolommeo Montagna, Antonio Minello, Domenico Campagnola, et finalement au Titien, qui peignit vers 1 5 1 1 ses fameuses Scènes de T Histoire de Saint Antoine, dans la « Scuola del Santo ». Les sculptures — des bronzes principalement — furent confiées à Bellano ou Vellano, à Antonio Lombardo (i5o5), à Andrea Riccio, qui livra en i5o7 divers bas-reliefs, avec des scènes de l’Ancien Testament, et en 1 5 1 5 son chef-d’œuvre, le fameux candélabre, et qui exécuta vers i5ip le tombeau de l’archevêque Trombetta. D’autres bas-reliefs ou statues sortirent de l’atelier de Tullio Lombardo (1 5o 1 - 1 525), de Giovanni Minello, de Giovanni Giorgi, surnommé Pyrgotele. Quant aux boiseries, sculptées et incrustées, du chœur et de la sacristie, elles étaient l’œuvre de Lorenzo et Cristoforo Canozzi de Lendinara, et du gendre de l’un d’eux, Pietro Antonio dell’ Abà de Modène. Ces incrustations — dont une partie avait été faite sur les dessins du Squarcione — provoquèrent une véritable explosion d’enthousiasme chez les contemporains : un Sicilien du nom de Colacio imprima en i486 à Venise un opuscule où il compara leurs auteurs à Parrhasius, à Phidias et à Apelle. Le chœur a perdu son merveilleux revêtement; mais la sacristie a conservé le sien, refait sur les modèles anciens.

Nous devons signaler encore à Padoue la présence d’une dynastie d’habiles graveurs, les Campagnola, et surtout de Giulio Campagnola, qui, tout en s’inspirant de Mantegna, mania le burin avec une souplesse et une suavité qui n’avaient rien à envier à la lithographie (voy. ci-dessus, p. 4).

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