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LES ESCALIERS

monumentales comprenant l’église, les édifices municipaux, des palais particuliers, une ville entière. C’était là cependant le rêve suprême de ses Mécènes. Dès l’aurore de la Renaissance, le pape Nicolas Y avait entrepris de transformer Rome, d’improviser des rues, des places, des quartiers nouveaux. Mais ses projets étaient trop ambitieux pour les forces d’un seul homme, surtout d’un Pape, je veux dire d’un homme arrivé très tard au pouvoir suprême et qui par conséquent n’avait que peu à vivre. Sixte IV, sans formuler un programme aussi grandiose, parvint à ouvrir dans le dédale de la Ville éternelle diverses voies de communication; Alexandre VI fit un pas de plus dans ces améliorations; Jules II enfin perça la « Via Giulia ». Mais encore une fois, d’une place conçue d’après un plan d’ensemble, d’une volonté énergique réduisant au silence toutes les velléités d’éparpillement, il n’en sera question que pendant la dernière période de la Renaissance.

On aimerait à savoir comment les Médicis, les Papes, les Sforza entendaient l’organisation, ne fût-ce que d’un simple quartier de Florence, de Rome ou de Milan ; comment ils auraient relié les uns aux autres, églises, palais, hospices, marchés, théâtres; quelle place ils auraient faite aux cours d’eau et à la végétation au milieu des merveilles de l’architecture. Nul doute, si l’on en juge par les estampes attribuées à Bramante, qu’ils n’eussent révélé dans l’art de grouper les monuments, dans l’établissement des voies de communication, dans l’agencement pittoresque

des quartiers, le goût consommé, la fermeté et l’aisance dont cette époque fortunée avait le privilège.

En l’absence de ces ensembles, qu’il ne fut donné qu’aux âges suivants — moins artistes - — de réaliser, essayons du moins de dégager de l’étude des différents genres d’édifices, constructions religieuses, constructions hospitalières, constructions rurales ou militaires, etc., quelques-unes des règles qui présidaient à l’esthétique du siècle de Léon X. Nous commencerons, comme de raison, par les édifices religieux.

L'Escalier du Belvédère.

Par Bramante.

Il fallait que le sentiment religieux eût conservé une rare puissance pour qu’un si grand nombre d’ÉGLiSES, et des églises si magnifiques, s’élevassent en tous lieux. Assurément, chaque ville de quelque importance possédant déjà sa

E. Müntz. — II. Italie. L’Age d’Or. 40

cathédrale plus ou moins monumentale, les habitants ne pouvaient songer à la démolir pour la remplacer par une autre plus conforme à la révolution de l’esthétique. Mais quelle brillante couronne d’églises paroissiales se dressa autour de ces vénérables métropoles ! On compte par centaines les constructions nouvelles, et parmi elles que de chefs-d’œuvre !

La Première Renaissance, avant tout préoccupée de reprendre par le détail les formes architecturales de l’antiquité et de se familiariser de nouveau avec la théorie des ordres, s’était vue contrainte de simplifier à l’excès ses plans et de renoncer aux combinaisons si hardies, l’honneur des grands architectes romans et gothiques (t. I, p. 372-373). De là un manque de liberté et de vigueur qui se manifesta dans la structure générale des églises ou des palais, non moins que dans celle des façades, trop souvent plates et pauvres. La richesse de l’ornementation masquait parfois ces défauts, mais qu’étaient ces filigranes délicats comparés à la lourdeur ou à l’indécision des ensembles ! Rien de plus frappant à ce sujet que le parallèle tracé par Fergusson entre la chapelle Sixtine et la chapelle de King’s College à Cambridge (entre i p9 et i53o). Dans celle-ci les formes sont plus savoureuses et plus riches, moins pures, mais plus fouillées, avec quelque chose de plus vivant et de plus logique ; la décoration, dit l’auteur anglais, est aussi rigoureusement architecturale que celle de la chapelle Sixtine est picturale; la peinture y est subordonnée à l’architecture autant que dans la chapelle Sixtine l’architecture est subordonnée à la peinture.

M. Lübke ne juge pas moins sévèrement l’architecture religieuse de la Renaissance : « La reprise des systèmes de voûtes romains, berceau et coupole, l’emploi de piliers massifs sur lesquels on plaque des ordres quelconques, constituent — affirme-t-il — un recul notable sur les grands progrès réalisés par l’architecture du moyen âge. Même dans ses chefs-d’œuvre, du reste nombreux, l’architecture nouvelle 11e réussit pas à concilier d’une manière satisfaisante ces deux éléments fatalement contraires : la pensée chrétienne et la forme antique. La disposition générale des temples est laissée au choix de l’artiste; son programme ne contient guère qu’une condition, mais une condition capitale : l’établissement d’une grande coupole, suivant le type créé par Brunellesco. Pour le reste du plan, peu importe qu’il adopte la forme régulière de la croix grecque ou celle des basiliques à transept. Les façades offrent d’ordinaire deux ordres superposés correspondant aux deux étages intérieurs : l’ordre supérieur s’amortit, du côté des nefs latérales, par l’entremise de ces lourds ailerons dont Alberti a donné le premier et fâcheux modèle. Plus tard, cédant au désir de faire grand, toujours plus grand, on inventa l’ordre colossal, qui réunit les deux étages sous un même entablement; on plaqua devant les basiliques des façades de temples antiques, dont le fronton et les colonnes immenses firent ressortir de la façon la plus déplaisante la petitesse des portails et des fenêtres’. »

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