LES CONSTRUCTIONS CIVILES
prirent leur essor que plus tard) ; quant aux couvents anciens, ils se consacrent à des embellissements de détail (Chartreux de Florence et de Pavie, Olivétains de Monte Oliveto Maggiore, etc.).
Dans P architecture civile, le besoin de confort, de luxe et en même temps d’ingéniosité, qui possédait la génération de l’Age d’Or, ne pouvait manquer de mûrir rapidement les formes, de les rendre plus sereines et plus vivantes et
Le Cloitre de la « Madonna délia Pace » à Rome.
en même temps de changer en oeuvres d’art une foule de constructions accessoires d’ordinaire sacrifiées dans les édifices modernes.
Les constructions d’utilité publique furent plus rares à la fois et moins importantes que les édifices destinés au culte. Elles ne comptèrent ni une fondation qui pût se mesurer avec Saint-Pierre de Rome, ni une diversité' de monuments comparable à celle de l’architecture religieuse. Les hôtels de ville, si nous en exceptons le palais municipal de Jesi et celui de Bologne, ne firent plus leur apparition que dans la Haute Italie et surtout dans la Vénétie : « Palazzo délia Ragione » à Vérone (1476-149.3), « Loggia del Consiglio » à Padoue (commencée en 1493 sur les plans d’Annibale Bassano, continuée sous la direction du Ferrarais Biagio Rossetti, non encore terminée en ID23); palais
de Brescia (commencé en i5o8, par Formentone, mais achevé de longues années après). Malgré leur intérêt, ces constructions furent éclipsées par le Palais ducal (façade sur la cour) et par les Vieilles Procuraties (1496-1517) de Venise. Rappelons aussi, pour la même ville, l’entrepôt des Allemands, le « Fondaco dei Tedeschi », élevé en i5o6 sur les plans de l’architecte allemand Hieronymus.
A Pérouse, le tribunal des changeurs, « il Cambio », captive l’attention non par ses lignes architecturales, mais par sa décoration, confiée au Pérugin et à d’habiles sculpteurs et incrustateurs en bois.
La construction des Asiles pour les enfants trouvés et des Hôpitaux avait formé un des titres de gloire de la Première Renaissance. La « Casa degli Innocenti » à Florence, « l’Ospedale Maggiore » à Milan, et « l’Ospedale di Santo Spirito à Rome » se distinguaient par leur excellent aménagement non moins que par leur magnificence. La période suivante n’eut que peu de fondations à opposer à ces créations monumentales. Citons « l’Ospedale del Ceppo » à Pistoja, avec sa célèbre frise en terre cuite émaillée représentant les Œuvres de Miséricorde.
Etant donnée la lenteur avec laquelle l’art dramatique se développa en Italie, la rareté ou plutôt l’absence d’édifices spécialement construits en vue de représentations scéniques n’a rien qui doive nous surprendre. On se contentait de scènes provisoires, ou même de simples tréteaux. Ce ne fut qu’en 1497 que l’on commença, dans la ville de Velletri, la restauration d’un théâtre bâti anciennement sur une place publique et qualifié de Théâtre de la Passion, parce qu’une confrérie de ce nom y jouait des mystères. On trouve chez d’Agincourt1 la description et les dessins de ce monument, qui tut converti en grenier au siècle dernier.
On manque de détails sur les hôtelleries, les marchés, les établissements thermaux, et autres constructions analogues du xve au xvf siècle : J. Burckhardt cite, comme un modèle d’installation, l’Hôtel de l’Ours à Padoue (vers 1460), avec d’innombrables chambres et des écuries pouvant contenir 200 chevaux.
Des établissements thermaux semblent avoir pris naissance dans quelques villes, mais nous ignorons quelle en fut l’organisation. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que les papes Nicolas V, Calixte III, Pie II, Sixte IV firent des dépenses considérables afin de rendre le séjour de leur ville d’eau favorite, Viterbe, aussi agréable que possible, et pour eux et pour le commun des baigneurs : ils y élevèrent ou embellirent notamment le « Palazzo del bagno2 ».
L’embellissement des Places publiques tenait dès lors fort à cœur aux municipalités. Les Florentins ornèrent la Place de la Seigneurie de la statue colossale du David de Michel-Ange.
1. Histoire di l'Art put les Monuments ; Architecture, p. IOO-IOI.