LES ÉLÈVES LOMBARDS DE BRAMANTE
chapelle du Colleone à Bergame (commencée en 1471) et de la façade de la Chartreuse de Pavie (commencée en 1491)» est avant tout un décorateur d’une fantaisie éblouissante, sinon d’un goût très pur. Dans la chapelle du Colleone, ce ne sont que soubassements historiés, pilastres à médaillons, colonnettes enrichies de bas-reliefs, pinacles, niches, balustrades et frontons. L’œil ne sait où se poser au milieu de tant de trésors semés à pleines mains et un peu au hasard, au lieu d’être coordonnés par une pensée dominante.
Dans la façade de la Chartreuse de Pavie, Omodeo, dont l’œuvre fut complétée par Dolcebuono et Cristoforo Solari, s’inspire des modèles romans de la Lombardie et marie des piliers formant contrefort à des galeries horizontales régnant d’une extrémité à l’autre; dans ce cadre élastique, qui n’annonce pas trop une église , il répand avec une profusion inimaginable toutes les ressources de la sculpture en ronde bosse et de la sculpture en bas-relief, pour ne point parler des incrustations en marbres de couleur. « Le soubassement, dit M. Alfred Darcel, à qui j’emprunte Église de 1' « Incoronata ■ à Lodi.
cette description, est décoré d’une suite de grands médaillons représentant des profils de personnages grecs ou romains, qui n’ont aucun rapport, il est vrai, avec une église. Au-dessus, s’étend une série de bas-reliefs avec des scènes de l’Évangile, remarquables par la profusion et la finesse des détails. Puis, en dehors des bas-reliets, les membres de l’architecture, les panneaux d’encadrement, les écoinçons et les moulures sont couverts d’une profusion de motifs d’ornement et de figurines qui font de cette frise une œuvre d’une richesse incomparable. Deux fenêtres carrées s’ouvrent de chaque côté de la porte centrale, séparées
par des pilastres ornés de statues. Ces fenêtres sont divisées par un meneau central en forme de candélabre, d’une richesse de détails inouïe, qui porte deux arcs, dont les deux autres retombées sont soutenues par deux demi-candélabres accolés aux montants. Il y a quelque chose d’analogue contre les piles des arcades de la galerie de l’hôtel du Bourgtheroulde de Rouen, mais dans de moindres proportions et avec moins de luxe dans la matière. Quand l’architecte de l’hôtel bâti à Rouen aurait vu la façade de la Chartreuse de Pavie, nous n’en serions nullement étonné. L’ébrasement de la porte centrale, formant une sorte de porche précédé par deux colonnes de chaque côté, est également tout revêtu de bas-reliefs d’une extrême finesse, représentant la fondation de la Chartreuse, les obsèques supposées du fondateur, des scènes d’hagiographie relatives aux Chartreux, etc. C’est tout un monde de figurines. Une galerie règne au-dessus de cet ensemble, puis un second étage percé d’une rose au centre, entre deux fenêtres géminées, surmonte la partie centrale seule, c’està-dire la porte et les deux fenêtres qui la flanquent. Une seconde galerie termine par une ligne horizontale cette façade, qui est revêtue de placages de marbre à partir du niveau de la première1. » - — Ajoutons que les frontons semi- circulaires qui devaient couronner la façade et lui donner davantage l’apparence d’un édifice religieux n’ont pas été exécutés.
Cristoforo Rocchi de Pavie doit sa réputation au modèle qu’il composa pour le dôme de sa ville natale; mais la mort (1497) l’empêcha de mener à fin ce petit ouvrage, qui ne fut achevé qu’en i5oi par G. P. Fococcia, incrustateur habile. Le modèle (en bois de cyprès, conservé aujourd’hui dans une des salles du dôme) se recommande par la richesse et la fierté des lignes. Malheureusement Rocchi, pour relier le second ordre de la façade au premier, a été obligé de recourir aux disgracieuses volutes mises à la mode par Alberti dans l’église Sainte-Marie Nouvelle de Florence.
A la Chartreuse de Pavie et à « l’Incoronata » de Lodi, Giovanni Giacomo Dolcebuono de Milan ne put que continuer une œuvre commencée par d’autres. A Milan, dans l’intérieur de « Santa Maria presso San Celso » (1491), longtemps attribué à Bramante, il lui fut donné de créer un ensemble que J. Burckhardt qualifie de splendide (trois nefs reposant sur des piliers, avec un déambulatoire et des voûtes en berceau et à caissons). « C’est, ajoute le savant historien de l’architecture italienne, l’idéal de la simplicité unie à la magnificence. Peut-être l’impression religieuse serait-elle plus forte si la lumière 11’arrivait pas seulement par les bas côtés. » A Milan également, Dolcebuono construisit l’intérieur du « Monastero Maggiore » ( 1 5o3 - 1 5 1 9), immortalisé par les fresques de Bernardino Luini.