‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 2)Chapitre 201 sur 284 · ANDREA RICCIO · texte numérisé non relu

ANDREA RICCIO

démons ainsi que le génie au masque de Riecio (tombeau des délia Torre).

En i5o6, Riecio, qui comptait alors trente-six ans, fut chargé de fondre pour le « Santo » deux bas-reliefs, faisant suite à ceux de Vellano, la Translation de J’ Arche et Y Histoire de Judith. Il y créa des pages riches et brillantes, mais aussi dénuées de sincérité que de fermeté.

J’en viens à la plus populaire des créations de Riecio, le fameux candélabre du « Santo». Commencée en 1007, cette œuvre gigantesque (elle mesure, sans le piédestal, 3“',92 de haut et im, 12 de large dans son plus grand développement) fut achevée en 1 5 16 seulement (elle fut payée à l’artiste 600 ducats d’or; environ 3o 000 francs) .

Un connaisseur éminent,

Eugène Piot, n’hésitait pas à la ranger « parmi les monuments les plus illustres de l’art italien, entre les portes de Ghiberti et les fonts baptismaux de la cathédrale de Sienne ». Assurément, l’ensemble séduit par son extrême richesse, et l’on ne saurait nier que les détails ne soient très habilement agencés.

Mais quel travestissement, quelle mascarade, j’allais dire quelle indécence, dans un sanctuaire chrétien, sur le maître-autel d’une basilique visitée chaque année par des milliers et des milliers de pèlerins, que cette apothéose du paganisme envisagé dans ses inventions les plus profanes ! A côté des personnifications de la Musique, de Y Histoire, de la Renommée, de Y Envie, de la Haine, des Quatre Vertus cardinales, à côté de Y Adoration des Mages, du Sacrifice de l'Agneau pascal, de la Mise au tombeau, de la Descente aux limbes (avec des démons qui se ressentent du voisinage de l’Allemagne), voici des motifs tels que Jupiter foudroyant des monstres, du haut d’un char qui est traîné par deux jeunes femmes, dont l’une tient deux vases, l’autre une couronne et une branche de laurier, la Déesse Hygie, puis des Sphinx, des Têtes de béliers et des Têtes de.

Jupiter A 111 mon, des Satyres enchaînés, des Centaures, des Sirènes, des Griffons, des Scènes de sacrifice, bref un arsenal de formules banales à force d’avoir été ressassées et en tout cas privées de signification dans un tel lieu. Un conflit ne pouvait manquer de se produire entre l’inspiration et une mémoire chargée à ce point; tout ce qui s’appelle émotion et sincérité devait sombrer dans un tel déluge d’érudition. Il ne faut pas que l’habileté du praticien nous fasse oublier la pauvreté d’imagination de l’artiste, cette pauvreté qui se dissimule sous la profusion des emprunts hétérogènes.

Dans sa ville natale, l’artiste padouan se signala en outre par l’exécution du tombeau d 'Antonio Trombetta (f 1 5 1 8) , au « Santo », avec le buste en bronze du défunt (162 i-i52q).

A Vérone (p. 296), Riccio éleva, dans l’église San Fermo Maggiore, le

fameux tombeau des Délia Torre (l’ensemble gravé p. 3q6; deux des basreliefs, p. 120, 12 1). Si la donnée architecturale frappe par son originalité, presque par sa bizarrerie (colonnes renflées dans le bas, sarcophage isolé reposant sur quatre sphinx , etc.), la conception des sujets traduits dans les bas-reliefs surprend bien davantage . Transportant dans une atmosphère idéale Marc Antonio délia Torre,

Buste en bronze d’Andrea Loredano, par Andrea Riccio ,., ,

(Musée Correr a Venise.) qu il représente presque

toujours nu, à la façon des

héros de l’antiquité (c’est ainsi que Canova encore a représenté Napoléon Tr dans sa fameuse statue du palais de Brera), l’artiste déroule devant nous une série de scènes sans réalité aucune. Le travestissement des personnages, tous affublés de costumes antiques, nous choque autant que nous glace le manque complet de sincérité, d’énergie, de précision. Même dans la Lamentation autour du cadavre de délia Torre, il n’y a que de la déclamation. Quelle différence avec les scènes analogues de Donatello!

Riccio s’essaya également dans l’architecture : on lui attribue, mais sans preuves suffisantes, les plans de l’église Santa Giustina à Padoue.

Cet artiste spirituel et frivole mourut âgé de soixante-deux ans, le 8 juillet 1 533 L

i . Outre de nombreuses plaquettes, que l’on trouvera décrites dans l’ouvrage de M. Molinier

LES SCULPTEURS VICENTAIS.

Conséquente avec elle-même, l’École de Padoue passa de l’imitation à la contrefaçon. Le médailleur Giovanni Cavino (né vers i5oo, mort en 1670) excellait à reproduire, à restituer ou à contrefaire les médailles antiques; il se fit une réputation peu enviable comme faussaire. Ces pastiches, pour employer

Le Christ entre saint François d’Assise et saint Bernardin de Sienne. Sculpture de l’Ecole vicentine. (Eglise San Lorenzo à Vicence.)

un euphémisme, ne portaient pas uniquement sur les médailles : M. Courajod

(les Bronzes de la Renaissance), je citerai dans nos collections parisiennes le superbe bas-relief en bronze représentant la Mise au Tombeau (collection Gustave Dreyfus ; gravé p. 83), un Cavalier antique (collection Spitzer; une réplique dans la collection Lichtenstein a Vienne), Y Adoration des Mages, bas-relief en bronze (collection Davillier, au Musée du Louvre), la statuette à' Avion, dans une attitude à la fois pleine de liberté et pleine de poésie, et le buste de Riccio (même collection), une statuette en bronze de Moïse (drapé à l’antique, la tête munie de cornes semblables à celles de Jupiter Ammon, la main droite étendue; collection de Mme Édouard André). — A Venise, le musée Correr possède un superbe buste en bronze d ’ Andrea Loredano (i I499)i exécuté par Riccio en 1401 (gravé ci-dessus).

a retrouvé une longue série de statuettes, de bas-reliefs et d’objets de petite dimension, d’ordinaire en bronze, auxquels leurs auteurs s’efforcaient de donner toutes les apparences de morceaux antiques, poussant parfois l’audace jusqu’à les mutiler pour mieux tromper les amateurs1.

Un bas-reliel en pierre légué au Louvre par Charles Timbal et un retable de l’église San Lorenzo de Vicence (exécuté en 1474), tous deux publiés par Courajod'2 3, caractérisent la petite Ecole vicentine, dont les créations se ressentent à la fois de l’influence de Donatello et de celle de Mantegna, avec une certaine exagération dans l’expression et les gestes. Tous deux représentent le Christ mort soutenu par deux anges, dont l’un sanglote, la bouche grande ouverte (expression peut-être bien vraie, mais qui frise la grimace) ; à droite et à gauche un saint. Dans le tympan, Dieu le Père à mi-corps. Le retable de Vicence est complété par les acteurs de l’ Annonciation et par la Vierge entre saint François et saint Bernardin. L’ornementation appartient déjà complètement à l’art nouveau : elle se compose de palmettes, de denticules, d’oves, d’arabesques. Les deux ouvrages sont peints et dorés.

Séparées et comme coupées en deux par l’Ecole padouane, l’École milanaise7, et l’Ecole vénitienne offrent cependant de nombreuses analogies : ce qui leur est commun, c’est la faiblesse des études préparatoires : l’anatomie, les proportions, la physionomie, leur sont aussi peu familières que la connaissance même des modèles antiques; tour à tour lyriques et narratives, elles ignorent la puissance dramatique. Inféodées toutes deux, plus longtemps que n’importe quelle autre Ecole italienne au style gothique, elles parviennent, mais après des

1. L’Imitation et la Contrefaçon des Objets d'art antiques aux .XVe et XVIe siècles. Paris, 1889.

2. Quelques Sculptures vicentines. Paris, 1882. (Extr. de la Galette des Beaux-Arts.)

3. Bibl. : Perkins. — Le Cicerone. — Lübke. — Calvi, Notifie sulla vila e suite opéré dei principal i Architetti, Scultori e Pittori che fiorirono in Milano durante il governo dei Visconti e degli S for%a, t. II. Milan, 1 865 . — Rahn : Répertoria ni fur Kunst-iuissenschaft, t. III, 1880, p. 386 et suiv. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 252 et suiv.

La diffusion des sculpteurs lombards, déjà si marquée pendant la période précédente (t. I, p. 122, 191, 194-195; t. II, p. 458), continue à s’affirmer. Aux Gagini, à Andrea Bregno, à Ambrogio Barocci, à Caradosso et aux différents autres artistes mentionnés ci-dessus comme ayant travaillé au dehors, il Lut ajouter les Lombardi de Venise (originaires de Carona, près de Lugano), Tommaso Malvito de Côme, le sculpteur de la crypte de la cathédrale de Naples et probablement aussi du retable de Saint-Lazare à la Major de Marseille; Paolo de Garviis de Milan, le sculpteur de la cathédrale d’Atri (i.5o3); l’orfèvre Ambrogio de Milan (le père d’Andrea Riccio), qui s’était fixé à Padoue; Cristoforo de Milan (i5ü9) et Bernardino de Milan (i52i), tous deux occupés à Ferrare ; Cristoforo Solari, qui travailla pendant quelque temps à Venise et à Rome, etc. — A Gènes, on rencontre une série de sculpteurs originaires de Carona et de Bissone, près du lac de Lugano, puis Antonio délia Porta, de Milan, surnommé Tamagni (i5c>4, i5og, etc.), Giacomo de Campione (i5o6, etc.). — Sur d’autres sculpteurs lombards fixés au dehors, voir Bertolotti, Artisti lombardi a Rom a, et Caffi : Archivio storico lombarde, 1 885, p. 65 et suiv. ; 1886, p. 879 et suiv.

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