LES PEINTRES VÉNITIENS
Vierge, des saints; leur apothéose dans des chœurs d’anges et au milieu d’un riche paysage le séduisait plus que les scènes disposées dans l’ordre chronologique à la façon des grands narrateurs florentins, Benozzo Gozzoli et Ghirlandajo.
Les Scènes de /’ Ancien Testament, si populaires dans l’Italie centrale, — il suffit de rappeler les portes de Ghiberti, les fresques du cloître vert de Sainte-Marie Nouvelle, du Campo Santo de Pise et de la chapelle Sixtine, les bas-reliefs de Jacopo délia Quercia sur la façade de San Petronio de Bologne, les innombrables statues de Patriarches , de Prophètes , de Samson, de David, de Judith, etc., — ces scènes, dis -je, semblaient n’offrir aucun intérêt pour les Vénitiens, comme si la poésie biblique était trop austère pour eux. Tout au plus en trouverait- on quelques interprétations sur les mosaïques de Saint-Marc ou sur les chapiteaux du Palais ducal, c’est-à-dire dans des ouvrages bien antérieurs à l’essor de l’École vénitienne.
S’agissait-il, par contre, de l’histoire profane et surtout de l’histoire nationale, les Vénitiens faisaient preuve d’un réalisme inconnu à l’École florentine. Celle-ci, on l’a vu, entraînée par le culte de l’antiquité et l’influence de Platon, ne retraçait que rarement les événements contemporains; tout au plus introduisit -elle les portraits des Médicis et de leurs amis dans les scènes de l’histoire sainte. A Venise, au contraire, dès le début du xve siècle, le Sénat, ne s’intéressant à la peinture qu’autant qu’elle devenait un instrument de propagande patriotique, chargeait Gentile da Fabriano et Pisanello de peindre dans la grande salle du Palais des Doges les épisodes les plus glorieux de la République, des Batailles navales , Y Humiliation