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CHAPITRE III

BOLOGNE ET l’ÉMILIE. — LES PRINCES DE CORREGGIO ET DE CARPI. — FERRARE ET LUCRÈCE BORGIA. — MANTOUE ET LA MARQUISE ISABELLE d’eSTE.

e qu’avaient été pour les Marches et la Romagne les entreprises de César Borgia, celles de Jules II le furent pour l’Emilie. De i5o6 à i5i3, cette région si riche fut à tout instant le théâtre de luttes sanglantes; mais ni batailles, ni sièges, ni sacs ne réussirent à y étouffer la vitalité, dont la culture des arts ou des lettres est à nos yeux une des marques les plus éloquentes.

A Bologne, les annales de l’art démontrent avec une incomparable netteté à quel point les historiens, nos prédécesseurs, ont eu tort de négliger ce facteur essentiel qui s’appelle les Mécènes. Voici un centre intellectuel, une population riche et artiste, une bonne volonté extrême : eh bien, malgré tous leurs efforts, les Bolonais n’ont réussi qu’à éparpiller leurs forces et à produire une série de morceaux intéressants, sans une seule page maîtresse qui s’impose à l’admiration. Ils auront beau compter parmi leurs concitoyens ou parmi leurs hôtes des architectes tels que Vignole et Serlio, des sculpteurs tels que Niccolô dell’ Area, les Baroni, Michel-Ange, Airno surnommé le Varignano, Properzia de Rossi, des peintres tels que le Francia, Lorenzo Costa, Francesco Cossa. les Asper-

E. Müntz. — 11. Italie. L'Age d'Or.

tini, Bagnacavallo, Pr. Fontana, le Primatice, Pellegrino Tibaldi, des graveurs au burin de la force de Marc-Antoine Raimondi, de Bonasone, des graveurs en pierres dures tels que Giovanni da Castel Bolognese, et une infinité d’autres artistes distingués : faute de s’être attachés à quelque entreprise grandiose, ils n’auront marqué qu’au second rang.

■ C’est que rien ne remplace la netteté de vues, la cohésion, le parti pris; c’est que, sans la direction d’un Ludovic le More, d’un Laurent le Magnifique, d’un Jules II ou d’un Léon X, même les Léonard de Vinci, les Michel-Ange et les Raphaël risquent de gaspiller leur génie. Or qu’étaient les Bentivoglio, comparés à de tels juges ? Des amateurs hybrides, tellement ondoyants que nous avons pu les ranger parmi les protagonistes de la Première Renaissance (t. I, p. 1 58), tout comme nous pouvons leur donner place parmi les champions de l’Age d’or.

Ces Bentivoglio sont bien d’ailleurs les enfants du pays, rattachés par mille liens à leurs concitoyens, prêts à partager avec eux la bonne et la mauvaise fortune, des patriciens plutôt que des princes. Quel patriarche que le chef de la famille, Giovanni Bentivoglio (iqqS-ifiog), avec ses trente et quelques enfants! Que de fêtes brillantes organisées sous ses auspices, que de fondations dont il prit l’initiative ! les noces d’Annibal Bentivoglio avec Lucrèce d’Este vers 1490; la décoration de son palais (démoli en i5o~), confiée aux plus habiles artistes de Bologne, de Ferrare, de Modène, et qui comprenait entre autres la Mort cT Holopberne de Francia, etc.

En matière d’architecture, outre un certain nombre de constructions que nous étudierons plus loin, nous avons à signaler la reprise des essais — bien stériles — pour l’achèvement de la façade de San Petronio (i5iq et années suivantes).

Dans les annales de la sculpture, les laits les plus saillants sont le long séjour de Niccolô dell’ Area et les deux apparitions de Michel-Ange, venu en 1494 pour sculpter un des anges de la châsse de saint Dominique, et en i5o6 pour modeler la statue de Jules II (mise en place le 21 février 1008, détruite le 3o décembre 1 5 1 1). Rien de plus touchant que l’histoire de cette châsse de saint Dominique, commencée au xnf siècle par Nicolas de Pise, le glorieux fondateur de l’Ecole de sculpture italienne, complétée, à la fin du xvr par Michel-Ange, le dernier et le plus glorieux représentant de la même Ecole, enfin pourvue de son soubassement par Alfonso Lombardi. Ces âges heureux ignoraient la précipitation, parce qu’ils possédaient au suprême degré le sentiment de la solidarité entre les membres d’une même famille et entre les citoyens d’une même ville ; ils savaient que l’œuvre commencée par les ancêtres serait menée à bonne fin par les arrière-petits-neveux.

L’opiniâtreté d’un orfèvre habile qui sut se créer une situation parmi les peintres donna naissance à l’Ecole de peinture bolonaise, école quelque peu hybride, pénétrée de réminiscences ombriennes, mais qui n’en compta pas

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