I. Les Projets primitifs, p
BRAMANTE
coupole, avec sa balustrade, ses trente-deux arcades à jour disposées sur huit faces, ses clochetons et sa lanterne. L'église de Buste Arsizio ne fut commencée qu'en i5i7 sous la direction de Lonati; la lanterne ne fut même mise en place qu'en 1509.
Le monastère du Saint-Sépulcre à Plaisance, le dôme central de l'église de Saronno, l'église San Magno à Legnano, semblent également procéder de plans composés par Bramante. A Imola, la « Madonna del Piratello » décèle dans plusieurs de ses parties, notamment dans le tabernacle placé au-dessus de l'autel, l'intervention du maître. Quant à l'église de Canobbio, attribuée à Bramante, elle ne fut commencée que longtemps après sa mort, en i520.
Le génie de Bramante rayonna sur la Lombardie entière et son action fut d'autant plus profonde que, loin d'apporter du fond de son pays natal un style tout fait, il eut le mérite de s'approprier, saut à les transformer et à les transfigurer, les éléments si intéressants que lui offrait sa patrie d'adoption. Une nuée d'élèves — Bramantino Suardi, Giovanni Battagio, Cesare Cesariano (1483-1540), le traducteur de Vitruve (i5.5i), etc.,
— répandirent ses enseignements dans les régions où il n'avait pu atteindre personnellement.
Giovanni Giacomo Battacchione ou Battagio de Lodi est l'architecte de l'église de 1' « Incoronata »', qu'il commença en 1488 dans sa ville natale et qui fut continuée après son départ (1481)) par Dolcebuono, puis (i5u)) par Omodeo. On peut reprocher à cette construction son extérieur trop massif, sans
I. Sur l'histoire de cette e-glise, ainsi que sur les églises similaires de la Lombardie, voyez l'intéressante publication de M. Strack : Central umi Kiippclbaiikn dcr Renaissance in Italien. Berlin, 1882.
E. Munlz. — II. Italie. L'Age d'Or. J?
Église Santa .Maria à Busto .\rsizir D'après un projet de Bramante.
liberté et sans air. Battaggio fournit en outre les dessins de l'église polygonale « Santa Maria della Croce » ou « il Santuario », près de Crema (commencée en 1490, terminée en i5oo par Antonio Montanara). Ce dernier édifice, dont le trait dominant est la multiplicité des ouvertures, forme une tentative de compromis assez malheureuse entre les traditions de l'architecture lombarde du moyen âge et les principes de la Renaissance.
Bartolommeo Suardi, surnommé Bramantino en souvenir de son maître Bramante (né à Milan vers I455, mort après i53o), est surtout connu aujourd'hui par ses peintures et par son recueil de dessins reproduisant les antiquités de Rome'. En matière d'architecture, son vestibule de San Nazareo à Milan, avec les sarcophages de la tamille Trivulce, nous fournit un témoignage peu brillant de son goût.
Malgré de réelles qualités, les élèves lombards de Bramante ignoraient la netteté de vues, la souveraine clarté et le sentiment de beauté si profond qui caractérisaient le maitre. Ils ne voyaient dans ses modèles que le goût de combinaisons plus ou moins pittoresques, non l'art merveilleux avec lequel étaient ménagées les transitions, non l'élégance qui éclatait jusque dans les moindres moulures, — ses courbes tour à tour si gracieuses ou si fières, — non la puissance et la clarté de cette pensée qui animait et illuminait l'édifice de la base au sommet. Et cependant le secret de Bramante consistait avant tout dans la science des proportions : avec les matériaux les plus simples, sans ornements d'aucune sorte, rien que par la magie de ses lignes, il évoquait tout un monde d'impressions exquises.
Avant de suivre Bramante à Rome, ouvrons une parenthèse pour présenter aux lecteurs les architectes qui travaillèrent à ses côtés et plus ou moins sous son inspiration : Giovanni Antonio Amadeo ou Omodeo, Giovanni Giacomo Dolcebuono, Tommaso Rodari, Cristoforo Rocchi, Cristoforo Solari, Borgognone et Zenale.
A l'exception de Dolcebuono et de Rocchi, ces artistes cumulaient tous la pratique de l'architecture avec celle d'un autre art. Omodeo, Solari, Rodari, étaient sculpteurs; Zenale et Borgognone, peintres. Est-il surprenant que, les instincts nationaux aidant, ils se soient complu dans une ornementation exubérante, qui masque à chaque instant les lignes de la construction, qu'ils aient préféré les combinaisons pittoresques aux lignes pures et nobles, qu'ils aient donné le pas aux colonnes cannelées, torses, historiées ou en forme de candélabres, sur les colonnes classiques! Loin de leur en faire un crime, je serais tenté de les en féliciter. Ne devons-nous pas à cette erreur féconde des merveilles telles que la foçade de la Chartreuse de Pavie !
Giovanni Antonio Omodeo (né en 1477, mort vers i522), l'architecte de la
1. Le Rûvinc di Roiiia, public à Milan en jJJfô par G. Mongcri.