‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 180 sur 257 · LI-: BA.MBAJA · texte numérisé non relu

LI-: BA.MBAJA

wif siècle furent dispersés à ce moment; ils sont aujourd'hui répartis dans une vingtaine de collections publiques ou particulières, parmi lesquelles il suffira de citer le Musée de Brera (où se trouve la statue couchée de Gaston), le château de Castellazzo près de Milan, le Musée de Turin, la collection de Mme Edouard André, le Musée de South Kensington.

Si l'esquisse que nous avons reproduite ci-dessus (p. 048) ne nous fait connaître qu'un des projets du mausolée, l'étude des fragments dispersés permet de reconstituer celui-ci avec assez de précision. Elle nous apprend que le corps même du mausolée était divisé en huit compartiments, dont sept contenaient l'histoire du jeune héros, et le huitième l'épitaphe. Des piliers et des pilastres richement décorés supportaient des statuettes assises ou debout. La disposition générale manquait d'ampleur et de fermeté.

La statue (gravée p. 6) révèle dans toute leur étendue les qualités et les défauts du Bambaja, les lacunes trop nombreuses de son talent. Le visage, souriant dans la mort, séduit par son expression de bonté et de franchise, à laquelle se mêle comme la joie contenue causée par ce suprême triomphe, si chèrement acheté. L'artiste, sans chercher à s'éloigner de la ressemblance matérielle (que lout nous autorise à considérer comme parfliite), a su élever un portrait à la hauteur d'un type. Dans le reste de la statue, au contraire, il a renoncé à donner une forme pittoresque à cette armure disgracieuse, qu'il s'est appliqué à reproduire

Beatiix d'Esté, par Cnâlûlûio Solaii.

Chartreuse de Pavie.)

dans ses moindres détails, comme on peut en juger par la gravure de la poignée d'épée, que nous donnons plus loin.

Plus d'une des statuettes prodiguées autour de la figure du défunt séduit par l'esprit et la vivacité, mais on sent trop que l'auteur n'a point passé par la forte éducation de l'Ecole florentine. Son faire est petit, son style maniéré, ses expressions doucereuses et sentimentales; il préfère le joli au beau ; comparées aux productions de la grande statuaire, ses figurines sont ce qu'est la miniature à la peinture; plus d'une d'entre elles serait digne de former un dessus de pendule.

Dans les bas-reliefs de la Prise de Brescia, du Départ de Bologne, de la Bataille de Raveune, des Funérailles de Gaston, etc., l'artiste retrouve son assiette. Dans la Prise de Brescia, au jugement du marquis d'Adda, « la mêlée, la confusion, le mouvement de l'action, tout est rendu avec un réalisme incroyable; on admire les chevaux qui se cabrent, les cavaliers tombés dans les poses les plus désespérées, le fouillis de bras, de têtes, de jambes, où tout est à sa place, ayant sa forme et son individualité ».

Si nous considérons enfin l'ornemaniste, le Bambaja nous montre des qualités véritablement distinguées et rares. Ses inventions ont encore toute l'exubérance du style gothique; il a prodigué, à côté de trophées trop touffus, des monstres dignes de figurer dans les Bestiaires du mo3'en âge. Et quelle élégance, quel fini dans ce labyrinthe de motifs sacrés ou proflmes! Qu'il me soit permis ici encore d'emprunter la plume de mon ami le marquis d'Adda : (f L'ornementation est éblouissante; Mimercide ou Callicrate, au dire de Bossi, n'ont rien produit de plus prodigieux comme finesse et rendu. L'artiste y a introduit des guerriers, des esclaves rapportant des dépouilles, des rondaches ciselées, des machines de guerre, des canons, des épées, des armes offensives de tout genre, des cuirasses, des casques brodés d'arabesques et de gravures, dignes d'encadrer la tête des paladins de l'Arioste. Les armures sont évidées et sus-

Ornenients du tombeau de Gaston de Foix (Musée de Turin.)

LE BA.MBAIA.

pendues, presque entièrement détachées du fond; rien ne serait à clianger dans ces ornements si on les réduisait à leurs dimensions naturelles. Nous voyons le tout dans un cartouche à compartiments, où il y a des griffons, des chimères, des mascarons, des monstres harmonieusement mêlés à des feuillages entrelacés, tordus, fouillis inextricable qu'à grand peine le pinceau le plus habile d'un Flamand pourrait rendre avec un fini aussi savant. Nous connaissons certaines figurines détachées du marbre, auquel elles ne tiennent que par un mince fil, d'un fini si précieux, nous dirions presque indien ou chinois, qu'on craint vraiment de briser avec le souffle ce qui a été obtenu avec des fers. Et ce n'est pas tout encore : il y a dans un coin une sphère armillaire dont les méridiens et les parallèles sont complètement isolés, et l'illusion est tellement complète, qu'on les dirait simplement collés dessus, ils ne semblent même pas toucher à la surface du marbre. »

L'existence du Bamhaja se prolongea jusque vers le milieu du xvi" siècle (il mourut en 1548). Dans cette longue carrière il eut le loisir de travailler et pour la cathédrale de Milan et pour la Chartreuse de Pavie, et pour les particuliers. Une de ses dernières productions, le bas-relief avec la Présentation au temple (1540; cathédrale de Milan), offre un grand air de solennité et reçoit plus d'éclat encore de la belle arcade à caissons qui l'encadre. Malheureusement les figures des personnages ont une longueur démesurée. Pour la cathédrale également, le Bambaja sculpta les tombeaux

du cardinal Marina Caraccioli et du clianoine G. A. Viinercati, ouvrages des plus médiocres, et pour l'église San Francesco le tombeau d'un Birague. Perkins lui attribue en outre différents bas-reliefs d'un des tombeaux des Borromée, à Isola Bella, le Christ au jardin des Oliviers, la Flagellation et un Guerrier marchant en triomphe au milieu d'un cortège de citoyens et de soldats.

E. iMuntz. — II. Halle. L'Age d'Or. 70

Ornements du tombeau de Gaston de Foix. (Musée de Turin.)

Benedetto Briosco ou de' Brioschi de Milan figure, à partir de 1480, dans les registres de la construction du dôme; à ce moment, il exécuta une statue de Sainte ApoUonie, à laquelle tirent suite diverses autres statues, entre autres une Sainte Agnès (1491). En i5oi, il fut chargé de construire et de décorer la porte de la Chartreuse de Pavie (p. 547). Briosco sculpta en outre de sa main la Madone du mausolée de Jean Galéas Visconti (debout, dans une attitude assez embarrassée, l'enfant assis sur son bras gauche; le manteau formant des plis disgracieux à la hauteur du genou droit), œuvre timorée et archaïque, mais qui ne manque pas d'une certaine solennité. En i5o7-i5')iS, il exécuta pour la cathédrale de Crémone, dans le style d'Omodeo, les bas-reliefs du sarcophage contenant les reliques des Saints Pierre et Marcellin.

Un sculpteur et orfèvre lombard qui travaillait aux côtés de Léonard de Vinci et qui, comme lui et comme Bramante, chercha plus tard fortune à Rome, se détache par son mérite transcendant sur l'ensemble de ces maîtres laborieux, je veux parler d'Ambrogio Foppa, surnommé Caradosso (né vers 1452 à Mundonico, mort à Rome en K'^2n-i527)'. Médailleur incomparable, — on en peut juger par ses effigies de Ludovic le More, de Bramante, de Jules II, — Caradosso excellait également dans la statuaire. La pénétration réciproque de deux genres aussi dissemblables que la sculpture et l'orfèvrerie, une rare ficulté de synthèse et une distinction non moins rare, tels sont les traits saillants de la physionomie de cet artiste éminent. Il s'élève au grand art dans les productions microscopiques, médailles ou plaquettes, et descend aux pratiques les plus minutieuses dans ses productions monumentales, telles que son Calvaire et ses frises d'Enfants jouant, tous deux dans l'église San Satiro à Milan. Ces derniers (gravés 1. 1, p. 21).^; t. II, p. i.-ii), .x^i)) révèlent un art très distingué et très vivant, quoique un peu dur encore. A Milan également, au Musée de Brera, un petit Saint Sébastien, qui m'a été signalé par M. A. Melani, (haut-relief, le saint est debout sous une niche), révèle les mêmes qualités et aussi les mêmes traces d'archaïsme : on y reconnaît le type milanais, c'est-à-dire ces faces un peu larges, à l'ossature très apparente, avec les yeux levés vers le ciel (comme dans les terres cuites du Grand Hôpital) et leur cachet de souveraine distinction.

L'œuvre capitale de Caradosso en tant que sculpture est le Calvaire ou Déposition de Croix, en terre cuite coloriée et dorée. Douze personnages en ronde bosse, de grandeur nature à peu près, y sont rangés autour du Christ ; les uns s'occupent de soutenir le cadavre ou la \'ierge dét.iillante; les autres

I. BiBL. : Piot, le Cabinet de rAiiuileur, i802-l863, p. 20 et suiv. — Caffi : Aicliivio storico lombardo, 1882, p. 727. — Bertolotti, Artisii lomhardi a Roma. — J'ai consacré à Caradosso une série de notices dans la Oironique des Arts (1880, p. 83), dans la Revue archéotogiqtie (janvier 1882), dans la Ga:^ette des Beaux-Arts (i883, t. I, p. 421-424, 491-495). dans t'Atetier monétaire de Rome (^p. 20 et suiv.) et dans lu Renaissance au temps de Cliattes VIII {p. 268 et suiv.).

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