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JEAN ET GENTIL BELLIN

ar suite d'une loi historique, l'École vénitienne, comme kl dernière venue, répondit aussi à la dernière évolution de la peinture italienne, c'est-à-dire à l'évolution purement coloriste : ce qui restait à perfectionner, c'était la science du clair-obscur, les contrastes de la lumière, la morbidesse ou l'éclat de la touche; c'est à quoi s'employèrent simultanément le Pérugin dans l'Ombrie, Léonard de \'inci à Milan, enfin les Bellini et leurs successeurs à Venise.

De fort bonne heure, les Vénitiens, fidèles aux traditions de leurs modèles les B3-zantins, n'admirent que deux genres de peinture, la mosaïque pour la décoration murale, et la peinture soit « a tempera », soit à l'huile, pour les surfaces mobiles. La tresque, si florissante dans les autres parties de l'Italie, comptait à peine quelques représentants chez eux : elle n'avait pas assez d'éclat pour des yeux habitués, par le climat ainsi que par les relations incessantes avec l'Orient, aux tonalités les plus vives ; en outre l'atmosphère de Venise n'était pas favorable A sa conservation.

Le tableau de chevalet, en d'autres termes une peinture mobile, créée pour elle-même, et non en vue de la décoration architecturale, tel fut donc dès le

E. Munlz. — II. Italie. L'Acre d'Or. 9;

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début l'objectif des peintres vénitiens : tel est aussi un des secrets de la supériorité qu'ils acquirent si rapidement dans le coloris; ils n'avaient pas à compter, comme leurs confrères de la Toscane, avec les exigences de la composition ou de l'ordonnance.

A Venise, nous n'avons cessé de le répéter, l'humanisme ne pénétra que fort tard et n'acquit jamais une cohésion comparable à celle qu'il avait à Padoue ou à Florence. Une foule d'idées confuses, empruntées les unes au moyen âge, les autres à l'Orient, bouillonnaient dans ces imaginations molles, sans arêtes, et ces idées, il était rare qu'elles se traduisissent en formules véritablement plastiques.

Les patriciens vénitiens du xv'' siècle n'y regardaient pas de si près, je gagerais, que leurs confrères florentins en matière d'art. Ce qu'il leur fallait, c'était un artiste répandu dans le monde, puis de riches couleurs, beaucoup d'or, beaucoup de bleu d'outremer. — Ainsi seulement s'explique comment un peintre aussi arriéré que Jacobello del Fiore avait pu réunir une fortune si grosse. — Parfois aussi ils s'inclinaient devant une réputation venue du dehors : au début du xv" siècle, le Sénat avait coniré des travaux à Gentile da Fabriano et à Pisanello; vers 1475 il fit appel à A'errocchio. La gloire du Pérugin le tenta un instant (1494), mais les prétentions financières du maître ombrien qui, en matières d'aftaires, n'avait rien de mvstique, le rebutèrent promptement '.

Comme un exemple de l'embarras que causait aux Vénitiens primitifs l'interprétation des allégories les plus faciles, on peut citer les petits tableaux de Jean Bellin, à l'Académie des Beaux-Arts (originairement encastrés d.r.is un meuble, qui fut la propriété de V. Catena). Le brave maître vénitien avait bien vite oublié les leçons de son père et de son beau-frère, si curieux tous deux d'archéologie classique, et lorsqu'il se trouva avoir à peindre la Caloiiiuic ou la Fortune, il fut forcé de se creuser la cervelle pour inventer des motifs que personne ne comprend. Même en plein xvi'' siècle, le Titien, voulant peindre Y Amour sacré Qt V Amour profane, dans le fameux tableau de la galerie Borghèse, montra une telle indécision qu'aujourd'hui encore on discute pour savoir laquelle des deux figures personnifie l'Amour sacré et laquelle l'Amour profane.

Cette mollesse dans les esprits fut cause que ni Mantegna, le beau-trère des Bellin, ni les Florentins ne purent foire fortune à Venise, tandis que Gentile da Fabriano, avec son suave coloris, ses types empreints d'un doux mysticisme, y remporta d'éclatants triomphes.

L'indifterence des \'énitiens n'était pas due au hasard seul. Tout un groupe, et ce fut le plus nombreux, celui qui avait pour chef Giovanni Bellini, se sentait irrésistiblement entraîné vers la poésie Ivrique, la glorification du Christ, de la

I . Citons eu ouU'L-, parmi les artistes étrangers de passage à Venise : Andréa et Cristûloro Solari, qui s'y fixèrent vers 1490; Léonard de Vinci, qui y résida en 1499-1600; Albert Durer, qui y peignit en i5o6 la Fêle du Rosaire; Fra Bartolommeo, qui y fit une apparition en 1.Î08.

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