GENTIL BELLIN
Apres son retour de Constantinople, Gentil peignit, dans la salle du Grand Conseil, les sujets suivants : la Remise du cierge, le Pape et le Doge envoyant une ambassade à l'Empereur, V Empereur recevant Vanibassade, le Pape reinellanl Fépce au Doge, une Bataille navale, le Pape remellant l'anneau au Doge. Ces compositions, détruites dans le fatal incendie de i5", sont décrites en détail et avec de grands éloges par Vasari'.
En dehors de quelques portraits, sur lesquels il n'y a pas lieu d'insister'', je citerai une suite de scènes tirées de la Légende de la Croix et peintes pour la confrérie de la « Scuola di San Giovanni Evangelista », à Venise. Un Miracle opéré par la vraie Croix
(peint avant 1404), la Procession de la vraie Croix sur la place de Saint-Marc (1496)^, 1'/;;vention de la vraie Croix dans un des canaux de Venise (i5oo). Tous trois se trouvent aujourd'hui à l'Académie des Beaux- Arts de Venise.
La Prédication de saint Marc à Alexandrie, tableau inachevé au moment de la mort de l'artiste (i5o7) et terminé par son frère (au Musée
de Brera), est conçue dans les mêmes données, on n'ose dire dans les mêmes principes, avec des éléments exotiques en plus.
Le mépris de la couleur historique, telle est la base de l'art de Gentile Bellini. Renonçant à reconstituer une scène du passé ou à évoquer un monde idéal, il peint ce qu'il voit autour de lui, des Vénitiens ou des Orientaux dans
La Prédication de saint Marc à Alexandrie. (FiagmentJ Par Gentile Bellini. (Musée de Brera.)
1. Un dessin de Rembrandt, conservé dans la collection Albertine, à Vienne, et publié par M. WickhofF, reproduit selon toute vraisemblance une esquisse de Gentile Bellini pour ses peintures du Palais des Doges. On y voit le pape Alexandre III dirigeant la procession.
2. Le Louvre possède de Gentil Bellin deux portraits réunis sur la même toile, portraits dans lesquels on a jusqu'à ces derniers temps cru reconnaître celui de l'artiste et celui de son frère. Mais une comparaison avec les portraits authentiques des deux artistes prouve que nous avons affitire à deux inconnus.
3. Dans cette Procession, le rendu de certains objets touche au trompe-l'œil; la grande chasse d'or et les candélabres qui occupent le centre du tableau semblent exécutés, non par un peintre, mais par un orfèvre; ils ont tout le relief et l'éclat d'objets en métal. Il est difficile de fiiire sentir à l'aide de mots combien ces formes nettes et arrêtées contribuent à donner de tenue à une peinture; elles corrigent ce qu'il pourrait y avoir de trop flottant dans cette infinité d'étoffes.
E. Mùntz. — n. Italie. L'Age d'Or. 99
leur costume respectif, vaquant à leurs affliires, se promenant, ou écoutant un prédicateur à la mode. Nul elTort d'abstraction ; c'est de la peinture documentaire, non du grand art, et c'est pour cela, à cause de ces informations positives, que ces compositions nous intéressent si vivement. On dirait un coin de la vie vénitienne fixé par l'appareil photographique. Le \'énitien se reconnaît en outre à la liberté avec laquelle il dispose ses groupes, à la vivacité, à l'harmonie du coloris.
Gcntile Bellini mourut le 23 février i5u~. Il légua à son frère un recueil de dessins de leur père à la condition qu'il achèverait les peintures commencées par lui dans la « Scuola di San Marco » (la Prédication de saint Marc à Alexandrie^, et à ses fils le recueil des croquis pris par lui-même à Rome.
Par la date de ses travaux, Barbarelli de Castelfranco, surnommé « il Giorgione » (1478-1511), rentrerait encore dans le cadre du présent volume. Mais son style diifère tellement de celui des Bellini et de leur Ecole, que nous avons jugé préférable de l'étudier dans notre troisième volume, en compagnie du Titien, des Palma, du Véronèse, du Tintoret. C'est dans ce volume également que nous nous occuperons des autres disciples de Bellin, Cima da Conegliano, Carpaccio, Mncenzo Catena et tant d'autres artistes éminents qui maintinrent si haut le drapeau de la peinture italienne à un moment oii la plupart des autres Écoles avaient depuis longtemps déjà abdiqué ou dégénéré.
Bas-relief de l'éiilise SanlLi .Maria dei Miracoli • à Venise.
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rragnient J'un Dais liorenliii en velours du xv siècle. (Ancienne collection de San Donato.)