‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 50 sur 257 · Voy. mon Rapijaël, 2° édit., p. 624 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. mon Rapijaël, 2° édit., p. 624 et suiv

4. Menioricdi motte Statue et Picture sono nella inctyta Cipta di Florentia. Florence, lôio (réimprimé dans la même ville « per nozze » en i863 par MM. Guasti et Milanesi. — Opnscutum de Mirabitibus nove et veteris Urbis Rome (Rome, i.tio, i5iS, etc.; réimprimé pour la partie moderne par M. Schmarsow : Heilbronn, i836). Pour éviter aux curieux des recherches inutiles, je leur apprendrai qu'un opuscule inconnu aux bibliographes, et dont j'ai fait prendre copie à la bibliothèque Corsini, à Rome (voy. également le catalogue Tross, i883, n" xxni), les Septem

L'APPRHNTISSACE. 191

tien Marc- Antonio Miciiiel, l'auteur de la fameuse N'otiiia publiée par l'abbé Morelli', brillent par la sagacité et la délicatesse des observations.

L'esthétique, plus ou moins officielle, dont nous venons d'esquisser le programme, eut sans cesse pour pendant, et parfois aussi pour correctif, l'initiation au moyen de l'apprentissage. Il importe donc, avant de poursuivre notre étude, d'indiquer sommairement quelles règles présidaient à l'éducation des artistes.

La Première Renaissance eût pu s'appeler l'âge de l'orfèvrerie, tant celle-ci avait fourni d'architectes, de sculpteurs, de peintres célèbres. Cette pratique se perdit de plus en plus; avec chaque génération le nombre des orfèvres capables de briller dans la statuaire, la peinture ou l'art de bâtir diminua. Pour la fin du xv" et le commencement du xvi'' siècle, on peut encore citer Caradosso, Francia, Timoteo Mti, Baldassare Peruzzi, Andréa del Sarto, Bandinelli. La période suivante ne compte plus que les noms de Francesco Salviati, de Benvenuto Cellini, de Pompée Leoni, de V. Danti. Enfin, aux approches du xvii'' siècle un seul artiste de marque représente ces traditions, Annibal Carrache.

Pour la période dont nous nous occupons, aussi bien que pour le xv" siècle, la règle, la règle absolue, c'est l'apprentissage, en d'autres termes l'incorporation de l'apprenti dans la famille de son maître, la vie en commun dans l'atelier, le passage par les occupations les plus humbles. Les Écoles des Beaux-Arts, avec des cours plus ou moins théoriques, n'existaient pas encore. Léonard de Vinci lui-même, quoiqu'il eut fondé la fitmeuse Académie de Milan (sur le fonctionnement de laquelle on manque d'ailleurs de détails), ne cessait de prendre à demeure des apprentis, et on sait ce que ces mauvais garnements causèrent d'ennuis au pauvre grand homme".

Plus précieuse encore que la vie de famille et que le commerce de tous les jours entre l'élève et le maître, fut l'obligation, imposée à tout débutant, de passer par les étapes les plus infimes de l'initiation technique. Dans une page d'un sentiment très élevé, Alfred Dumesnil a mis en lumière les hienfoits de ce système, qui mortifierait singulièrement l'amour-propre de plus d'un élève de nos écoles des Beaux-Arts : « Tout le mystère de l'éducation rapide de ces ouvriers qui furent artistes, de ces plébéiens qui devinrent les princes de l'art, s'explique par le dévouement absolu à l'art. De leur extrême application

Mirabilia Orbis et Urbis Ronia et Florentina civitalis, du même auteur (Rome, l.5lo), n'offre pas le moindre intérêt.

1. Notifia d'Opere di disegno nella prima meta del secolo .\VI. Bassano, i8co. — Nouvelle édition publiée par M. Frizzoni. Bologne, 1884. — Réimprimé et traduit en allemand par M. Th. Frimmel. Vienne, t. I, 1888. — Michiel est en outre l'auteur des Diarii publiés à Venise par Cicogna en 1861 dans les Memorie ddV htitiito veneto.

2. Sur les conditions et la durée de l'apprentissage , je renvoie le lecteur à un précédent travail, où il trouvera tous les détails désirables : Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps, 2' édit., p. 19-20, 39-40. Je me bornerai ici à rappeler que l'apprentissage commençait de fort bonne heure, quelquefois à sept ou huit ans, qu'il avait pour complément le compagnonnage, dont la durée était de deux à quatre ans, et qu'on pouvait à la rigueur être maître a seize ans.

résulte l'attachement du maître qui les fait travailler avec lui. Dans ces temps, point de praticiens; Michel-Ange, qui garda austèrement la discipline de cette éducation du x\" siècle, se rendait lui-même à Carrare pour dégrossir ses marbres. Quand un même homme ne franchit plus les intermédiaires de l'initiation intérieure, quand il n'y eut plus d'échelle que la foveur, il en résulta bien vite l'ignorance et la décadence, car l'art italien ne se soutenait que par la forte éducation et l'énergie des hommes du peuple dans leur ascension .1 l'idéal'. »

Léonard de Mnci a exposé dans un de ses manuscrits ses vues sur l'éducation. On me saura gré de les rapporter ici : « L'apprenti doit apprendre d'abord la perspective, puis les mesures de toutes choses; ensuite il doit dessiner d'après de bons maîtres, pour s'habituer à de bons membres, puis d'après la nature, pour se rendre compte des principes de ce qu'il a appris. Ensuite il doit regarder quelque temps les œuvres de différents maîtres et enfin s'habituer à la pratique de l'art. >> Ailleurs, il insiste sur la nécessité de procéder non seulement avec méthode, mais encore avec la conscience la plus rigoureuse. « Si tu veux arriver, déclare-t-il, en haut d'un édifice, il te fiudra monter degré à degré. Et, de même, » ajoute-t-il, « je te dis à toi que la nature tourne vers cet art du dessin : si tu veux avoir la vraie connaissance des formes des choses, tu commenceras par leurs parties, et tu n'iras pas à la seconde que tu n'aies bien dans la pratique et dans la mémoire la première; autrement, tu perdras le temps, ou du moins tu allongeras l'étude. Apprends l'exactitude avant la prestesse'. »

La variété des connaissances ou des aptitudes et une organisation véritablement encyclopédique avaient formé, on l'a vu, un des symptômes les plus caractéristiques de la Renaissance à ses débuts (t. I, p. 35o). Cette ouverture d'esprit, non seulement se maintint, mais encore se développa chez les maîtres en qui s'incarna la maturité de l'art, chez Léonard de \'inci, chez Michel-Ange et chez Raphaël : les fresques de la Sixtine, les tombeaux des Médicis, la coupole de Saint-Pierre de Rome, proclament à eux seuls avec quelle autorité Michel- Ange, pour ne nous attacher qu'à lui, dominait toutes les branches de l'art. Et encore en lui le poète le cédait-il à peine à l'artiste, de même qu'en Léonard l'artiste rivalisait avec un savant hors de pair.

Le secret de cette omniscience et de cette omnipotence, il fuit le chercher, je l'ai établi (t. I, p. •i?.'!), dans les leçons de l'antiquité, dans cette incomparable gymnastique intellectuelle, qui rompit les Italiens à toutes les difircultés. Que la variété des connaissances fût en outre en raison directe du degré de culture de la société dans laquelle chaque artiste avait été .élevé, c'est ce qui ressort, avec la dernière évidence, de la statistique dressée ci-des-

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