‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 88 sur 257 · VÉRONE · texte numérisé non relu

VÉRONE

Un autre art, la céramique, ne prit son essor que beaucoup plus tard, vers le milieu du xvi" siècle'.

Padoue comptait dès lors de nombreux cabinets d'antiques : celui du philosophe Leonico Tomeo (nommé professeur à l'Université en 1497, mort en i53i) se recommandait par quelques morceaux de premier ordre : un buste de Bacchus, plus grand que nature, et un Paysage avec des pécheurs, par van Eyck, le portrait de Tomeo par Jean Bellin, un bas-relief antique avec Deux Centaures et une Fawnwjt' (aujourd'hui au Palais ducal de Venise), ainsi qu'un riche choix de statuettes, de bustes et de bas-reliefs.

Le cabinet de Bembo, qui finit ses jours à Padoue, ne devait pas tarder à éclipser toutes les autres collections padouanes; mais, à l'époque où s'arrête notre esquisse, Bembo n'avait pas encore quitté Rome.

On rencontrait à Padoue mieux encore que des antiquaires, des sages mettant en pratique la philosophie de l'antiquité : tel ce Luigi Cornaro (-j- i565), l'auteur de la Vita sobria, qui se piquait d'exceller dans l'architecture, qui garda Falconetto pendant vingt et un ans dans sa maison, et qui devint centenaire, grâce à sa remarquable hygiène '.

De même que pendant la première partie de la Renaissance, Vérone (t. I, p. 173-I7|) produisit plus d'artistes que d'œuvres d'art. Les calamités qui fondirent sur cette noble et malheureuse cité expliquent son inaction dans le domaine contemplatif. Elle fut, de longues années durant, de i5og à i5i~, occupée par les troupes de l'Empereur et assiégée dans l'intervalle par les Français et les "\'énitiens : la nature continuait à lui prodiguer ses dons, un sang généreux, une imagination vive, mais la fortune l'empêchait d'en tirer parti. Dans la science et la littérature, nous avons à relever le nom de Fracastor; dans l'architecture, les noms de Fra Giocondo, de Michèle San Micheli (1484-1549), de G. M. Falconetto, tous trois champions ardents de l'antiquité, puis des Brugnoli; dans la peinture, ceux de Libérale, des Bonifitzio, des del Moro, des Moroni, de Torbido, de Monsignori, de G. F. Caroto, peintre et médailleur, en attendant l'avènement de Paul Véronèse; la gravure en pierres dures s'enorgueillit de maîtres tels que Matteo del Nassaro et Niccolô Davanzo; la sculpture en bois et la marqueterie, de Fra Giovanni; l'art du médailleur, de Pomedello et de Giulio délia Torre; la gravure enfin, de Caraglio.

Peu ou point de Mécènes dans cette cité si durement éprouvée : seul l'évêque Louis de Canossa, l'ami de Raphaël, tint à honneur de conquérir une toile du maître, la Perle, aujourd'hui au musée de Madrid.

1. Erculei, Roiim. Miiseo artistico-industiialc... IV Eiposi^iom\ :SSç) : Artc ccramica evelraria. Rome, i88g; p. 112.

2. Barckhardt, Die Culliir dcr Renaissance. — Gcschichte der Renaissance in Italien, 2' édit., p. 16.

Le petit nombre d'ouvrages qui ont pris naissance à la iîn du xv'' et au commencement du xvi'' siècle est cependant marqué au bon coin. Signalons au premier rang le chef-d'œuvre de Fra Giocondo, le « Palazzo del Consiglio », avec sa façade d'une suprême richesse, surmontée des statues de cinq \'éronais célèbres. A la cathédrale, l'autel de Sainte-Agathe, aux ornements aussi frais qu'élégants, s'impose également à notre admiration. San Fermo Maggiore s'honore de posséder le tombeau des délia Torre, enrichi par Andréa Riccio de bas -reliefs en bronze, dont quelques-uns ont été jugés dignes de prendre place

Le < Palazzo del Consiglio • de Vérone, par Fra Giocondo.

au Louvre (voy. les gravures des pages 1 20-1 21). Enfin Santa Maria in Organo doit à Fra Giovanni de Vérone ses admirables marqueteries et sculptures en bois, son candélabre, ses stalles au profil à la fois souple et sévère, aux transitions d'une aisance parfaite, ses vues de villes idéales, d'une si riche ordonnance, ses rinceaux d'un galbe irréprochable.

En quittant le territoire vénitien pour pénétrer en Lombardie, on est avant tout trappe de la vitalité de ces populations, longtemps comme engourdies, de la multiphcité des centres de production, de je ne sais quelle curiosité et quelle fierté. Que nous voilà loin de la mollesse des Ombriens, de cette mollesse qui dégénérait si aisément en banahté ! Dans ces régions fertiles entre toutes, avec leurs innombrables cours d'eau, leurs lacs, leurs montagnes, leurs gras pâturages et leurs mûriers au feuillage brillant, il faut s'arrêter partout, devant chaque sculpture, devant chaque marqueterie; toutes révèlent un mélange

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