LA CONSTRUCTION
fait résolument honneur de cette invention à son maître, qui l'appliqua pour la première fois à Milan, dans l'église « Santa Maria presso San Satiro. »
Dans les portes et dans les fenêtres, les motifs si variés employés par les
Primitifs disparaissent devant la forme rectangulaire, avec laquelle alterne parfois le plein cintre.
Au XV'' siècle, les tenêtres avaient eu d'ordinaire pour couronnement une
Le Palais Strozzi à Florence, par Benedetto da Majano.
simple corniche, plus ou moins saillante. Ce motit paraît encore dans un certain nombre de constructions (cour du palais Gondi à Florence, palais de la Chancellerie à Rome, palais Tarugi à Montepulciano, etc.). Mais la tendance générale est de surmonter les tenêtres d'un fronton soit triangulaire, soit circulaire. Le nouveau système (esquissé par Brunellesco à 1' « Ospedale degli Innocenti », qui contient une série de frontons triangulaires) devient bientôt la règle pour les constructions civiles aussi bien que pour les constructions religieuses. Le Cronaca déjà, à San Francesco al Monte, se sert de frontons alternativement triangulaires et circulaires. Mais, d'après Vasari, ce fut Baccio d'Agnolo qui introduisit cette innovation dans les palais. Mal lui en prit : il avait, raconte le biographe, disposé dans son palais Bartolini à Florence des
fenêtres ornées de frontons et une porte accompagnée de colonnes soutenant l'architrave, la frise et la corniche. Aussitôt les Florentins de l'acccabler de railleries et de sonnets satiriques. Ils lui reprochaient d'avoir fait une église en voulant foire un palais. Ces sarcasmes désolèrent d'abord Baccio au point qu'il faillit en perdre la tête ; néanmoins il se consola bientôt, en songeant qu'il était dans la bonne voie.
Sans prétendre discuter ici les droits de priorité de Baccio d'Agnolo, je me bornerai à rappeler que l'emploi de frontons alternativement triangulaires et circulaires se rencontre vers la même époque dans le palais construit par Bramante pour son propre usage, dans les palais dell' Aquila et Pandolfini, construits d'après les plans de Raphaël, dans le palais Avignonesi à Montepulciano et dans une foule d'autres édifices civils. Au palais des Doges à Venise (façade donnant sur la cour), les frontons circulaires — les seuls employés — du troisième étage pèchent au contraire encore par la timidité et la maigreur.
C'est à la Lombardie probablement qu'il faut foire honneur d'un motif des plus ingénieux et des plus pittoresques : la fenêtre cintrée inscrite dans un encadrement rectangulaire. Ces encadrements, copiés sur ceux de la « Porta de' Borsari » à Vérone, et dont on trouve des exemples à 1' « Incoronata » de Lodi et à la cathédrale de Côme, ont été portés au suprême degré de l'élégance par Bramante dans le palais de la Chancellerie (voy. p. 821).
Parfois la fenêtre était conçue comme un ensemble plus complet et plus riche encore : elle recevait un cadre composé d'une balustrade ou d'une sorte de stylobate, de deux colonnes et d'un fronton surmontant ces colonnes (palais deir Aquila et palais Pandolfini, par Raphaël).
Les fenêtres circulaires, les « oculi », cette forme si lourde et si vide, continua à être en honneur au Nord comme au Midi (églises de l'Incoronata à Lodi, de Santa Maria à Busto Arsizio, de la Steccata à Parme, de Santa Maria délia Croce à Crema, — avec des « oculi » ovoïdes —, palais des Doges et Vieilles Procuraties, à Venise, etc.).
Quant aux broderies, meneaux et découpures intérieures des fenêtres, déjà si singuHèrement simplifiés au xv' siècle (t. I, p. 892-394), ils devinrent encore plus pauvres si possible chez les architectes toscans et romains; les fenêtres à colonnettes ne se montrent plus guère qu'au palais Strozzi, et surtout au palais Bartolini, également à Florence, où elles fournirent à Baccio d'Agnolo un motit des plus ingénieux, deux colonnettes superposées, avec l'inscription « per non dormire » .
A la fenêtre toscane et romaine font pendants la fenêtre lombarde et la fenêtre vénitienne, aussi riches que les premières sont sobres et sévères. Si les architectes de l'église de Crema et de la Steccata de Parme se contentèrent de fenêtres géminées inscrites dans une arcade, à la Chartreuse de Pavie les quatre fenêtres de la façade furent conçues comme de véritables portails. Leurs lin-