LES JARDINS ET LES VILLAS
volières et des ménngeries, puis des plantes rares, y multipliaient les éléments d'intérêt.
Le jardin italien, ainsi que l'a spirituellement fait observer J. Burckhardt, contracta de bonne heure une double alliance avec l'antiquité romaine. D'une part, on mêlait à la végétation des fragments de sculptures, des inscriptions et autres vestiges antiques, de manière à éveiller une impression élégiaque; de l'autre, on disposait les massifs et les parterres sur le plan des ruines antiques, en donnant par exemple aux bosquets la forme de temples. — On aime à se figurer sous cet aspect les jardins des Ruccellaï, les « Orti Oricellarj », immortalisés par l'Académie platonicienne de Florence.
Les VILLAS de la fin du xv' siècle se reliaient d'ordinaire à des exploitations
Vue générale de la Villa Madame. (D'après l'ouvrage de M. de Geymûller.)
agricoles considérables : Poggio a Cajano, la Sforzesca, bâtie par les Sforza dans les environs de Vigevano, et Poggio Reale, près de Naples, servaient de fermes-modèles en même temps que de maisons d'agrément.
Poggio a Cajano était la création favorite de Laurent de Médicis, qui, après avoir acquis ce domaine en 1479, chargea son ami Giuliano da San Gallo d'édifier la villa appelée à une si grande célébrité. Un aqueduc amenait l'eau des hauteurs de Bonistallo. D'immenses potagers et vergers servaient aux expériences entreprises par Laurent, non moins curieux des productions de la nature que de celles de l'art. Ici c'étaient des plantations de mûriers (aujourd'hui encore, ce genre de culture forme une source de revenus considérable pour le bassin de l'Ombrone); ailleurs, des animaux rares, achetés jusqu'en Espagne et en Egypte. Laurent, en effet, peut être considéré comme le fondateur des jardins d'acclimatation, dans le sens le plus élevé du terme. Sa prodigieuse activité s'étendait à tout, depuis les faisans dorés, dont les descendants peuplaient encore le parc il y a quelques lustres, jusqu'aux porcs de la Calabre, aux ruminants de l'Lide, peut-être même aux girafes; car c'est sous ses auspices que ce bizarre et gigantesque quadrupède fit sa première apparition sur les bords de l'Arno. Etables, volières, garennes, séries de zoologie et séries de
botanique, tout témoignait d'une curiosité sans cesse en éveil, d'une ardeur féconde et infatigable'. A Poggio Reale (t. I, p. 119), à la Sforzesca, l'horticulture, la pomiculture et l'agronomie ne tenaient pas moins de place.
Vers le début du xvi'' siècle, la villa italienne, sous l'influence toujours croissante de l'épicurisme, devint non pas un diminutif des palais construits à l'intérieur des villes, mais comme un compromis extraordinairement pittoresque et voluptueux entre les ressources de l'art et les ressources de la nature. On demanda aux plus grands artistes d'embellir ces résidences désormais vouées au plaisir seul, au lieu d'être, comme par le passé, le poste, plus ou moins agrémenté, d'où le père de famille surveillait ses fermiers et tenanciers.
Raphaël dut composer des cartons pour la décoration de la Magliana, le rendez-vous de chasse favori des papes, depuis Innocent VIII jusqu'à Léon X; c'est lui également que le cardinal Jules de Médicis chargea d'élaborer les plans de la merveilleuse Villa Madame, située au pied du Monte Mario, à quelques pas de Rome (i5i6 et années suivantes"). Le Sanzio ne se contenta pas d'y combiner avec une rare ingéniosité les merveilles de l'architecture avec celles de l'art des jardins, il y multiplia les ornements, qui forment, avec ceux des Loges du Vatican, le triomphe le plus complet de la décoration peinte et sculptée. Continuée après la mort de Raphaël sous la direction de Jules Romain et de Jean d'Udine, la villa fut saccagée, affirme-t-on, dès le pontificat de Clément VII par ordre du cardinal Pompeo Colonna, qui voulait se venger du Pape. Restaurée quelques années plus tard, elle fut occupée par la famille Farnèse et notamment par Marguerite, fille de Charles Quint, veuve d'Alexandre de Médicis et épouse d'Ottavio Farnèse. La villa Madame s'élève sur le penchant du Monte Mario. Entourés de jardins, de grottes, de fontaines et situés sur des collines chargées de tout le luxe d'une végétation méridionale, ses restes présentent encore, dans leur état de dépérissement et d'abandon, un tableau plein de charmes. Les lignes
1. A. de Reumont, Lorenio de' Medici il Magnifiée, 2' édit. Leipzig, i883. Cf., sur Poggio a Cajano, le Tour du Monde, i883, livr. 1186.
2. Telle est la date mise en avant par M. de Geymûller dans ses Documents inédits sur les Manuscrits et les Œuvres d'architecture de la famille des San Gallo, p. 19. Paris, i885.
Vue d'Liiie des ailes de la Villa Madame. (D'après l'ouvrasje de M, de (îeyniûller.)