U Architecture de la Renaissance en Lomhardie, p
2. Voici les critiques formulées contre Sainte-Marie des Grâces par Paravicini : « Cette partie du temple, telle que nous la voyons aujourd'hui, se compose d'un grand corps cubique duquel se détachent trois absides très élégantes. La partie carrée se transforme en un prisme à seize côtés et se termine par une cage à colonnes sur laquelle vient se poser le toit; le tout est couronné par un gracieux lanterneau. La partie cubique, outre le soubassement, se compose de trois étages superposés qui, à l'exception du dernier, s'étendent également aux absides. Le premier consiste en simples panneaux encadrés de terres cuites entre lesquels sont placées les fenêtres rectangulaires des absides. Le second présente des pilastres alternant avec des demicolonnes à candélabres, des médaillons et des guipures également en terre cuite; enfin, le dernier étage se compose de simples panneaux avec fenêtres et lunettes rondes. L'ensemble de toute cette reconstruction laisse voir une telle indécision de style, une ornementation si pénible et même si irrationnelle dans quelques parties, si opposée enfin à la manière élégante et forte de Bramante, que non seulement on doit absolument nier toute coopération de sa part, mais encore être convaincu que ces travaux furent dirigés sans unité de conception architecturale et décorative, par difl'érents architectes qui se succédèrent les uns aux autres. En effet, le toit de
Plan de l'éplise Sainle-Marie des Grâces à Milan.
dans un dessin assez maladroit appartenant à l'Académie royale d'Urbin', explique ces inégalités par une absence momentanée de Bramante, que les travaux du palais de la Chancellerie appelaient à ce moment à Rome. Il ajoute que la coupole a dû être achevée dès 1497 et que l'on retrouve déjà dans le projet de la lanterne destinée à surmonter le dôme la silhouette du « tempietto » de San Pietro in Montorio, et le parti pris général de la lanterne du futur Saint-Pierre de Rome. Comme dans cette dernière, le portique à jour est remplacé ici par un pourtour fermé, orné de colonnes engagées. Bramante, d'après M. de Geymiiller, y révèle un tempérament de peintre, désireux de s'affranchir de la tyrannie des ordres; gnâce à sa science des proportions, il peut braver impunément les dangers de la monotonie et superposer huit fois la même mesure dans la hauteur totale de l'édifice, sauf à diviser celle-ci en deux moitiés égales, et en introduisant autant de fois le rapport de un à deux.
Dans son état actuel, le monastère de Saint-Ambroise ne reproduit qu'une partie du projet de Bramante. M. de Geymiiller fait honneur à celui-ci de la belle disposition des deux cloîtres carrés. La forte prépondérance de l'étage inférieur, qui est ouvert, enlève, dit-il, à l'étage supérieur, qui est fermé, toute apparence de lourdeur et produit cette impression de légèreté que l'on admire dans la cour du palais de la Chancellerie.
Parmi les autres constructions milanaises dignes d'être attribuées à Bramante, on cite le cloître situé entre l'église et la sacristie de Sainte-Marie des Grâces, les deux cloîtres de « San Pietro in Gessate », le côté gauche extérieur et le premier cloître de Santa Radegonda, différentes parties du château ducal, la grande cour de l'archevêché, une des cours du Broletto (Marché au Blé) et diverses maisons dont on trouvera la liste dans les travaux de M. de Geymûller et de M. de Seidlitz.
En dehors de Milan, les principales villes qui s'honorent de posséder des ouvrages de Bramante sont Vigevano, Pavie, Côme et Abbiate Grasso.
Au Château de Vigevano, près de Milan, Bramante dirigea, surtout pendant les années 1492 et suivantes, un certain nombre de constructions, dont il ne
la partie rectangulaire du chœur vient couvrir les doubles-fenêtres du pourtour extérieur de la coupole et, tandis que l'abside centrale se trouve divisée en cinq compartiments réguliers, les absides latérales le sont en sept, ce qui dérange toute leur ornementation. La partie polygonale de la coupole ne présente pas moins d'irrégularité, puisqu'elle est plus large que le corps central qui lui sert de base; de cette façon une partie du polygone pose à faux; aussi déjà en 1598 on fut obligé de restaurer entièrement la coupole, qui menaçait ruine. On peut donc conclure que dans toute cette reconstruction, ordonnée par Louis le More, Bramante n'eut que VOIX consultative. C'est tout au plus s'il donna les grandes lignes du plan général, qui furent altérées au fur et à mesure qu'avançaient les travaux. (L'Architecture de la Renaissance en Lombardie, p. 5.)