I. De Paris à Venise, p. i
43o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
précieuses incrustations de marbre. Pour l'éclairage, on se sert tour à tour de fenêtres rectangulaires, cintrées, ogivales, trilobées, de fenêtres précédées d'une balustrade, d'oculi, etc.
Avec la façade principale de la cour du Palais des Doges (1488 et années suivantes), nous revenons au système des compromissions. Ce morceau célèbre offre plus d'intérêt pour l'histoire de la décoration architecturale que pour celle de l'architecture même : les lignes de la construction disparaissent sous la profusion des ornements. L'ensemble manque absolument d'air. Aussi, étant donnée cette recherche à outrance du luxe, peu importait que l'on fit usage d'arcs en plein cintre ou d'arcs en ogive; peu importaient la pureté des profils et le rythme des combinaisons. Hâtons-nous d'ajouter que la multiplicité des maîtres préposés à la construction ne contribua pas médiocrement à ce mélange de styles : à cet égard la responsabilité de Riccio doit être dégagée.
Le rez-de-chaussée se distingue par ses arcades cintrées surmontées d'oculi; le premier étage — avec des arcades gothiques — correspond assez exactement au rez-de-chaussée, mais le second étage (avec des frontons semicirculaires) ne correspond plus au premier, pas plus que le troisième ne correspond au second. On remarquera la prédilection des architectes pour les fenêtres surhaussées, extraordinairement hautes et étroites.
L'Escalier des Géants (gravé p. 289), qui conduit de la cour du palais au premier étage, et qui est ainsi appelé, non à cause de ses dimensions, mais à cause des deux statues colossales de Sansovino posées au sommet de la rampe, n'a que trente marches; « mais il faut une heure, dit Charles Blanc, pour le monter, si l'on veut en examiner en détail les innombrables sculptures : d'abord sur les premiers socles, deux paniers de nèfles couverts de paille; ensuite les rampes en losanges percées à jour, les montants travaillés comme des étuis d'ivoire, rehaussés d'armes et de trophées, mais d'un relief discret; les marches enfin, incrustées, dans leur épaisseur, des métaux les plus finement gravés* ».
A côté de la façade principale, la petite façade située à gauche de l'Escalier des Géants mérite une mention : elle aurait pour auteur, d'après Selvatico, Pietro Lombarde (1499-1511), d'après J. Burckhardt, Guglielmo Bergamasco (i52o).
Parmi les nombreux autres édifices publics ou privés, contentons-nous de citer les Vieilles Procuraties, avec leurs trois ordres de colonnes et leurs oculi sous l'entablement, le « Fondaco dei Tedeschi » (l'Entrepôt des Allemands), attribué à Fra Giocondo"^, dont le plan a peut-être été mis en œuvre par l'Allemand Hieronymus (i5o6). Cet édifice, d'un style encore assez hésitant,