LES SCULPTEURS SIENNOIS
L'École de Sienne maintient, pendant cette étape encore, son autonomie à côté de l'École florentine, quelle que soit d'ailleurs la distance qui les sépare l'une de l'autre. La patrie de Jacopo délia Quercia, du Vecchietta, des Turini, d'Antonio Federighi, de Neroccio di Bartolommeo (t. I, p. 670) peut opposer à sa rivale pour cette nouvelle période les noms de plusieurs sculpteurs indigènes de mérite, ainsi que ceux de plusieurs étrangers dont elle eut le talent de s'assurer le concours (Andréa Bregno, Michel- Ange, etc.).
Francesco di Giorgio Martini, l'éminent architecte dont nous avons retracé plus haut la biographie, allie à l'expression mystique qui caractérise l'École siennoise un maniérisme qui n'est pas de bon augure, dans ses deux statues d'Anges, en bronze, à la cathédrale (1497) et dans deux autres Anges portant des candélabres, représentés à mi-figure dans le même sanctuaire.
Giacomo Cozzarelli (i453-i5i5), l'élève de Francesco, à la fois archi tecte et sculpteur (il constiuisit en 1485 l'église de r « Osservanza »), travailla tout ensemble la terre cuite et le bronze. Décorateur habile, il dota sa ville natale d'une série de superbes lanternes et de porte-torches en bronze ou en ter forgé (« Palazzo del Magnifico », i5o8, etc.). Mais il a également le droit de figurer parmi les statuaires : il est l'auteur d'une statue de Saint Sigismond, en terre cuite coloriée (couvent del Carminé), d'un Saint Nicolas (église San Niccolô), d'une Lamentation sur le corps du Christ (église de 1' « Osservanza »). Le Cicérone signale la finesse de l'exécution, la douceur et la beauté des formes, l'expression de rêverie propres à ces figures.
Un autre Siennois, Lorenzo di Mariano, surnommé « il Marrina » (1476- 1534), brilla surtout comme sculpteur d'ornements. Il fondit et cisela le ciborium de l'église Fontegiusta, sculpta la façade de la « Libreria » du dôme
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or. 65
Buste de saint Jean-Baptiste. Manière de Léonard de Vinci. (Musée de South Kensington.)
5i4 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
(vers 1497); le portail de la chapelle baptismale, le maître-autel de l'église Fontegiusta (i5i7), un autel de l'église San Martino (i522) ainsi que différents ornements destinés à l'église San Francesco. Le Cicérone range plusieurs de ces ouvrages parmi les plus beaux de l'époque de Raphaël. Mais, à mon avis, la richesse y dégénère trop souvent en confusion ; le Marrina ne sait pas développer une arabesque avec la netteté et l'élégance des Florentins; il n'accorde aucun repos à l'œil; ses figures de génies nus pèchent en outre par leur lourdeur. — Au Musée du Louvre on attribue au Marrina un basrelief, une Madone, d'un style mièvre et d'une expression chiffonnée.
Les Barile, de leur côté (Antonio, 1 453-1 5 16), Giovanni, son neveu (f i52g?), portèrent à la plus haute perfection la sculpture en bois. A Sienne même, ils ornèrent le palais Petrucci ('c Palazzo del Magnifico ») de boiseries et de pilastres d'une élégance admirable, avec des vases, des « putti », des oiseaux, des figures allégoriques, etc. A Rome, Giovanni sculpta les inimitables portes des Stances de Raphaël.