ERCOLE DEI ROBERTI
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nous apparaissent, dans une attitude des plus singulières, quelques soldats qui jouent la robe du Christ; ils ont des types et des habillements étrangers. Les larrons attachés sur la croix sont aussi bien peints que bien inventés, et, puisque Ercole prenait plaisir à représenter ses figures en raccourci, il fit, dans ce tableau, un soldat à cheval qui a les jambes de devant en l'air, de manière qu'il ressort au point d'être cru en relief. Le soldat qui le guide emploie toutes ses forces pour retenir une bannière agitée par le vent. On remarque aussi un saint Jean qui s'enfuit, enveloppé dans de longues draperies. Tous les soldats sont parfaitement représentés. Leurs mouvements sont les plus naturels et les plus vrais que l'on eût vus jusqu'alors. Il serait difficile de
La Nativité, par Francesco Cossa. (Pinacothèque du Vatican.)
foire mieux; c'est pourquoi nous sommes fondés à dire qu'Ercole avait une rare intelligence de son art, et n'épargnait aucune fatigue pour parvenir à son but. »
La prédelle du retable d'une autre église de Bologne, San Giovanni in Monte, a été mieux partagée que les tresques de l'église San Pietro : deux de ses fragments, le Christ au jardin des Oliviers (gravé p. 617) et le Christ conduit au supplice, sont entrés au Musée de Dresde; le troisième, une Pietà, à la Royal Listitution de Liverpool.
Ces compositions, reproduites dans l'article de M. Venturi, prouvent que Roberti excellait à dérouler de nombreux cortèges, avec de nombreux épisodes et des acteurs à la mimique passionnée. Réahste acharné, il y multipliait les portraits aussi bien que les scènes de genre, digne compatriote en cela du sculpteur Guido Mazzoni.
Outre la prédelle de l'église San Giovanni de Bologne, différents tableaux proclament dans les collections publiques ou privées les tendances réalistes de Roberti*.
I . La Déposition de croix (collection Blumenstil à Rome), avec deux personnages assis, vus d'en
6i2 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
De retour à Ferrare, en i486, Roberti ne tarda pas à entrer au service de la Gour, pour laquelle il travailla régulièrement de 1487 à 1496, dorant les coffres destinés à contenir le trousseau d'Isabelle d'Esté, organisant les fêtes du mariage de cette princesse, faisant des portraits, etc. La Sainte Conversation (Musée de Brera ; autrefois attribuée à Stefano de Ferrare) et la Mort de Lucrèce (galerie de Modène) appartiennent à cette seconde période, où l'artiste se laissa pénétrer par une inspiration plus douce. Dans la première, prenant exemple sur Tura, dans le retable du Musée de Berlin, il se plaît à un groupement et à des formes architecturales des plus prétentieux (quand des réalistes
de cette trempe veulent atteindre à l'élégance, il est rare qu'ils ne tombent pas dans la complication). Le centre du tableau est occupé par un trône d'une structure particulièrement savante, je veux dire disgracieuse, sur lequel ont pris place, outre la Vierge, deux saintes, tandis que deux saints se tiennent debout au pied. — L'esquisse du Massacre des Innocents, peint sur le soubassement du trône de la Vierge (collection His de la Salle, au Musée du Louvre), surprend par un mélange de personnages nus et de personnages armés à l'antique, tout à fait
Portrait supposé d'Ercoie ^^"^^ ^^ manière de l'École de Padoue.
dei Roberti. Dans la Mort de Lucrèce, on remarque, à côté de
(D'après la gravure publiée ^
par vasari.) deux guerriers aussi raides que prétentieux, mal-
adroitement imités, eux aussi, de quelque modèle de Mantegna, la jeune lemme, aux formes amples, aux traits pleins, quoique non exempts de lourdeur : elle forme comme le pressentiment des types de Garofalo.
Ercole dei Roberti mourut à Ferrare en 1496.
Le Sosie d'Ercoie dei Roberti, Ercole Grandi (f i53i), l'élève de Lorenzo Costa, appartient à la dernière évolution de l'École ferraraise. Nous aurons l'occasion de reparler de lui.
Le plus artiste parmi les fondateurs de l'École ferraraise, Lorenzo Costa,
dessous, dans le genre de ceux du retable de Tura (p. 608) ; le Sacrifice de Melchisèdecti (collection du prince Mario Chigi à Rome), les Israélites recueillant la manne (collection Dudley à Londres), Un Concert (collection Sadling à Londres). — Quant au Saint Jean-Baptiste du Musée de Berlin, c'est une véritable caricature par la longueur du corps et la maigreur des membres. Quelques accents vénitiens percent dans sa tête, à la chevelure abondante, et dans le paysage, qui se compose d'un port de mer.
M. Venturi attribue en outre à Roberti un dessin de la collection de M. de Beckerath à Berlin, dessin dont il ne détermine pas le sujet, mais qui représente incontestablement la Justice de Trajan. Ce dessin, si tant est qu'il provienne de la main de Roberti, révèle l'imitation dejacopo Bellini, à qui l'on pourrait môme être tenté d'en faire honneur.