‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 227 sur 288 · I. Les Arls à la cour des Papes, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Les Arls à la cour des Papes, t. I, p

BENOZZO GOZZOLI

l'église Sant' Agostino à San Gemignano, enfin le Campo Santo de Pise.

Supposez un musicien exécutant sur un thème donné les variations les plus brillantes, les plus inépuisables, une symphonie construite sur une idée unique, exposée sous toutes ses faces, développée à l'infini, sans répétition aucune, vous aurez l'image des firesques de la chapelle des Médicis. V Adoration des Mages, tel est le thème proposé à l'artiste : de ce thème, en apparence si limité, il tire des motifs innombrables, plus intéressants les uns que les autres. Le cortège des rois Mages devient sous son pinceau un défilé épique, se développant sur trois des murs de l'oratoire*; toute l'aristocratie de Florence y paraît : les protecteurs de l'artiste d'abord, les Médicis, puis leurs parents, leurs alliés, leurs clients. Benozzo n'a garde de s'oublier; son portrait nous montre une physionomie un peu revêche, presque l'air d'un bouledogue, contrastant avec l'opinion que l'on se fait de ce maître charmant. Quant aux autres portraits, ils paraissent de fantaisie : c'est dire que la restitution archéologique n'est pas le fait de l'artiste; il ne s'entend pas à draper à l'antique, heureusement pour nous; il peint ses contemporains dans le costume du temps, et fait ainsi défiler devant nous les graves vieillards, vêtus de vestons de brocart ou de la longue lévite florentine si imposante (1' « ucco »), des cavaliers pleins de fougue, des archers aguerris, des pages d'une rare élégance, aux cheveux blonds bouclés et couronnés de fleurs. Les uns s'avancent gravement, d'autres, à l'arrière-plan, s'oublient en route, tel ce chasseur poursuivant un daim; aussi bien l'étape est -elle longue, et le paysage profond : on peut s'excuser, au cours d'un tel voyage, d'avoir des distractions.

Les quadrupèdes et la gent volatile ne le cèdent pas à l'espèce humaine. Nous rencontrons tour à tour des mulets chargés de dons précieux, des chameaux, des guépards, des lévriers, des faucons, toute une caravane en marche. Ajoutez un paysage varié et accidenté, comme l'est celui des environs de Florence; des rochers arides alternant avec des collines boisées; des villas, des castels, des villages, se cachant dans les replis du terrain; puis, de loin en loin, posé comme un jalon, un cèdre, un cyprès, un palmier, un oranger au tronc lisse, sans branches jusqu'au bouquet de feuilles qui couronne le sommet. Que l'on ne croie pas cependant que l'artiste se soit complu uniquement dans la

Un Pâtre (fragment).

par B. Gûzzoli.

(Chapelle du palais

des Médicis.)

poésie descriptive : il est capable aussi de fliire entendre des accents plus émus.

Page 1