‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 261 sur 288 · JEAN BELLIN · texte numérisé non relu

JEAN BELLIN

Parmi les créations monumentales de Jean Bellin, la plus considérable, celle qui l'occupa pendant près de trente ans, la décoration de la salle du Conseil au Palais des Doges, a malheureusement péri en 1577 dans un incendie'. Bornons-nous à rappeler que les peintures de cette salle, commencées vers le milieu du xiv^ siècle par Guarentio de Padoue, Antonio Veneziano et d'autres artistes, reprises dans le premier tiers du xv'' siècle par Gentile de Fabriano et Pisanello, étaient tellement ruinées ou parurent tellement surannées que vers 1474 le Magistrat chargea Gentil Bellin de les renouveler. Le départ de Gentil pour Constantinople, en 1479, fit confier une partie du travail à Jean Bellin, qui peignit le Pape célébrant la messe à Saint-Marc, la Remise du Parasol, le Pape, V Empereur et le Doge reçus aux portes de Rome, et diverses autres compositions (décrites par Vasari), pour lesquelles il s'adjoignit une nuée de collaborateurs, dont on trouvera la liste dans l'ouvrage de Lorenzi.

Albert Durer, lors de son voyage à Venise en i5o6, ne manqua pas de rendre visite à Jean Bellin, doyen vénéré de l'École vénitienne. Celui-ci l'accueillit de la manière la plus affable, le loua devant beaucoup de gentilshommes, lui rendit sa visite et le pria de lui peindre quelque chose, offrant de le rémunérer largement. Malgré son grand âge, écrivit Durer, c'est encore le meilleur peintre de Venise. Vers i5io, Jean Belhn, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, commença, pour le duc de Ferrare le Festin des Dieux, ou plutôt la Bacchanale, qui a émigré en Angleterre et se trouve aujourd'hui chez le duc de Northumberland à Alnwick^

Madone de Jean Bellin. (Fragment.) (Musée de Turin.)

1. F. Wickhoft : Repertorium fur Kiinstwissenschajt, i883, p. l et suiv.

2. Les habitants de l'Olympe sont accroupis — dans des attitudes qui n'ont rien de divin — au premier plan d'un paysage boisé, et à côté de cuves, de tonneaux, de paniers remplis de raisins; seuls, les personnages du second plan conservent assez de force pour se tenir debout :

Une des toutes dernières productions de Jean Bellin, Saint Jérôme entre saint Christophe et saint Augustin (i5i3), dans l'église San Giovanni Crisostomo, à Venise, rivalise pour la chaleur du coloris avec les premiers chefs-d'œuvre du Titien, et l'emporte sur eux par la fermeté du modelé.

Le glorieux vétéran de l'École vénitienne mourut le 29 novembre i5i6, âgé de près de quatre-vingt-dix ans. Il laissait une pléiade d'élèves, dont quelquesuns l'échpsèrent. Nous ferons connaissance avec eux dans notre prochain volume.

Il est temps de jeter un coup d'œil sur l'École rivale, celle de Gentil Bellin.

Les ouvrages de ce maître (né vers 1426) sont en petit nombre, sinon de petites dimensions; ils appartiennent presque tous à une période déjà avancée de sa carrière.

En 1466, Gentile s'engageait envers la « Scuola di San Marco » à peindre sur toile deux tableaux, dont l'un devait représenter Pharaon englouti dans la nier Rouge, et l'autre les Hébreux s* enfuyant au désert. Ces ouvrages périrent en 1485, dans un incendie*.

L'artiste avait commencé depuis cinq ans (1474) la restauration des peintures de la salle du Grand Conseil, lorsqu'il reçut en 1479 la mission la plus flatteuse qui ait jamais été confiée à un peintre chrétien par un monarque oriental. Mahomet, le farouche conquérant de Constantinople, ayant prié le Sénat de Venise de lui envoyer le peintre le plus habile, celui-ci jeta sans hésiter son dévolu sur Gentile.

Voilà donc notre artiste fixé à la cour du chef des croyants. Sa première mission fut de faire le portrait de son nouveau maître, quoique ce genre de représentation fût formellement interdit par le Coran. Son essai, conservé de nos jours dans la collection Layard à Londres, obtint les suffrages de Mahomet, qui ne put cependant pas se défendre de l'idée que le peintre, pour le rendre si ressemblant, avait employé quelque sortilège. Pendant une année entière, Gentile habita Constantinople, comblé de présents par le Sultan; celui-ci, au moment de son départ, lui donna le titre de bey et un collier d'or du poids de 260 ducats (environ 12600 francs) \

satyres portant une cruche, nymphes, Silène, sous les traits d'un bon moine monté sur son âne. Rien de plus terre à terre que cette composition. Au moment même où Raphaël peignit son Parnasse, et vingt ans après les conquêtes de Mantegna, on est choque de trouver chez le propre beau-frère du peintre mantouan une vision aussi prosaïque de l'antiquité. Il ne s'y élève guère au-dessus de Lorenzo Costa et du Pérugin dans leurs tableaux si médiocres du Musée du Louvre. '

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