‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 263 sur 288 · GENTIL BELLIN · texte numérisé non relu

GENTIL BELLIN

Après son retour de Constantinople, Gentil peignit, dans la salle du Grand Conseil, les sujets suivants : la Remise du cierge, le Pape et le Doge envoyant une ambassade à V Empereur, VEmpereur recevant rambassade, le Pape remettant Vépée au Doge, une Bataille navale, le Pape remettant l'anneau au Doge. Ces compositions, détruites dans le fatal incendie de i577, sont décrites en détail et avec de grands éloges par Vasari*.

En dehors de quelques portraits, sur lesquels il n'y a pas lieu d'insister^, je citerai une suite de scènes tirées de la Légende de la Croix et peintes pour la confrérie de la « Scuola di San Giovanni Evangelista », à Venise. Un Miracle opéré par la vraie Croix (peint avant 1494), la Procession de la vraie Croix sur la place de Saint-Marc (1496)^, V Invention de la vraie Croix dans un des canaux de Venise (i5oo). Tous trois se trouvent aujourd'hui à l'Académie des Beaux- Arts de Venise.

La Prédication de saint Marc à Alexandrie ,' tzbleau inachevé au moment de la mort de l'artiste (i5o7) et terminé par son frère (au Musée

de Brera), est conçue dans les mêmes données, on n'ose dire dans les mêmes principes, avec des éléments exotiques en plus.

Le mépris de la couleur historique, telle est la base de l'art de Gentile Bellini. Renonçant à reconstituer une scène du passé ou à évoquer un monde idéal, il peint ce qu'il voit autour de lui, des Vénitiens ou des Orientaux dans

1 . Un dessin de Rembrandt, conservé dans la collection Albertine, à Vienne, et publié par M. Wickhoff, reproduit selon toute vraisemblance une esquisse de Gentile Bellini pour ses peintures du Palais des Doges. On y voit le pape Alexandre III dirigeant la procession.

2. Le Louvre possède de Gentil Bellin deux portraits réunis sur la même toile, portraits dans lesquels on a jusqu'à ces derniers temps cru reconnaître celui de l'artiste et celui de son frère. Mais une comparaison avec les portraits authentiques des deux artistes prouve que nous avons affaire à deux inconnus.

3. Dans cette Procession, le rendu de certains objets touche au trompe-l'œil; la grande châsse d'or et les candélabres qui occupent le centre du tableau semblent exécutés, non par un peintre, mais par un orfèvre; ils ont tout le relief et l'éclat d'objets en métal. Il est difficile de faire sentir à l'aide de mots combien ces formes nettes et arrêtées contribuent à donner de tenue à une peinture; elles corrigent ce qu'il pourrait y avoir de trop flottant dans cette infinité d'étoffes.

La Prédication de saint Marc à Alexandrie. (Fragment.; Par Gentile Bellini. (Musée de Brera.)

E. Mùntz. — n. Italie. L'Age d'Or.

leur costume respectif, vaquant à leurs affaires, se promenant, ou écoutant un prédicateur à la mode. Nul effort d'abstraction; c'est de la peinture documentaire, non du grand art, et c'est pour cela, à cause de ces informations positives, que ces compositions nous intéressent si vivement. On dirait un coin de la vie vénitienne fixé par l'appareil photographique. Le Vénitien se reconnaît en outre à la liberté avec laquelle il dispose ses groupes, à la vivacité, à l'harmonie du coloris.

Gentile Bellini mourut le 23 février i5o7. Il légua à son frère un recueil de dessins de leur père à la condition qu'il achèverait les peintures commencées par lui dans la « Scuola di San Marco » (la Prédication de saint Marc à .Alexandrie), et à ses fils le recueil des croquis pris par lui-môme à Rome,

Par la date de ses travaux, Barbarelli de Castelfranco, surnommé « il Giorgione » (1478-151 1), rentrerait encore dans le cadre du présent volume. Mais son style diffère tellement de celui des Bellini et de leur École, que nous avons jugé préférable de l'étudier dans notre troisième volume, en compagnie du Titien, des Palma, du Véronèse, du Tintoret. C'est dans ce volume également que nous nous occuperons des autres disciples de Bellin, Cima da ConegUano, Carpaccio, Vincenzo Catena et tant d'autres artistes éminents qui maintinrent si haut le drapeau de la peinture italienne à un moment où la plupart des autres Écoles avaient depuis longtemps déjà abdiqué ou dégénéré.

Bas-reliel" de l'église Santa Maria dei Miracoli » à Venise.

Fragment d'un Dais florentin en velours du xv* siècle. (Ancienne collection de San Donato.)

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