LA PERSPECTIVE ET L'ANATOMIE
Avec la recherche de la noblesse disparaît torcément le goût de la laideur :
La Descente de Croix au xvi" s^cle.
Fac-similé de l'estampe gravée par Marc-Antoine d'après Raphaël.
comparez, dans l'ouvrage des docteurs Charcot et Paul Richer', la liste des I. Les Difformes et les Malades dans l'Art. Paris, Lecrosnier et Babé, i88g.
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or.
grotesques, des nains, des bouffons et des idiots, des infirmes, des aveugles, des lépreux, des pestiférés, etc., peints ou sculptés aux différentes époques, vous verre/ combien peu d'entre eux se rapportent aux Écoles florentine et romaine du commencement du xvi" siècle. Ce n'est pas à dire que même un Raphaël n'ait pas su à l'occasion rendre certaines infirmités physiologiques avec une vérité que n'auraient pas désavouée les peintres d'anatomie hollandais. Les velléités de réalisme se font surtout jour dans ses cartons de tapisseries : le
Boiteux guéri par les Apôtres, Ananie frappé de cécité, Elyiiias frappé d'apoplexie, témoignent d'une puissance d'observation ou d'intuition admirable*. Plus souvent encore Léonard de Vinci a abordé ce domaine; mais ici il faut distinguer : l'artiste fuyait tout ce qui pouvait évoquer l'idée de la laideur ou de la vulgarité; l'homme de science, au contraire, n'avait à reculer devant aucune difformité : aussi est-ce à l'actif de ce dernier que nous inscrirons les fameux recueils de types grotesques.
TcIl: t;rotesque. par Léonard de Vinci. Fragment. (Bibliothèque de la Reine à Windsor.)
Au réalisme dans le choix
des sujets et au réalisme
dans leur interprétation fait
suite le réalisme dans le rendu des objets que la nature place sous nos yeux,
qu'il s'agisse de figure humaine ou de paysage, de jeux de lumière ou de
fluide vital.
On peut dire d'une manière générale que la fin du xv' siècle et le début du XVI" se passèrent en luttes entre le réalisme et l'idéalisme, luttes intéressantes et fécondes entre toutes, car elles surexcitèrent au plus haut point les facultés de cette génération si ardente..
Les progrès réalisés par les Primitifs devaient avoir pour effet de rendre smgulièrement facile la tâche de leurs successeurs. Il était à craindre que
I . Par contre, le jeune possédé de la Transfiguration n'offre aucun des caractères précis soit de l'épilepsie, soit de l'hystérie, ni d'aucune autre maladie convulsive connue. (Voy. Charcot et Paul Richer, les Démoniaques dans l'Art. Paris, 1887, p. 28.)