Ibid., p. 161 et suiv
impériale perpétue jusqu'à nos jours le souvenir de la libéralité des ducs d'Urbin et du goût de son constructeur G. Genga1. Mantoue cite avec orgueil le palais du Té (la villa de Marmirolo n'existe plus depuis longtemps). Près de Vicence, la Rotonde et la villa Maser (voy. p. 278) proclament la fantaisie et l'élégance de Palladio.
Tout jardin a pour complément des grottes, que l'on varie à l'infini, au moyen d'incrustations de coquillages ou de pierres de couleur, de stalactites, etc.2.
A Castello, on poussa le luxe jusqu'à peupler ces grottes d'une ménagerie en marbre ou en bronze, sculptée ou fondue sous la direction de Jean Bologne.
L'arcbitecture joue le rôle principal dans le jardin italien (le moyen de ne pas tirer parti des différences de niveau pour provoquer des contrastes!) : ce ne sont que rampes et escaliers, terrasses et souterrains. Cette tyrannie s'étend jusqu'à la composition des parterres. Si déjà au moyen âge on s'était servi de fleurs naturelles pour dessiner des ornements, dans ces jardins italiens de la Renaissance on violenta la végétation au point de lui donner l'aspect d'édifices en pierre : à la villa d'Esté, les haies furent taillées de façon à imiter des murs.
A Venise7', les jardins étaient garnis de plantes médicinales, de jets d'eau, de statues, de peintures, d'édifices de toute nature'. Simone Santo, secrétaire de la République, avait fait établir le sien sur le toit de son palais !i.
Jamais encore le génie militaire et l'architecture civile n'avaient contracté une alliance aussi étroite. Il n'y eut guère de grand architecte de ce temps — rappelons seulement Peruzzi, San Gallo, Michel-Ange, San Micheli, Alcssi — qui n'excellât à la fois dans les deux arts et, par une conséquence facile à deviner, il y eut peu d'ouvrages militaires qui ne fussent en même temps des modèles de goût. La scission cependant ne devait pas tarder à se produire. Girolamo Genga déjà manifestait, au dire de Vasari, son peu d'intérêt pour ce
1. Voy. ci-dessus, p. 2.55. Cf. Thode, dans l'Annuaire des Musées de Berlin, 1888, t. IX, p. 162-184.
2. Ant. da San Gallo, dans une lettre écrite en 1546 au duc de Florence, lui signale les incrustations (« tarteri corne diaccioli ») que l'on observe dans une villa de Tivoli et qui étaient employées dès lors dans les constructions similaires de Rome (Gaye, Carteggio, t. II, p. 344).