Aspect général
de Dragormina. Il se nommait Dima et selon toute probabilité, 1l était Grec d’origine. Cet étranger a apporté, en tout cas, certains, des éléments nouveaux d’un caractère oriental, et
sans abandonner les éléments gothiques familiers au pays, 1l les traite d’une façon spéciale.
Quant à la corniche en forme de câble, d’où venait-elle? On connaissait en Valachie, depuis la construction de l’église du monastère d’Arges (1510), la corniche en forme de câble, mais
tordue d’une façon continue.
Quoique l’on ne connaisse pas l’origine de cet ornement employé de cette façon, 1l est extrêmement probable que c'st en Asie-Mineure. sur les confins de l’Arménie, qu'il faut en cherch:r la patrie. L'église d'Arges est d’un caractère nettement oriental et les éléments arméniens ct géorgiens y abondent. |
À Dragomirna, cependant, le câble est autrement traité; ainsi que nous l’avons dit, ilest tordu
alternativement à droite et à gauche et 1l reste un
assez long espace entre chacun des points de tor-
> UFR sion. Il y a donc une autre origine à chercher que la Valachie.
Il faut pourtant attirer l’attention sur lanalogie que ce motif présente avec celui que nous trouvons formant des encadrements sur certaines pierres tombales, comme celle d’Olta, mère d’Étienne-le- Grand. On le retrouve fréquemment en Orient, au Caucase, et 1l est employé comme ornement de manuscrit. Il dérive évidemment des entrelacs et des motifs de passementerie si employés dans tout le domaine de l’art byzantin dès ses origines, et puis dans l’art musulman.
Quant aux rosettes, elles sont fréquentes en Russie à cette époque. Dima serait-il un de ces maï-
tres constructeurs qui ont visité beaucoup de pays,
Église de Solca
beaucoup vu et qui aurait chercher à amalgamer les éléments qu'il avait rapportés?
Quoi qu'il en soit, il a fait école.
L'église de Solca, construite en 1611-1615, sous le règne du prince Étienne Tomsa, est inspirée de Dragormina. Même élancement presque exagéré, hauts contreforts, nervures ornées du câble tors, corniche formée de petites consoles, mais sans arcades. Le plan, cependant, est
encore celui des églises de Rares.
Nous trouvons de nombreuses églises de cette époque recouvertes actuellement de toitures en bardeaux à plusieurs plans en retrait les uns sur les autres et à coupoles plus ou moins renflées qui témoignent aussi de l'influence russe qui a commencé à se faire sentir en
Moldavie à partir de la fin du XVITI° siècle.
La diversité des formes va en s’accentuant.
En 1625, des Grecs d’origine font reconstruire par l'architecte Grégoire, de Constan-
tinople, l’église de Saint-Sabbas, à Jassy, sur des principes absolument différents des principes moldaves, Elle rappelle plutôt certaines églises de Constantinople, mais avec une lourdeur de formes surprenante, surtout en ce qui concerne les tambours bas des tours.
L’ornementation est mélangée et présente certains détails orientaux.
Le prince Barnowski construit à Jassy, en 1627, l’église de la Dormition de la Vierge, qui diffère aussi totalement du type moldave. L'église est large et relativement trapue ; elle a deux tours basses, dont l’une est placée au-dessus de lentrée. Les voütes sont en calottes sphériques. L’exonar-
thex supporté par des piliers est ouvert.
Les petites niches ornementales ont
Fig. st. Goundriss à : 200 der grleihroriert. Kirche 2 Sole
perdu leur caractère moldave. De même a a Re Me les fenêtres, qui ont bien encore des moulures gothiques; mais leur forme générale ne lest plus, et ni celle des petits motifs ornementaux qui s'y sont ajoutés.
En même temps, toutefois, le même prince construit, toujours à Jassy, l’église de Saint-Jean-Baptiste (1626-1635), dont les proportions générales sont celles des églises moldaves, Les absides latérales, comme du resteà l’église de la Dormition, sont remplacées à l'extérieur par un renforcement du mur en forme de contrefort, forme que nous avons déjà vue à plusieurs, reprises.
Un exonarthex surmonté d'une tour lourde et trapue a été ultérieurement aouté.
Le prince Basile Lupu, qui succède à Barnowski, cons truit (1639) la belle église des Trois - Saints (Trois - Hiérarques), de Jassy, que beaucoup considèrent comme le chefd'œuvre de l'architecture mol-
dave et qui en est, certaine-
ment, le monument le plus remarquable par sa richesse et Église de Saint-Sabbas à Jassy par son ornementation. Néan-.
moins, elle ne peut rivaliser avec la sobre élégance des églises de la belle époque, et la manière cxubérante dont ses murailles sont couvertes d’ornements indique une décadence du goût.
Les proportions, cependant, sont harmonieuses et plus réussies que celles des églises
des cinquante années qui l’ont précédée.
Les dispositions extérieures de l’église ne diffèrent guère de celles que nous connais-
sons dès la belle époque de notre architecture, si ce n’est par l’adjonction d’une deuxième tour