MOBILIER
surtout lorsque, pendant les services, dans la demi-obscurité de l’église, les lumières des cierges s’accrochent çà et là aux reliefs des dorures et les font briller d’un éclat adouci par les ombres voisines.
Parmi les autres pièces de mobilier qui nous sont restées, les plus remarquables sont le trône de Pierre Rares, de Pobrata, le tétrapode et la table de la même église, une table
de Moldovita, le trône d'Alexandre Läpusneanu, de la Slatina, pareillement du XVI° siècle.
Église d'Arbora
On remarquera la persistance de très anciens motifs byzantins, modifés par certains détails, ici orientaux, et, là, arabes, On trouve encore assez fréquemment des tables ou des « analogia » de cette marquete-
rie à incrustation de bois de couleur, de nacre et d'ivoire, si répandue dans tout l'Orient. ,
Il y aurait encore quelques mots à dire des trésors d’argenterie des églises, des cuivres, des cloches et des merveilleuses broderies ornées de perles que nous trouvons dans nos monastères. Mais nous estimons que cette étude sort du cadre que nous nous sommes tracé et nous laisserons à d’autres, plus compétents, le soin de l’entreprendre. C’est, de même
que la peinture, un domaine peu exploré et il y a là un beau champ d'activité ouvert aux
chercheurs.
En résumé, nous avons vu, comment, à partir de la fin du XIV* siècle, il s’est formé en Moldavie un style local, résultant des exigences du culte orthodoxe et des principes de l’art byzantin. Nous avons vu quelle a été la part de l'influence occidentale dans le développement de ce style, influence constante à partir de l’église de Rädäuti et jusqu’au XVII siècle. Les pays occidentaux voisins nous ont donné les maîtres tailleurs de pierre qui ont orné les églises moldaves. Les signes lapidaires en sont une preuve : ces signes ne se trouvent jamais en Valachie.
Cette constatation est symptomatique de la différence entre les influences qui ont contribué à la formation de ces deux arts. En Valachie, l’influence byzantine est tellement prépondérante que — pendant les premiers temps de la constitution de l'État, — les églises — telle l’église princière de Curtea-de-Arges — sont de pur style byzantin.
Plus tard, Cozia, érigé par Mircea-le-Vieux (1300), est une réplique des monuments serbes.
L'église épiscopale de Arges, bijou unique dans son genre, chef-d'œuvre d’ornementation et d’exécution, est entièrement orientale.
L'église princière de Târgoviste (1585), purement byzantine comme plan, présente déjà quelques traits spéciaux par son exonarthex à piliers octogonaux, par ses façades décorées d’arcades en enduit, sa corniche médiane en boudin, ses corniches en dents de scie.
Et puis, à partir de Mathieu Basarab (1632-1654), s'affirme une architecture à caractères bien définis, mais toujours très byzantine d’allure.
Les églises ont le pridvor (l’exonarthex) sur colonnes, les façades ornées de deux rangs superposés d’arcatures aveugles. Puis viennent les églises des Cantacuzènes et enfin les beaux monuments du règne de Constantin Brâncoveanu (1688-1714), qui nous montrent l’épanouissement de l’art achitectonique en Valachie.
Nous avons signalé l'influence réciproque de l’art des deux pays frères l’un sur
l’autre et on a pu voir qu’elle est assez réduite.
Ainsi, tandis qu’en Moldavie, l’évolution artistique commence à partir de la fin du XIV° siècle (ou en tout cas du milieu du XV°) et s'étend jusqu’en plein XVII‘ siècle, en Valachie le style national ne paraît guère s'affirmer avant le commencement du XVII° siècle et dure jusqu'à la fin du XVIT* siècle,
La différence entre les deux écoles d’art de ces pays est ainsi confirmée par ces deux évolutions, causées à des époques différentes par des influences autres.
Il n’est donc pas correct, ainsi que nous l’avons déjà signalé au commencement de cette étude, de parler, en matière d’architecture, d’un style roumain : si des éléments communs existent dans tout le pays, les différencces sont plus nombreuses et profondes.
I1 faudra donc parler de deux styles roumains, celui de Valachie et celui de Molda-
vie (1).