Hurmuzaki, XV, pp
XVI° siècle; en dehors des canons envoient leurs boulets contre des murs; d’autres canons sont rangés sur la crête de l’enceinte elle-même; d'énormes catapultes projettent des pierres contre les fortifications. Sur les tours, les défenseurs tirent des flèches contre des ennemis invisibles ; on voit le long des créneaux un prince couronné, les membres de sa Cour, des prélats aux vêtements constellés de croix. Au-dessus d’une église, les mains levées vers le ciel, le Christ bénit ses fidèles. On dirait le siège de Suceava en 1497, par le roi de Pologne.
A qui doit-on ce splendide manteau recouvrant les murs de toutes les fondations contemporaines? Dans l’église d’Étienne-le-Grand, à Häârläu, on lit l’épitaphe suivante, en slavon: « Cette tombe est celle du serviteur de Dieu, messire le Stolnic Georges, qui a été aussi peintre (« zugraf »), lequel était venu des régions de Trikkala, et il s'est transporté aux habitations éternelles ». La date se trouvait sur la partie brisée de la pierre; les caractères montrent nettement qu'il s’agit d’un personnage ayant vécu au XV° siècle ou tout au moins au commencement du XVI° siècle (1).
Mais il ne faut pas penser, pour les splendides peintures de notre époque, à ce Grec de Thessalie ou plutôt, étant donné l’ancien caractère national des habitants de cette contrée, un Roumain des Balcans. En effet, on ne bâtissait plus au delà du Danube, où toute vie politique chrétienne avait cessé, alors que, comme la construction des églises se poursuivait continuellement, fiévreusement dans les pays roumains et que les traditions de la peinture byzantine étaient étrangères aux artistes occidentaux, de Transylvanie, de Pologne, même de Venise, une école de peintres dut nécessairement se former en Moldavie. Autrement, il n'aurait pas été possible à de simples boïars de recouvrir les surfaces intérieures et extérieures de leurs modestes églises de village, nécropoles perdues dans des vallons isolés, de peintures si compliquées, si riches, si difficiles sous le rapport technique, qui emploient des matériaux de premier ordre et, sous celui de l’art lui-même, qui poursuivent, à l’aide de l'inspiration venue de l'Occident, par ces cartons que connaissait le Mont Athos aussi, un développement continuel vers la liberté des mouve-
ments et vers des effets nouveaux de couleur.