‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 1 sur 29 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'extrême rareté des documents orientaux relatifs à TAsie centrale pendant la seconde moitié du xviii*' siècle m'a engagé à publier le texte et la traduction de l'ouvrage de Mir Abdoul Kerim, malgré ses défauts et ses graves imperfections.

La chute de la dynastie des Séfévis et les conquêtes de Nadir Chah avaient bouleversé TAsie centrale. La mort de ce conquérant livra le Kharezm aux Turkomans, permit à un aventurier de s'emparer du gouvernement de Boukhara,et à un officier Afghan de fonder un royaume formé de provinces arrachées à la Perse et à Tin de.

Deschefs indépendants surgirent de.tous côtés et les pajs qui avaient reconnu l'autorité des rois de Perse ou celle des souverains Uzbeks ou Mogols se trouvèrent livrés aux déchirements et aux guerres intestines.

Les auteurs orientaux nous ont laissé peu de renseignements détaillés sur cette époque troublée ; malgré des recherches que des événements récents ont permis d'entreprendre, il n'a été possible de recueillir que fort peu de matériaux pouvant servir à une histoire des États de l'Asie centrale depuis la mort de Nadir Chah.

Les notes de Mir Abdoul Kerim ont été rédigées pour Arif Bey^

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qui a longtemps rempli à la cour de Constantinople les fonctions de maître des cérémonies et a été, à ce titre, chargé de recevoir les princes et les différents personnages musulmans que les circonstances amenèrent en Turquie et à Constantinople. Il lui était utile de connaître exactement leur situation de famille, leur caractère, et les différents épisodes de leur vie. Ainsi se trouvent expliqués les anecdotes, les détails intimes, les singulières redites de notre auteur et le soin scrupuleux avec lequel il donne les légendes des sceaux de tous les personnages, et même de ceux qui ne figurent point dans son récit.

J'ai acquis le manuscrit de Touvrage deMir Abdoul Kerimàla vente de la bibliothèque d'Arif Bej qui eut lieu en 1851. Il est fort probable qu'il a été copié sur les notes d'Abdoul Kerim dont quelques feuillets ont été égarés, caril se trouve une lacune au commencement du règne de Choudja oui Moulk, et on ne voit pas figurer dans le corps de l'ouvrage les notices promises par l'auteur sur certains princes Afghans. Cette imperfection est d'autant moins regrettable que nous possédons sur les règnes d'Ahmed Chah et de ses successeurs les renseignements les plus complets. Il me suffira de citer l'ouvrage de M. Elphinstone, resté classique pour la géographie etThistoire du royaume de Kaboul, l'histoire des Afghans par M. Ferrier et celle des Sikhs par M. J. Davej Cunningham (1). Ces ouvrages renferment d'intéressants détails sur Ahmed Chah, le fondateur de la dynastie des Dourâny, et sur les souverains qui lui ont succédé. Enfin, le prince Alj Qoulj Mirza, Itizad ous Salthanèh, a publié à Téhéran un précis exact de l'histoire de l'Afghanistan depuis la mort de Nadir Chah jusqu'à l'année 1273 de l'Hégire (1857). Le lecteur pourra recourir à ces ouvrages pour combler les lacunes du récit de notre auteur.

Si la narration d'Abdoul Kerim est défectueuse et sans ordre dans sa première partie relative à l'Afghanistan, elle est, au contraire, claire et précise pour les événements qui se sont déroulés à Boukhara, àKhivaet àKhoqand dans la seconde moitié duxvm*' et au commencement du xix° siècle.

(i) An account of.the King of Cauhul, and Us dependencies in Persia, Tartary and India; comprising a view ofthe Afghan nation and a history of tke Douraunée monarchy. By the Hon. Mountstuart Ëlphinstooe. Loodon 18t5.

History of the Afghans, by T.-P. Ferrier, translated from the original unpublished manuscript. London 1858

A history of the Sikhs, ffom the origin ofthe nation, fo the hnltles of the Sutlef , by Joseph Davey Cunningham. London, 1849.

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Les dates font malheureusement presque toujours défaut, mais Tauteur nous dévoile les causes des faits qu'il raconte, il nous donne sur le caractère des personnages, sur les mobiles qui les ont fait agir, des détails précieux et intéressants. Ecrivant à Constantinople, à Tabri des poursuites de princes Foupçonneux et cruels, il fait connaître des faits que Ton ne retrouvera dans le récit d'aucun autre auteur.

Malgré toutes mes recherches, il m'a été impossible de recueillir quelques renseij^^nements biographiques sur Mir Abdoul Kerim. Il paraît avoir appartenu à une famille de Sejids de Boukhara : dans les vers qu'il a intercalés dans son récit, il prend le surnom poétique de Nedim (1) qui fait allusion, sans doute, à la position quMl a occupée dans la clientèle de hauts personnages. Il nous apprend, en effet, qu'il était au service de Chah Mahmoud et qu'il accompagnait ce prince lorsqu'il se réfugia ii Boukhara. Il fut le kiahia ou l'intendant d'Ala oud Din, ambassadeur du khan de Boukhara à la cour de Russie, et enfin il fit partie, en qualité de secrétaire, de l'ambassade qui se rendit à Constantinople en l'année 1222 de l'Hégire (1807). L'auteur nous apprend, en outre, qu'il fit deux fois, en traversant les provinces de TAsie centrale, le voyage du Kachrair et du nord de l'Inde. Il est fort probable, car nous en sommes réduits aux conjectures, qu' Abdoul Kerim, marié à Constantinople, y passa le reste de ses jours et que sa mort eut lieu après l'année 1246 de l'Hégire (1830).

Le manuscrit dont j'ai fait imprimer le texte à Boulaq est unique. 11 est écrit en nestaliq et les caractères dénotent la main d'un copiste de Boukhara. Je n'ai pas cru devoir faire au texte la moindre correction : si j'avais dû faire disparaître les fautes d'ortographe, de grammaire et de syntaxe qui se trouvent à chaque ligne, le texte original eût été complètement transformé. Je me bornerai seulement à signaler la construction plutôt turque que persane des phrases, l'emploi presque exclusif du verbe noumouden pour ferrfen (faire), Aer^aA (chaque fois), pour eguer (si), enfin la snppression de la conjonction ou (vè), et son remplacement par l'i'za/JA, faute qui se remarque, du reste, dans un grand nombre de manuscrite renfermant des pièces de poésies et copiés à une époque récente.

Abdoul Kerim, outre les mots turcs introduits dans le persan depuis le xm^' siècle, emploie fréquemment des expressions empruntées à la

(1} Confident, commensal, fayori.

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