CRÉATION DES ASSIGNATS
qu'on doit lire ce matin un rapport sur la dette publique, et si je suis bien informé, il y est question d'une création de 18 à 19 cents millions d'assignats. Ce rapport ne m'a pas été communiqué, et je dois remplir mon devoir en déclarant que je n'y ai donné nul assentiment, et en prévenant l'assemblée, que si elle laisse le public dans rincertitude à cet égard, il en naîtra les plus fâcheux inconvénients. L'administration a trois moyens pour se procurer du numéraire. Les impositions : on paye en assignats ; les achats d'argent : ce moyen est très-limité ; les achats des matières d'or : ce moyen est aussi insuffisant ; quand il vient des piastres d'un côté, il sort des écus de l'autre. Je vois cependant en perspective qu'une nouvelle émission d'assignats est nécessaire pour terminer l'année ; mais si on fait une émission immense, l'argent se cachera et on ne peut prévoir les malheurs dont nous serons les témoins. On mettra en cause, dans les mécontentements, presque tous les citoyens par une continuelle inquiétude ; que deviendront les chefs de manufactures, et tous les particuliers qui n'ont aucune ressource pour leur dépense journalière? On expose jusqu'à la sûreté du transport des espèces, on rendra incertain le payement des troupes, et celui des ateliers de charité. Il y a déjà une très-grande somme de papier-monnaie en circulation. Avec une nouvelle création de 18 ou 19 cents millions, comment pourra-t-on retenir l'équilibre entre le numéraire réel et le numéraire lictif? Les assignats actuels de 200 livres ne peuvent pas, sans une grande perte, être changés pour de l'argent; les petits billets d'une somme inférieure ne seraient pas plus faciles à échanger, et seraient très-embarrassants pour les classes indigentes. Soit en consultant la raison, soit en consultant l'expérience, soit en s'arrêlantaux idées communes, on s'effraye également de 2 milliards et demi de papier-monnaie. Gomment forcer un créancier à prendre des billets, dont on ne pourrait faire qu'un seul usage, à se soumettre à un discrédit inévitable, qui ne pourrait profiter qu'à l'État? Et quel serait ce profit? L'État n'est pas un joueur à la baisse. L'idée de convertir la dette nationale en assignats est vaste; mais la morale, qui embrasse tout, la rejette. On dirait aux créanciers de l'État : Achetez des biens nationaux ; mais dans quel lieu? mais tous les créanciers en trouveront-ils d'une valeur égale à leur créance? en trouveront-ils qui soient à leur convenance? Enfin on ignore la valeur des biens nationaux dégagés des droits féodaux, et des forêts que vous avez décidé ne devoir pas être comprises dans la vente. Il faudra prendre, sur le produit de ces ventes, 1 milliard 816 mille livres pour la dette exigible, 400 millions d'assignats déjà décrétés, et 200 millions qu'il sera peut-être nécessaire de décréter