ÉMEUTES
sacrés au plaisir et au repos; elle saisissait les moindres allusions, même au théâtre. Chose singulière ! la cour s'occupait beaucoup des petits engagements qui avaient lieu entre les partis, dans les représentations théâtrales. Quelquefois elle avait lieu d'en triompher; mais, le plus souvent, il rf y avait là pour elle qu'un motif de plus de chagrin et de répulsion.
Opéra. « Le vendredi 9 de ce mois , on donnait à ce spectacle Jphigénie en Aulide. Les aristocrates ayant applaudi avec fureur le chœur : Chantons, célébrons notre reine, et ne trouvant aucune opposition à leur prétendu délire, ont voulu faire recommencer ce chœur. Les patriotes, quoique en petit nombre ce jour dans la salle, ont crié : Non! de sorte qu'il s'en est suivi un débat d'opinion assez vif et assez long. Le sieur Lainez, qui jouait Achille, a cru qu'il était de la dignité de son personnage de se rendre le cavalier de la reine célébrée, et, d'un ton tranchant, a donné au public ce petit avis : Messieurs, tout bon Français doit aimer son roi et sa reine; ainsi je vais recommencer. Le chœur a repris, les applaudissements aristocratiques ont redoublé, et l'on a jeté, des quatrièmes logos, une couronne de laurier au sieur Lainez. Les patriotes se sont portés le dimanche suivant à l'Opéra. A l'apparition du sieur Lainez, les sifflets se sont fait entendre, et on a fait voler sur lui une grêle de pommes, et jusqu'à des paquets de verges. Après une assez longue et grande humiliation, on a ordonné au sieur Lainez d'apporter la couronne qu'il avait reçue : il a obéi; on lui a prescrit de la jeler à terre et de la fouler aux pieds : il a encore obéi, et on l'a abandonné à ses réflexions. » (Héixdutions de Paris, rt° LXXIV, p. 529.)
Comment eût-il été possible, en effet, que l'opinion restât calme? Aux motifs trop réels qui eussent suffi pour la maintenir éveillée, et, en quelque sorte, sur le qui-vive, s'ajoutaient les appels répétés et les incessantes provocations de la presse. Le journal qui paraît, sous ce rapport, avoir exercé le plus d'action sur le peuple, était celui de Marat. En voici quelques passages propres à donner non-seulement une idée de sa manière et de ses exagérations , mais encore quelques renseignements qui ne sont pas sans intérêt sur plusieurs personnages fort obscurs, il est vrai, mais qui n'en jouèrent pas moins un certain rôle.
« A l'Ami du Peuple. Je vous fais passer, monsieur, une partie de la liste des barbouilleurs de papier aux gages du général : Estienne, auteur du faux Père Duchesne (\); c'est le favori du divin
(1) Il paraissait, dts cette époque, diycrs écrits populaires sous le nom du ^«C
284 (décembre 1790) assemblée nationale.
,Mottié; Gosset, se disant avocat, animal taré sous tous les rapports; La Reynie, auteur du vol des vases sacrés de la Bastille; l'auteur des Philippiques (le sieur Mottié fait payer l'imprimeur, et laisse le produit de la vente au faiseur) : son nom ne me revient pas pour le moment ; Fauteur de Jean-Bart , ancien marin , petit diable boiteux : je vous ferai aussi passer son nom.
« Vous pouvez, monsieur, instruire le public, sans craindre de l'induire en erreur, qu'il y a chez le maire de Paris une liste de tous les mouchards à gages. Quand ils viennent chercher leur salaire, on regarde la liste ; s'ils sont inscrits, on ne fait aucune difficulté de leur délivrer des bons pour les sommes qu'ils demandent, et qu'ils vont toucher dans un bureau dont on m'a promis l'adresse. » (V Ami du Peuple, n° CGC. 1790.)
Dénonciation faite au comité national des recherches par les
vainqueurs de la Bastille.
a Le public ayant désiré connaître ceux des vainqueurs de la Bastille que les chefs de la municipalité et de la garde nationale ne rougissent pas de soudoyer pour en faire des mouchards à leurs ordres, et opprimer la liberté par les mains mêmes qui l'ont conquise, nous avons pensé qu'il était de notre intérêt et de notre gloire de lui en indiquer les noms, d'après une résolution prise dans une assemblée tenue dimanche dernier, entre une partie des vainqueurs de la Bastille, vrais amis de la chose publique, et sur le patriotisme desquels on peut toujours compter. En voici la liste :
Geoffroy, officier à la suite de l'état-major, grande rue du Faubourg-Saint-Antoine, au Bras-d'Or. Cet homme est l'un des chefs des mouchards; c'est lui qui les pave par ordre de Bailly et de Mottié.
George, ancien metteur en œuvre, rue des Bourdonnais, la deuxième allée à gauche, en entrant par la rue de Béthizy. Son emploi actuel est de délivrer des cachets aux mouchards pour se faire payer.
Masson, aide de camp du général, rue du Mail, la première porte cochère en entrant par la place des Victoires, enrôle le plus d'écrivains qu'il peut, et qu'il paye très- largement pour flagorner son maître, excuser ses sottises et justifier ses crimes de lèse-nation ; il est aussi employé au comité des recherches de la ville, où il fait un double rôle d'espion.
Durhesnc, notamment les Lettres b I patriotiques du pire Duchesnc, par
Lemaire. Hébert ne puMa son Véritable pire Duchesne que l'année suivante.