‹ Histoire de l'église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 40 sur 90 · XC1V · texte numérisé non relu

XC1V

IMrîODL'CTION.

On voit que les règles de la civilité compliquent terriblement les règles de la grammaire. — 2° Beaucoup de terminaisons sont usitées, pour indiquer certaines nuances de sens : l’affirmation, la possibilité, le doute, la probabilité, l’espérance, le reproche, etc... etc... — 3° Enfin, il y a des terminaisons spéciales pour indiquer que le sens de la phrase est suspendu ou terminé, en un mot, pour remplacer la ponctuation.

Ces diverses particules lerminatives s’ajoutent : les unes au radical, les autres aux participes verbaux, d’autres à la terminaison régulière, d’autres enfin à l’une ou à l’autre forme indifféremment. Déplus, elles se surajoutent et s’agglutinent très-souvent les unes aux autres, pour former un sens complexe, lequel est la résultante des sens de chaque fragment séparé. On conçoit qu’avec un pareil système, applicable aux divers temps et aux diverses voix de chaque verbe, la somme de toutes les terminaisons simples ou composées que peut avoir un radical s’élève à un chiffre énorme. Les Coréens en comptent plusieurs milliers, mais dans les listes qu’ils en donnent, il faut retrancher beaucoup de composés qui sont, non des terminaisons, mais de véritables phrases. Ainsi, par exemple, ils comptent parmi les terminaisons des verbes le mot ttè, temps (ou son locatif ttè-ê), qui se joint aux participes relatifs pour signifier : lorsque : hân-ttè-è , lorsqu’il a fait ; hâl-ttè-é , lorsqu’il fera.

lin mot seulement des terminaisons qui constituent la ponctuation et remplacent la virgule, le point, le point et virgule, les deux points, signes inconnus dans l’écriture coréenne. — La virgule s’indique le plus ordinairement par la terminaison ko, quelquefois par miô , ou par io (du verbe il-ta), ou isio (du verbe honorifique isi-ta ). La conjonction : et, en coréen oa , koa , hoa , les formes du vocatif a , ia , io, peuvent également indiquer une virgule. — Le point et virgule se rend par les terminaisons miô, hani , ini. — Les deux points sont indiqués par les terminaisons a, ia, iô d’un participe passé, lorsqu’une énumération doit suivre, et par la particule tè, lorsqu’on va citer les paroles de quelqu’un. — Le point est exprimé par toutes les combinaisons de particules qui se terminent en ta eu ra: mira , inira, nanita, nantota , tota, tosoita, et par d’autres encore comme siosiô, etc. (V’oyez le Pater et Y Ave Maria en coréen, pi. III et IV).

Adverbes. — Les adverbes simples sont en assez petit nombre. Ex. : tu, plus; tôl, moins; tto, encore; miôt, combien ; man , seulement, etc. Ces mots ont été ou sont encore de véritables

substantifs, signifiant : le plus, le moins, etc... Parmi les adverbes composés, les uns sont des substantifs, adjectifs, ou pronoms mis au cas voulu, le plus souvent à l’ablatif, au locatif et à l’instrumental. La plupart sont plutôt des locutions adverbiales. Ex. : ôna-ttè (quel temps) quand ? ; tiô-ttè (ce temps-là), dernièrement; tsion-ê (dans le (levant), avant; hou-é (dans l’arrière), après ; iô-keuè, ici ; iô-keuc-siô , d’ici ; tiü-keué, là ; tiô-keuè siô , de là ; tto-han , aussi ; han-katsi-ro, ensemble ; ôttulché, comment ; etc. Les autres adverbes composés se forment des verbes neutres en ajoutant au radical i, hi , kei, khei , Ex. : polk-i, évidemment; kateuk-hi, pleinement; kheu-kei , grandement ; etc.

Postpositions. — Elles tiennent lieu de nos prépositions. Les principales sont celles qui servent pour la déclinaison, il y en a une ou deux autres. Ex. : /art, avec. Les Coréens en comptent un certain nombre, qui sont en réalité des locutions postpositives. Ex. : po-ta , en comparaison de (litt-. voir) ; tsoung-é , dans, parmi; in-hâia , par; oui-hâia , pour. Ces deux dernières sont des participes verbaux qui gouvernent l’accusatif.

Conjonctions. — La conjonction et se traduit par oa quand le mot précédent finit par une consonne , par hoa lorsqu’il finit par une voyelle. Souvent aussi on emploie ko, seul ou avec le radical hü du verbe faire : hâ-ko. Ces particules étant plutôt des participes continuatifs que de véritables conjonctions, se placent après le mot, et doivent être répétées après chacun des mots ou des propositions que l’on veut relier ensemble. Ex. : keul-sseu-ko tsèk-po-Ico, écrire-et lire-et. Les autres conjonctions sont : hok , ou; manan, mais; pirok , quoique, etc... On rencontre aussi des locutions conjonctives. Ex. : iônkoro , donc (litt. par le être ainsi).

Interjections. — Les principales sont : èko, hélas ! ; é, è, fi ! ;

ana , iôpo , eh ! ; ia , holà ! etc On peut aussi rattacher aux

interjections les deux formes ordinaires de l’affirmation : onia , oui (du supérieur à l’inférieur), ié, oui (de l’inférieur au supérieur).

§ 3. — Grammaire (syntaxe).

Le principe fondamental de la syntaxe coréenne est celui-ci : le mot qui gouverne est invariablement placé après le mot qui est gouverné. D’où ii suit que : — dans la déclinaison, la préposition indiquant le cas change de place, et devient postposition

1XTR0IÏUCTI0N.

parce qu’elle gouverne le nom ; — le nom au génitif précède celui qui le gouverne ; — l’adjectif ou participe relatif précède le nom auquel il se rattache ; — l’adverbe précède le verbe ; — le substantif précède le verbe par lequel il est gouverné, etc... La forme invariable d’une phrase coréenne est donc : 1° le sujet précédé de tous ses attributs, s’il en a ; 2° le régime indirect au cas voulu, précédé également de ses attributs ; 3° le régime direct précédé de tout ce qui s’y rattache ; 4° enfin le verbe, précédédes adverbes, etc., lequel termine nécessairement la phrase.

Cette règle générale sera suffisamment complétée par les observations suivantes.

Souvent on omet le signe du pluriel, surtout dans le langage ordinaire de la conservation. Ex. : seumou sarâm , vingt hommes, pour seumou saram-teul.

On omet aussi volontiers le signe du génitif. Ex. : namou-nôp, feuille d’arbre (litt. arbre-feuille), au lieu de namou-euè nôp. Dans les mots tirés du chinois, cette exception devient la règle absolue. Ex : thiôn-tsiou-kiông , prière du maître du ciel (litt. ciel-maître-prière)

Quand divers noms sont reliés par des conjonctions, le dernier seul prend le signe du cas, les autres restant invariables. Ex : nakoui-oa mül-koa kè-éké tsouôttapnaita , j’ai donné à l'âne, au cheval et au chien.

Les mots chinois sont très-employés, à l’exclusion des mots coréens, par les gens de la haute classe et par les habitants des villes; les paysans eux-mêmes s’en servent quelquefois. En pareil cas, les adjectifs, noms de nombre, adverbes, etc., qui accompagnent un substantif ou un verbe chinois, doivent aussi être chinois. Jamais on ne met un adjectif coréen à un nom chinois, et réciproquement.

Quand plusieurs adjectifs se rapportent h un seul sujet, le dernier adjectif seul prend la forme ordinaire (participe relatif) ; les autres sont au radical avec la conjonction ko. Ex : kôm-ko heuè-ko peulk-ho pheur-ân pit. Les couleurs : noire, blanche, rouge et bleue.

Dans une énumération, contrairement à nos idées de politesse, le pronom je on moi se met le premier. Ex. : na-hako apôtsihâko ômôni-hâko tong-sâing-hâko nounim-hâko aki-hâko tsalteuritta. Ce qui signifie littéralement moi-et, père-et, mère-et, frère-et, sœur-et, petit enfant-et, bien (portants) être.

Quand les termes d’une énumération sont des verbes à l’infinitif, le dernier seul se conjugue, les autres sont au radical suivi

de la conjonction ko. Ex : pallo-lo ssao-ko , soneuro-to ssao-ku niro-lo ssaoat-la. Ils ont combattu des pieds, des mains et des dents. ( Litt . par pied aussi combattre-et, par main aussi combattre-et, par dent aussi ils ont combattu).

Généralement les choses inanimées ne peuvent pas être le sujet d’un verbe. En pareil cas, on tourne la phrase d’une autre manière.

Quoique les verbes actifs gouvernent l’accusatif, le signe de ce cas est très-souvent omis après les régimes directs, surtout en conversation.

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