‹ Histoire de l'église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 49 sur 90 · CXXI1I · texte numérisé non relu

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fions suivies avec son mari, point de confidences, jamais l’ombre de cordialité. Vis-à-vis de son beau-père, l’usage est encore plus sévère; souvent elle passe des années entières sans oser lever les yeux sur lui ou lui adresser la parole, sinon pour lui donner de loin en loin quelque brève réponse. Avec sa belle-mère elle est un peu plus à l’aise, et se permet quelquefois de petites conversations ; mais, si elle est bien élevée, ces conversations seront rares et de peu de durée. Inutile d’ajouter que les chrétiens de Corée ont laissé de côté la plupart de ces observances ridicules.

D’après tout ce que nous venons de dire, on comprend combien rares doivent être en Corée les mariages heureux, les unions bien assorties. La femme n’a que des devoirs envers son mari, tandis que celui-ci n’en a aucun envers elle. La fidélité conjugale n’est obligatoire que pour la femme. Si insultée, si dédaignée qu’elle soit, elle n’a pas le droit de se montrer jalouse; l’idée même ne lui en vient pas. D'ailleurs, l’amour mutuel entre les époux est un phénomène que les mœurs rendent presque impossible. Les bienséances tolèrent qu’un mari respecte sa femme et la traite convenablement ; mais on se moquerait cruellement de celui qui lui donnerait une marque d’affection véritable, et qui l'aimerait comme la compagne de sa vie. Elle n’est et ne doit être, pour un homme qui se respecte, qu’une esclave d’un rang un peu plus élevé, destinée à lui donner des enfants, à surveiller l’intérieur de la maison , et à satisfaire quand il lui jdait ses passions et ses appétits naturels. Parmi les nobles, le jeune marié après avoir passé trois ou quatre jours avec sa nouvelle épouse, doit la quitter pour un temps assez long, afin de prouver qu’il ne fait pas d’elle trop grand cas. Il la laisse dans un étal de veuvage anticipé, et se dédommage avec des concubines. En agir autrement serait de mauvais goût. On cite des nobles, qui pour avoir laissé échapper quelques larmes à la mort de leur femme, ont été obligés (le s’absenter pendant plusieurs semaines des salons de leurs amis où l’on ne cessait de les poursuivre de quolibets.

Parmi les femmes, un certain nombre acceptent cet état de choses avec une résignation exemplaire. Elles se montrent dévouées, obéissantes, soigneusesde la réputation et du bien-être de leurs maris. Elles ne se révoltent pas trop contre les exigences souvent tyranniques et déraisonnables de leurs belles-mères. Habituées dès l’enfance à porter le joug, à se regarder elle-mêmes comme une race inférieure, elles n’ont pas même l’idée de protester contre les usages établis, ou de briser les préjugés dont elles sont victimes. Mais beaucoup d’autres femmes se laissent

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aller à tous leurs défauts de caractère, sont violentes, insubordonnées, mettent dans leurs maisons la division et la ruine, se battent avec leurs belles-mères, se vengent de leurs maris en leur rendant la vie insupportable, et provoquent sans cesse des scènes de colère et de scandale. Chez les gens du peuple, en pareil cas, le mari se fait justice à coups de poing ou de bâton ; mais dans les hautes classes, l’usage ne permettant point à un noble de frapper sa femme, il n’a d'autre ressource que le divorce, et s’il ne lui est pas facile d’y recourir et de faire les frais d’un autre mariage, il faut qu’il se résigne. Si sa femme, non contente de le tourmenter, lui est infidèle ou s’enfuit de la maison conjugale, il peut la conduire au mandarin, qui, après avoir fait administrer la bastonnade à la dame, la donne pour concubine à quelqu'un de ses satellites ou de ses valets.

Quelquefois cependant, même en Corée, les femmes de tact et d'énergie savent se faire respecter, et conquérir leur position légitime, comme le prouve l’exemple suivant, extrait d’un traité coréen de morale en action, à l'usage des jeunes gens des deux sexes. Vers la fin du siècle dernier, un noble de la capitale, assez haut placé, perdit sa femme dont il avait plusieurs enfants. Son âge déjà avancé rendait un second mariage difficile; néanmoins, après de longues recherches, les entremetteurs employés en pareil cas firent décider son union avec la fille d’un pauvre noble de la province de Kieng-sang. Au jour fixé, il se rendit à la maison de son futur beau-père, et les deux époux furent amenés sur l'estrade pour se faire les salutations d’usage. Notre dignitaire en voyant sa nouvelle femme, resta un moment interdit. Elle était très-petite, laide, bossue, et semblait aussi peu favorisée des dons de l’esprit que de ceux du corps. Mais il n’y avait pas à reculer, et il en prit son parti, bien résolu à ne jamais l’amener dans sa ipaison et à n’avoir aucun rapport avec elle. Les deux ou trois jours que l’on passe dans la maison du beau-père étant écoulés, il repartit pour la capitale, et ne donna plus de ses nouvelles. La femme délaissée, qui était une personne de beaucoup d’intelligence, se résigna à son isolement, et demeura dans la maison paternelle, s’informant de temps en temps de ce qui arrivait à son mari. Elle apprit, après deux ou trois ans, qu’il était devenu ministre de second ordre, qu'il venait de marier très-honorablement ses deux fils, puis, quelques années plus tard, qu’il se disposait à célébrer, avec toute la pompe voulue, les fêtes de sa soixantième année.

Aussitôt, sans hésiter, malgré l'opposition et les remontrances

de ses parents, elle prend le chemin de la capitale, se fait porter à la maison du ministre, et annoncer comme sa femme. Elle descend de son palanquin sous le vestibule, se présente d'un air assuré, promène un regard tranquille sur les dames de la famille réunies pour la fête, s’assied à la place d’honneur, se fait apporter du feu, et avec le plus grand calme, allume sa pipe devant toutes les assistantes stupéfaites. La nouvelle est portée de suite à l’appartement des hommes, mais par bienséance personne n’a l’air de s’en émouvoir. Bientôt la dame fait appeler les esclaves de service, et d’un ton sévère : « Quelle maison est-ce que celle-ci? leur dit-elle ; je suis votre maîtresse et personne ne vient me recevoir. Où avez-vous été élevées? je devrais vous infliger une grave punition, mais je vous fais grâce pour cette fois. Où est l’appartement de la maîtresse? » On se hâte de l’y conduire, et là, au milieu de toutes les dames : « Où sont mes belles-filles? demande-t-elle, comment se fait-il quelles ne viennent pas me saluer? Elles oublient sans doute que par mon mariage je suis devenue la mère de leurs maris, et que j’ai droit de leur part à tous les égards dus à leur propre mère. » Aussitôt, les deux belles-filles se présentent, l’air honteux, et s’excusent de leur mieux sur le trouble où les a jetées une visite aussi inattendue. Elle les réprimande doucement, les exhorte à se montrer plus exactes dans l’accomplissement de leurs devoirs, et donne différents ordres en sa qualité de maîtresse de la maison.

Quelques heures après, voyant qu’aucun des maîtres ne paraissait, elle appelle une esclave et lui dit : « Mes deux fils ne sont certainement pas sortis en un jour comme celui-ci ; voyez s’ils sont à l'appartement des hommes, et faites-les venir. » Ils arrivent très-embarrassés, et balbutient quelques excuses. « Comment, leur dit-elle, vous avez appris mon arrivée depuis plusieurs heures, et vous n’êtes pas encore venus me saluer! Avec une aussi mauvaise éducation, une pareille ignorance des principes, que ferez-vous dans le monde ? J’ai pardonné aux esclaves et à mes belles-filles leur manque de politesse, mais, pour vous autres hommes, je ne puis laisser votre faute impunie. » En même temps, elle appelle un esclave, et leur fait donner sur les jambes quelques coups de verges. Puis elle ajoute : « Pour votre père le ministre, je suis sa servante, et n’ai pas d’ordres à lui donner ; mais vous, désormais, faites en sorte de ne plus oublier les convenances. »

A la fin, le ministre lui-même, bien étonné de tout ce qui se passait, fut obligé de s’exécuter et vint saluer sa femme. Trois

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