‹ Histoire de l'église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 55 sur 90 · CL1I · texte numérisé non relu

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donner qu’on le leur demande; le plus souvent, ils se hâtent de le porter eux-mêmes, et ne veulent point en recevoir le prix. Les instruments de jardinage ou de labour sont toujours à la disposition de qui vient les demander, et souvent même, excepté pendant la saison des travaux , les bœufs se prêtent assez facilement.

L’hospitalité est considérée par tous comme le plus sacré des devoirs. D’après les mœurs, ce serait non-seulement une honte, mais une faute grave, de refuser sa part de riz à quiconque, connu ou inconnu, se présente au moment du repas. Les pauvres ouvriers qui prennent leur nourriture sur le bord des chemins, sont souvent les premiers à offrir aux passants de la partager avec eux. Quand, dans une maison quelconque, il y a une petite fête ou un repas solennel, tous les voisins sont toujours invités de droit. Le pauvre qui doit aller pour ses affaires dans un lieu éloigné ou visiter à de grandes distances des parents ou amis, n’a l»as besoin de longs préparatifs de voyage. Son bâton, sa pipe, quelques hardes dans un petit paquet pendu à l’épaule, quelques sapèques dans sa bourse, si toutefois il a une bourse et des sapèquesà mettre dedans, voilà tout. La nuit venue, au lieu de se rendre à l’auberge, il entre dans quelque maison dont les appartements extérieurs sont ouverts à tout venant, et il est sûr d’v trouver de la nourriture et un gîte pour la nuit. Quand l'heure du repas arrive, on lui donne sa part ; il a pour dormir un coin de la natte qui recouvre le plancher, et un bout du morceau de bois qui, appuyé contre la muraille, sert d’oreiller commun. S’il esi fatigué, ou que le temps soit trop mauvais, il passera ainsi quelquefois un ou deux jours, sans que l'on songe à lui reprocher son indiscrétion.

En ce bas monde, les meilleures choses ont toujours un mauvais côté, et les habitudes toutes patriarcales que nous venons de décrire, produisent bien quelques inconvénients. Le plus grave est l’encouragement quelles donnent à la fainéantise d’une foule de mauvais sujets, qui spéculent sur l’hospitalité publique, et vivent en flânant de côté et d’autre dans une complète oisiveté. Quelques-uns des plus effrontés viennent s’établir, pendant des semaines entières, chez les gens riches ou aisés, et se font même donner des vêtements que l’on n’ose pas refuser de peur d etre ensuite injurié et calomnié par eux. On dit que, dans la province de Pieng-an surtout, ces cas sont assez fréquents. Dans les montagnes du Kang-ouen, on voit des bandes entières s’établir dans un village, y vivre deux ou trois jours aux frais des

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habitants, puis passer dans un autre, et ainsi de suite, pendant des mois entiers, sans que le gouvernement ose intervenir pour protéger le peuple. Les petits marchands ambulants, les comédiens, les astrologues prennent les mêmes libertés; c’est l’usage, cl nul ne réclame ni ne songe à se débarrasser par force de ces hôtes incommodes. Il y a de plus les mendiants proprement dits. Ce sont des infirmes, des estropiés, des vieillards sans ressources, auxquels chacun donne un peu de riz ou quelques sapèques. A Séoul, se trouve une corporation de mendiantes qui se partagent les différents quartiers de la capitale et quêtent chaque jour de porte en porte. Elles sont généralement détestées h cause de leur méchanceté et de leur insolence ; mais la crainte de s’attirer de mauvaises affaires de la part de toute la bande, force la main aux habitants paisibles, et elles recueillent d’abondantes aumônes. Parmi les mendiants attitrés il faut aussi compter tous les bonzes. Les uns mendient par nécessité, les autres par vertu; on donne à ces derniers le nom de San-lim. Quoique la religion de Fô soit maintenant tombée dans un discrédit universel, presque toujours, par pitié ou par un reste de superstition, on leur donne quelques poignées de riz.

Les visites, soirées, invitations, et autres relations ordinaires de société sont très-multipliées, et la plus grande liberté y règne. Les femmes ne se montrent jamais dans ces réunions; elles passent leur vie dans les appartements intérieurs, et ne se visitent qu’entre elles. Mais les hommes à leur aise, les nobles surtout, naturellement causeurs et paresseux, vont continuellement de salon en salon tuer le temps, raconter ou inventer des nouvelles. Ces salons ou appartements extérieurs sont placés sur le devant de la maison, et toujours ouverts à tout venant. Le maître du logis y fait sa résidence habituelle, et met son orgueil à recevoir et à bien traiter le plus d’amis possible. Naturellement les conversations ne roulent guère sur la politique ; personne ne s’en occupe, et d’ailleurs un tel sujet serait dangereux. Mais on se raconte les dernières histoires de la cour et de la ville, on colporte les médisances du jour, on répète les bons mots qui ont été dits par tel ou tel grand personnage, on récite des fables ou des apologues, on parle science ou littérature. L’été surtout, ces réunions entre lettrés deviennent de petites académies, où l'on s’assemble trois ou quatre fois la semaine pour discuter des questions de critique littéraire, approfondir le sens des ouvrages célèbres, comparer diverses compositions poétiques. Les gens du peuple, de leur côté, se rencontrent dans les rues, le long des

routes, dans les auberges. Quand ils sont deux ou trois ensemble, la conversation s’engage immédiatement et ne languit jamais. Ils se font les questions les plus indiscrètes, sur leur nom, leur âge, leur demeure, leurs occupations, leur commerce, les dernières nouvelles qu'ils ont pu apprendre, etc. Un Coréen ne peut rien garder de ce qu’il sait ; c’est chez lui une démangeaison incroyable d’apprendre toutes les nouvelles, même les plus insignifiantes, et de les communiquer immédiatement à d’autres, ornées de toutes les exagérations et de tous les mensonges possibles.

En Corée on parle toujours sur un ton très-élevé, et les réunions sont extraordinairement bruyantes. Crier le plus haut possible, c’est faire preuve de bonnes manières, et celui qui, dans une société, parlerait sur un ton ordinaire, serait mal vu des autres, et passerait pour un original qui cherche à se singulariser. Le goût du tapage est inné en eux, et rien à leur sens ne peut être fait convenablement sans beaucoup de vacarme. L’étude des lettres consiste à répéter à gorge déployée, chaque jour, pendant des heures entières, une ou deux pages d’un livre. Les ouvriers, les laboureurs, se délassent de leurs fatigues en luttant à qui criera le plus fort. Chaque village possède une caisse, des cornes, des flûtes, quelques couvercles de chaudrons en guise de cymbales, et souvent pendant les rudes travaux de l’été, on s’interrompt quelques instants, et l’on se délasse par un concert à tour de bras. Dans les préfectures et les tribunaux, les ordres des mandarins sont répétés d’abord par un crieur, puis par beaucoup d’autres échelonnés à tous les coins, de manière à retentir dans les quartiers environnants. Si un fonctionnaire public sort de sa maison, les cris perçants d’une multitude de valets annoncent sa marche. Dans les rares circonstances où le roi se montre en public, une foule de gens sont postés de distance en distance pour pousser les plus formidables clameurs, et ils se partagent la besogne alternativement, de manière h ne pas laisser une seconde de silence. La moindre interruption, en pareil cas, serait un manque de respect envers la majesté royale.

Les Coréens des deux sexes sont naturellement très-passionnés ; mais l’amour véritable ne se trouve guère en ce pays, car la passion chez eux est purement physique, le cœur n’y est pour rien. Us ne connaissent que l'appétit animal, l’instinct de la brute qui, [tour se satisfaire, se rue à l’aveugle sur le premier objet 'à sa portée; aussi la corruption des mœurs dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Elle est telle, que l’on peut affirmer hardi-

ment que plus de la moitié des individus ne connaissent pas leurs véritables parents. Plusieurs fois des chrétiennes, sur le point d’être violées par des païens, les ont arrêtés par ces paroles : « Ne m’approche point, je suis ta propre fille. » Et le païen reculait, sachant que le fait était, sinon probable, au moins trèspossible. Au reste, comment pourrait-il en être autrement dans un pays où aucun frein religieux ne vient dominer les passions, et où les coutumes, les nécessités même de la vie matérielle forcent souvent les pauvres, c’est-à-dire la moitié de la population, à oublier les lois de la pudeur? En effet, les maisons des pauvres ne sont que de misérables huttes de terre. Ils n’ont pas le moyen d’avoir deux chambres, ou, s’ils en ont deux, ils ne peuvent les chauffer toutes deux pendant l’hiver. Aussi, père, mère, frères et sœurs, tous dorment ensemble, sous la même couverture s’ils en ont une, et, s’ils n’en ont point, serrés les uns contre les autres pour se réchauffer un peu.

Presque tous les enfants jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans, quelquefois même davantage, vivent pendant l’été absolument nus, ou revêtus seulement d’une petite jaquette qui descend jusqu’à la ceinture. Les enfants chrétiens sont généralement vêtus d’une manière plus décente, mais les missionnaires ont eu beaucoup de peine à obtenir cette concession. Tout homme, marié ou non, est libre d’avoir chez lui autant de concubines qu’il peut en entretenir. Quand une femme arrive dans un village, elle trouve toujours où se placer; si nul n’est assez riche pour la garder chez lui, chacun la prend dans sa maison à tour de rôle, et la nourrit pendant quelques jours. Une femme qui, voyageant seule, passerait la nuit dans une auberge, serait infailliblement la proie du premier venu; quelquefois même la compagnie d’un homme, à moins qu’il ne soit bien armé, ne suffit pas à la protéger. Inutile d’ajouter que la prostitution s’étale partout au grand jour, et que la sodomie et autres crimes contre nature sont assez fréquents. Le long des routes, à l’entrée des villages surtout, les filles publiques de bas étage s’installent avec une bouteille d’eau-de-vie de riz, dont elles offrent aux voyageurs. La plupart s’arrêtent d’eux-mêmes pour les faire chanter, ou badiner avec elles; et si quelqu’un passe sans les regarder, elles ne se gênent nullement pour l’arrêter par ses habits et même lui barrer le chemin.

Mais détournons les yeux de ce triste spectacle, et hâtons-nous de passer à un autre sujet.

Les Coréens ont généralement le caractère entier, difficile,

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