L ÉGLISE ET LE CULTE
Nécessité des réformes. — Caractères des liturgies. — La lecture du Décalogue. — Prières pour les malades. — Prières pour les Jeûnes.
— La formule de bénédiction. — Prières du dimanche modifiées. — La liturgie du baptême. — La confession des péchés. — Les Psaumes. — Les cantiques de la communion. — Version de la Bible.
— Catéchismes. — Réformes du syndic de la Rive. — Société des catéchumènes. — Liste des fondateurs. -— Réception publique à la Sainte-Cène. — Heures des cultes. — Le Temple Neuf et la famille Lullin. — La colonnade de Saint-Pierre. — La Sainte-Cène, modification de sa liturgie. — Fêles de Noël et de l'Ascension. — Solennités nationales, Escalade et Jeûnes.
Après avoir analysé les caractères 1 du culte public au temps de la Réforme, nous devons indiquer les modifications que l'Église genevoise opéra dans les services religieux pendant le cours du dix-septième et du dix-huitième siècles.
Si l'Église grecque et l'Église romaine ont admis l'immobilité des formes du service divin, les pasteurs
1. Nous prévenons nos lecteurs que toutes les dates insérées dans ce volume indiquent une référence aux registres de la Compagnie des Pasteurs.
protestants ont pensé que les améliorations étaient permises dans les cérémonies religieuses. Leur opinion est légitime. En effet, il n'y a d'immuable dans le christianisme que les paroles du Sauveur touchant le dogme et la morale; mais les usages sur lesquels le Maître a gardé le silence sont naturellement laissés à la prudence et au zèle des conducteurs ecclésiastiques; en particulier, les formes du culte public étant des institutions humaines, peuvent varier selon les exigences dn temps. D'après ces principes fondés sur la volonté de leur divin Chef, les pasteurs genevois perfectionnèrent les formes du culte lorsque les changements sociaux et les améliorations de la langue française exigèrent impérieusement ces modifications ecclésiastiques.
Les liturgies, composées dans le dur et naïf langage des réformateurs, revêtirent les formes littéraires de la grande école du dix-septième siècle.
On réduisit à des dimensions raisonnables les prières primitives qui fatiguaient l'attention par une longueur démesurée.
Le culte public fut également modifié quant au nombre et aux heures des offices religieux. Les heures des sermons étant choisies en vue de faciliter l'accès du temple à la majorité des fidèles, durent varier avec les usages sociaux et les habitudes de famille. Ainsi, lorsque le cours du soleil réglait remploi des jour-
nées, lorsque le travail commençait de grand matin, et que le moment du repos coïncidait avec les premières ombres du soir, les cultes furent célébrés en général avant midi. Puis, l'usage des veilles prolongées s'élant établi, on dut retarder les heures des sermons et des prières.
Le nombre des services et des actions, comme on les désignait autrefois, varia également sous l'influence des événements qui changèrent les éléments constitutifs de la population genevoise.
La musique et le chant sacré reçurent de sérieux perfectionnements. Les psaumes de Théodore de Bèze et de Marot firent place, à la fin du dix-septième siècle, à des traductions françaises, en accord avec les progrès de la langue.
Enfin, les fêtes religieuses, les grands anniversaires chrétiens, les cultes rappelant les délivrances de l'Église et de la Patrie, subirent de grands changements. Les fêtes de Noël et de l'Ascension, proscrites par Calvin, furent peu à peu célébrées par ses successeurs, et les jeûnes institués pour l'humiliation des peuples réformés dans les grandes épreuves nationales devinrent des solennités annuelles et régulières.
Examinons maintenant en détail ces modifications opérées dans le culte public genevois au dix-septième et au dix-huitième siècles.
Liturgies et prières ecclésiastiques. La forme extérieure du culte réformé fut évidemment fournie par les descriptions que Pline le Jeune et Tertullien nous ont transmises des assemblées de la primitive Église. D'après ces auteurs, le service divin se composait de la confession des péchés, du chant des louanges de Dieu, puis d'une exhortation évangélique adressée au peuple, et terminée par une solennelle bénédiction. Cet ordre fut ponctuellement suivi par les réformateurs français.
Le culte public commençait au seizième siècle par la confession des péchés que Calvin avait empruntée en 1541 à l'Église de Strasbourg; puis, on chantait un ou deux versets des psaumes. Le prédicateur prononçait « une prière d'exhortation à profiler du culte, » et dont la forme est laissée à sa discrétion. » Venai ensuite le sermon, et le service était terminé par une invocation où l'on implorait les laveurs divines sur toutes les classes de la société chrétienne.
Le dimanche où la Sainte-Cène était célébrée, on ajoutait au culte ordinaire une brève prière, et on lisait la liturgie de la communion ; celte liturgie se trouvait parfaitement adaptée, dans sa forme et sa substance, à l'état d'un peuple qui naguère admettait la doctrine romaine louchant la présence réelle.
Dans le baptême on établissait l'incapacité absolue pour l'homme de faire aucun bien, et la malédiction prononcée sur la race humaine. » Le baptême, dit la
liturgie de Calvin, nous retire de cet état de condamnation, nous remet le péché originel, duquel est coupable toute la lignée d'Adam, » et nous rend capables de combattre contre le mal, et de vivre dans la sainte liberté des enfants de Christ.
La liturgie du mariage porte les traces de l'esprit du temps et de la licence morale où les populations étaient plongées au seizième siècle. Les recommandations touchant la pureté et la sainteté du lien conjugal, composent à peu près en entier le texte de l'exhortation et des prières. Les habitudes religieuses, le support, les qualités morales nécessaires au bonheur des époux et des enfants, y sont à peine mentionnées.
Les liturgies furent conservées à peu près intactes jusqu'en 1741.
Voici les modifications successives qu'elles éprouvèrent pour la doctrine et la forme extérieure :
Le culte commençait par la lecture de quelques chapitres des Saintes-Ecritures. Les étudiants en théologie étaient chargés de cet office. En 1639 (Reg. Comp. 9 août), sur la proposition du Consistoire, on décida de lire le Décalogue. « Les proposants feront » cette lecture dès après le dernier coup de cloche ; » elle sera précédée d'une bonne exhortation pour » inviter le peuple à l'attention et au respect. »
Les premières observations générales, au sujet des liturgies, furent présentées en 1688 (6 janv. Reg.
Camp.) par M. Dufour, pasteur. « Considérant les changements considérables qui sont dans la langue, il propose d'abréger les liturgies sans rien leur enlever d'essentiel. » La Compagnie, tout en reconnaissant la justesse de ces observations, ne croit pas pouvoir rien modifier pour le moment.
Toutefois, M. Léger insiste au sujet des prières qu'on fait pour les malades. « A la fin du sermon, comme c'est encore Y usage en France, dit-il, on recommande aux prières des fidèles les personnes gravement malades; on les désigne par leurs titres. » M. Léger demande qu'on s'abstienne de ces paroles humaines, et que désormais on se contente d'une phrase générale concernant les personnes souffrantes de F Église. Adopté.
La révision générale commença en 1 705 ; elle s'effectua sans difficulté quant à la forme des prières; mais elle donna lieu à de sérieuses discussions lorsqu'il s'agit de modifier la doctrine contenue dans la confession des péchés et la formule du baptême.
Le 5 octobre 4 705, le Consistoire demanda des prières spéciales pour les jeûnes, les préparations pour la Sainte-Cène et les autres solennités; les professeurs Bénédict Pictet et J.-A. Turretin furent chargés de leur rédaction, et s'en acquittèrent à la satisfaction générale des fidèles.
Les additions aux services hebdomadaires furent
bientôt suivies de modifications au culte du dimanche.
1705, Il août. La prière qui termine le service du dimanche malin paraissant décidément trop longue, on chargea M. Calendrin d'en faire un abrégé. Dix ans se passèrent en tâtonnements sur ce point, les uns voulant l'ancien usage, d'autres employant la nouvelle prière. Quelques pasteurs proposèrent la forme anglaise, « qui consiste à lire toutes les prières avant le sermon, et à terminer par une fervente et brève invocation, ce qui mettrait fin aux sorties indécentes qui troublent la fin du culte. » (Reg. Comp. 11 oct. 1709, 15 mars 1711.) Enfin, le Consei impatienté de ces longueurs, décide qu'on lira la nouvelle prière de M. Calendrin, et cet usage s'établit le 25 août 1719.
Cinq ans plus tard (Reg. Comp. 15 oct. 1725), M. J.-A. Turretin demande qu'on change la formule de bénédiction. Il pense que ces mots : « Le Seigneur fasse luire sa face sur nous, » n'étant plus du génie de notre langue, on rendrait plus heureusement le sens de l'hébreu en mettant : « Le Seigneur vous regarde d'un œil favorable et vous soit propice. » La Compagnie adopta un terme moyen et conserva la bénédiction en ces termes : « Le Seigneur vous bénisse et vous conserve. Le Seigneur vous regarde d'un œil favorable et vous soit propice. Le Seigneur
tourne son visage vers vous et vous maintienne en paix et en prospérité. » Ce fut en 1775 que cette dernière phrase fut abolie, et que la formule fut réduite aux expressions employées aujourd'hui dans l'Église de Genève.
A la même époque, sous l'influence d'Ostervald, des modifications à peu près analogues furent opérées à Neuchâtel, et la liturgie actuelle de cette Église fut adoptée en 1713. Nous ne connaissons pas la date exacte de l'introduction de cette forme de culte dans l'Eglise vaudoise; mais comme les prières de cette Eglise sont à peu près semblables à celles deNeuchâtel , il est probable que le changement ordonné par les Bernois fut contemporain des travaux d'Ostervald.
Ces modifications des liturgies genevoises étaient peu importantes auprès de celles qu'on proposait d'introdruire dans la confession des péchés et dans la formule du baptême. Pendant onze années, de 1712 à 1725. on discuta sur ce grave sujet. Le temps avait marché; la majorité du clergé genevoisn'admettait plus lesassertions littérales du calvinisme. On remplaçait les expressions humaines des formulaires par des paroles bibliques (25 juin 1723), et sous cette influence, les liturgies furent changées touchant un point très-grave, le péché originel; on proposa d'enlever de la confession des péchés les mots : « Nous sommes pauvres pécheurs conçus et nés en iniquité et corruption, en-
clins à mal faire, inutiles à tout bien. » Il était question de les remplacer par cette phrase : « Nous sommes de pauvres pécheurs enclins au mal dès notre naissance. » Pendant la délibération, M. Turretin aîné rapporta que diverses personnes n'approuvaient pas le changement radical qu'indiquait la commission; il demanda que pour satisfaire les diverses opinions, Ton prît un terme moyen, et qu'on modifiât comme suit l'ancienne rédaction : « Nous sommes nés dans la corruption, enclins au mal. »
Adopté à l'unanimité par la Compagnie.
La discussion touchant la liturgie du baptême fut longue et pénible. La commission anéantissait le fait de la malédiction prononcée sur les enfants dès avant leur naissance, et déclarait que « le baptême, qui nous sauve, étant l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu, il devient nul, s'il n'est ratifié par la conduite future du jeune chrétien. »
M. Turretin aîné indiqua eLCore un terme moyen touchant le péché originel . « L'ancienne liturgie, dit-il, s'adressant à Dieu, porte ces mots : « En te délarant » son Dieu et son Sauveur, en lui remettant le péché » originel, duquelestcoupableîoutelalignéed'Adam. » Je propose ces paroles : « Comme toute la postérité » d'Adam est dans un état de corruption et de misère, » qu'il te plaise de te déclarer le Dieu et le Sauveur de » cet enfant et de le sanctifier par ton esprit. » Quant
à cette phrase touchant la perversité et la malédiction de notre première nature, elle doit disparaître sans conteste. » L'orthodoxie de M. Turretin aîné rallia tous les suffrages. La Compagnie adopta, à l'unanimité, les nouvelles formules, et ainsi fut terminée cette grande révolution ecclésiastique.
Musique et, Psaumes. En 1545, l'Église de Genève adopta pour le chant sacré « le Recueil despsau- » mes mis en rimes françaises, à savoir quarante-neuf » par Clément Marot, et le surplus par Théodore de » Bèze. » La musique était des plus simples, et quelques-unes de ces hymnes sont des modèles d'énergie et de beauté religieuse1.
Les psaumes furent chantés sans modification dans l'Église de Genève, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, Mais, vers l'an 1680, un homme qui possédait le génie poétique et sentait vivement les imperfections des lignes rimées de Clément Marot, le professeur Bénédict Pictet, désirait vivement voir s'introduire un changement absolu de cette partie du culte; il se plaignait de l'état pitoyable du chant; maintes fois il avait dû prévenir des étrangers « pour que leur sourire n'accueillît pas cette rude harmonie. » En
1. Un usage excellent et qui, selon nous, devrait être adopté dans les nouvelles éditions des psautiers, est le texte littéral du cantique placé en regard de la versification. Cette double impression ne présenterait aucune difficulté, car les anciens livres de chants sacrés sont de formats encore plus exigus que les nôtres.
effet, à peine le pasteur avait-il terminé l'indication du psaume, qu'une foule de personnes l'entonnaient isolément, sans attendre le chantre, et ce mélange de notes durait jusqu'à la fin du verset.
Bénédict Pictet se trouvait intimement lié avec Valentin Conrart, secrétaire du roi de France. Le pasteur genevois avait été maintes fois admis chez lui à ce cercle de gens d'esprit, qui fut le berceau de l'Académie française. Conrart était protestant; mais grâce à une extrême réserve, il évita toute persécution, et se condamna, ditBoileau, « à un prudent silence. »
(Reg. Conseil. 42 avril 1695.) « Quelques années » avant les malheurs, disent nos registres, l'Église de » Paris l'avait chargé de revoir les psaumes et de les » mettre sur un pied conforme et accommodé à la » pureté où le langage a été amené. M. Conrart tra- » vaiila à cet ouvrage avec beaucoup de succès, et » comme Dieu avait retiré ce poëte avant qu'il eût » terminé son ouvrage, d'autres personnes, et prin- » cipalement M. Bénédict Pictet, furent priées de ne » pas laisser ce grand travail imparfait; de sorte qu'il » a été dès-lors entièrement consommé, en telle ma- » nière qu'il a une approbation générale. On remer- » cie beaucoup le sieur Sauvin, avocat défîmes, d'a- » voir aidé nos pasteurs par son talent de poésie, et » le Conseil engage fortement la Vénérable Compa- » gnie à parachever cette œuvre.»
La Compagnie, d'accord avec les pasteurs réfugiés, approuva les travaux des auteurs français et genevois, et voulant mener tout à bien, elle chargea « trois de ses membres, MM. Pictet, De la Rive et Calendrin d'enlever de la nouvelle version toutes les phrases qui rappellent trop les malédictions des Juifs contre leurs ennemis. Ce travail fut terminé en 1 693 . »
Ces nouveaux chants religieux furent admis par la Compagnie, à l'unanimité moins une voix, « et » l'on aurait désiré que le Conseil confirmât de suite » cette réforme, vu que plusieurs exemplaires manuscrits, répandus dans le public, étaient accueillis » avec une grande faveur, et une personne fort âgée, » M. Caze, voulait en acheter plusieurs centaines pour » les donner aux gens pauvres. » Malgré cette unanimité, le Conseil ne donna la permission d'imprimer les psaumes que le 1er juin 1694.
L'apprentissage fut long et pénible : quatre années suffirent à peine pour populariser les nouveaux chants; mais enfin, le & octobre 1698, on put les introduire solennellement dans tous les temples. Genève entretenait d'intimes relations avec toutes les églises protestantes; aussi la Compagnie désirait-elle que cette grande modification fût adoptée dans les communautés dei langue française. M. Tronchinfut chargé d'écrire une lettre « prudente et respectueuse » aux frères d'Angleterre, de Hollande et d'Allemagne. Sur trente i
Églises consultées , vingt-sept répondirent qu'elles recevraient avec plaisir les nouveaux psaumes de Genève, rendant hommage à son zèle chrétien pour l'amélioration du culte. Une seule opposition vint troubler cette remarquable unanimité. Ce fut Jurieu, pasteur en Hollande. Ce théologien, justement estimé dans tout le monde protestant, accueillit le nouveau psautier comme une déplorable hérésie; il écrivit les lettres les plus étranges contre la Compagnie de Genève. 11 accusa nos pasteurs de rompre l'unité de l'Église, d'ouvrir la voie à de funestes changements dans le culte, et plus tard dans la doctrine1. La Compagnie répondit avec douceur et fermeté, et si Jurieu entraîna dans son parti le synode des Églises vallones, en revanche, l'archevêque de Cantorbéry, Tenysson, les Églises d'Écosse, d'Irlande, de Francfort, de Magdebourg, de Berlin, approuvèrent Genève, et Jurieu fut condamné dans toute la chrétienté protestante.
La réforme du chant sacré n'était pas complète: Bénédict Pictet, le professeur Calendrin et J.-A. Turretin représentèrent à la Compagnie, le 5 octobre 1703, « qu'il était regrettable de n'avoir qu'un seul » cantique tiré du Nouveau Testament. De nouvelles » hymnes reproduisant des paroles de l'Évangile, » offriraient une heureuse innovation. L'exemple de » l'Éslise luthérienne est très-bon à suivre. »
1. Reg. Comp. 30 août, 4 et 18 oct., 13 déc. 1700, 25 mars 1701.
La Compagnie, appuyée par le Conseil, chargea M. Bénédict Pictet de composer ces hymnes, et nomma, pour les examiner, MM. Tronchin, J.-A. Turretin, Calendrin et Léger. (50 mars 1704.)
Au bout de quelques mois, M. Pictet présenta cinquante-trois cantiques qu'il fit imprimer; on en choisit douze, et ce recueil obtint l'approbation générale1. On répéta à la Compagnie qu'il est trèsédifîant et très-digne « d'une assemblée chrétienne » de chanter des cantiques en l'honneur de Jésus- » Christ, dans les jours de communion; qu'on désire, » le plus tôt possible, qu'ils soient admis. » Après six mois d'études, on fit un essai pour la Cène de septembre 1705. A la communion suivante de Noël, les fidèles étaient suffisamment préparés, et la traduction du Te Deum, « Béni soit à jamais le grand Dieu d'Israël, » ainsi que le cantique « Faisons éclater notre joie, » furent chantés avec une ferveur et une émotion si profonde, que la Compagnie et le Conseil s'adressèrent mutuellement de sérieuses félicitations touchant cet heureux succès.
Dès-lors, toutes les Églises protestantes qui marchaient avec Genève, adoptèrent les cantiques de Bénédict Pictet. Depuis cent cinquante ans ils édifient les générations qui se succèdent à la table sainte. Nos
1. Reg. Comp. 16 janvier, 10 avril, 5 sept., 27 déc. 1705; Reg. Conseil, 5 oct. 1705.
ancêtres les ont chantés dans les temps de trouble et d'alarme; ils les ont emportés dans l'exil et les ont donnés à toutes les Églises restées debout après les persécutions de Louis XIV. Les martyrs et les confesseurs oubliés dans les bagnes les ont redits mentalement durant les jours des fêtes religieuses; le malade éloigné du temple les répète en son cœur à l'heure du culte public, et les paroles de ces hymnes s'unissent intimement aux meilleurs souvenirs des communions de notre jeune âge. Mais combien peu de personnes aujourd'hui connaissent l'auteur de ces chefsd'œuvre de poésie et de simplicité chrétienne ! Sans doute, dans son admirable modestie, Bénédict Pictet n'avait pas voulu que son nom prît place à la tête de ses cantiques. Mais, après sa mort, on aurait dû combler cette lacune, et aujourd'hui, dans les nouvelles éditions de notre Psautier, il serait juste de rappeler le souvenir de l'auteur des hymnes chrétiennes de la Sainte-Cène, et de rapporter à l'un des plus honorables chefs du clergé genevois le souvenir et le bénéfice de son œuvre évangélique.
Cette modification dans le culte devait être complétée par une révision de la version de la Bible.
La Compagnie avait toujours conservé la traduction de Calvin, comme livre officiel. En 1654, elle s'était formellement opposée à la publication d'une
nouvelle traduction par Jean Diodati , qui , néanmoins soutenu par le Conseil, l'imprima en 1645.
En 1675, des libraires genevois réimprimèrent les Saints Livres « en modifiant les expressions in- » convenantes et les mots déshonnêtes tolérés dans les » temps antérieurs; mais la Compagnie ne put ap- » prouver officiellement ce travail, à cause des fautes » et des passages tronqués.» (Reg. Comp. 6 avril 1703.) Le Consistoire, en 1703, formula un vœu énergique pour obtenir une édition des Écritures en français moderne. « Il est à souhaiter, disaient ces pieux » laïques, pour l'honneur de notre ville et pour engager » davantage les particuliers à lire la Parole de Dieu, » qu'on ait une version de la Bible dont le français » soit plus pur que celui de nos vieilles traductions. »
La Compagnie nomma immédiatement une commission composée de MM. Tronchin-Turretin et J.-A. Turretin, Calendrin, B. Pictet, Léger, Maurice et Butini fils. Ces Messieurs s'adjoignirent le marquis Du Quesne et Firmin Abausit, qui se distinguèrent par leur zèle et leur science.
Le 4 septembre 1726 (Reg. Conseils) le Nouveau Testament était imprimé. M. J.-A. Turretin le présenta aux magistrats, qui en témoignèrent leur vive satisfaction, et demandèrent qu'on s'occupât activement de l'Ancien. Vingt ans plus tard, le 23 décembre 1746, le travail était achevé, et une édition complète
de la Bible était livrée aux protestants. Les pasteurs de Genève avaient retranché les expressions vieillies et grossières admises dans les temps antérieurs. L'usage de cette version fut universellement adopté, et le culte acquit ainsi une plus grande solennité et une véritable dignité chrétienne.
Catéchisme. Nous avons exposé, dans notre précédent volume, l'organisation de l'instruction religieuse à Genève. Le catéchisme de Calvin était appris par tous les enfants du collège et des écoles particulières; les régents en faisaient régulièrement réciter les sections, et chaque dimanche, les enfants rassemblés l'après-midi dans les trois temples, assistaient à un culte où on leur expliquait les vérités chrétiennes en suivant l'ordre des matières du Manuel de Calvin (2 mars 1677). Parvenus à l'âge de seize ans, les jeunes gens étaient soigneusement examinés par les pasteurs, et Ton recevait à la Sainte-Cène ceux qui possédaient une instruction suffisante. Cette admission formait une fête de famille; les parents et les amis rassemblaient leurs enfants; les pasteurs adressaient une exhortation chaleureuse aux nouveaux membres de l'Église, et les autorisaient à participer aux prochaines solennités.
Ce mode de vivre reçut bientôt des développements sérieux et d'importantes améliorations. Vers le milieu du dix-septième siècle, on composa une révi-
sion du Catéchisme de Calvin, spécialement adaptée au jeune âge. En 1668 \ un pasteur, Burlamaqui, célèbre par sa science, frappé du changement survenu dans la langue, publia un manuel d'instruction religieuse pour les petits enfants. Cet ouvrage fut, au premier abord, repoussé par la Compagnie, « l'ancien étant suffisant; » mais on revint bientôt sur cette détermination. On permit la vente des exemplaires, et les maîtres d'école s'empressèrent d'en faire usage.
Les institutions bonnes pour un temps deviennent bientôt insuffisantes 2 : l'Église de Genève l'éprouva maintes fois, et laissant de côté tout amour-propre et toute vanité d'être taxée « de tendance à la nouveauté, » elle voulut perfectionner ses rouages. En 1677, le syndic De la Rive fit un mûr examen de l'état de l'instruction dans la ville, et présenta un remarquable rapport. Il commence par ces mots empreints de la ferveur religieuse du temps: «Je vous propose, » Messieurs, de penser aux moyens d'instruire mieux » le peuple en religion ; il est nécessaire de le porter » à la piété et à une sainte vie , afin de prévenir les » jugements de Dieu, qui sont à craindre en ces » temps fâcheux. »
Le magistrat chrétien veut absolument anéantir un esprit de routine qui ne s'était que trop emparé de