Tome IL IX
miens, préparez-moi les voies, mon cher Seigneur. Oui, vous pouvez bien leur promettre que je les aimerai tendrement et sans distinction. Ils ont gagné tous mon cœur par les regrets qu'ils vous témoignent ; et j'espère gagner le leur en m'appliquant à retracer en moi-même le bon pasteur qui leur est enlevé '. » M. de Cheverus s'empressa de faire connaître, par la voie des journaux, cet extrait d'une lettre intime. Il n'avait même pas attendu jusqu'à ce moment pour gagner au nouvel évéque l'estime de ses diocésains. « Partout, lisons-nous dans le Journal de Tarn-et-Garonne, il s'était plu à appeler l'amour de son troupeau sur un prélat qu'il connaît dès longtemps et qu'il a représenté comme doué d'un talent supérieur pour la chaire, d'un zèle exemplaire dans l'exercice des fonctions épiscopales, d'une piété vraiment édifiante, enfin d'un esprit de charité et de tolérance qui l'ont fait chérir et regretter des chrétiens des autres communions, aussi bien que des catholiques des diocèses qu'il a administrés ?. » De son côté, l'évëque nommé écrivait à* un de ses fidèles de la Nouvelle-Orléans: « Je sens bien vivement l'étendue de la tâche qui m'est imposée par mon saint et savant prédécesseur. Elle m'aurait fait reculer, si la voix de la Providence ne se fût expliquée d'une manière aussi sensible. Persuadé que c'est elle qui m'envoie, je m'abandonne à sa conduite, et la prie sans cesse de suppléer à ce qui me manque, afin que je puisse consoler le troupeau de la perte d'un si digne pasteur, et entretenir au moins le grand bien qu'il a opéré. S'il ne faut pour cela qu'un cœur aimant, tendrement compatissant aux faiblesses et aux erreurs involontaires de mes chers frères, prêt à les servir tous sans distinction, je me flatte qu'ils ne s'apercevront pas du changement. Mais cette sagesse consommée, ce don de persuasion qui enchaîne les esprits, ce beau talent de la parole et ce savoir
* Extrait de la lettre datée de Bordeaux, le <0 août. Cf. Journal de Tarri-et-Garonne, n# du 23 août, et le Mémorial religieux et littéraire du Midi, 1. 1, p. 197.
* Voir le Journal, n* du 26 août.
profond qui distinguent Mgr de Cheverus, laisseront toujours un vide qu'ils ne doivent pas espérer de voir rempli par son successeur. Il faudra qu'ils s'y résignent, comme je le fais moi- *même, disposé du reste k ne rien négliger pour leur adoucir, le plus que je pourrai, cette pénible privation f. > ,
2. Celui qui exprimait de si magnifiques sentiments avait fait ses preuves dans les laborieuses missions du Nouveau-Monde. Né le 13 février 1766 k Saint-Domingue, de colons français, que des intérêts de commerce avaient fixés dans cette île, Louis- Guillaume-Valentin Dubourg fut, k l'âge de deux ans, envoyé par son père à Bordeaux, d'où était sortie sa famille. Là se passa son enfance ; et, confié aux soins de ses grands parents 2, il y fit ses études jusqu'aux humanités. Comme l'enfant donnait des signes non équivoques de vocation ecclésiastique 3, on le plaça k Paris au séminaire de Saint-Sulpice pour y suivre les cours de philosophie et de théologie. Ordonné prêtre, il demanda k faire partie de la vénérable Compagnie ; les portes lui en furent ouvertes avec empressement. Ses brillants succès et sa piété exemplaire le firent estimer tout particulièrement de M. Emery, qui bientôt lui confia la direction de l'école préparatoire d'Issy, quoiqu'il eût k peine 22 ans. Arriva la date fatale du 2 septembre 1793: la maison fut envahie et fouillée par les brigands marseillais et les fédérés du 10 août. Le jeune directeur ne dut qu'a une absence fortuite la faveur d'échapper au sabre des septembriseurs. Forcé de suspendre ses fonctions, environné de dangers continuels il se décida k passer en Espagne, où il demeura dix-huit mois environ. De la il partit
* Extrait de lettre adressée le 15 septembre à M. Mialaret-Becknell ; Cf. môme Journal, n° du 20 septembre.
* Il avait un frère, et une sœur qui fut Mmt Fournier.
' Un de ses professeurs, le vénérable confesseur de la foi l'abbé Gardelle, mis plus tard à la tête du séminaire d'Agen par Mgr Jacoupy, aimait à répéter que le petit abbé Dubourg avait été un de ses plus brillants élèves avec le comte de Marcellus. Une partie de la famille de notre évoque habitait à Lamothe-d'AIès, près Marmande ; on dit môme que cette localité et non Bordeaux, était le lieu d'origine.
pour l'Amérique, où une colonie de prêtres de sa société s'était fixée à Baltimore, dès 1791. L'abbé Dubourg résidait au séminaire de cette ville, lorsqu'il fut demandé par Mgr Garroll pour diriger le nouveau collège de Georgetown, près de Washington. C'est à un ministère pareil qu'on l'employa ensuite à la Havane, puis à Baltimore, où il fonda le collège de Sainte-Marie, lequel prospéra à ce point que, dès 1805, la législature de Maryland lui conféra le titre d'Université. Dans le même temps il allait porter les lumières de la foi chez les nations sauvages, et méritait par son zélé d'être nommé directeur-général des Missions étrangères en Amérique. Professeur, prédicateur, controversiste, directeur d'àmes, il fut un des premiers à comprendre la vocation de l'illustre Mmc Elisabeth Seton, et à la diriger dans la voie et les œuvres qui la firent si grande. En 1815 l'évêque de la Louisiane étant mort, l'abbé Dubourg, nommé vicaire-apostolique de la Nouvelle-Orléans, fut appelé à lui succéder. Il se rendit aussitôt à Rome, espérant décliner ce fardeau, en faisant changer de résolution le Souverain-Pontife. Ses démarches furent inutiles, et à Rome même il reçut le sacre épiscopal, que Pie VII lui aurait conféré en personne sans une indisposition qui l'en empêcha.
3. Le nouvel évêque saisit cette occasion pour entreprendre en Italie, en France et en Belgique, une véritable croisade en faveur des catholiques de son diocèse et de toute l'Amérique. Avant donc de prendre le chemin de son Église il se rendit en France, et sollicita des aumônes, des apôtres, des religieux et des religieuses, pour porter à son pays d'adoption les bienfaits de la religion et de la civilisation. Lyon fut le centre principal de sa sainte entreprise. Vers la fin de mai 1815, à la suite de nombreuses et pénibles prédications, il fit éclore dans cette religieuse cité l'Association de la Propagation de la Foi. Un bon nombre de prêtres, éminents en science et en vertus, s'attachèrent à ses pas pour l'aider dans ses travaux apostoliques par delà les mers, et les Dames du Sacré-Cœur lui accordèrent uns
colonie de religieuses, parmi lesquelles Mme Duchesoe, la remarquable et sainte compagne de Mme Barat. Parti de Bordeaux le 27 juin 1817, sur un bâtiment de la marine royale, que Louis XVIII avait mis gratuitement à sa disposition, le saint évêque, suivi d'un nombre d'ecclésiastiques, ses futurs auxiliaires, se dirigea vers Saint-Louis. La Nouvelle-Orléans avait été jusque-là la résidence de l'évêque. Mais à son retour de France, laissant entre les mains d'un administrateur cette ville et la province de la Basse-Louisiane, où il avait rencontré de graves difficultés, Mgr Dubourg préféra se fixer à Saint-Louis, comme au poste le plus avancé de la conquête apostolique qu'il entreprenait. Après un voyage des plus accidentés, et où sa vie fut plusieurs fois en danger, l'intrépide apôtre arriva dans sa sa nouvelle ville épiscopate le 6 janvier 1818.
4. Nous n'avons pas à raconter les œuvres prodigieuses opérées dans ces pays par le zèle de ce saint évêque. Grâce à lui les ordres religieux s'y implantèrent, et trois nouveaux diocèses, gouvernés chacun par un digne évêque, y furent érigés. Les sauvages avaient pour lui une affection profonde et ne l'appelaient que le grand Père des Blancs; tout le mouvement religieux recevait son impulsion de cette main habile et de ce cœur généreux. Cependant, après sept années d'apostolat trop laborieux, malgré la forte trempe de son caractère et son énergique nature, il fallut céder devant des nécessités de plus d'une sorte. Depuis longtemps aux prises avec des embarras et des difficultés intérieures et extérieures, et plus capable de les braver que de les surmonter, abreuvé d'amertumes, la santé épuisée, victime d'odieuses trahisons et même de vols sacrilèges, l'évêque-missionnaire se résolut à rentrer en France pour y passer le reste de ses jours dans un repos qui lui permettrait de régler de malheureuses affaires de famille et de rétablir ses forces '. Il partit donc sur les premiers mois de Tannée
* C.jmrae on répandait le bruit qu'il avait sollicité auprès du Pape sa rentrée de la Louisiane pour des raisons de santé, Mgr Dubourg écrivit ces lignes aux Tablette du clergé :
1826, et débarqua à Bordeaux au commencement du mois d'août. Gomme nous l'avons vu, le roi pensa à lui, et sans lui donner aucun loisir il le nomma à notre évêcbé, par ordonnance datée du 13 août1. La lettre qu'on a lue ci-avant dit assez dans quels sentiments se trouvait alors Mgr Dubourg. Sa chère mission de* la Nouvelle-Orléans lui tenait à cœur, et il n'était pas aussi sans y laisser des regrets. Nous en avons la preuve dans quelques lignes d'une lettre que lui écrivait, le 21 octobre 1828, Mme Duchesne, supérieure de la colonie religieuse, amenée de France par le zélé prélat, c Auriez-vous oublié, lui disait-elle, la terre arrosée de vos sueurs et de vos larmes, et le peuple qui vous a été soumis et qui jette toujours ses regards vers celui à qui il doit tout? Ce peuple a pu être rebelle à la voix du pasteur; mais il n'est pas ingrat, et votre nom ne se prononce jamais au milieu de lui sans vénération *. » 11 est certain que Mgr Dubourg doit être regardé comme un des plus grands restaurateurs des missions catholiques dans le sud des États-Unis, et sa mémoire y sera constamment bénie.
5. Pressé par des personnages influents, l'évêque-missionnaire avait donc accepté le titre que le roi lui conférait spontanément. Le 12 septembre 1826 il arriva à Paris pour ses informations canoniques, tandis que Mgr de Cheverus, dispensé de se rendre à la capitale pour ces formalités, s'en était déchargé sur
« Ce sont des raisons d'un ordre supérieur qui m'ont déterminé dans la démarche que j'ai faite auprès du Saint-Siège, auquel elles ont paru si décisives, que le Pape n'a pas balancé, du moment qu'elles lui ont été soumises, à dissoudre les liens sacrés qui m'attachaient à cette importante mais bien pénible mission. Mais en cessant d'en être le chef, je n'ai pas cessé de lui porter l'intérêt le plus tendre ; que dis-je ? c'est cet intérêt môme qui m'a forcé à m'en séparer, en ce que, d'une part, il était évident que ma présence désormais lui serait plus nuisible qu'utile, et que, de l'aulra, je ma suis flatté de pouvoir en Europe lui rendre d'importants services. •
* Pour compléter cette rapide biographie et s'édifier au récit de bien des détails édifiants, nous renvoyons le lecteur à différents ouvrages où il est question de notre prélat. Voir entre autres : Elisabeth Seton, par M'" de Barberey ; l'Histoire de M™ Diichesne, par l'abbé Baunard ; la Vie de M, Émery ; les Annales de lu Propagation de la Foi; le Mandement des vicaires capillaires de Besançon, à l'occasion de sa mort.
' Cf. Annales de la Propagation de la Foù t. V, p. 571.
le doyen de notre cathédrale. Dans l'attente de sa préconisation, il demeura auprès de ses anciens maîtres de Saint-Sulpice, et ne passa pasun seul jour sans se rendre utile par des prédications ou des cérémonies de son ministère. Ainsi, à l'occasion de la Saint-Charles (4 novembre), il officiait pontificalement à la messe que l'association des chevaliers de Saint-Louis faisait célébrer tous les ans dans l'église Saint-Roch. Vers cette époque arrivaient ses bulles, datées de Rome du 6 des nones d'octobre (2 octobre) '. Le 14 novembre il prêtait serment entre les mains du roi; le dimanche 19, M. Torcq, vicaire-général délégué, prenait en son nom possession du siège épiscopal, devant M. Fondomié, curé de la cathédrale; le 15 M. l'abbé Pouget avait reçu le titre de second vicaire-général. Sans plus tarder, Mgr Dubourg se mettait en route pour son diocèse, et le 24 il arrivait à Gaussade.
6. Tout se disposait dans notre ville pour le recevoir dignement le 27, date annoncée par les journaux. « Une salle était préparée à l'hôtel de la préfecture ; le clergé du diocèse accourait de toutes parts pour aller processionnellement au devant de son chef; il avait écrit sur la bannière qui devait le précéder, ces vers latins :
Mons-Albanb,
Pande fores, jam praBsul adest, micat infula sacra : Gaudia fert mœstis, dat lacrymisque modum. Ne doleas, salis est : Cheverus tibi mittitur alter ; Nomine diversi, dotibus ambo pares.
Burdigala, heu ! patrem nostro sabtraxit amori ; Vult quantum rapuit reddere Burdigala 2.
c La modestie de Monseigneur l'a porté à se dérober à ces faibles témoignages de l'empressement des Montalbanais. 11 est
« L'original aux Archives de PÉvÔchô.
9 Ce six tain était de la composition de M. Delmas, chanoine-official.
rx.
arrivé le 25, à huit heures du soir, ordonnant au postillon de conduire sa voiture de manière à n'être point remarqué. Il est descendu sans bruit à son palais, au grand étonnement de ceux qui l'habitaient. Le lendemain, peu de personnes étaient instruites du bonheur qui nous était arrivé, lorsque le bruit du canon annonça que Monseigneur, accompagné de son clergé, se rendait à la cathédrale. A l'instant, cette vaste basilique, la place et les rues adjacentes se sont remplies d'un peuple avide de recueillir le premier sourire et les premières bénédictions du prélat consolateur. Sa taille majestueuse, son visage vénérable, la tendresse qui éclatait dans ses regards, rémotion de son âme, qu'il était facile de lire dans ses traits, l'éclat de ses vertus, le souvenir de ses travaux apostoliques lui ont conquis provisoirement tous les cœurs. Mais, lorsque montant dans la chaire de vérité, l'éloquent évêque a ouvert son âme au troupeau confié à ses soins ; lorsque, d'une voix altérée, plutôt par les souvenirs de l'amitié que par les fatigues d'un long apostolat, Monseigneur a tracé le tableau d'un parfait évêque, et que le nom chéri de Mgr de Cheverus est sorti de ses lèvres, l'attendrissement de l'auditoire a été porté à son comble. Dès lors, chacun n'a plus formé qu'un voeu, celui de conserver longtemps le pasteur qui sait faire couler de si douces larmes; qui, loin d'éviter une comparaison redoutable pour l'orgueil humain, peint lui-même en traits frappants les éminentes vertus de son prédécesseur, et conjure le clergé qui l'entoure de l'avertir si jamais il s'éloignait des traces d'un tel modèle '. »
7. Après la cérémonie religieuse le nouveau pontife reçut officiellement les hommages des autorités civiles et militaires, et de tous les corps judiciaires et enseignants. « Dans lés réponses que Sa Grandeur a faites aux nombreuses harangues qui lui ont été adressées, il serait difficile de dire, écrivait le
* Cf. Mémorial du Midi, 1. 1, p. 369 etsuiv., et Journal de îarn-et-Garonnet n° des 2i,25 et 29 novembre.
rédacteur do Mémorial, ce qu'on a le plus admiré, ou de la beauté de son caractère, ou de sa tolérance, ou des grâces et de la facilité de son élocution. » Ses remerciements au président du Consistoire protestant furent surtout marqués au coin d'une délicatesse infinie, et dits avec un cœur non moins tendre que celui de Mgr de Cheverus. Les pauvres et les malades de l'hôpital eurent les premières visites de celui qui, au milieu des pègres, avait soulagé tant de misères. Par les questions qu'il leur adressa, le charitable pasteur prouva qu'il n'était pas novice dans les pratiques de la charité et la connaissance des soins qui conviennent à chaque âge. De cet asile de la souffrance il se rendit auprès des détenus civils et militaires, et leur donna de si salutaires et si touchants conseils, qu'après son départ on n'entendait plus dans la prison que ces appréciations : « Quel homme ! quel évêque ! Nous avons un nouveau M. de Cheverus, nous avons un père. »
8. Dès le premier jour l'évêque se mit vaillamment à l'œuvre. Le 8 décembre 1826 il adressait au clergé de son diocèse une circulaire relative à l'unité de liturgie et d'enseignement religieux, t Messieurs et vénérables frères, leur disait-il, en me léguant sa tendre affection pour vous, mon illustre ami, votre dernier évêque m'a aussi légué cette vive sollicitude dont furent empreints tous les moments de son épiscopat. Un des objets qui ne cessa de l'occuper pendant son trop court séjour au milieu de vous, celui dont il vous entretint encore au moment de cette séparation où ses larmes se confondirent avec les vôtres, fut de rétablir dans ce diocèse l'uniformité de rites et pratiques religieuses. Composé, comme il l'est, depuis si peu d'années, de parties détachées de cinq ou six autres diocèses, il était impossible de l'amener en un instant à cette parfaite unité. Mais je me persuade qu'il n'est personne parmi vous qui ne sente la nécessité d'y tendre par de constants efforts, et d'accélérer, par tous les moyens possibles, l'époque si désirée où il n'existera plus aucune dissonnance dans le concert de
rx.
cette nouvelle famille. Unité de Liturgie, d'Office canonial, de Rites sacrés, de Cérémonies, d'Enseignement élémentaire et de Tarif pour les fonctions du saint ministère, tel est, je ne puis en douter, l'objet de tous vos vœux... Déjà, par les soins de mon vénérable prédécesseur, le Bréviaire est imprimé, le Missel et le Catéchisme sont actuellement sous presse , et je ne tarderai pas à m'occuper de la réimpression, en un format portatif et économique, soit du Rituel, soit du Graduel, soit de l'Antiphonaire !. » Il voulait que tout le clergé eût adopté ces livres liturgiques pour la fin de l'année suivante au plus tard, et tout fut disposé pour que les vues si justes du prélat fussent réalisées. Aux Quatre-Temps de la Noël il eut la consolation de faire la première ordination de ses clercs, et il pontifia pour la première fois dans sa cathédrale à l'occasion de cette grande solennité.
9. Avec l'année nouvelle parut (8 janvier) une nouvelle lettre épiscopale, touchant le rétablissement des doyens ruraux ou vicaires forains, qui avaient été supprimés par la Révolution. C'était le moyen de déterminer le degré de hiérarchie et les rapports entre les pasteurs subalternes et leur supérieur. Le diocèse fut alor3 partagé entre trois archidiaconés, correspondants aux trois arrondissements civils; les trois archidiacres placés auprès de l'évêque avaient k recevoir et à mettre sous ses yeux les affaires qui devaient leur être transmises par les doyens ruraux. L'évêque glissa, dans cette nouvelle circulaire, un pressant avis au sujet de l'unité de Catéchisme et la recommandation de veiller à l'entretien de la lampe du sanctuaire. Malgré la rigueur de la saison, il se hâta d'entreprendre la tournée des confirmations: le 11 il partait pour l'arrondissement de Moissac, d'où le 15 il se rendit à Caussade et de là à Finhan. Quelques jours après (le mardi 23) il allait rendre visite à
* Circulaire a* 1, mentionnée dans le catalogue dressé à la fin de ce chapitre. Devant donner la liste complète des écrits épiscop iux, nous n'indiquerons pas dans les notes ceux de ces documents que nous aurons à analyser ou à citer.
CINQUIÈME PÉM0D*. — LOÛÎB-6WLL4UMB MJB0C11G (4826-1833). Il
son métropolitain à Toulouse, et, accompagné de M. l'abbé Pbifget, il faisait son pèlerinage aux insignes reliques de la basilique Saint-Sernin. On remarqua sa dévotion et sa prière plus prolongée devant les' ossements du saint évêque toulousain, Exupère. Ses observations au sujet des différentes réparations et des embellissements entrepris dans cette église, furent' trouvées fort judicieuses et mises à profit. Invité par Mmc Calais, directrice de la pension royale des demoiselles, il honora cet établissement de sa visite. Une jeune fille, récetnment arrivée de la Nouvelle-Orléans, fut choisie pour porter la parole au nom de ses compagnes. A peine eut-elle reconnu les traits vénérés de son premier pasteur, que son émotion ne lui permit plus de s'exprimer que par des sanglots. Monseigneur l'appela près de lui et s'entretint longuement de sa famille et de ceux qu'ils avaient laissés dans ce pays. Rentré à Montauban le 27, il prêcha le dimanche 28 dans la chapelle des religieuses Ursulines, et te lendemain il faisait dans l'église Saint-Josephle panégyrique de saint François de Sales. Il prit pour texte ce verset des béatitudes : Beali mites , quoniam ipsi possi* debunt terram; et après avoir dépeint, dans un exorde fort brillant, les travaux vains et ruineux des farouches conquérants, il développa ces deux pensées : saint François fut justifié par la douceur; l'Église fut restaurée par la douceur de saint François. L'auditoire, aussi choisi que nombreux, et dans lequel on voyait tout le personnel du Collège, fut vivement impressionné, par l'autorité et la beauté d'une parole mise au servicç dQ tout ce que l'art oratoire a de saisissant et de persuasif. L'émotion arriva à son comble lorsque, a la fin de la péro*raison, il adressa cette prière au saint apôtre du Chablais: <r Et. nous aussi nous avons des frères égarés ; ô sa,int François, renversez ce mur qui les sépare de nous, qu'ils, viennent sp jeter dans nos bras. »
10. Ce mois de janvier n'avait pas encore pris fin, lorsque l'évêque alla présider au grand Séminaire une séance de sabba-
tines et juger par lai-même du degré des études théologiques de cet établissement. Le 2 février il se fit une joie de célébrer la Purification de la Sainte-Vierge au milieu de ses chers enfants du Petit Séminaire. Il leur adressa un paternel discours sur les mystères de cette solennité, et établit une Congrégation destinée à recruter ceux des élèves qui donneraient, par leur sagesse et leur vertu, le plus de consolations a leurs maîtres. Peu de jours après, le diocèse apprenait qu'un ecclésiastique, originaire de Montauban ', l'abbé Borderies, vicairegénéral dp Paris, était nommé, par ordonnance royale du 27 mars, à l'évêché de Versailles, vacant par le décès de Mgr Charrier de la Roche *. Entre temps notre prélat poursuivait ses courses de confirmation, d'où il était rentré pour bénir et inaugurer, le 20, la chapelle de la nouvelle maison de Notre- Dame du Refuge. Cet utile établissement, fondé depuis dix-huit mois, par les soins et la piété d'un vertueux confesseur de la foi, M. l'abbé Arnac, subsistait presque ignoré dans une petite maison du faubourg Villebourbon. Il fallut songer à trouver un emplacement plus vaste, pour répondre aux nombreuses demandes d'entrées qui arrivaient journellement. La bienfaisance de quelques généreuses familles, à la tête desquelles le baron d'Escorbiac, fournit les moyens de l'acquérir. Après avoir secondé de tous ses efforts cette importante construction, Mgr Dubourg tint à honneur de présider a son inauguration. Il célébra la sainte messe, et, les prières d'usage étant terminées, il adressa aux dames patronesses qu'il établit dans cette circonstance, une exhortation pleine de cette noble simplicité et de cette onction religieuse et douce dont ses discours étaient toujours empreints. Le pieux évêque s'attacha surtout à faire remarquer combien nne institution qui offrait un asile au repentir, devait intéresser les cœurs vraiment dévoués à une religion, que son divin
* Quelques auteurs le disent, à tort, originaire de Saint-Géniez en Rouergue.
* Notre compatriote fut installé le 29 juillet 1827 et mourut en 1832 ; il a laissé une réputation de prédicateur. Ses oeuvres oratoires forment 4 volumes in-8*.
auteur a fondée principalement sur la miséricorde envers les pécheurs. Son texte, heureusement choisi, était : c Esioîe ipsi miséricordes sicut, etc. » La communauté fut bénie du ciel, et en 1832, obligée encore de s'étendre, elle se transporta dans le quartier de Sapiac, en un local plus spacieux. Formée d'abord de personnes vertueuses, unies entre elles par le simple lien de charité, l'œuvre réclama bientôt de vraies religieuses. En 1836 elle fut confiée aux filles de Notre-Dame de Charité, déjà fort avantageusement connues dans la région par la direction du Refuge de Toulouse. La mère Saint-Jean arriva avec une petite colonie de ses sœurs, et accepta dans leur rang les charitables personnes qui dirigeaient la maison. Par ses soins et son activité la communauté prit un nouveau développement, et il fallut trouver un établissement encore plus vaste. En 1841 elle acheta l'ancien petit Séminaire, où elle réside actuellement, et céda le local qu'elle quittait aux sœurs enseignantes de la Sainte- Famille. Celles-ci y furent établies par leur vénérable fondatrice, la Mère Emilie de Rodât.
11. Le carême approchait. Ne tenant compte ni de ses fatigues ni d'un délabrement de santé qu'il traînait depuis sa rentrée en France, notre évêque entreprit les prédications de cette station, en partie à la Cathédrale, en partie à Saint- Jacques. Il l'ouvrit le jour du mardi gras par un saisissant discours sur le Péché, dont il considéra le mal et les suites, en développant ces paroles de Jérémie : c Scilo et vide quia malum et amarum est dereliquisse te Dominum Deum tuum. » Le premier dimanche, à Saint-Jacques, s'inspirant de l'évangile du jour, il traita de la Tentation, et fut particulièrement heureux et goûté, lorsque, faisant allusion aux bons exemples donnés par le digne prêtre de cette paroisse, M. Capmas, il exhorta les paroissiens à suivre la voie qui leur était si bien montrée et à éviter tout ce qui pouvait les en détourner. Le second dimanche, ayant pris pour texte et pour exorde le fait évangélique de la Transfiguration de Notre-Seigneur, il en fit l'application à la Prière. Ce discours,
Î4 " BfSTOIRB DB L'ÉGUSE DE MONTAU1AN; .
«le plus beauqu'H ait prêché àMontauban, » dit la chromqjue, dur* une heure, et fat le développement de cette double pensée»:. Dans la prière Dieu communique avec nous; aou&, noûsioommluniquofls avec lui. Dans la péroraison,, paraphrasant le Aater, te saint évèque se surpassa et arracha des larmes à sèi auditeore, alors-que demandant à Dieu-tous les biensdont ils avaient besoin,: il remplit à ta fois le rôle d'avocat* de père etdé victime. Son discours du dimanche des Rameaux marqua aussi parmi les plntf beau* et les plus .éloquents;. prenant ehacua des. passages de l'évangile relatif à realréc-du Sauveur daaâ Jérusalem» il Uk0flrtra.te$j dispositions qu'il EalUit-apporter à la CoBUOuniaïi pascale. Aussi* chaque dimanche et deux, fois par semaine, il attira au pied de! la: chaire des-foules. considérables* avides d'entendre çeitte grande et onctueuse parole ; et le beau, résultat de» Pâques prouva &i cœur do pasteur, que ses efforts n'avaient pas été, inutiles. .. 12- Les fêtes pascales étaient à peine terminées, que l'évêque. eut à annoncer à son clergé la mort de M. l'abbé de Chièae, ce zélé missionnaire dont nous avons parié plusieurs fois^et qui l'année d'avant avait prêché ta retraite ecclésiastique. Une: circulaire du 2 mai demanda des prières pour, cet apôtre, et Monseigneur présida lui-même au, service funèbre qui futcfié^ bré dans la cathédrale. ■ Bientôt après, un fléau; qui, hélps!» visita trop. souvent nos contrées, révéla toute l'ardente charité > de notre premier pasteur, A la suite.de fontes de neige ^ur les' montagqes, et de pluies torrentielles, pendant la nuit du .20au 21 mai la Garonne, le Tarn et lïAveyron débordèrent tout' à. la fois et couvrirent le pays 4e leurs eaux. Au point du, jour, l'évêque se: rendit au faubourg Sapiac, le plus exposé de1 la ville épiscopale. Il offrit le Sainte-Sacrifice1 de la messe etfit lui-même les prières des rogations pour détourner le fléau;* Comme il les finissait, les eaux du Tarn devinrent stationnai*, res, et dès dix -heures elles commencèrent à diminuer. Dans l'intervalle, le prélat avait visité oe faubourg et celui de Ville*: bourbon, distribuant des billets de logement dans son palais pour
soixante personnes, et s'informant, avec les deux curés, des malheurs et des besoins. Le lendemain et jours suivants,, il parcourut Moissac, Gastelsarrasin et toutes les paroisses riveraines,! où les désastres furent plus terribles qu'en 1825. Rentré le dimanche 27, comme l'état de l'atmosphère paraissait ne pas s'améliorer, il ordonna dans toute la ville trois jours de pinènea* et monta en chaire pour exciter les fidèles à désarmer la colère du ciel.
13. À l'occasion des solennités de la Fête-Dieu, la population montalbanaise montra encore plus d'empressement que les années précédentes-, voulant par là témoigner de sa foi, après les désastres que le diocèse venait d'éprouver. Non content d'avoir pontifié à la cérémonie générale des paroisses de la ville, Mgr Dubourg présida, le dimanche suivant, la procession de là paroisse Saint-Orens, où il avait célébré pontifiealemetit fat grand'messe et prêché aux vêpres. De suite après, il reprit ses tournées à travers le diocèse, débutant par Beaumont (12 juillet), pour de là visiter le canton de Lavit, la région d'Àuvillar et rentrer par Nègrepelisse (lcr-25 septembre). Il eut alors la délicate attention, qui fut au reste fort appréciée, d'offrir au duc de Bordeaux un costume complet de chef indien, avec flèches; carquois et autres armes, qu'il avait rapporté de la Nouvelle- Orléans. Sur les entrefaites, l'archevêque d'Àlbî, Mgr Brault» . vint passer une semaine auprès de son collègue ; précédemment le métropolitain de Toulouse avait tenu à lui rendre pareillevisite de bonne confraternité. Ces agréables distractions n'empêchaient pas notre évêque de s'occuper activement. Le 3 novembre il adressait à son clergé une magnifique lettre au sujet des Séminaires, œuvre qui fut sa plus constante et sa plus chère préoccupation. 11 dépeignait dans des pages de feu la triste situation où étaient ces établissements, tant au point de vue des édifices que sous le rapport pécuniaire. Le grand Séminaire comptait cependant déjà plus de 100 étudiants en théologie. Moissac et Montauban étaient témoins des prodiges de dévouement et de
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46 HISTOIRE DE L'ÉGUSV DE MONTA UBAW.
générosité c d'un digne fils de Saint Vincent, et d'une de ces vénérables veuves, digne de s'associer aux. Françoises et aux Paules, » — M. Perboyre et Mmo Genyer. — Néanmoins tout était en souffrance, et Ton craignait pour le recrutement du clergé, si chacun n'aidait de sa charité. L'évêque invita tous ses prêtres à s'imposer volontairement d'une somme annuelle de 20 francs, et leur expliqua comment il répartirait ces aumônes, au moyen des demi-bourses et des quart de bourses à donner aux élèves qui seraient présentés avec des garanties de vocation sacerdotale. Le lendemain du jour où il signait cette lettrecirculaire, Mgr Dubourg officiait pontificalement dans sa cathér drale, à l'occasion de la fête du roi.. Après le Te Deum, entouré des vioaires^généraux, du chapitre et du clergé de la ville, il bénit une nouvelle cloche destinée à son église épiscopale, et qui eut pour parrain M. le comte de Yandeuvre, préfet du département, et pour marraine M»« la duchesse de Polignac*
14. Du 1er janvier 1828 l'évêque data la lettre-circulaire qui portait à son clergé et au diocèse le Tarif des oblations, longtemps retardé par le Conseil d'État. Les paroisses allaient désormais posséder une réglementation uniforme et voir cesser bien des plaintes et de pénibles difficultés. Mais une œuvre à laquelle tenait par dessus tout le saint administrateur, devait se réaliser dans le oours de cette année, et assurer dos fruits salutaires pour l'avenir. Depuis son arrivée il désirait faire bénéficier sa ville épiscopale des grâces d'une Mission. Après le Mandement du carême, il fut annoncé que le dimanche 27 mai ces saints exercices s'ouvriraient à la cathédrale. A cette fin le prélat fit afficher aux portes de chaque église un chaleureux appel aux habitants de Montauban, et, le jour venu, après la grand'messe, eut lieu une procession générale à laquelle il présida. Au retour l'immense cortège s'arrêta sur la place qui fait face aux degrés de la cathédrale, et Monseigneur prit la parole pour dire à ses fidèles les avantages de cette Mission, puis il bénit les missionnaires et leur donna tous ses pouvoirs. Le directeur des pré-
dications, le célèbre M. Guyon, adressa immédiatement une chaleureuse allocution à l'assemblée, et les cérémonies furent ouvertes après les vêpres. Nous ne dirons pas les prodiges opérés par ce saint missionnaire et par les confrères qui le secondèrent dans les diverses paroisses de la cité ; l'histoire fidèle en a été écrite 4. Rappelons seulement qu'après les merveilleux résultats 'obtenus, les splendeurs de la clôture (3 juin), et la plantation de la croix monumentale qui est encore debout au centre de la place, jetèrent la cité épiscopale dans un enthousiasme indescriptible. A cette cérémonie finale présida le cardinal de Toulouse, assisté de notre évêque et des évoques de Carcassonne, Verdun et Pamiers*. Le 21 du même mois, afin de perpétuer le souvenir de cette Mission, Mgr Dubourg
* Le Sténographe montalbanais ou relation de la Mission, par l'abbé Moncet, in-8».
3 Nous consignerons ici l'inscription coramômoralive qui fut gravée sur une des plaques de marbre qui ornent le grandiose piédestal.