‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 2)Chapitre 31 sur 97 · CIIAP. XII. — LE JOUR DE LA RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

CIIAP. XII. — LE JOUR DE LA RÉSURRECTION

La première apparition du Fils ressuscité avait été pour sa Mère. La tradition est unanime sur ce point, et l'Église catholique redira, jusqu'à la fin des siècles : « Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluia I parce que celui dont vous avez mérité d'être mère, alléluia/ est ressuscité, selon qu'il l'avait dit! alléluia fa

5. « Sur le déclin du jour, continue l'Évangéliste, deux d'entre Onairièms les disciples se rendaient à la bourgade d'Emmaûs, à soixante 'T/sosaux stades * de Jérusalem. Chemin faisant, ils s'entretenaient de tout d'Èmnafi*. ce qui venait de se passer. Or, pendant leur colloque, Jésus s'approcha des deux voyageurs, marchant à leurs côtés, sans qu'ils le reconnussent. Quel est, leur dit-il, le sujet de votre conversation, et pourquoi ètes-vous si tristes? — L'un d'eux, nommé Cléophas, lui répondit : Est-il un seul étranger , sortant de Jérusalem , qui puisse ignorer les événements de ces dei-niers jours? — Quoi? demanda-t-il. — N'avez-vous donc pas entendu parler de Jésus de Nazareth, ce prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple ? Ne savez-vous pas que les grands prêtres et nos princes l'ont condamné à mort, et l'ont crucifié ? Pour nous, nous avions cru qu'il serait le rédempteur d'Israël. C'est aujourd'hui le troisième jour, depuis que tout cela s'est passé. Cependant, quelques-unes des femmes qui sont avec nous, nous ont fait des récits effrayants. Elles se sont rendues, avant le jour, au sépulcre, et n'y trouvèrent plus son corps. Elles prétendent avoir vu des anges, quileur auraient dit que Jésus était vivant. Quelquesuns des nôtres se sont alors rendus au tombeau ; le corps n'y était plus, comme les femmes l'avaient dit ; mais ils n'ont pas trouvé Jésus. — L'inconnu leur dit alors : Insensés ! Cœurs lents à croire ce qu'ont annoncé les prophètes? Ne fallait-il pas que le Christ subît toutes ces souffrances, pour entrer ainsi dans sa gloire ? — Commen<jant alors à Moïse, et passant successivement à chaque prophète, il leur expliquait tout ce que les Écritures ont dit du Christ. Ce fut ainsi qu'ils arrivèrent à Emmaûs. Là Jésus parut vouloir les

* Seize kilomètres. Josèphe {De Bell, jud., vu, 36) donne également la distance de soixante stades indiquée par l'Évangile entre les deux localités.

270 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — l" ÉPOQUE (aN 1-312).

quitter et continuer sa route. Mais les disciples le pressèrent de s'arrêter, en disant : Demeurez avec nous, la nuit approche, et déjà le jour est sur son déclin. — Il entra donc avec eux, et s'étant mis à table, il prit le pain, le bénit, le rompit, et le leur partagea. En ce moment, les yeux des disciples s'ouvrirent ; ils le reconnurent. Mais Jésus disparut aussitôt à leurs regards. Demeurés seuls, ils se disaient : Notre cœur n'était-il pas tout brûlant , au-dedans de nous , lorsqu'il nous parlait sur la route, et nous développait le sens des Écritures ? — A l'instant, ils se levèrent, et reprirent le chemin de Jérusalem *. »

6. « Les onze étaient rassemblés. Lorsque les deux disciples entrèrent, on disait dans la réunion : « Le Seigneur est vraiment ressuscité. 11 est apparu à Simon ! » A leur tour, ceux-ci racontèrent ce qui venait de leur arriver sur la route d'Emmaûs, et comment ils avaient reconnu leur Maître, à la fraction du pain. Mais les disciples ne voulurent point les croire. Or, il était tard; les apôtres, réunis à table, avaient soigneusement fermé les portes, de peur des Juifs. Tout à coup Jésus parut au milieu d'eux. Dans. leur trouble et leur saisissement, ils croyaient voir un esprit. La paix soit avec vous ! leur dit Jésus. C'est moi. Ne craignez point ! — La frayeur les dominait encore. Il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils avaient refusé d'ajouter foi à ceux qui l'avaient vu ressuscité. Pourquoi vous troubler ainsi, leur ditil, et donner accès aux pensées qui vous obsèdent ? Considérez mes mains et mes pieds. C'est bien moi ! Touchez et voyez ! Un fantôme n'a ni chair, ni os, comme vous voyez que j'en ai. — En parlant ainsi, il leur montrait ses mains, ses pieds, et la plaie qu'il avait au côté. La joie de revoir le Seigneur était pourtant encore mêlée d'un sentiment d'hésitation et d'incertitude. Jésus leur dit alors : Avez-vous quelque chose à manger? — Ils lui oiîrirent du poisson grillé, et un rayon de miel. Il en mangea devant eux, et leur partagea ce qui restait. Ensuite il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. — Après avoir pro-

• Marc, XVI, 12-13 ; Luc, xxiv, 13-33.

' ClIAP. Xli. — LE JOUR DE LA RÉSURRECTION. 271

nonce ces paroles, il sonfïla sur eux, et leur dit : Recevez l'Esprit- Saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; ils seront retenus pour ceux à qui vous les retiendrez *. »

7. Cincr apparitions avaient marqué ce premier iour de la résur- L'incrédulité

^ '■'■ . ^ ^ "^ des apôtres

rection divine. Magdeleine et les saintes femmes eurent les pre- fondementda mières, après Marie, l'inefifable joie de contempler le Sauveur dans chrétieune. sa gloire. L'œuvre de la rédemption se poursuit sur un plan parallèle à celui de la déchéance. Une femme causa la ruine du genre humain ; Marie et ses compagnes réparent la faute d Eve. Les pieuses femmes de l'Évangile ont suivi le Dieu du Calvaire, dans sa voie douloureuse ; elles ne l'ont point aband nné, dans son agonie sur la croix. Elles ont fait le premier pèlerinage chrétien au saint sépulcre. Que les docteurs du protestantisme veuillent bien étudier ce fait, avant d'accuser d'idolâtrie les pèlerinages catholiques aux Lieux Saints. Il y a donc incontestiiblement, dans le rôle de la femme évangélique , réhabilitée par la foi et l'amour divin, un principe de grandeur, de noblesse et de dignité chrétiennes qui s'est développé partout où la croix rédemptrice a été arborée. En la personne de la Vierge Marie, la femme a repris possession des trésors de grâce, de pureté et d'innocence, que le serpent lui avait ravis. Cependant, si hautes que soient les destinées faites à la femme par l'Évangile, la merveilleuse harmonie de la création n'en est point troublée. La femme, rachetée par Jésus-Christ, s'élève jusqu'au ciel, par l'héroïsme de la vertu ; mais elle demeure, sur la terre, dans l'humilité et la modestie de sa condition. Rhéteur! vous avez dit que « la passion d'une hallucinée donna au monde un Dieu ressuscité * ! » Vous avez cru énoncer un blasphème retentissant; ce n'est qu'une grossière impiété^ Marie-Magdeleine a vu la première son bon Maître ; elle vient en hâte annoncer l'heureuse nouvelle aux apôtres ; mais les apôtres ne la croient pas. Les saintes femmes, favorisées à leur tour d'une semblable apparition, apportent leur témoignage aux apôtres. Elles insistent et s'appuient de la déposition identique de Magdeleine. Les apôtres ne les croient

» Luc, XXIV, 33-43; Joan., xx, 19-23. — « Vie de Jésus, pag, 434.

pas davantage ; ils les traitent de visionnaires. Le plus soupçonneux des rationalistes aurait-il pu faire mieux? Oti donc avez -vous { trouvé, dans 1 Évangile, que Marie-Magdeleine ait et donné au monde un Dieu ressuscité ? » Le mot vous a paru piquant , et vous l'avez écrit. Qu'il retombe sur vos prétentions scientifiques, comme la plus lourde absurdité, dont se soit rendu coupable « un savant qui croit faire quelque honneur à son pays ! » Ni Marie-Magdeleine, ni les saintes femmes, ne peuvent triompher de l'incrédulité des apôtres. Simon-Pierre, leur chef, quand Jésus s'est manifesté à lui, ne réussit pas mieux à se faire croire. Les deux disciples d'Emmaûs se présentent à leur tour. Ils disent : Nous l'avons vu; nous avons voyagé avec lui ; il nous a entretenus pendant tout le trajet ; nous l'avons reconnu à la fraction du pain ! — On répond à Cléophas et à son compagnon de voyage, comme on a répondu à Pierre, aux saintes femmes et à Marie-Magdeleine : Nous ne vous croyons pas ) Nec mis crediderunt. Ah ! je comprends le silence de la "Vierge Marie, en ce jour où l'incrédulité des apôtres enfantait la foi immortelle de l'Église ! Elle eût dit : Mon Fils est ressuscité ! Il est venu consoler ma douleur ! Et on aurait répondu à la mère de Dieu : Non» ne vous croyons pas I Ce sont là les illusions de votre cœur maternel! Marie se tait parce que son Fils est Dieu, et que D:en peut seul triompher de l'incrédulité humaine. Chacun des apôtres ne croira que quand il aura vu. S'il en eût été autrement, est-ce que le monde entier, qui n'a pas vu, aurait jamais voulu croire ? En ce moment, sur quoi repose la foi des adorateurs de Jésus? Sur l'incrédulité obstinée , persévérante , opiniâtre des apôtres. 0 mon Dieu, mon Sauveur et mon Maître ! Pierre et chacun des apôtres, avant de mourir pour attester votre résurrection, ont refusé d'y croire, jusqu'à ce qu'ils vous aient vu. Voilà pourquoi je crois, moi qui n ai point vu ; et l'on croira, jusqu'à la fin des siècles, des témoins qui scellent leur déposition de leur sang !

CHAP. XIT. — L'OCTAVE DE LA RÉSDRRECTION. 273

§ II. L'octave de la résurrection.

8. La solennité pascale durait huit jours; Les apôtres et les disci- Le sacrement pies ne 4^vaient quitter Jérusalem, pour retourner en Galilée, qu'a- confèssioa' près la semaine de la fête. L'Ange de la résurrection leur avait au- ^""cuiaire. nonce que Jésus les précéderait dans leur patrie, et que, sur cette terre, où il avait vécu trois années avec eux, tous pourraient le contempler. Cependant le divin Maître n'avait pas voulu retarder jusque-là sa manifestation au collège apostolique. Des le premier soir, il était apparu aux apôtres rassemblés. Il se prête en Dieu à la faiblesse de ces hommes. 11 leur fait toucher ses mains, ses pieds, la plaie de son cœur. 11 mange, devant eux, les modestes provisions qu'ils lui offrent. Les pécheurs du lac de Tii'ériade, soigneusement enfermés, de peur des Juifs, n'ont autre cnose que du poisson grillé et un rayon de miel. L'Église cathohque, héritière de la tradition des apôtres, a retenu cette humble pratique de l'abstinence, qui révolte les délicatesses du rationalisme et le libre arbitre des protestants. Mais l'ÉgHse a été fondée par douze pêcheurs, pour lesquels le jeûne, l'abstinence et la mortification du corps étaient des pratiques familières. Ni Luther, ni le rationalisme, ne pourront rien changer à l'Évangile et à la tradition des apôtres. Quand le Sauveur eut terminé cet humble repas, tous les assistants croyaient enfin. L'incertitude, l'hésitation, le doute, avaient disparu. 11 faut bien croire, lorsque l'on voit, lorsque l'on touche ! « Un esprit n'a ni chair, ni os, » avait dit Jésus. Un fantôme ne mange pas. La foi succède à toutes les précédentes dénégations. Alors le Sauveur institué solennellement le sacrement de pénitence, a Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Avant sa passion, durant les jours de sa vie publique, le divin Maître remettait lui-même les péchés. Il avait promis à Pierre en particulier *, et aux apôtres en général ^, de leur conférer à eux-mêmes ce pouvoir. Le moment est venu, et l'investiture du ministère sacré leur est conférée, le jour même

» Matth., XVI, 19. — » Malth., xvui, 18.

274 HISTOIEE DE L'ÉGUSE. — l" ÉPOQUE (an 1-312).

OÙ, triomphant du péclié ef ae la mort qui en est le cliâlimeni, Jésus sort vainqueur du tombeau. Mais, demande le protestantisme , où est le précepte de la confession auriculaire , dans ces paroles de Jésus-Christ ? Que le sacrement de pénitence soit d'institution divine, on l'accordera peut-être ; qu'il faille se confesser à un homme, l'Evangile ne le dit pas. Jésus, d'un seul mot remettait les fautes des prévaricateurs. Mon fils , ma fille, ayez confiance, disait-il, vos péchés vous sont remis. On ne s'était pas confessé préalablement. — C'est ainsi que, depuis trois siècles, raisonnent nos frères égarés. Or Jésus, le Verbe de Dieu, connaissait et les dispositions des âmes, et leurs égarements, et leurs misères. Quand il confessa la Samaritaine, sur le bord du puits de Jacob, ce fut lui qui r' v'éla à la pécheresse le véritable état de son cœur. Mais en dom. -,iit aux apôtres et aux disciples le pouvoir de remettre les péché > il ne leur communiqua point sa divine prescience. Pour rw enir, ou pour remettre l'offense faite à Dieu, il faut la connaître. Quelle puissance inouïe conférée à des mortels ! Remettre, ou retenir l'injui'e qui s'adresse à Dieu! Telle est pourtant la mission qae Jésus-Christ donne à ses apôtres. Les philosophies humaines, avec tous leurs systèmes et tous leurs génies, ontelles jamais songé à une pareille institution? Mais évidemment, puisque le ministre de Jésus-Christ ne connaît les péchés qu'autant qu'on les lui révèle, il ne saurait, sans la confession préalable, exercer son privilège divin sur les âmes, ïhomas 9. « Or, contixme l'Évangéhste, Thomas, surnommé Didyme *,

^y'^. l'un des douze, n'était point avec les autres, quand Jésus s'était manifesté. Les disciples lui dirent : Nous avons vu le Seigneur ! — Thomas répondit : Si je ne vois, de mes yeux, les plaies de ses mains ; si je ne mets le doigt dans la cicatrice qu'ont laissée les clous, la main dans son flanc entr'ouvert, je ne croirai point! — Huit jours après, les disciples étaient encore réunis dans la même maison, et Thomas avec eux. Les portes étaient fermées , Jésus vint. Debout, au milieu d'eux, il leur dit : La paix soit avec vous 1 -«■

^Jumeaiu

CHAP. XIT. — RETOUR EN GALIIÉE. âfIS

Puis, s'adressant à Thomas : Place ici ton doigt, lui dit-il. Vois mes raains ! Avance la main, pose-la dans la plaie de mon côté, ei ne sois plus incrédule, mais fidèle ! — Mon Seigneur, et mon Dieu f s'écria l'apôtre, — Jésus reprit : Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu ! Heureux ceux qui croient sans avoir vu M »

La foi est donc le complément humain de l'œuvre divine de la Rédemption. Le rationahsme s'étonne que chaque jour, à chaque heure, au moindre caprice d'une intelligence égarée, Jésus n'apparaisse point, dans la splendeur de son humanité vivante, pour éteindre tous les doutes et dissiper toutes les ignorances. Nous l'avons dit ; ce serait l'anéantissement de la Uberté humaine, de la conscience, du mérite et du démérite individuels. La foi n'est méri« toire que parce qu'elle est un effort ; et cependant la lumière est telle, dans cet épanouissement de la vérité évangélique, qu'il faut fermer volontairement les yeux pour se soustraire à tant de clarté. « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! »

§ III. Retour en Galilée.

10. L'octave pascale était teraiinée; les apôtres reprirent, en L'apparition

^ ' r /' sur les bor*

même temps que les autres pèlerins, la route de Galilée. Jésus les duiacde

^ ^ r » Tibériade.

y avait précédés. « Il se manifesta de nouveau à ses disciples, sur Dernière

. pêche de sain

les bords du lac de Tibériade, continue TEvangéliste, et voici les Pierre.

circonstances de cette apparition. Simon Pierre, Thomas surnomme

Didyme, Nathanaël de Gana, Jacques et Jean fils de Zébédée et deux

autres disciples étaient ensemble. Simon Pierre leur dit : Je vais

pêcher. — Nous y allons avec toi, répondirent-ils. — Ils sortirent

donc, et montèrent dans la barque, mais, cette nuit-là, ils ne prirent

rien. Alors Jésus parut sur le rivage, sans que les disciples le

reconnussent. Il leur demanda de loin : Enfants, avez-vous quelque

chose à manger? — Non, lui répondirent-ils. — Il leur dit alors i

Jetez le filet à droite de la barque, etvoustrouverez! — Ils jetèrent

le filet ; mais ils ne pouvaient plus le retirer, tant il était chargé de

* Joan., XX, 24-29.

276 HISTOIRE DE L'ÉGUSE. — l" ÉPOQUE (AN 1-312).

poissons. En ce moment, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C'est le Seigneur î — Simon Pierre, à cette parole, remit sa tunique, dont il s'était dépouillé, attacha sa ceinture et se jeta à la mer, pour gagner aussitôt le rivage. Cependant les autres disciples vinrent dans la barque, traînant derrière eux le filet chargé de poissons. Ils n'étaient qu'à environ deux cents coudées de la rive. En débarquant, ils virent un foyer disposé à terre, des charbons allumés, un poisson qui rôtissait, et du pain. Jésus leur dit : Apportez maintenant quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. — Simon Pierre courut à la barque, traîna le filet à terre ; il contenait cent cinquante-trois gros poissons ; et pourtant il ne rompit point. Jésus leur dit alors : Venez et mangez ! — Ils s'assirent donc pour prendre leur repas, mais aucun des convives n'osait lui dire : Qui êtes-vous? — Car tous savaient que c'était le Seigneur. Jésus prit le pain, et le leur distribua avec le poisson. C'était la troisième fois qu'il se manifestait aux disciples réunis, depuis qu'il était ressuscité d'entre les morts *. »

OéTonement H. Lcs catacombcs de Rome nous ont conservé le Poisson, *Ix6ùç, comme le symbole du Pécheur divin des âmes. Quel souvenir, au cœur de Pierre, de Jean et des apôtres, que cette apparition de Jésus ressuscité, sur les bords du lac de Génésareth ! Une dernière fois, les bateliers galiléens retournent à leur barque et à leurs filets; toute la nuit, ils travaillent, sans rien prendre. A l'aube du jour, un inconnu leur crie du rivage : « Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? » Ils prennent leur interlocuteur pour un de ces marchands, qui parcourent les rives de la mer de Tibéviade, et achètent les produits de la pêche. — « Non 1 » répondent-ils, avec le laconisme du découragement et du labeur stérile. Mais l'inconnu reprend : « Jetez le filet à droite de la barque ! » Ils le jettent ; et quand ils veulent le retirer, leurs efiorts sont impuissants. Il faudra le traîner, en ramant, jus(iu'à terre. A cette nouvelle pêche miraculeuse, Jean a reconnu le divin Maître. Il le dit à Pierre, et ce dernier, sans plus s'inquiéter, ni du filet, ni des poissons, ni de la

* Joan., XXI, 1-14.

CHAP. Xir. — RETOUR EN GALILÉE. 277

barque, remet sa tunique et s'élance à la mer, pour franchir à la nage les deux cents coudées qui le séparent de Jésus, et être le premier à lui baiser les pieds. Voilà ce qu'était Pierre, le chef de l'Église! Et ce n'est pas l'Évangile écrit par son disciple saint Marc qui raconte le fait. C'est saint Jean lui-même.

12. « Après le repas, continue le même Évangéliste, Jésus dit à ConfirmatioB Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? manté^donnéa — Oui, Seigneur, répondit Pierre : vous savez que je vous aime ! **"°'

"— Jésus lui dit : Pais mes agneaux ! — Une seconde fois il demanda : Simon j fils de Jean, m'aimes-tu? — Pierre répondit encore : Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime ! Et Jésus lui dit de même : Pais mes agneaux ! — Pour la troisième fois il reprit : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? — Pierre, aËQigé d'entendre son Maître lui faire, pour la troisième fois, cette interrogation, répondit : Seigneur, tout vous est connu. Vous savez bien que je vous aime !

— Jésus lui dit alors : Pais mes brebis * ! — Ensuite il ajouta : En vérité, en vérité, je te le dis ! Quand tu étais jeune, tu attachais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains; un autre te ceindra et te conduira là où tu ne voudrais pas aller ! — Ces paroles indiquaient îe genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Le Seigneur lui dit alors, d'un ton absolu : Suis-moi ! — Pierre, en ce moment, tourna la tête, et vit derrière lui le disciple que Jésus aimait, et qui, pendant la cène, s'était reposé sur son cœur. Il le montra à Jésus, en disant : Seigneur, qu'arrivera-t-il de celui-ci? — Jésus répondit : Je veux qu'il attende ainsi ma venue; que t'importe? Suis-moi. — Les frères conclurent de cette parole que Jean ne devait pas mourir. Cependant, Jésus n'avait point dit : Il ne mourra pas! mais : Je veux qu'il attende ainsi ma venue; que t'importe?

— Or, c'est Jean lui-même qui rend ce témoignage, et qui le consigne dans cet écrit, où il expose la vérité *. »

1 Jésus s'était appelé le bon Pasteur. En confiant à saint Pierre la direction des agneaux et des brebis, il le constitue donc son vicaire ici-bas. Voilà pourquoi fidèles à l'enseignement de l'Évangile, les catholiques donnent au Buccesseur de saint Pierre le nom de vicaire de Jésus-Christ.

« Joan., XXI, lS-24,

13. La triple négation de Pierre est expiée par les trois protestations d'amour. 11 ne fallait pas, dit saint Augustin, qu'il prononçât moins de paroles, pour attirer la -vie, qu'il n'en avait proféré pour conjurer la mort. Trois fois il avait redit à la servante et aux valets de Gaïphe : « Je ne connais pas cet homme ! » Trois fois il redira au Sauveur ressuscité : « Vous savez que je vous aime ! » Le souvenir de l'infidélité passée dut se représenter à l'esprit de l'Apôtre, quand le divin Maître lui répéta, pour la troisième fois, son interrogation souveraine. 11 en fut affligé, dit l'Évangéliste : Contrisiatus est Pefrus. Mais son humilité égale maintenant son amour. Il ne dit plus, comme au Cénacle : « Seigneur, quand tous les autres vous auraient abandonné, moi je ne vous quitterai ja?> mais ! » Sa réponse est calme et émue, sans aucun élan de présomption : « Seigneur, fout vous est connu ; vous savez bien que je vous aime ! » L'âme de Simon est devenue réellement la pierre sur laquelle reposera l'Église ; c'est le roc inébranlable dans sa fermeté ; mais c'est le roc frappé par une verge plus puissante que celle de Moïse, et d'où l'eau vive de la charité et de la foi jaillira en flots immortels. « Pais mes agneaux l Pais mes brebis ! » Sois le Pasteur suprême et du troupeau et de ses chefs. Voilà, dans sa divine simplicité, l'institution de la souveraineté pastorale de Pierre, Ce jour-là, le premier Pape fut sacré ; et le monde finira, avant de voir finir le dernier des Papes I Cependant le gang de Pierre rougira sa blanche tunique de pasteur. Jésus le lui annonce. « Tu tendras aux chaînes tes bras vieillis, et un autre te garrottera, pour te conduire oîi tu ne voudrais pas aller. » Le reflet dn martyre, qui doit sanctifier la Rome des Papes, illumine les rivages paisibles du lao de Génésareth : Pierre accepte en silence, pour lui et pour ses successeurs, la royauté, avec ses charges terribles. Que de papes on a garrottés depuis, « les conduisant où ils ne voulaient point aller ! » Et pourtant la papauté demeure invincible. Jean, le disciple de l'amour, n'aura point à consommer sa longue carrière par le martyre. Soixante ans plus tard, il écrivait à Éphèse ce touchant récit. Les chrétiens se flattaient de l'espérance de le conserver toujours. « Mais, ajoute l'auguste vieillard : Jésus

CUAP. XII. — L'ASCENSION.

n'avait poini; dit : Jean ne moiiTTa pas! » Il avait dit seuleraenl : Je veux que celui-ci attende, en paix, le jour de ma venue et de sa délivrance ; que t'importe ? Toi, tu me suivras au Calvaire l

14. Le Tliabor avait vu le Christ transfiguré ; le Tliabor devait le voir, dans la splendeur nouvelle de sa résurrection. « Les onze, dit l'Évangile, reçurent de Jésus l'ordre de se transporter sur cette montagne *. » Là, dit saint Paul *, plus de cinq cents disciples réunis le virent, tombèrent à ses pieds et l'adorèrent. Cependant, quelques-uns doutaient encore ^. Les rationalistes qui nous parlent de la crédulité des disciples et des hallucinations de Magdeleine, ont-ils lu l'Évangile ? Chacun des apôtres, chacun des disciples ne croit qu'après avoir vu et touché. Les cinq cents témoins, dont un grand nombre vivaient encore, vingt-sept ans plus tard, lorsque saint Paul écrivit sa première Épître aux Corinthiens, ne croient que parce qu'ils ont vu. Les autres doutaient toujours. Cependant la fête de la Pentecôte approchait. Aux termes de la loi juive, les apôtres devaient se rendre à Jérusalem pour cette solennité. Ce fut là que le divin Maître leur donna son dernier rendezvous sur la terre. Jérusalem avait crucifié son Sauveur et son Roi; la cité déicide devait voir le Fils de Dieu monter au ciel. Après cette manifestation suprême, la foi à la résurrection aura triomphé de toutes les résistances.

Apparition

de Jésas

à cinq cent*

disciples snr

le Thabor

§ IV. itscension.

io. « Les onze étaient réunis à Jérusalem, dit l'Évangile. Jésus L'autorité

s'approchant, leur parla en ces termes : Toute puissance m'a été ''"aJôirM"

donnée, au ciel et sur la terre. Allez donc dans le monde entier; ^"nwëw.''". prêchez l'Évangile à toute créature. Enseignez toutes les nations.

* Une tradition fort ancienne prétend que la montagne de Galilée, que l'Évangéliste ne désigne pas, était le Thabor. On y montre encore aujourd'hui le lieu où le Sauveur se manifesta à la foule des disciples.

* Cor.j XV, 6. Saint Paul ajouta que Jésus se manifesta, une fois encore, en particulier, à Jacques-le-Mineur.

8 Mallh., xxviii, 16, 17.

DMCMe

280 fflSTOiRE DE l'Église. — i" époque (an 1-312).

Baptisez-les, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer tout ce que j'ai commandé. Celui qui croira et aura reçu le baptême, sera sauvé ; mais celui qui ne croira point sera condamné. Des miracles accompagneront ceux qui auront la foi. En mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront des langues nouvelles; ils prendront les serpents; et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur nuira pas ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris *. — Pendant le repas, Jésus leur ordonna de ne point quitter Jérusalem, avant d'avoir vu s'accomplir la promesse du Père. « Vous l'avez entendue de ma bouche, cette promesse, leur dit-il. Jean baptisait dans l'eau ; mais vous, d'ici à quelques jours, vous serez baptisés dans l'Esprit- Saint *. »

Le rationalisme nous dit : Jésus fut un docteur juif, qui ne songea nullement à étendre, au del;i de la Palestine, le cercle de sa parole et de son enseignement. Si le christianisme a rompu les barrières que son fondateur lui avait posées, c'est à l'action individuelle de saint Paul qu'il le doit. Il suffît pour renverser cette théorie, de la rapprocher même des paroles du Sauveur : « Toute puissance m'a été donnée, au ciel et sur la terre. Allez donc dans le monde entier: prêchez l'Évangile à toute créature; baptisez toutes les nations. » Le protestantisme nous dit : Lire la Bible, l'interpréter selon ses propres lumières, et croire à la rédemption en Christ, telle est la voie du salut tracée par le Sauveur. Or, Jésus a dit aux apôtres et à Pierre leur chef: « Enseignez toutes les nations, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. » Il ne s'agit là ni de lecture individuelle, ni de foi sans les œuvres, ni de libre examen. Les apôtres doivent enseigner, ils ont la tradition de la doctrine. Les fidèles doivent observer les préceptes et croire la doctrine Ces conclusions ressortent directement du texte de l'Évangile. Elle sont d'une simplicité élémentaire; un enfant les comprendrait Pourquoi donc tant d'obstination dans l'erreur?

16. « Jésus, reprend l'historien sacré, continua à instruire ses

« Matth., xxvni, 18 ad ultim. ; Marc, xvi, 15-18. — « Act., i, 4-8.

ciiAP. XII. — l'ascension. 281

apôtres. Quand j'étais avec vous, ajouta-t-il, je vous disais : Il faut que tout ce qui est écrit de moi, dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes, reçoive son accomplissement. — Alors il leur ouvrit l'intelligence, pour comprendre les Écritures, et il dit en terminant : Voilà ce qui fut écrit. Ainsi il fallait que le Christ souffrît, et que , le troisième jour , il ressuscitât d'entre les morts. Maintenant, il faut que la pénitence et la rémission des péchés soient prêchées en son nom, à tous les peuples, en commençant par Jérusalem. Or, c'est vous qui devez être mes témoins. Pour moi, je vais vous envoyer Celui que vous a promis mon Père. Demeurez donc dans cette ville, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut, — Seigneur , demandèrent les disciples , sera-ce alors que vous rétabhrez le royaume d'Israël? Il leur répondit : Ce n'est point à vous de connaître les temps et les heures que le Père a marqués dans sa puissance. Mais vous recevrez la vertu de l'Esprit-Saint qui surviendra en vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, à Saraarie, et jusqu'aux extrémités de la terre*. »

Le Père a donné son Fils pour le salut du monde; le Fils a fait connaître aux hommes le Père, avant de remonter dans son sein. Une troisième personne divine, l 'Esprit-Saint, va descendre, pour s'unir à l'Église, et contracter avec elle l'alliance féconde qui régénérera la terre. Nos lettrés ont feuilleté toutes les pages de l'Évangile, sans y rencontrer, disent-ils, « ni théologie , ni symbole, ni rien qui ressemble à un dogme tant soit peu défini ^. » Cet aveu ne fait pas honneur à l'intelligence de nos lettrés !

17. « Après leur avoir parlé ainsi, dit l'historien sacré, Jésus les conduisit hors de la ville, sur le chemin de Béthanie. Levant les mains, il les bénit; et pendant qu'il leur donnait cette bénédiction suprême, ils le virent s'élever au-dessus de leur tête et monter au ciel, où il est assis maintenant à la droite de Dieu. Une nuée vint le dérober à leurs yeux. Comme ils le suivaient du regard, pendant qu'il allait au ciel, voici que deux hommes, aux vêtements

> Luc, XIIV, 44-49. — « Vie de Jésus, pag. 297.

uisTOiEE DE l'Église. — i'"^ époque (an 1-312).

blancs, parurent à leurs côtés, et dirent : Galiléens, pourquoi rester ainsi debout à regarder le ciel? Jésus, qui vient d'y monter devant, vous en depcendi'a de même un jour! —A ces mots, ils se piosternèrent pour adorer. Ensuite ils quittèrent le mont des Oii\iers, éloigné de Jérusalem de l'espace de chemin qu'il est permis de faire un jour de sabbat; et, pleins de joie, ils rentrèrent à la ville. On les voyait chaque jour au Temple, louant Dieu et le bénissant *. »

Sur cette montagne des Oliviers, à l'endroit même où le Fils de Dieu monta au eiel, l'impératrice Hélène fit construire la basilique de l'Ascension. Heureux le pèlerin dont les lèvres ont pu baiser, après dix-huit siècles, la dernière empreinte que le pied de Jésus laissa sur notre terre I Plus heureux celui qui a gardé la foi des apôtres, et qui n'a pas trouvé, dans l'Évangile même, « un sujet de scandale et de chute ! » Le voilà, dans son incomparable majesté et dans sa simplicité divine, ce Livre, qui a donné et donnera au monde une vie immortelle.' Dans un monastère du Sinaï, aa berceau même du Pentateuque, on vient de découvrir le plus ancien exemplaire connu de l'Évangile. C'est un manuscrit grec qui remonte au ]v* siècle. Ce parchemin, si longtemps oublié, reproduit mot pour mot notre texte actuel ; il semble que la Providence l'ait tenu en réserve, pour confondre les dernières arguties du rationalisme expirant. Il est donc authentique, ce Livre ! Nous espérons l'avoir démontré. Mais on n'épuisera jamais les sources de joie inefifable qui jaillissent de chacune de ses pages. Au moment de les quitter, ces pages arrosées de tant de larmes, au moment de nous séparer du Jésus de l'étable, du Jésus de la croix , du Jésus de l'Ascension, notre cœur et nos yeux restent fixés vers le ciel, où il vient de disparaître. Puisse-t-il envoyer à ceux qui le méconnaissent encore, l'ange de la vérité, qui leur dira, comme aux apôtres : a Jésus, qui vient de monter aux cieux, en descendra de même un jour' »

« Marc, XVI, 19; Luc, xxiv, 50-33; i4c^, i, 9-12.

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