‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 229 sur 253 · PRISONNIÈRES · texte numérisé non relu

PRISONNIÈRES

Marie CHAPELE (de Calvisson, diocèse de Nimes).

C'est une fille fort entêtée de sa religion, qu'on regarde comme 'une prédicante; elle roule les prisons depuis plus de dix ans; on n'a jamais trouvé à propos de la renvoyer, parce qu'elle n'en est pas devenue plus sage.

Antoinette GARRIGUE (de Gasceon, diocèse de Nimes).

Monsieur Ferrier, curé de Montpezat , en qui M. de Basville avait beaucoup de confiance, la lui avait dénoncée comme fort

dangereuse et convoquant de petites assemblées; elle est prisonnière depuis environ six ans, fort vieille et fort infirme.

Isabeau ASTRUC (de Générargues, diocèse de Nimes).

Monsieur l'abbé Lafont, elianoine d'Alais, m'a écrit souvent sur son compte ; il la regarde comme fort mauvaise, et s'oppose fortement à son élargissement. Elle est prisonnière depuis environ quatre ans.

Anne BEGUIN (de Puis Laurens, diocèse de Castres).

Elle est revenue sans permission du pays étranger et demande d'aller joindre son mari, qui est à Paris. Mais comme elle n'a pas voulu faire abjuration, on lui a ordonné de sortir de la province ; ce qu'elle dit ne pouvoir exécuter parce qu'elle manque d'argent pour faire le voyage et payer quelques dettes qu'elle a contractées à la citadèle , où elle est depuis plus de six mois.

No 15 (pag. 403).

«A Versailles, le 13 avril 1720.

» A M. de Saint-Maurice.

» M. l'Évêque de Lavaur, Monsieur, m'a écrit la lettre cijointe sur ce que le sieur Chaumel de Saint-Laurent , religionnaire très-opiniâtre , n'envoie pas sa fille aux instructions , et, sur le compte que j'en ai rendu au Roy, Sa Majesté m'a chargé d'expédier l'ordre que vous trouverez ci-joint pour faire mettre cette fille dans le couvent de S'e-Claire de la ville de Lavaur , et il sera à propos que vous teniez la main à ce qu'il paye la pension et les frais de l'exécution.

» On ne peut, Monsieur, vous honorer plus parfaitement que

je le fais.

» Saint-Florentin. »

(La fille dont il s'agit était unique, et n'avait que M ans.

Le sieur Chaumel de Saint -Laurent était de Revel. La lettre de l'évêque et l'ordre du roy sont au dossier. (Archives de l'Intendance du Languedoc, seconde division; ordres du roi, m 81.)

N° 1G (pag. 403).

«Le 25 septembre 1720.

» A Monsieur le Marquis de Lavrillière.

» M. l'archevêque de Narbonne me mande qu'il y a à Toulouse, où il est encore , un enfant âgé de neuf ans, nommé Jean Olier, dont le père et la mère sont morts dans la religion protestante , qui est sous la tutelle de la damoiselle Garrisson sa grand'mère. Cette femme vit dans la môme religion et a dessein d'envoyer cet enfant en Hollande, chez ses parents ; j'espère que vous voudrez bien m'adresser un ordre pour le faire mettre au collège des Jésuites de la même ville. Il a du bien suffisamment pour y être entretenu.

» Je suis , etc. ■»

(L'ordre demandé fut envoyé le 4 octobre 1720.)

N" 17 (pag. 355).

«A Paris, le 17 février 17:21.

» Monsieur De Bernage, intendant.

»On me donne avis qu'il y a dans les Sévenneset dans la diocèse de Mende un grand nombre de prédicanlsqui ne se cachent presque plus et qui pervertissent tellement les peuples , qu'il ne reste presque plus de trace de religion dans certaines paroisses, où les curés se trouvent quelquefois seuls dans leurs églises; que les assemblées des religionnaires sont fréquentes et publiques; que le signal de la cloche pour la messe, le jour

du dimanche, sert pour convoquer les assemblées des prédicants, et que souvent le prêtre, sortant de l'autel, entend de la porte de son église chanter les psaumes de Marot; qu'on baptise plusieurs enfants dans ces assemblées; que l'on y fait beaucoup de mariages , et que les juges, aussi bien que les autres officiers des lieux, ne gardent aucune mesure pour la religion. J'ai eu l'honneur d'en rendre compte à Son Altesse Royale, qui m'a paru touchée de ces désordres et qui les attribue à la nécessité dans laquelle on a été de prendre les troupes qui étaient dans le diocèse de Mende , pour les employer à la garde du Rhône; mais elle a ajouté qu'il y avait deux bataillons dont vous pouviez disposer pour les répandre dans les lieux infectés par ces prédicants, afin de leur donner l'alarme, si l'on ne peut les arrester, et de faire cesser les assemblées et les autres abus qui régnent avec tant de licence dans ces cantons. Je suis persuadé qu'ils n'échappent point à votre vigilance, et je ne doute pas que vous ne donniez tous les ordres nécessaires pour remédier à un mal qui peut avoir des suites si dangereuses. j> Je suis, Monsieur, votre très-affectionné serviteur.

»d'Aguesseau.»

( Lettre de Cour, No 89 )

« 14 avril 1734.

» M. de Rernage à M. de Saint-Florentin.

. ...» Les assemblées se multiplient à l'infini dans les Cévennes; des prédicants sillonnent le pays et ne prennent aucun soin de se cacher; on tient de ces assemblées jusqu'aux portes de Montpellier. Faute de moyens suffisants de repression, M. d'Iverny et moi nous ne pouvons prendre d'autre parti que celui de faire semblant d'ignorer ce qui se passe, et de répondre même à ceux (fui journellement nous en donnent les avis, que nous

sommes persuadés qu'on les trompe. Les N. C. font des assemblées fréquentes dans le Vivarais, même en plein jour. Je ne suis pas aussi assuré qu'on y porte des armes ; on prétend, au contraire, que les prédicants eux-mêmes les défendent, et je crois que s'il y avait des attroupements avec armes, nous en aurions des avis plus positifs.

» M. d'Iverny croit, comme moi, que les N. C. vont aux assemblées sans armes; mais il a été bien informé ( il venait de faire une tournée aux environs d'Alais ) du grand nombre de ces assemblées, et vous verrez ( par sa lettre ) que les ministres et prédicants prennent si peu de précautions, que Claris, qui se sauva l'année passée des prisons du fort d'Alais, que j'ai depuis peu condamné à mort, et qui a été exécuté en effigie à Nimes, a la hardiesse de se montrer et a même eu celle de saluer, en le nommant, un officier Irlandais commandant dans un poste. »

«M. Paris, Curé à Favas.

» Je vous remercie, Monsieur, de l'attention que vous avez eue à m'informer du décès de la dame Berbigier de Montredon. La hardiesse que ses enfants ont eue de la faire enterrer publiquement, mérite punition. J'ai commis mon subdélégué pour informer contre eux, et je verrai après information le parti qu'il conviendra de prendre.

» Je suis, etc. »

N° 20 (pag. 403).

«Versailles, le 20 juin 1735.

» M. de Saint-Maurice.

» Je vous envoie, Monsieur , une lettre que m'a écrite le curé d'Auriac, sur ce que le sieur Dufalga empêche sa fille

d'aller aux instructions et de remplir les devoirs de notre religion; ayez, s'il vous plaît, agréable de lui faire dire que le roi en est informe, et que s'il revient encore à Sa Majesté quelque plainte sur cela, il s'attirera des ordres fâcheux.

» Je suis toujours parfaitement. Monsieur, votre très- humble et très-obéissant serviteur.

«Saint-Florentin. »

N° 21 (pag. 403).

« Le 19 septembre 1757.

» Monsieur le Comte de Saint-Florentin.

» J'ai l'honneur de vous adresser un mémoire contenant l'extrait d'une procédure que j'ai fait faire pour constater le fondement des plaintes que le sieur Corbière , curé de Viane , vous a portées contre le nommé Azaïs, un de ses paroissiens, par une lettre que vous m'avez renvoyée le 19 may. Quoique ces plaintes soient en général fondées, on voit cependant que l'inimitié y a eu plus de part qu'un vray zèle pour le bien delà Religion.

Le principal grief du curé a été la prétendue opposition d'Azaïs à la réédification d'une croix qui était au coin d'une petite esplanade, et il paraît qu'il y a eu effectivement des oppositions de la part d'Azaïs, non à ce que la croix fût relevée , mais à ce qu'elle fût replacée sur le même local d'où il prétendait la faire éloigner, et ce , apparemment pour se conserver plus libre l'entrée et la sortie de l'esplanade, qu'il s'est presque appropriée par l'entrepôt qu'il y a étably de plusieurs piles de planches dont il fait commerce. Ainsi son opposition , qui ne concernait point la Religion , n'est pas aussi criminelle que le curé l'a exposé ; on voit même par toute la procédure qu'il y a de sa part du ressentiment contre Azaïs, avec lequel il a eu différents procès. Il est convenu d'en avoir soutenu un contre lui au nom de ses habitants , et c'est un procédé peu convenable à un curé qui , loin d'intenter et susciter des discussions, devrait s'attacher

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à maintenir la concorde et l'union dans sa paroisse ; aussi a-t-il perdu la confiance de la plupart de ses habitants, soit par ses procédures , soit par la rigueur avec laquelle il traite les N. C. Cependant, comme ce serait leur donner trop d'avantage sur lui que de le blâmer publiquement , que d'ailleurs Azaïs est véritablement coupable , premièrement en ce que c'est un religionnaire obstiné qui n'a jamais voulu faire élever ses enfants dans la religion catholique , et secondement en ce qu'il ne paraît pas douteux qu'il a fait enfermer de murailles un terrain qu'il a derrière sa maison, dans la seule vue d'y faire un cimetière particulier pour sa famille, je crois, Monsieur, qu'il convient, pour l'exemple, de le punir, et j'ai l'honneur de vous envoyer un projet de l'ordonnance que je me suis proposé de rendre, si vous l'approuvez. Je n'y ai point fait mention du curé, parce que, quoiqu'il soit connu pour l'auteur des plaintes , il m'a paru qu'il ne convenait pas de le nommer ; mais je crois qu'il mériterait que vous voulussiez bien lui faire une réprimande sur l'animosité qu'on reconnaît dans le procédé qu'il a tenu, et lui ordonner de se comporter avec plus de modération et de charité à l'égard de ses paroissiens.

Il me reste à vous ajouter, Monsieur, qu'Azaïs a huit enfans qui ne remplissent comme lui aucun des devoirs catholiques; six d'entre eux ont passé l'âge de vingt ans , mais il a une fille appelée Catherine qui n'a qu'environ dix-neuf ans, et un fils nommé Jean qui n'en a que dix-huit. Je crois Monsieur, qu'il conviendrait que vous m'adressassiez des ordres du roy pour faire mettre la fille au couvent des religieuses Sainte-Claire de Castres, et le fils au collège des Jésuites de Toulouse; leur père , qui est riche , est très-en état de payer leur pension , et cet exemple aura un bon effet dans un pays rempli de religionnaircs. Je ne puis cependant que m'en rapporter à ce qu'il vous plaira de décider, et je me conformerai à ce que vous me ferez l'honneur de me marquer.

» Je suis , etc. »Dr. BrnivAGE. »

N° 22 (pag. 403).

«Louis Basville de Bernage, chevalier, seigneur de Saint- Maurice, etc.

» Etant informé que le sieur Fraissinet, marchand drapier, de la ville d'Anduze, veut obliger Jean-Baptiste Fraissinet, son fils ( âgé de 14 ans ), étudiant au collège des Jésuites de Montpellier, et pensionnaire chez le sieur Saltet, maistre d'escole de la même ville, à quitter ses études et à retourner dans sa famille; veu les représentations à nous faites par M. PËvêque de Montpellier, sur la nécessité de laisser audit Jean-Baptiste Fraissinet la liberté de continuer ses études et recevoir les instructions dont il a besoin, jusqu'à ce qu'il soit plus affefmi qu'il ne l'est encore dans les principes de la R. C. A. et R.; ensemble les ordres du Conseil à nous adressés, concernant l'éducation des enfants des N. C.

» Nous faisons deffenses audit Fraissinet père de retirer son fils de la ville de Montpellier jusqu'à nouvel ordre , au dit Saltet de consentir à la retraite dudit Fraissinet fils, auquel nous faisons pareilles deffenses de sortir de la ville de Montpellier, sous peine contre chacun desdits Fraissinet père et fils et dudit Saltet, de désobéissance.

» Fait à Montpellier, le 10me janvier 1740. »

N° 23 (pag. 40i).

«Le 4 février 1741.

» Monsieur De Saint-Bonnet, curé de Notre-Dame.

»Sur le compte que j'ai rendu, Monsieur, à M. de Saint-Florentin, de la situation de la demoiselle Martin et de la demoiselle Isabeau Vincent (de Ganges) , ainsi que des promesses qu'elles auraient faites de professer hors du couvent la religion

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catholique, il m'a adressé les deux ordres du roy que je vous envoie ci-joints , pour leur liberté ; je vous supplie de vouloir bien les leur faire remettre , et de faire veiller sur la conduite qu'elles tiendront lorsqu'elles seront de retour dans leur famille. » J'ai l'honneur d'être très-parfaitement, Monsieur.»

L'une était détenue à Montpellier, l'autre à Béziers.

N» 24 (pag. 412).

ÉTAT des frais passés à l'occasion de la procédure faite en conséquence de V ordonnance de M. de Bernage, etc., et des juqements rendus par mon dit seigneur de Bernage , des -/er et 23 du mois de may dernier ;

Contre Pierre Brouchet, Isaïe Combernoux, André Goûtez, Isabeau Amat, femme duditCoMBEBNOUx; MagdelaineGALLARY, femme de JeanNissoLLE; Anne Treille, femme de Louis Peyre; Jeanne Bouguet , femme d'Etienne Navas ; Anne Falguier , femme de Jean Goûtez ; Jeanne Maistre, femme de Pierre Bandon ; Isabeau Plantier , femme de Paul Bresson ; et Jeanne Valette , accusés d'avoir assisté à une assemblée de nouveaux convertisse 29 avril dernier, dans l'arrondissement d'Aulas et Aumessas, consistant :

Premièrement, pour un exprès envoyé par M. Daudé, subdélégué au Vigan, à M. l'Intendant, pour l'informer de ladite assemblée. — Passé 6 livres.

A un autre exprès envoyé par le sieur Daudé dans les communautés des arrondissements d'Aulas et d'Aumessas, pour faire rendre les consuls et les cavaliers du régiment de Vintimille sur les lieux, à l'effet de vérifier l'endroit où ladite assemblée s'était tenue. — Passé 2 livres.

A M. Daudé, commissaire, pour la descente sur les lieux contentieux, suivantson verbal contenant l'état et situation du ter-

rain où s'est tenue ladite assemblée, des 4 et 10 mai, avec son greffier, pour deux, journées. — Passé 52 livres.

A son greffier pour les mêmes journées. — Passé 16 livres.

A Virenque, huissier, pour les assignations à dix-neuf témoins. — Passé 4 livres.

A M. Daudé, pour l'audition de dix -neuf témoins. — Passé I91iv.

A son greffier. — Passé G liv. Os. 8 d.

A 17 témoins pour leurs taxes. — Passé 52 livres.

A M. Daudé pour les interrogatoires de onze accusés. — Passé 55 livres.

A son greffier. — Passé 11 livres.

Pour le papier timbré des assignations, procès- verbal, information et interrogatoires. — Passé 5 livres 15 s.

A un exprés envoyé du Vigan à M. l'Intendant pour la procédure. — Passé 6 livres.

Au procureur du roi pour ses conclusions, sur lesquelles a été rendu le jugement de M. l'Intendant du 25 mai. — Passé 12 livres.

M. de Bernage ayant rendu jugement le 25 mai, portant entre autres choses que la capture des onze accusés a été bien faite, ordonne qu'ils seront écroués, et que l'écrou leur sera signifié, que les témoins ouïs seront recolés en leurs dépositions et confrontés aux accusés.

A Odienne , huissier , pour avoir écroué les accusés , leur avoir signifié l'écrou et l'ordonnance de M. l'Intendant , ou pour avoir assigné onze témoins à l'effet des recolements et confrontations, suivant le solvit au bas de l'exploit. — Passé 6 livres.

Pour le papier timbré des titres, exploits, copies ou celui des conclusions définitives. — Passe1 1 liv. 7 s. \) d.

A M. Bauduin , pour les recolements de onze témoins du 25 mai. — Passé 5 liv. 10 s.

A -on L'reffier.

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A M. Baudoin , pour les confrontations de deux témoins à chacun des onze accusés. — Passé 44 livres.

A son greffier. — Passé 14 liv. 15 s. 11 d.

Pour la taxe faite à onze témoins lors des recolements et confrontations, quatre-vingt-dix livres, de laquelle somme le sieur de Larroc a fait l'avance, suivant l'ordre particulier expédié par M. l'Intendant, le 25 mai. — Passé 90 livres.

Au procureur du roi pour ses conclusions définitives. — Passé 18 livres.

Au détachement du régiment de cavalerie de Vintimille, composé d'un maréchal-des-logis et onze cavaliers, qui a fait la capture des onze prisonniers, deux cent-quinze livres, savoir : 50 livres pour le maréchal-des-logis, et 15 livres pour chacun des onze cavaliers; de laquelle somme le sieur de Larroc a fait l'avance en conséquence de l'ordre particulier expédié par M. l'Intendant, le 25 mai. — Passé 215 livres.

Au détachement du régiment d'infanterie de Chaillon, composé d'un lieutenant, deux sergents et trente grenadiers, qui a fait la traduction des onze prisonniers des prisons du Vigan à celles de la citadelle de Montpellier , cent soixante-une livres, savoir: 42 livres au lieutenant, commandant ledit détachement, pour son remboursement des frais faits à l'occasion dudit voyage; à chacun des sergents, 7 livres, et pour les trente grenadiers 105 livres, de laquelle somme le sieur de Larroc a fait l'avance en conséquence de l'ordre particulier expédié par M. l'Intendant, le 27 mai. — Passé 161 livres.

Total 755 liv. 2 s. 9 d.

Vu l'État ci-dessus, les jugements par nous rendus les vingttrois mai dernier et ce jourd'hui, par lesquels nous avons entre autres choses condamné les N. C. de l'arrondissement d'Aulas et d'Aumessas , dans lequel il s'est tenu le 29 avril dernier une assemblée, en huitcents livres d'amende au profit de Sa Majesté, et au paiement des frais des procédures et autres frais faits à l'occasion de ladite assemblée;

Nous avons arrêté ledit État à la somme de 755 liv. 2 s. 9 d., sur laquelle le sieur do Larroc , receveur-général des amendes prononcées contre les nouveaux convertis de cette province, se remboursera de celle de 482 liv. 10 s. qu'il a payée en conséquence de nos ordres particuliers énoncés audit Ftat, et le surplus, montant à la somme 272 liv. 12 s. 9 d., sera payé par ledit sieur de Larroc au sieur Pitot , procureur du roi, pour être par lui employé au remboursement des autres frais de procédure détaillés au susdit État, et rapportant par le sieur dit de Larroc la présente ordonnance, les ordres particuliers par nous expédiés les 25 et 27 du mois passé , ensemble les quittances des payements faits en conséquence des ordres, et la quittance dudit sieur I'itot, ladite somme de 755 liv. 2 s. 9d. sera passée et allouée dans l'article de la dépense de son compte concernant le payement des frais.

Fait à Montpellier, le 10 juin 1742.

Signé : De Bernage.

Je soussigné, procureur du roi, déclare avoir reçu de M. de Larroc la somme de 272 liv. 12 s. 9 d. portée par l'ordre cidessus, pour être par moi employée conformément à ladite ordonnance.

Fait à Montpellier, le 1G juin 1742.

Signé : Prror.

No 25 (pag. 418).

DEMANDES gui doivent être faites à ceux qui ont été baptisés par les pasteurs de l'Eglise romaine.

D. Quelles sont les vues légitimes du baptême ?

/{. C'est d'introduire ceux qui sont baptisés dans la véritable Eglise de Jésus-Christ, de les attacher à servir Dieu solon sa volonté.

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D. Dans quelle vue les prêtres baptisent-ils les enfants?

R. Dans la vue de les rendre membres de l'Église romaine et de les soumettre à la doctrine de cette Église.

D. Croyez-vous que l'Église romaine soit la véritable Église?

R. Non.

D. Pourquoi?

R. Parce que la doctrine qu'elle enseigne n'est pas la parole île Dieu, et que son culte est superstitieux et idolâtre.

D. Croyez-vous que le baptême administré dans cette Église soit légitime?

R. Non.

D. Pourquoi croyez-vous que le baptême n'y est pas administré légitimement?

R. Parce que les vues des prêtres sont opposées aux lins naturelles de l'institution du baptême, et qu'ils n'ont pas droit de conférer le baptême dans des vues différentes de celles de Jésus-Christ.

D. Puisque vous savez quelles sont les fins naturelles de l'institution du baptême, et que vous avez été baptisé par un prêtre de l'Église romaine qui vous a baptisé dans des vues différentes de celles de Jésus-Christ, que devez-vous faire présentement, vous qui êtes parvenu à l'âge de connaissance, et qui souhaitez d'être reçu à la table de Jésus-Christ et dans la communion de son Église ?

R. Je dois rectifier les vues particulières du prêtre qui m'a baptisé, et y renoncer absolument, pour m'en tenir au sens naturel de ces paroles : Je vous baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

D. Êtes-vous dans le dessein de faire présentement celte ratification?

R. Oui.

i). Promettez-vous, devant cette sainte assemblée, de renoncer ù l'Église romaine, dans laquelle le prêtre qui vous a baptisé a

prétendu vous introduire en vous baptisant, et d'embrasser la doctrine du Seigneur et de vous consacrer à son service?

R. Oui.

D. Savez-vous à qui vous laites cette promesse?

R. Oui, je sais que c'est à Dieu, notre Créateur, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ.

D. Savez-vous aussi pour combien de temps vous la faites?

R. Oui, je sais que c'est pour toute ma vie.

D. Croyez-vous que cette promesse soit d'une grande importance ?

jR. Oui, très-grande, puisqu'il y va de mon salut et de ma damnation, et que Dieu me jugera de la manière que je l'aurai observée.

D. Quelle différence y a-t-il entre l'état où vous avez été pendant votre enfance et celui dans lequel vous allez entrer?

R. Elle est très-grande : si je fusse mort dans l'enfance, mon salut était assuré; mais désormais je serai responsable de ma conduite devant Dieu.

D. Si vous n'avez dessein d'accomplir cette promesse, que devez-vous faire?

R. Il vaudrait mieux ne la point faire que de la faire pour ne la point tenir, parce que la violation de cette promesse aggraverait ma peine ; cependant , quand même je ne l'aurais pas faite, je n'éviterais pas par là la condamnation, parce que, soit qu'on fasse cette promesse , soit qu'on ne la fasse pas , on est obligé à craindre Dieu et à bien vivre.

D. Je vous .prends donc ici vous-même à témoin que vous êtes engagé volontairement et sans contrainte à servir Dieu.

R. Oui; je m'engage volontairement et je ratifie les vœux de mon baptême; je renonce au démon, à ses œuvres, au inonde et à ses pompes, à la chair et à la convoitise; je promets de vivre et de mourir dans la foi chrétienne et de garder les Commandements de Dieu tout le temps de ma vie.

D. Est-ce là ce que vous promettez devant Dieu et son Église?

R. Oui.

NOUVEAUX convertis dans les diocèses de Castres et de Lavaur.

Castres, il y a 5,500 nouveaux convertis.

Il y avait un temple.

La Caune 1,215

Il y avait un temple.

Castelnau de Brassac 11 78

Il y avait deux temples.

Espérausse 430

Il y avait un temple.

Saint-Pierre-de-la-Capelle 150

Viane 1,517

11 y avait un temple.

Sénégatz 225

Il y avait un temple.

Saint-Jean-del-Frech 050

Il y avait un temple.

Tout le diocèse 14,000

Dans le diocèse de Lavaur. . . 5,725

(Ces renseignements sont pris d'une feuille sans date trouvée aux archives de l'Intendance. La rédaction de cette note né doit pas être postérieure de beaucoup à la révocation de l'Édit de Nantes. )

N° 27 (pag. 375 cl 4(54).

ÉTAT des prisonnières détenues à la tour de Constance (1741).

Anne Saliège (de Vébron, diocèse de Mende ) âgée de 50 mis, fille d'un ménager, enfermée depuis l'année 171*.), par jugement de M. de Bernage rendu en 171U. — Pour fait de religion.

Suzanne Lourièrr (de Nimes), âgée de 60 ans, fille d'un fabricant en étoffes de soie . enfermée le 22 avril 1723, par jugement de M. de Bernage du 23 avril 1723 '. — Elle fut arrêtée chez la nommée Verchand , connue dans le Languedoc par les assemblées de Multipliants qu'elle tenait chez elle à Montpellier; son procès lui fut fait et sa maison rasée.

Victoire Comtesse (de Lunel ) , âgée de 60 ans , femme d'un cordonnier, enfermée le 22 avril 1723 , par jugement de M. de Bernage du 23 avril 1723. —Pour le môme motif que la précédente.

Anne Gaussente ( de Sommières), Agée de 61 ans, femme d'un faiseur de matelas , enfermée le 22 avril 1723 , par jugement de M. de Bernage du 23 avril 1725. — Pour le même motif (jue la précédente.

Marie Bereaud( de Sommières ), âgée de 50 ans , fille d'un ménager, enfermée au mois de juillet 1723 , par jugement de M. de Bernage de juillet 1723. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Jacquette Vigne (d'Alais), âgée de 45 ans, fille d'un ménager, enfermée le 22 septembre 1726 , par ordre de M. d'Iverny de l'année 1726. — Pour cause de religion.

Suzanne Vassas (de Marvéjols, en Gévaudan ) âgée de 41 ans, fille d'un boulanger, enfermée le 7 février 1 727 , par ordre du roy du 7 février 1727. — Pour être venue de Genève.

Marie Boberte (diocèse de Nimes), âgée de 50 ans, fille d'un ménager, enfermée le 4 décembre 1727, par jugement de M. de Bernage du 4 octobre 1727. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Marie Verset ( de la Traverse, diocèse de Viviers ) âgée de 60 ans , son père était bourgeois ; enfermée le 4 octobre 1 728 ,

1 La première date est celle de l'arrestation , la seconde celle du jugement.

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par ordre de la Cour du 8 octobre 4728. — Pour cause de religion et fanatisme.

Jacquette Paul ( de Nimes ) , âgée de 45 ans , fille d'un bourgeois, enfermée le 1 5 avril 1750 , par jugement de M. de Lafare du 5 avril 1750. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Olympe Liron ( de Nimes) , âgée de 60 ans , enfermée le 15 avril 1750 , par jugement de M. de Lafare du 5 avril 1750. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Marguerite Maury (de Nimes), âgée de 59 ans, femme d'un marchand, enfermée le 15 avril 1750, par jugement de M. de Lafare du 5 avril'1750. — Pour avoir assisté à une assemblée.

lsabeau Michel (de Nimes), âgée de 40 ans, femme d'un calandrier, enfermée le 15 avril 1750, par jugement de M. de Lafare du 5 avril 1750. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Suzanne Doumeson ( de Nimes ) , âgée de 57 ans , femme d'un voiturier, enfermée le 15 avril 1750, par jugement de M. de Lafare du 5 avril 1750. — Pour avoir assisté à une assemblée.

La nommée Canac (de La Caune, diocèse de Castres) âgée de 60 ans , enfermée le 11 août 1750 , par ordre de la Cour du 24 juillet 1750. — Pour libertinage.

Marie Durand (de Rouchet, diocèse de Viviers) âgée de 26 ans, fille d'un greffier, enfermée le 25 août 1750 , par ordre de la Cour du 28 juillet 1750. — Sœur d'un ministre exécuté à Montpellier.

lsabeau Sautel ( de Craux , diocèse de Viviers ) âgée de 60 ans , femme d'un notaire, enfermée le 9 avril 1751 , par ordre de la Cour du 21 avril 1750. — Pour relations contraires au bien de la religion.

lsabeau Menet (de Beauchatel, diocèse de Valence ) âgée de 26 ans , femme d'un homme condamné aux galères , enfermée en l'année 1756, par jugement de M. deBernage de juin 1755. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Marie VLY0uHEv(deSt Georges, diocèse de Valence), âgée

de 55 ans , femme d'un tisserand , enfermée en l'année 1756, par jugement de M. de Bornage de juin 1755. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Marie Vesillard( de Chausson, diocèse de Viviers), âgée de 45 ans, femme d'un ménager, enfermée le 28 janvier 1757 , par ordre du roy du 28 janvier 1757. — Pour cause de religion.

Marie Vidal (d'Aubert, diocèse de Viviers ), âgée de 51 ans, femme d'un homme sans profession, enfermée le 5 février 1757, par jugement de M. de Lafaredu 5 janvier 1757. — Pour s'être mariée devant un ministre.

Anne Soleyrol (d'Alais), âgée de 25 ans, fille d'un boulanger, enfermée le 2 janvier 1758, par ordre de la Cour du 7 décembre 1757. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Louise Peyron (de Lamastre, en Vivarais), âgée de 45 ans, fille d'un ménager, enfermée le 7 mars 1740, par jugement de M. l'Intendant du 8 février 1740. —Le prédicant a été arrêté dans sa maison.

Espérance Durand (de Nimes ) , âgée de 80 ans , femme d'un cardeur de laine, enfermée le 25 novembre 1740, par jugement de M. l'Intendant du 28 juin 1759. — Pour avoir assisté à une assemblée.

Catherine Rouvière ( de Nimes ), âgée de 51 ans , femme d'un faiseur de bas , enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Antoinette Cabiac ( de Nimes ) , âgée de 50 ans , femme d'un faiseur de bas, enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Suzanne Bouzigue (de Nimes) , âgée de 55 ans, femme d'un faiseur de bas, enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Jeanne Auterive (de Nimes), âgée de 70 ans , femme d'un tisserand, enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Catherine Vigne (de Nimes), âgée de 55 ans, femme d'un tisserand, enfermée le 25 novembre 1740. -Idem.

Marguerite Nivard (de Nimes), âgée de 55 ans, femme d'un maçon , enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Marguerite Houx ( de Nimes ) , âgée de 62 ans , femme

566 pièces

d'un revendeur d'eau- de- vie, enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

Magdelaine Arbeline (de Nimes), âgée de 57 ans , femme d'un fouleur de bas , enfermée le 25 novembre 1740. — Idem.

N° 28 (pag. 464).

ÉTAT contenant les noms des prisonnières détenues dans les prisons du fort d'Aiguemortes pour corrections , et la conduite qu'elles ont tenue (1745).

Anne Saliège, âgée de 60 ans (de Vébron, diocèse de Mende), entrée le 45 avril 1719, par ordre de M. l'Intendant; pour fait de religion. — Sa croyance toujours la même.

Suzanne Loubière, âgée de 60 ans (de Nimes), entrée le 25 avril 4725; a été prise chez la Verchand. — Sa croyance toujours la môme.

Victoire Comtesse, âgée de 64ans (de Lunel), entrée le 25 avril 1725 ; a été prise chez la Verchand. — Sa croyance toujours la môme.

Anne Gaussente, âgée de 60 ans (de Sommières), entrée le 25 avril 1725; a été prise chez la Verchand. — Sa croyance toujours la môme.

Jacquette Vigne, âgée de 45 ans (d'Alais), entrée le 22 septembre 1726, par M. d'Iverny; pour fait de religion. — Sa croyance toujours la même.

Suzanne Vassas, âgée de 41 ans (de Marvéjols, Gévaudan), entrée le 7 février 1727, par M. de Lafare ; revenant de Genève. — Sa croyance toujours la même.

Marie Boberte , âgée de 59 ans (de Dufés), entrée le 4 décembre 1727, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Marie Beraud. âgée de 60 ans (de Mours, diocèse de Viviers) entrée le 4 décembre 1727, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la môme.

Marie Vernet , âgée de 60 ans ( de la Traverse , diocèse de Viviers), entrée le 3 octobre 1728, par lettre de cachet. — Sa croyance toujours la môme.

Marie Durand, âgée de 50 ans (du Rouchet, près Viviers), entrée le 28 juillet 4730, par lettre de cachet. — Sa croyance toujours la même.

Isabeau Sautel, âgée de f>0 ans (de Craux , diocèse de Viviers), entrée le 21 avril 4 731 , par ordre du roy. — Sa croyance toujours la même.

Marie Vesillard, âgée de 45 ans (,de Chassan, diocèse de Viviers), entrée le 28 janvier 1750, par lettre de cachet. — Sa croyance toujours la même.

Marie Vidal, âgée de 58 ans (d'Aubort, diocèse de Viviers), entrée le 5 février 4757, par M. de Lafare; pour fait de religion. — Sa croyance toujours la même.

Isabeau Menet, âgée de 55 ans (de Beauchatel, près Valence), entrée le 15 février 4757, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Marie Vey ou Rey, âgée de 40 ans (de Saint-George, diocèse de Valence), entrée le 45 février 4757, par M. de Bernage ; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Anne Soleyrol , âgée de 54 ans (d'Alais), entrée le 7 décembre 4757, par M. de Bernage; accusée d'assemblée.— Sa croyance toujours la même.

Jacquette Paule, âgée de 45 ans (de Nimes), entrée le 5 avril 4739, par M. de Lafare; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Catherine Bouvière, âgée de 54 ans (de Nimes), entrée le 28 juin 4759, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Espérance Durand, âgée de 60 ans (de Nimes), entrée le 28 juin 4759, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Antoinette Cariac, âgée de 50 ans (de Nimes), entrée le 28

juin 4759, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Suzanne Bouzigue, âgée de 55 ans (de Nimes), entrée le 28 juin 17-39, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Jeanne Auterive, âgée de 58 ans (de Nimes), entrée le 28 juin 1759, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Catherine Vigne, âgée de 55 ans (de Nimes), entrée le 28 juin 1759, par M. de Bernage; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Magdelaine Nivard, âgée de 54 ans (de Nimes), entrée le 25 novembre 4740, par M. de Bernage ; accusée d'avoir été à une assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Marguerite Roux, âgée de 59 ans (de Nimes), entrée le 25 novembre 4740, par M. de Bernage; accusée d'avoir été à une assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Louise Peyron, âgée de 45 ans ( de Lamastre, en Vivarais ), entrée le 28 octobre 4740, par M. de Bernage; le prëdieant arrêté chez elle. — Sa croyance toujours la même.

Suzanne Pages, âgée de 25 ans (de Nimes), entrée le 5 septembre 4744, par lettre de cachet; elle était au couvent. — Sa croyance toujours la même.

Isabeau Amat, âgée de 40 ans (d'Avèze), entrée le 27 juin 4742, par M. l'Intendant; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Magdelaine Salavy, âgée de 60 ans (d'Avèze), entrée le 27 juin 4742, par M. l'Intendant; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Jeanne Bougues, âgée de 55 ans (d'Avèze), entrée le 27 juin 1742, par M. l'Intendant; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Anne Falquière, âgée de 50 ans (de Bréau), entrée le 27

juinl742, par M. l'Intendant; accusée d'assemblée. —Sa croyance toujours la même.

Jeanne Maiiistre, âgée de 54 ans (de Bréau), entrée le 27 juin 1742, par M. l'Intendant; accusée d'assemblée. — Sa croyance toujours la même.

Isabeau Guibal, âgée de 50 ans (de Vanières), entrée le 21 mars 1745, par lettre de cacbet; dit ne savoir pourquoi a été arrêtée. — Elle va à la messe, en ayant demandé la permission, confesse et communie, paraît de bonnes mœurs.

Je certifie Testât ey-dessus véritable.

Fait à Aiguemortcs, le 15 avril 1745.

Combelle, major.

(Il y a quelques légères discordances entre cette liste et celle de 1741. Notre devoir est de les reproduire avec exactitude '.)

M0 29 (pag. ï-64).

LISTE des huit insoumises de la tour de Constance (1145).

Suzanne Vassas (de Marvéjols, en Languedoc), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de la Cour, du 7 février 1727.— Pour être venue de Genève.

Marie Vernes ou Vernet (du lieu de la Traverse, diocèse de Viviers), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de la Cour, du 5 octobre 1728.— Pour la religion.

Marie Durand (du Bouchet, paroisse de Pranles, diocèse de Viviers), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de la Cour, du 28 juillet 1750. — Pour le ministère de son frère.

« Il existe une liste des prisonnières de la tour de Constance , dressée en 1754, contenant vingt-cinq noms. On la trouve dans Y Histoire des Églises du Désert, tom. 1, pag. 519.

r,70 PIÈCES

Isabenu Sautrl (du lieu de Craux, diocèse de Viviers), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de ta Cour, du 21 avril 1731. — Pour le ministère de Durand, son gendre.

Marie Vesillard (du lieu de Chausson, diocèse de Viviers), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de la Cour, du 28 janvier 1759. — Pour cause de religion.

Anne Soleyrol (d'Alais), enfermée à la tour de Constance par ordre du roi expédié de la Cour, du 7 décembre 1757. — Pour assemblées.

Suzanne Pages (de Nimes), enfermée à la tour de Constance par lettre de cachet, du 20 août 1741. —Elle n'en sait pas la cause.

Izabeau Glibal (du lieu de Vanières), enfermée à la tour de Constance par lettre de cachet, du 21 mars 1745. — Elle n'en sait pas la cause.

N° 30 (pag. '«-64).

ETAT des personnes détenues par ordre du Roy dans le château de Ferrières , diocèse de Castres , et dans quelques autres lieux.

Claude d'Isarn (de Castres) , enfermé au château de Ferrières, par deux différents ordres: l'un de M. de La Devèze, et l'autre expédié ensuite par M. le duc de Richelieu, le 21 •ivril 1744. — Pour libertinage.

Antoine Estor (de Montpellier), par ordre de M. de La Devèze , le 10 juillet 1744. — Pour libertinage.

Jean Taulièrf. (deMazamet, diocèse de Lavaur), par ordre de M. le duc de Richelieu, le 17 septembre 1744. — Pour fait de religion.

Elisée Portail (de Font-Couverte du lieu de Revel, diocèse de Lavaur), par ordre de M. le duc de Richelieu , du 17 décembre 1774. — Pour fait de religion.

Jean («aidant dit Jourdain ( «le Saint-HippoJyte , diocèse d'Alais, qui a résidé treize ou quatorze ans à Saint- Hippolyte de la Planquette, même diocèse), par ordre de M. de La Devèze, le 0 mai 1743. —Pour lait de religion.

Jean-François Ricardou (de Carcassonne), par ordre de M. de La Devèze, le 5 août. — Pour l'ait de libertinage.

Pierre Coste (de Puylaurens, diocèse dcLavaur ), par ordre de M. de La Devèze, le 20 août 1745. — Pour l'ait de religion.

Feste dit Pierre-Paul Melin (de Margueret, diocèse de Nimes ), par ordre de Sa Majesté, le 26 août 47413. — Pour libertinage.

Ëercule-Olivier-Hiacinte de Castillon (marquis de S'-Vietor, résidant à sa terre de S'-Yictor ), enfermé à la citadelle de Montpellier, par ordre de M. le chancelier d'Aguesseau, du 25 novembre 1744. — Il est décrété d'autorité du Parlement de Toulouse. Il n'est pas dit si c'est pour religion.

Guinarde de Barrai, (de Cournonterral ) , enfermée au couvent des religieuses S'-Charles de Montpellier, par ordre du Hoy contresigné Phelippeaux , du 17 février 174S. — Pour fait de religion.

Demoiselle Isabeau Cortial (âgée d'environ six ans, fille à feu Matthieu Cortial et Isabeau Baille ( du lieu de Crouzet , paroisse de Saint- Voy diocèse du Puy), enfermée au couvent des Dames religieuses de Notre-Dame de la ville du Puy, par ordre du Roy contresigné Phelippeaux, du 10 septembre 4 745. — La demoiselle Isabeau Cortial est détenue dans ce couvent attendu qu'elle restait chez des parents religionnaires au lieu de Faussinague , paroisse de Cbampelause, diocèzc du Puy.

Paul Rouvière (deBrignon, diocèse d'Uzès) et Meynadier ( de Saint Cliaptes, diocèse d'Uzès), enfermés dans la prison du sénéchal ducal d'Uzès , par ordre de M. de Saint-Florentin , du . ^ juin 1745.

L'on ignore la cause de la détention de ces deux particuliers, a moins que ce ne soit pour n'avoir pas voulu désaprouver les

.">72 pièces

assemblées des N. C. et avoir persisté dans la résolution d'y assister, suivant le sieur Chambon , subdélégué, qui exigeait d'eux cette soumission pour donner son avis sur une requête que chacun de ces particuliers avait donnée à M. l'Intendant, en permission de vente de leurs biens-fonds.

Elisabeth Bruguière ( de Saint- Chaptes , diocèse d'Uzès ) , enfermée à Notre-Dame d'Uzès, par ordre de M. de Saint-Florentin, rendu à Versailles le 51 décembre i744. — Parce qu'ayant été tirée du couvent des Ursulines du Saint-Esprit , où elle avait été mise par ordre du Roy, pour être rendue à ses parents , elle a abandonné la religion catholique et est allée aux assemblées des N. C.

No 31 (pag. 464).

DÉTENUS du fort Brescou.

Serres (de Saint-Pierre- Ville, en Vivarais) .entré au fort Brescou, par ordre de M. le comte de Saint-Florentin, du 46 juin 1730. — Pour fait de religion.

Bernard (de la paroisse de Duca , en Vivarais), entré au fort Brescou , par M. le comte de Saint-Florentin , du 25 décembre 1734. — Pour fait de religion.

De Benier (de Toulouse), entré au fort Brescou, par M. Dangervilliers , du 51 décembre 175G. — Pour avoir tué un prêtre.

Normand (de la plaine de Puylaurens), entré au fort Brescou, par M. Dangervilliers, du 45 novembre 1738. — Pour fait de religion.

Escoulens (deSaint-Fortunat, résidant au Porcher, diocèse de Viviers) , entré au fort Brescou, par M. le comte de Saint- Florentin, du 5 août 1759. — Pour fait de religion.

Mourèze (de Ceilles, diocèse de Béziers), entré au fort Brescou, par M. le comte de Saint-Florentin, du 1(> mai 4742.

— Pour fausse signature faite à M. de Roquecelz et M. de Bernage.

Depras (de Moluon) , entré au fort Brescou, par M. de Breteuil, du 9 septembre 1742. — A la sollicitation de son père, pour fait de libertinage.

Koublet de Dourbillac (de Lamastre en Vivarais), entré au fort Brescou, par M. le comte de Saint-Florentin, du 19 octobre 1742. — Pour fait de libertinage.

Pierre Bruys et Antoine Peirebrune (de Montpellier), entrés au fort Brescou, par M. le comte de Saint-Florentin, du 14 mai 1744. — Ayant été condamnés à mort par arrêt du parlement de Toulouse, le Roy a commué leur peine en une prison perpétuelle.

De Mointégut (de Montégut, près Toulouse), entré au fort Brescou, par M. d'Argenson, du 40 mai 1744. — Pour fait de libertinage, à la sollicitation de son père.

Roques ( de Bédarieux , diocèse de Béziers ) , entré au fort Brescou, par M. le duc de Bichelieu, du 15 décembre 4744. — Pour fait de religion.

Reynard (de Grenoble), entré au fort Brescou, par M. le comte de Saint-Florentin, du 50 janvier 1745.— On n'en sait pas la raison ; l'ordre a été demandé par iM. de La Devèze.

Goudange (de iMontpellier ), entré au fort Brescou, par M. le comte de Saint-Florentin, du 5 avril 1745. — Pour fait de libertinage, à la sollicitation de sa famille.

Françoise de Laval (d'Aniane, diocèse de Montpellier) , religieuse dans le monastère Sainte-Ursule à Pézenas, appelée sœur de Saint-Benoit, entrée dans le monastère des religieuses de Notre-Dame d'Agde. — Par lettre de cachet du Roy, du G novembre 1742, pour les affaires du temps qui concernent l'Église.

N° 32 (pag. 404).

ÉTAT des frais que le sieur Azémau a (ails pour le service du Roij, en conséquence des ordres de M. De La Devèze, commandant la province du Languedoc.

M. Vernier a payé 600 livres au sieur Azémar pour ses comptes ; depuis il ne nous a donné aucun avis.

Pour depance faitte pour moy ou pour la voiture de Tournon

à Montpellier 20 1 .

Pour un habit, chapeau, guettres, habresac , qu'il m'a faleu achetter en arrivant à Montpellier

pour me travestir 48 1.

Pour louage d'une voiture pour aller dans tout La Vaunage , aller ou revenir ou aller aux assemblées 101.

Pour des repas que j'ay donné aux ministres et autres religionnaires en allant ou avant les assemblées 151.

Donné en plusieurs fois aux assemblées au

bassin 41.

Pour des repas que j'ay donné à Montpellier, en venant de La Vaunage, à des ministres ou religionnaires , en venant le matin des assemblées ou

dans d'autres occasions 101.

Du 9 août , j'ay fourny pour un cheval , pour aller de Montpellier à Béziers, aller ou venir, pour la nourriture du cheval, pour mes nourritures de

l'homme qui lest venu chercher 12 1. 16 s.

Pour la voiture de Béziers à Saint-Pons , poulie louage du cheval, aller ou venir, et celui d'un homme , nourriture pour deux journées, en tout. s I. Pour le louage d'une journée de cheval, de-

panée ou pour un homme aller ou venir de la

Camarede 41.40 s.

Pour le louage d'un cheval pour aller à Saint- Amans , aller ou venir, ou pour celui qui lest venu chercher 21.

Pour depance faitte, avoir donné à Saint-Amans, pendant le séjour que j'y ay fait, à des ministres postulants et autres religionnaires, plusieurs repas en allant ou venant des assemhlées 10 I.

Donné au hassin en deux: assemhlées ou en particulier pour les pauvres !> I .

Pour une journée de cheval de Saint-Amans à Castres ou revenir , pour nourriture ou d'un homme 21. 5 s.

Pour des repas que j'ay donné à des ministres postulants aux environs de Castres, comme Bracadelle , ou à Mazamet, et dans Castres à des religionnaires , ou pour argent donné au hassin aux. assemblées , en tout 111.

Pour le retour de Castres à Montpellier, pour le louage d'un cheval , la nourriture , louage d'un homme, sa nourriture pendant huit jours, aller ou venir, à raison de cinq livres par jour 40 I.

Du H septembre, j'ay esté à Saumière, où j'ay fait quelque séjour, pour la voiture, aller ou venir, d'une chaize de rencontre 41.

Pour depance en repas que j'ay donné à des ministres et autres 7 1.

Pour m'en retourner de Montpellier à Tournon, pour voiture ou pour ma depance 20 1.

Le tout l'ourny depuis le mois d'avril jusques au 4 d'octobre dernier; certifiant le tout véritable, suppliant Sa Grandeur de

576 pièces

faire attention qu'on ne peut point aprocher des ministres sâas taire de la depanee , qui sont si chères , et les voitures dans le temps de recolle, vous assurant que je suis d'avance de mes apointements environ cent livres, quej'ay avancé.

AzEMAR DE MONTALÈGRE.

«A Versailles, le u2 avril 1746.

y A Monsieur Le Nain.

» Je vous envoie, Monsieur, une lettre que le curé de Gilhoc a écrite au Roy avec un grand air de mystère, comme vous en jugerez par la suscription, qui est pareillement cy-jointe. Vous verrez que cette lettre n'est que l'ouvrage de l'ignorance , de la terreur, du fanatisme et de la calomnie. Si ces sortes de gens n'ont point de découvertes essentielles , ni de faits graves à communiquer, il me semble qu'ils devraient se taire, et surtout ne pas abuser du temps que le Roy donne aux affaires de l'État, etc.

» Saint-Florentin.»

(La lettre est au dossier ; elle porte la suscription suivante : Au roy, à luy-même et à luy seul.)

N« 34 (pag. 463).

ÉTAT des enfants protestants que l'on a élevés pendant le cours de Vannée 1747, dans le pensionnai des N. C. établi à Montpellier.

Louis ASTRUC (de Ganges, diocèse de Montpellier).

Ses père et mère sont très-entêtés du protestantisme; leur lils aine s'etant l'ait catholique, du côté de Toulouse, a eu le secret d'emmener son frère dans le pensionnat.

François Grollier , et Jean Groluer son frère (de Montpellier).

Leur père était marchand épicier, il est mort depuis peu protestant; la veuve, aussi protestante, a consenti que six enfants dont elle est chargée soient élevés dans la religion catholique, et donne des espérances d'une prochaine conversion, malgré les oppositions de sa mère et de sa sœur.

Paul Sans (de Montpellier).

Son père qui est un protestant, frère de deux riches négociants, a consenti à donner son fils.

Pierre Aubary, (de Saint-Bauzille, diocèse de Montpellier).

Ses père et mère sont protestants, vivant dans leur métairie; le dit Pierre Aubary fils est le septième et le dernier de leurs enfants, qu'on a élevés dans la religion catholique.

Guillaume Ferrière ( d'Aumessas, diocèse d'Alais).

Ses père et mère sont morts protestants; c'est par la voie de la douceur que Guillaume leur fils est entré dans le pensionnat; ils sont plusieurs enfants pauvres.

François -Gabriel Chabanety, et son frère François Chabanety ( de Montpellier ).

Leur père est procureur d'affaires, ils ont offert de concert avec sa femme, leurs enfants.

Pierre Levât, et Jean Levât son frère ( de Montpellier ) .

Leur père est mort protestant, leur mère est aussi protestante ; ils ont quitté la maison paternelle, et se sont retirés d'eux-mêmes dans la pension ; il y a dans la ville plusieurs branches de Levât, riches négociants et protestants.

Jacques Hue (de Mauguio, diocèse de Montpellier).

Son père, qui était un ménager, est mort après avoir embrassé la religion catholique ; il avait emmené lui-même son

578 pièces

fils, que des oncles protestants élevaient dans leur religion, à la pension; lanière, protestante, consent à l'éducation de soniils.

Guillaume Radier (de Montpellier ).

L'oncle de cet orphelin est négociant de la ville de Cette, protestant; il olïre à son neveu de le faire travailler dans son commerce, à condition d'être protestant comme lui. Guillaume Baudouin (de Montpellier).

Son père est un maître chirurgien qui, quoique protestant, a demandé une place pour son iils.

Un autre Baudouin (de "Montpellier).

Son père, qui est catholique, est presque toujours absent; la mère, protestante, a demandé une place qui lui a été accordée

Louis Brouzet (diocèse d'Alais ).

Le sieur Brouzet, natif des Cévennes, né de père et mère protestants, âgé de 26 ans, a demandé une place pendant quelque temps pour s'instruire; le frère des Écoles en prend soin, et on paie sa pension.

C'est le frère des Écoles qui prend soin de ces quinze enfants, dont on paie la pension; on sera obligé de demander un second frère à leur supérieur général , à Rouen; un seul ne pouvant suffire à tous ces jeunes gens, et à ceux qui pourront entrer.

No 35.

NOTE exacte des minisires du désert, de leurs femmes et de leurs enfants.

Cette pièce importante a été publiée par M. le pasteur Hugues (d'Anduze), dans le Bulletin de la Société de V Histoire du Protestantisme français, 7«e année , page 462. Nous ne la reproduisons pas, mais nous croyons utile de donner la désignation exacte du lieu ou on la trouve; elle est dans la

n" 102 des Lettres de cour, qui embrasse les années 1750 et

Sur une autre feuille, et comme supplément à la liste qui précède, nous lisons :

Valleraugue. La veuve Martin, mère de

Martin, ministre, arrivé depuis peu en Languedoc.

Lunes, parroisse de Saint- La veuve Gibert, mère de Martin, proche de Maudajor. Girert, ministre

Le mas dit Lacombe , pa- Vaudran, frère du sieur roisse de Saint-Michel, Hautes- Garriac, ministre. Gévennes.

N° 36 (pag. 403).

« A Fontainebleau, le 28 octobre 1751. •

» A Monsieur de Saint-Priest.

» M. l'évêque d'Uzès me marque , Monsieur , que le sieur Dupuy, médecin de la ville des Vans et homme attaché à l'erreur, a une fille âgée de 12 ans, a laquelle il inspirera sans doute ses sentiments s'il demeure le maître de son éducation ; que, pour prévenir cet inconvénient, il conviendrait de la mettre dans le couvent des Ursulines du Saint-Esprit, et je vous envoie les ordres du Roy nécessaires à cet effet. A l'égard de la pension de cette fille, M. l'évêque d'Uzès m'observe qu'il en a écrit à M. le comte du Muy, et fait espérer de la faire payer sur le fonds des économats; ainsi, il ne s'agira que d'obliger le sieur Dupuy à payer les frais de conduite.

» On ne peut. Monsieur, vous honorer plus parfaitement que je le fais.

» Saint- Florentin. »

580 pièces

No 37 (pag. 436).

« A Fontainebleau, le 29 octobre 1751.

» A Monsieur de Saint-Priest.

» M. l'évèque d'Alais m'ayant témoigné , Monsieur , qu'en allant à son abbaye de Saint-Gilles, il avait été bien aise d'aller voir en même temps M. de Moncan , j'en ai rendu compte au Roy, qui lui en a donné la permission. L'objet de Sa Majesté est de vous mettre en état d'avoir, ainsi que M. de Moncan , des conférences avec lui; il se pourrait faire qu'elles vous menassent plus promptement à une conciliation que les mémoires respectifs que vous vous communiquez, et ce serait un grand avantage dont je vous avouerai cependant que je ne me flatte pas, après la lecture que j'ai faite de la réponse que vous avez reçue de ce prélat. Les protestants verront toujours un piège manifeste dans des professions de foi par écrit qui les exposeront après leur mariage à des peines afflictives; non-seulement quoiqu'ils s'abstiennent de tout acte extérieur de protestantisme, mais encore parce qu'ils ne feront pas des actes extérieurs de catholicité. Ils se plaindront que dans le cas où il n'y a contre la plupart d'entre eux que des présomptions tirées de la naissance ou de la non-fréquentation des églises, on les traite plus durement qu'une multitude d'impies et de déistes déclarés dont le royaume est rempli, et de qui on n'exige ni des professions de foi en les mariant, ni une pratique extérieure de notre religion après le mariage. D'ailleurs il parait, comme vous l'observez, que ces professions de foi par écrit n'ont ni dans l'autorité de l'Église ni dans celle de l'État, un fondement qui les rende indispensables, et enfin je ne me persuade pas qu'elles ayent jamais servi à ramener un seul protestant. Si quelqu'un a paru s'y soumettre, l'honneur y a seulement eu part, comme M. l'évoque d'Alais en convient lui-même, et la

religion n'y a rien gagné. Ce sont toutes ces rigueurs qui ont causé le désordre auquel il s'agit de remédier, et non la tolérance qu'il reproche assez ouvertement au Gouvernement. Les lois pénales qu'il ne cesse de réclamer ont toujours été exécutées; mais l'expérience de tous les siècles de l'Église montre assez qu'elles ne suffisent pas pour extirper l'hérésie, et que la douceur, la patience et la charité sont les véritables moyens que la Providence a elle-même employés, et qu'elle a laissés aux pasteurs pour l'établissement de la foi. Au reste, je dois vous observer sur votre note 2à>»c, que ni les réfugiés français même naturalisés dans le pays étranger , ni leurs enfants quoiqu'ils y soient nés, ne peuvent venir dans le royaume sans abjuration et prestation de serment de fidélité, ou sans une permission expresse et par écrit de Sa Majesté, et que le procès doit être fait et parfait aux contrevenants. C'est mal à propos que quelques ministres du Roy en pays étranger accordent des passe-ports à des gens de cette espèce, et je suis surpris qu'il y en ait encore qui commettent cette faute; M. le marquis de Puisieulx les ayant avertis, il y a un an, de ce qui est de la règle et de l'intention du Roy à cet égard. Quoi qu'il en soit, vous devez déférer seulement aux passe-ports signés de quelqu'un de Messieurs les secrétaires d'État, et faire arrêter tous les réfugiés ou fils des réfugiés qui en auront d'autres, de même que ceux qui n'en auront pas.

» On ne peut, Monsieur, vous honorer plus parfaitement que je le fais.

» Saint-Florentin.»

N« 38 (p.ag, 104).

«A Versailles, le 30 avril 1751.

»A Monsieur De Saint-PRiEST.

» J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 21 du mois dernier , au sujet des 380 livres demandées par M. l'évêque de Montpellier pour achever le payement des deux croix qui ont été élevées à Lunel et à Ganges, à l'occasion des dernières missions faites dans ces deux villes. Le Roy a bien voulu accorder ces 580 livres, pour ne pasfrustrer des ouvriers qui , dans la bonne foy, ont travaillé à ces croix; mais Sa Majesté a pensé que l'on n'aurait pas dû les commander avant d'estre assuré du produit des questes qui devaient servir à les faire , et son intention étant de ne plus subvenir à de pareilles dépenses, elle m'a chargé de vous marquer d'en informer MM. les Évoques de la province.

»On ne peut, Monsieur, vous honorer plus parfaitement que je le fais.

» Saint-Florentin.»

N° 39 (pag. 101).

« A Montpellier, le 19 juin 1752.

» A Monsieur De Saint-Priest.

» J'ai reçu l'ordre que vous avez donné pour faire payer la somme de 500 livres à la demoiselle Barthélémy, nouvelle convertie, pour son mariage avec le sieu>' Coulondre, ancien catholique. Je ne compterai cet argent qu'après la célébration du mariage, et le contract en fera mention. Il parait que le mariage est assorti et convient en toutes manières: ils sont l'un et l'autre de môme profession ; le jeune homme a son père et

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sa mère et un frère prêtre , qui sont eD état de le soutenir, le diriger et suppléer au défaut de parents de la fille. Il me paraît que les vues de M. le comte de Saint-Florentin sont remplies. Je suis avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

»De Saint-Bonnet, v. g.»

N° 40 (pag. 404).

«Versailles, le 18 mars 1752.

»A Monsieur De Saint Priest.

»J,'ai, Monsieur, rendu compte au Roy des éclaircissements que vous avez bien voulu m'envoyer de Ganges, sur la demande que Mademoiselle Caucanas a faite d'une somme de 500 livres pour lui servir de dot. Sa Majesté a bien voulu la lui accorder, et vous la lui ferez , s'il vous plaît , payer sur le fonds des amendes. Au reste , Sa Majesté a été surprise que M. l'abbé de Saint-Bonnet ait donné des espérances assez fortes à cette fille, pour la déterminer à passer outre à son mariage , sans être aucunement assurée des intentions de S. M., et qu'il se soit aussi ingéré de fixer la gratification qu'elle pourrait donner. Quoique S. M. soit disposée à favoriser autant qu'il sera possible les mariages des nouvelles converties avec d'anciens catboliques, elle ne trouve pas bon qu'on l'engage, ni que l'on fixe ses libéralités, et vous voudrez bien en avertirM.de Saint- Bonnet.

»Onne peut, Monsieur, vous bonorer plus parfaitement que je le fais.

» Saint-Florentin.»

584 pièces

N° 41 (pag. 437).

LETTRE écrite à M. le comte de Saint-Florentin par M. de Saint-Pnest , le 13 novembre 1752.

«Par la lettre dont vous m'avez honoré le 5 septembre, vous me marquez que ce serait tout perdre que de paraître mollir dans la circonstance de plusieurs assassinats commis pour faits de religion, et que l'intention du Roy est que j'agisse avec fermeté et prudence pour la réhabilitation des mariages et baptêmes des nouveaux convertis du Languedoc.

s J'ai cru devoir vous représenter, par la mienne du 15 du même mois , que , pour exécuter avec sûreté les ordres qui m'étaient adressés , il était indispensable d'être en force , et qu'ayant consulté M. le comte de Moncan , il m'avait fait entendre que le nombre des troupes qu'il commandait n'était pas suffisant, et qu'il lui fallait dix. bataillons d'augmentation pour faire respecter l'autorité , qui serait infailliblement compromise si, ce renfort n'étant pas accordé , on voulait aller en avant.

» J'ajoutay qu'il n'était pas seulement question de rétablir les règles sur les mariages et baptêmes, mais encore qu'il fallait être en état de s'opposer aux entreprises des mal intentionnés, qui sont armés et dont les propos ne donnent que trop lieu de craindre qu'ils ne se révoltent tût ou tard suivant les circonstances.

» Vous m'avez fait l'honneur de me répondre, le 18 octobre, qu'il convenait d'écarter toute idée de tolérance; que pour cet effet je devais continuer à faire des exemples , et que M. le maréchal de Richelieu, qui avait pris les ordres du Roy, me ferait connaître sur quels principes je devais diriger ma conduite après son départ.

»M. le Maréchal m'apprit, en effet, à son arrivée , qu'il communiquerait aux évêques, qu'il assemblerait avec moi,

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une lettre tic vous, Monsieur, et une autre de M. le Chancelier, sur les épreuves qu'on exige, en plusieurs diocèzes du Languedoc, des N. C. qui veulent se marier ou faire baptiser leurs enfants à l'église catholique , et que sur les dispositions plus ou moins favorables qu'on reconnaîtrait en eux , on pourrait proposer à la Cour les expédients qui paraîtraient les plus propres à remédier aux maux présents et à en prévenir de plus funestes.

»Les affaires inséparables du rétablissement des Étals ont lait différer cette conférence jusqu'au vendredi dix de ce mois; M. le Maréchal assembla chez lui tous les archevêques et évoques, au nombre de dix-huit; le seul évèque de Mirepoix ne s'y trouva pas, pour cause de maladie. Mais les autres avaient tenu le matin même un comité , pour s'arranger sans doute sur le langage qu'ils auraient à tenir. On commença la séance par la lecture des deux lettres adressées à M. le Maréchal, qui , après avoir résumé fort clairement ce sur quoi il fallait s'expliquer, demanda ensuite l'avis à chacun de ces Messieurs.

»II serait trop long, Monsieur, de vous rendre compte en détail de tout ce qui fut dit pendant quatre heures que dura l'assemblée; on peut cependant réduire le tout à six articles principaux.

»Le premier regarde l'uniformité des épreuves, et pas un seul opinant ne voulut en convenir, sur le motif spécieux que, pour que cette uniformité put avoir Heu , il faudrait qu'elle se rencontrât pareillement dans les dispositions de ceux qui demandent le sacrement du mariage.

» Le deuxième eut pour objet l'abjuration par écrit et la communion pascale , qu'on exige dans plusieurs diocèzes ; chacun persista dans son sentiment particulier: 4<> sur la communion, à l'exception de M. l'archevêque de Narbonne; 2° sur l'abjuration par écrit ; personne de ceux qui la demandent comme un préalable ne promit de s'en départir; ceux mêmes qui ne

l'ont pas encore introduite ne dirent pas qu'ils ne l'ajouteraient pas aux épreuves ordinaires.

»Le troisième concerne les baptêmes; plusieurs évoques assurèrent qu'on n'insérait plus la qualification de bâtard dans les actes batistaires , et les autres consentirent de se conformer à cette décision et d'en donner l'ordre à leurs curés.

» Le quatrième comprend les différentes observations sur les termes employés dans les lettres dont la lecture venait d'être faite, et surtout sur celle de M. le Chancelier. On prétendit y remarquer une affection singulière pour les N. C. qui n'étaient que trop favorisés , et un mécontentement contre les évêques qu'on supposait qui les vexaient; qui y représentaient les protestants comme fort alarmés . tandis que c'étaient les prélats et leurs curés qui étaient dans les alarmes, puisqu'on les assassinaient impunément, et que leur vie n'était pas en sûreté. On ajouta que le Roy était un prince trop religieux pour avoir donné ordre d'écrire de la sorte , et qu'il convenait de nommer une commission pour examiner les lettres , faire des représentations au Roy et justifier le corps épiscopal. Deux des opinants portèrent les choses jusqu'à proposer les sujets qui composeraient cette commission , et cela en présence de M. le Maréchal et de l'archevêque de Narbonr.e, qui eurent la modération de dissimuler cette entreprise. On demanda encore que les lettres fussent remises , ce qui ne fut point accordé, parce que .M. le Maréchal n'ayant point ordre du Iioy de s'en désaisir, il ne crut pas devoir le faire , et que d'ailleurs les dispositions des évêques étaient assés connues pour que , n'ayant plus à compter mu des adoucissements de leur part, il peut être utile de faire de cette affaire un procez par écrit.

»On m'attribue aujourd'hui ces deux lettres. M. l'éftêcpe d'Alais y retrouve les principes employés dans celles que je lui ai écrites j et oo ma prend en quelque sorte à partie; vous savez mieux que personne si j'y ai la moindre paît, et on prétend que p'esl un Père de l'Oratoire qui a composé les lettres que j'ai

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écrites sur cette matière, et dont j'ai montré les minutes originales de ma main à M. le maréchal de Richelieu.

» Le cinquième regarde les plaintes amères et môme les invectives qui furent proférées contre ceux qui par état doivent rendre compte au Roy de ce qui se passe, et que j'avoue que j'ai cru devoir prendre en bonne partie pour moi; on avança avec chaleur et sans aucun ménagement :

»lo Qu'on avait trompé le Roy sur l'article des baptêmes, en lui faisant entendre contre la vérité que les curés inséraient dans les actes batistaires la qualification de bâtard;

» 2o Qu'on en avait pareillement imposé à Sa Majesté en exposant que les évoques avaient agravé les épreuves; qu'il était de toute certitude qu'ils s'étaient considérablement relâchés depuis la révocation de l'édit de Nantes, et un des prélats ajouta qu'il avait dressé précédemment sur cela un mémoire qui en contenait les preuves;

» 5° Qu'on n'avait fait aucun exemple à raison de l'assassinat des trois curés, qu'on avait dissimulé ces crimes, et que si pareille chose était arrivée à un controlleur du 20m«, il y aurait longtemps que justice aurait été faite.

»Je crus devoir prendre la parole, et représenter avec plus de douceur et de politesse que n'en méritaient les propos auxquels je répondais:

»4o Qu'à mon arrivée en Languedoc la qualification de bâtard était usitée dans un grand nombre de diocèzes,qu'à la vérité la plus part des évoques se sont rendus sur les représentations que je leur ai faites à cet égard ; mais que quand j'ai écrit le fait positif, j'ai dit la vérité; que le reproche indécent qu'on me faisait était d'autant plus déplacé que M. Pévèque d'Uzèset M. l'évêque du Puy étaient encore dans l'usage dont je m'étais plaint, et qu'ils venaient seulement de promettre , dans le moment, qu'ils se conformeraient sur ce point ;ï la conduite de leurs confrères;

2° Qu'on n'a pas plus trompé le Roy sur l'article des mariages, que sur celui des baptêmes ; vous aurez la bonté de vous souvenir , Monsieur , que quelques jours avant mon départ pour le Languedoc vous me témoignâtes votre peine sur l'introduction des abjurations par écrit , sur lesquelles vous étiez déjà prévenu, et que ce fut en exécution de vos ordres , que je travaillai auprès des évêques pour les engager à ne pas insister plus longtemps. Je convins avec ces messieurs qu'il pouvait être vrai que les épreuves ne fussent pas aussy fortes à présent, •qu'elles l'étaient lors et quelque temps après la révocation de l'édit de Nantes, quoiqu'à dire vrai il n'y avait pas grande différence relativement aux diocèzes ou on exige l'abjuration par écrit et la communion, mais que c'était moins de cette époque qu'il fallait partir que d'un temps moyen ou les sorties du Royaume étant moins fréquentes et l'exercice de la religion prétendue Réformée entièrement aboli , on n'eut plus la même raison d'exiger des abjurations publiques et par écrit; qu'elles n'étaient pas usitées au moment présent dans le diocèze d'Agde: qu'elles ne l'étaient pas non plus dans le diocèze de Montpellier avant M. de Villeneuve , qui les introduisit et qui a bien voulu s'en départir, sur les raisons que j'ai employées pour l'y engager; que M. d'Alais les a introduites sous prétexte de diminuer l'épreuve d'un an d'assistance aux offices; qu'ayant voulu condamner comme relaps le sieur Rosière, N. C. du diocèze d'Uzès , que M. l'évêque a dit être dans l'usage non interrompu, depuis la révocation de l'édit de Nantes, d'exiger des abjurations par écrit, j'avais demandé que cette abjuration me fut remise , et qu'il n'a pas été possible de la trouver, ce qui pourrait faire penser que l'usage allégué n'a pas toujours été aussi constant qu'on le croit; que les N. C. n'auraient pas une si grande répugnance pour souscrire cette abjuration , si elle n'était pas une introduction nouvelle, dans plusieurs paroisses ; qu'il était bien étonnant qu'on prétendit que les épreuves avaient été diminuées dans le temps que M. de Lodève venait de dé-

elarer à L'assemblée qu'il comptait agraver incessamment celles qui étaient usitées dans son diocèze;

do Qu'il n'était pas pardonnable de supposer qu'on voulut dissimuler des assassinats; qu'au moment ou j'ai été informé de ceux commis en la personne des trois curés, j'avais fait informer avec toute l'exactitude possible; que non content d'avoir adressé le signalement du ministre Coste à toutes les brigades de maréchaussée, je l'avais envoyé aux commandants et intendants de Provence, Lyonnais et Dauphiné; que le même Coste avait été condamné par contumace par le présidial de Nimes à être rompu vif, et qu'il n'était pas possible d'en faire davantage; que mal à propos on faisait une comparaison des curés avec les controlleurs du 20""% pour en induire une différence dans l'attention à se procurer des preuves des délits, puisque le Roy rendait également justice à tous ses sujets , de quelque état et condition qu'ils fussent.

Telles furent, Monsieur, mes réponses, que je vous supplie de vous rappeler si les évêques renouvellent leurs plaintes dans quelques mémoires; je me flatte même en ce cas, que si vous leur répondes , vous trouvères raisonnable de leur faire sentir que je n'ai jamais dit que la vérité, et à quel point il est indécent de s'expliquer comme ils l'ont fait en présence et contre des personnes que le Roy honore de sa confiance; ce serait me donner une preuve de la vôtre que de me communiquer le mémoire que j'ai lieu de croire qui vous sera adressé, et auquel j'espère que je ne serai pas embarrassé de répondre.

Le sixième article enfin comprend les principes et les objections les plus considérables qui furent faites ; un évêque avança que tout homme qui n'avait pas communié à Pâques était en péché mortel, et assurément cela n'est pas toujours vrai, puisqu'un confesseur qui donne l'absolution peut différer la" communion.

Un autre dit que les conciles exigeaient la profession de foi par écrit , et qu'il ne devait pas paraître extraordinaire qu'on

la demandât aux N. C, puisque les évêques à leur sacre et les chevaliers de l'ordre à leur réception, la prononçaient à haute voix. Plusieurs autres soutinrent que c'était une moquerie de dire qu'il n'y avait qu'une religion en France , tandis que le Roy lui même, en rendant des ordonnances concernant lesN.C, semhlait reconnaître qu'il y en avait d'autres que la catholique ; que les précautions qu'on a jugé à propos de prendre pour la vente de leurs hiens, sont sages, mais que ce serait ne l'être pas, que de ne pas avoir une attention aussi particulière pour s'assurer de leur foy par des preuves non équivoques; qu'un honnette homme ne devait pas se faire peine de mettre par écritce qu'il proférait de houche, et qui; le refus qu'on en fesait ••lait une raison de plus pour l'exiger. •

» Je répondis en peu de mots et avec autant de force qu'un gros rhume peut me le permettre, qu'il était vrai qu'on devait en général être toujours disposé à mettre en écrit ce qu'on promettait de bouche; mais qu'une affaire qui intéressait aussi essentiellement la religion et l'État ne se traitait pas de cette manière; que les désordres que causaient les mariages et baptêmes faits au désert, exigeraient qu'on y remédiat promptement, et que pour qu'on put le faire efficacement, il fallait le concours des deux puissances.

» Que les évêques et les curés ne devaient rien faire contre leur conscience; mais qu'aussi ils devaient se prêter en tout ce qui ne la blesserait pas, et qu'il n'était et ne devait être question que de savoir si l'abjuration par écrit intéressait tellement la couscience, qu'on ne peut pas s'en départir ; que mon opinion particulière était que les évêques pourraient se relâcher à cet égard, et donner cette satisfaction au Roy, et cela par toutes les raisons employées dans mes précédentes lettres, et notamment parce que le ministère des ecclésiastiques était un ministère de contiance qui n'exigeait aucun acte ; que si bien il est parlé dans les conciles et dans les Pères, de professions de foy souscrites par ceux qui les donnent, cela ne peut jamais regarder que les

hérétiques avoues d'une doctrine réprouvée , ou par un jugement; que cela De se rencontrait point contre le plus grand nombre des N. C. de Fiance, parce que bien qu'il lut vrai qu'il y aplusieurs religions dans le royaume, puisqu'il n'est que trop certain que bien des gens s'en font une particulière, il est néanmoins constant que le seul exercice de la religion catholique est souffert; que par cette raison, tout homme né dans le royaume, de parents qui ont fait abjuration lors de la révocation de l'édit de Nantes, a pour soi la présomption de catholicité, jusqu'à ce que le contraire soil juridiquement prouve, et ne peut être considéré tout au plus que comme un mauvais catholique; enfin, que le Roy aurait bien de la peine à contraindre les N. C. d'entrer dans l'église, si les évoques, par des scrupules que je croyais d'autant moins fondés que MM. de Montpellier et de Nimes avaient cru pouvoir se rendre sur ce point , refusaient de leur en ouvrir la porte, en ne voulant pas les dispenser d'une abjuration pour laquelle ils déclareraient publiquement avoir un éloignement insurmontable, et dont le Roy désirait la suppression.

» Mes représentations ne firent pas grand fruit; chacun resta dans ses maximes, et tout ce qu'on put conclure de ce qui fut dit à l'assemblée, dans laquelle j'eus plus d'une fois occasion d'admirer la prudence et la patience de M. de Richelieu, c'est:

d° Qu'on n'insérera plus dans aucun diocèze, la qualification odieuse de bâtard dans les registres de baptêmes ;

2° Qu'il ne faut à l'avenir compter sur aucune sorte d'adoucissement, dans les épreuves qu'ils exigent pour les mariages, sur lesquelles ils ne croyent pas devoir se rendre uniformes.

«Vous pouvez, Monsieur, regarder ce point comme constant; on a dit et écrit sur cette matière tout ce qu'on a cru capable de les engager à changer d'avis, et ce serait peine perdue que de tenter de nouvelles controverses.

» Il faut avouer que cette détermination des évèques laisse au Roy de plus grands embarras à surmonter pour rétablir

l'ordre ; niais cependant, quelque effrayantes que puissent être les difficultés , je persiste à croire qu'il est indispensable de mettre en règle l'affaire importante de la religion en Languedoc. » A partir de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18 octobre, le Roy veut qu'on fasse des exemples; mais, Monsieur, est-il possible d'en faire, quand les moindres démarches sont suivies d'avantures sinistres : uu officier, pour avoir empesché une assemblée de se former du côté de Ganges, fut assassiné à coups de pierres le môme soir, et blessé grièvement; il y a quelques jours, M. le Maréchal en a fait informer; d'ailleurs ces exemples particuliers, et que la prudence que vous me recommandés exigera qu'ils soient peu fréquents, ne remédieraient à rien. Il faut aller au plus pressé, et c'est de déshabituer les N. C. de s'assembler, et de commencer par les désarmer; on ne viendra à bout de l'un et de l'autre, qu'en ayant des troupes partout, et en envoyant à cet effet un bien plus grand nombre dans la province, quelque incommodité qui puisse en résulter pour elle. Permettez-moi de vous représenter que c'est une erreur de croire qu'en prenant ce parti, le Roy serait obligé peut-être d'en venir à des rigueurs qui sembleraient être une espèce de guerre ouverte contre se? propres sujets ; c'est au contraire pour n'être pas obligé de se voir réduit à cette fâcheuse extrémité, qu'il convient d'envoyer beaucoup de troupes; quand il y en aura partout, les N. C. ne pourront faire aucun mouvement nulle part; les baptêmes seront faits et réhabilités à l'église sans difficulté, et à l'égard des mariages, peutêtre la fuite des ministres les engagera-t-elle , libres de leurs obsessions, de les faire bénira l'église, aux conditions qu'exigent les curés. Les évêques ne regardent les N. C. que dans l'objet de la religion; le Roy doit les considérer comme des citoyens et comme des sujets d'autant plus à plaindre, et en même temps à craindre, que leurs égarements les conduiront infailliblement à la révolte, à laquelle ils se croiront autorisés par la rigueur qu'on exerce contre ceux qui sortent du royaume, et par les

difficultés de pouvoir se marier suivant les régies de l'Église et de l'État.

»Ce que j'en dis, Monsieur, je ne le dis que pour la décharge de ma conscience , et par le zèle invariable que j'ai et que j'aurai toujours pour la tranquillité du royaume, et pour engager Sa Majesté a prévenir des malheurs qu'il est plus facile de prévoir quand on est sur les lieux, qu'il ne l'est d'en juger dans l'éloignement.

» J'ai l'honneur d'être, etc. »

(Lettres de Cour n° US.)

N° 42 (pag. 326).

L'impression de cet ouvrage touchait à sa fin, lorsque nous avons reçu de M. le pasteur L. Auziére (de Générargues ), le Jugement de Brousson, dont nous avions déploré l'absence. Que notre collègue veuille bien nous permettre de consigner ici l'expression de notre vive reconnaissance.

Ce jugement est imprimé en placard, sur une feuille de 50 centimètres de hauteur et de 35 centimètres de largeur. En voici la copie fidèle :

Nicolas de Lamoignon, chevalier, comte de Launay-Courson, seigneur de Bris, Vaugrigneuse; marquis de Lamothe-Chandenier, Beuxe et autres lieux ; conseiller d'État, intendant de justice, police et finances de la province de Languedoc ,

Entre le procureur du Roy, demandeur et accusateur en crime de rébellion, écrits et libelles séditieux, et d'assemblées illicites, d'une part;

Et Claude Brousson, cy-devant avocat au Parlement de Toulouse, à présent ministre de la religion prétendue réformée, accusé et deffendeur, d'autre.

Veu par nous avec les officiers du présdial de Montpellier, l'arrest du Conseil du sixième février 1695, par lequel il a

594 pièces

plu à Sa Majesté d'ordonner que le procez sera par nous fait et parfait en dernier ressort, aux ministres de la religion prétendue réformée qui se trouveront dans le Languedoc, et jugez dans les présidiaux qu'il nous plaira de choisir. Déclaration du Roy, du premier juillet 4686, portant que les ministres de la R. P. R. tant Français qu'estrangers qui reviendront dans le royaume, seront punis de la peine de mort. Procez-verbal de capture du dit accusé, au lieu d'Oloron, le dix-huitième septembre dernier. Trois interrogatoires par luy prestez par devant M. Ptnon, contenant les pièces et papiers trouvez sur le dit Rrousson, de luy paraphez. Information faite par le sieur Daudé,jugede Vigan, le onzième novembre 1691. Recollement des témoins y entendus. Extrait mortuaire de la demoiselle AnnaRAUDOum, femme du sieur Armand, du dix-septième décembre 1697. Interrogatoire du nommé Picq, du dix-septième avril 1691. Jugement de mort contre le dit Picq, son procezverbal de torture et de recollement du dit Picq à ses interrotoires et responses. Interrogatoire preste par devant nous par le dit Rrousson, le trente et unième octobre dernier, dans lequel il a reconnu avoir été le principal auteur des troubles arrivez en 1685 dans le Languedoc. Règlement à l'extraordinaire sur conclusions du procureur du Roy. Information par nous faite le dit jour. Autres interrogatoires du dit Rrousson du dit jour, et du deuxième novembre présent mois. Notre procezverbal du trente et unième octobre, portant nomination d'experts pour procéder à la vérification d'un projet écrit de la main de Rrousson, pour faire entrer des troupes étrangères dans la province, et par luy envoyé en Piémont, marquant tous les endroits par où elles pouvaient passer, et qualifiant d'ennemis les sujets du Roy; dans lequel procez-verbal sont mentionnées les pièces de comparaison, écrites de la main de Brousson et de luy paraphées. Prestation de serment des dits experts, leurs dépositions à l'information ci-dessus. Cahier de recollement des témoins et experts à leurs dépositions. Cahier de

confrontation de témoins et experts au dit Brousson, et de confrontations littérales de la déposition de la demoiselle Baudouin, et de l'interrogation de I'icq, porteur du dit projet. Condamnation de mort et procez- verbal de torture du dit Picq; plusieurs lettres pastorales et antres écrits séditieux de la main du dit Brousson, pour exciter les assemblées et porter les peuples à contrevenir en toutes choses aux ordres du Boy. Divers cahiers écrits de la main du dit Brousson, par lesquels il paraît qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour faire revivre le fanatisme dans le Vivarais. Bequeste du dit Brousson, par laquelle il employé pour deflénses , une requeste par luy dressée , contenant ses delTenses ou moyens d'atténuation. Notre ordonnance soit montrée au procureur du Boy, et conclusions pour la jonction d'icelle au procez. Notre ordonnance pour la jonction. Exploits d'assignations données aux témoins et aux experts, du 51 octobre, 1er et 2e novembre du présent mois. Conclusions diflinitives du procureur du Boy. Après que le dit Brousson sur la selette, a esté ouy par sa bouche. Tout considéré :

Nous, de l'avis des dicts sieurs Présidiaux, par Jugement en dernier ressort et sans appel, pour les cas résultants du procez, condamnons le dit Claude Brousson a estre rompu vif sur une eschaffautqui, pour cet effet, sera dressé dans la place publique de cette ville ; son corps mis sur une roue pour y finir ses jours, après avoir esté préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, pour avoir révélation de ses complices. Déclarons tous et chacuns ses biens acquis et confisqués à Sa Majesté, préalablement pris cent livres d'amendes envers le Boy, et les frais et dépens du procez envers ceux qui les auront exposez, Et sera le présent Jugement exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans aucunement y déférer.

Fait à Montpellier , le quatrième novembre mil six centquatre-vingt-dix-huit.

Signés : De Lamoignon, Eustache, président et juge-mage.

Casseirol, lieutenant-général criminel; Patris, de Lescure, Loys, rapporteur; Mejan, Duvidal, Jausserand père, Chau-

VET, CODOGNAN, JAUSSERAND fils, CARQUET, Du CARBON.

Prononcé et exécuté le dit jour. Le Sellier, greffier.

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