‹ Histoire de l'éloquence (volume 2)Chapitre 25 sur 89 · SOPHOCLE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE

ÉLECTUE.

Voilà cependant mon sort, voilà le sort affreux d'Electre.

OUESTE.

Quelle vie malheureuse , sans époux et sans secours !

ELECTRE

Pourquoi donc , étranger, me regardez-vous ainsi en soupirant ?

ORESTE

Je ne connaissais pas encore tous mes maux.

ELECTRE

Et comment avez-vous appris à les connaître î

ORESTE

Par l'aspect de ceux dont je vous vois accablée.

ELECTRE

Vous n'en voyez cependant qu'une faible partie.

ORESTE

Peut-il en être de plus cruels à mes yeux.

ELECTRE

Sans doute , lorsque je passe mes jours avec les meurtriers...

ORESTE

Les meurtriers ! de qui ? Quelle horreur m'allez-vous annoncer?

ELECTRE

De mon père , et la nécessité m'a réduite à être leur esclave.

ORESTE

Et qui d'entre les mortels vous y a pu contraindre?

ELECTRE

Une mère , trop indigne de ce nom.

ORESTE

Et qu'a-t-elle employé? la violence ou les persécutions journalières?

ELECTRE

Les persécutions , la violence , et tous les tourments imaginables.

ORESTE

Et n'avez-vous point d'ami qui s'y oppose, qui vienne vous secourir.

ELECTRE

Non ; je n'en eus qu'un seul , et c'est celui dont vous m'apportez la cendre.

ORESTE

0 trop infortunée princesse, que votre vue excite ma pitié!

ELECTRE

Hélas ! de tous les mortels , vous êtes le seul qui ayez eu pitié de moi.

ORESTE

Aussi suis-je le seul qui suis venu pour prendre part à vos peines.

ELECTRE

De quels lieux î Eh quoi ! le sang vous unit-il avec nous ?

ORESTE

Je vous le dirais, si j'étais sûr de la bienveillance de celles qui nous écoutent.

ELECTRE

Vous pouvez y compter, elles me sont attachées.

ORESTE

Laisscz-là cette urn« , je vais tout vous apprendre.

no ÉLOQIENCE GRECQUE.

ELECTRE

Étranger, au nom des dieux , gardez-vous de m'enlever cette urne pré- . cieuse !

ORESTE

Croyez-moi , vous n'aurez pas lieu de vous en repentir.

ELECTRE

Ah ! ne me privez pas du bien qui m'est le plus cher.

ORESTE

Je ne souffrirai pas...

ELECTRE

Infortunée que je suis! Mon cher Oreste , quoi ! je serais privée du monument où tu reposes !

ORESTE

Cessez ce funeste langage ; votre douleur est sans fondement.

ELECTRE

Quoi ! c'est sans fondement que je gémis sur un frère qui n'est plus !

ORESTE

Il ne vous convient plus de tenir ce langage.

ELECTRE

Suis-je donc indigne d'une ombre si chère?

ORESTE

Vous êtes digne de tout; mais ce n'est pas...

ELECTRE

N'ai-je point dans mes mains la cendre d'Oreste ?

ORESTE

Ce n'est point celle d'Oreste; elle n'en a que le nom.

ELECTRE

Et dans quels lieux est le monument de cet infortuné?

ORESTE

Il n'en a point : les vivants n'ont point de tombeau.

ELECTRE

Ah ciel! qu'avez-vous dit?

La vérité.

Il est vivant!

Oui , si je le suis.

Quoi ! vous seriez Oreste?

ORESTE

Jetez les yeux sur cet anneau de mon père , et voyez s'il doit vous rester encore quelque douVe.

ELECTRE

0 lumière à jamais chérie !

ORESTE

Ah ! bien chérie, sans doute !

liLECTRE.

O douce voix ! tu es enfin venue...

ORESTE

ELECTRE

ORESTE

ELECTRE

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