GRANDEURS DE LA PAIX
spirale l'histoire de la campagne d'Austerlitz gravée en caractères ineffaçables , écrite en relief avec les canons conquis sur les ennemis de la France. Chaque partie de l'empire essentait l'influence de ce génie réparateur; Bordeaux, Bayonne, Turin, Ajaccio, Alexandrie, Milan, Aix-la-Chapelle, Bruges, Ostende, Brest, Orléans et beaucoup d'autres cités non moins puissantes , lui devaient un développement nouveau, des embellissements, des créations utiles. Au milieu des sables du Poitou et sur le théâtre de cette Vendée qu'il avait pacifiée , l'empereur élevait la ville à qui de nos jours on avait donné le nom de Bourbon-Vendée , et qui depuis a repris le nom de son glorieux fondateur. Il encourageait l'industrie; partout où il passait on le voyait jeter des ponts, ouvrir des routes, percer le flanc des montagnes et abaisser les barrières que la nature a mises entre les nations occidentales; à l'exemple des souverains pontifes, il travaillait à restaurer et à désencombrer Rome , et pendant que cette entreprise se poursuivait par ses ordres , pendant que le Rhin , le Weser et l'Elbe, devenus fleuves français, nous rattachaient par tous les points le Nord et l'Allemagne, la France et l'Italie, comme des sœurs, étendaient d'un pays à l'autre des mains amies qui se rencontraient dans les Alpes, sur les sommets du mont Cenis et du Simplon : et, toujours avide d'imiter Charlemagne , Napoléon s'attachait de préférence à vivifier les portions les plus éloignées de son empire, comme s'il eût été pressé du besoin de faire oublier à ses nouveaux sujets et les désastres et les humiliations de la conquête (1).
(1) En traçant cette esquisse des grandes conceptions de l'empereur, nous avons eu plusieurs fois recours au livre qui a pour titre : Les Idées napoléoniennes , ouvrage éminent, composé dans l'exil par le prince à qui la Providence a donné la double et sublime mission de sauver la France et de la gouverner. Nous avons nommé l'empereur Napoléon 111 , aujourd'hui régnant.
216 NAPOLÉON Ier
Voilà par quels travaux , par quelles puissantes traces de son passage , Napoléon voulut perpétuer sa mémoire dans, l'esprit des peuples; sa passion pour les monuments parut égaler sa passion pour la guerre; mais comme il dédaignait tout ce qui est petit et mesquin, il préférait les grandes constructions , de même qu'il aimait les grandes batailles. Rien ne lui paraissait trop beau, trop majestueux pour embellir la capitale d'un pays dont il voulait faire le premier pays du monde , et nulle conquête n'était pour lui une œuvre achevée, tant qu'il y manquait le monument destiné à en transmettre le souvenir aux races futures.