‹ Histoire de l'empereur Napoléon 1erChapitre 3 sur 32 · TREIZE VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

TREIZE VENDÉMIAIRE

des Anciens et des Cinq- Cents , imagina d'ordonner que les deux tiers de ces conseils seraient , dès le premier jour, composés de membres sortants de la Convention. Cette mesure souleva dans Paris une agitation universelle; quarante- trois sections de cette grande capitale refusèrent de se soumettre aux décrets de la Convention, et s'insurgèrent contre cette assemblée. Ce fut le signal d'une nouvelle guerre civile. En quelques jours les royalistes se trouvèrent armés et disposés à renouveler contre le gouvernement républicain les scènes du 10 août et du 31 mai. Leur armée improvisée, mais pleine d'ardeur et d'enthousiasme , s'élevait à quarante mille hommes. La Convention pouvait à peine compter sur cinq mille défenseurs. La cause de cette assemblée fut encore compromise par la faiblesse du général Menou, chargé du commandement de Paris. Cet officier, au mépris de ses ordres , parlementa avec les insurgés de la section Lepelletier, et par cette concession donna aux royalistes une confiance et une audace qu'ils n'avaient point encore ressenties. Ils se préparèrent à attaquer le lendemain les Tuileries, où siégeait la Convention, et à se rendre maîtres du pouvoir. On était au 12 vendémiaire an IV (4 octobre 1795).

La Convention nationale avait compris le danger qui la menaçait. Elle ordonna l'arrestation du général Menou, et confia au représentant du peuple Barras le commandement des forces militaires de Paris. Barras, inhabile aux soins de la guerre, s'adjoignit le général Bonaparte, et lui prescrivit de prendre les dispositions que les circonstances réclamaient. Il était minuit.

Bonaparte, sans perdre un seul moment, ordonne au chef d'escadron Murât de s'assurer du parc d'artillerie établi dans la plaine des Sablons, aux abords de Paris ; Murât s'élance avec trois cents cavaliers, et ramène quelques heures après quarante pièces de canon, dont

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les royalistes n'ont point songé à se rendre maîtres , et que Bonaparte fait placer autour des Tuileries.

Les sections royalistes pouvaient disposer de quarante mille hommes. La Convention en comptait à peine huit mille réunis pour sa défense ; mais ceux-là étaient disciplinés et aguerris. Dans la matinée du 13 vendémiaire, la lutte devint imminente. En tête des royalistes marchaient les généraux Danican et Duboux. Le général Bonaparte avait établi sa première ligne de défense sur le côté gauche des Tuileries , le long de la rivière ; sur le côté droit, il avait fait occuper la rue Saint-Honoré , et toutes les rues qui y aboutissent. Ces dispositions avaient pour but d'isoler la Convention, de la protéger comme dans une citadelle , et de tenir tête aux insurgés.

A la fin , ceux-ci s'ébranlent par de grandes masses et débouchent à la fois par les deux quais , par le pont Royal et par la rue Saint-Honoré. Bonaparte dirige contre eux plusieurs pièces de canon chargées à mitraille, et les prend par le front et par le flanc; les insurgés s'arrêtent et hésitent : ce moment est décisif. Les grenadiers républicains s'élancent en avant et achèvent l'œuvre de la mitraille. Vainement les royalistes se sont-ils retranchés à la butte Saint-Roch et sur le portail de l'église de ce nom , ils sont foudroyés après une résistance meurtrière , et les débris de l'armée insurrectionnelle cherchent leur salut dans la fuite. Il était six heures : la Convention nationale avait vaincu. Le nombre des morts s'élevait à près de quatre cents , la plupart tués dans les rangs de la population parisienne, sur laquelle, pendant le combat, Bonaparte avait fait tirer avec une impitoyable énergie. Quand les sections eurent été mises en fuite , on se contenta de charger les canons à poudre, afin d'effrayer ceux qui auraient été tentés de se rallier. Le lendemain, on pro-

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