novembre. Bonaparte visite le
camp de Boulogne.
30 — Convention de neutralité entre
la France , l'Espagne et le Portufj^.
Evacuation de Saint-Domingue
par les débris de l'armée francise.
l^** Janvier. Réclamation de Pindépendanœ de Saint-Domingue sous le nom de Haïti.
25 février. Loi établissant lesdroitsréunis.
28 — Conjuration et arrestation de Pichegru , Cadoudal , etc.
21 nwrs. Mortduducd'Enghien.
1^' avril. Retour à Lorient du capitaine Baudin.
4 — Établissement de la société pour la propagation de la vaccine.
ÉLÉVATION \ï FT\rPlHr( WU'fH BOLLOGNE Les cODSpiralioDS successives dirigées contre les jours àa prenûer consul, le complot récent de Georges Gadoudal, auquel la participation de l'Angleterre semblait évidente, txàtèrent de vives inquiétudes parmi les Français qui désiraient le repos et la prospérité de leur pays: il était manifeste pour tous que la mort de Bonaparte, en rejetant la France dans le chaos de l'anarcliie, deviendrait le signal des dissensions civiles et de la guerre étrangère. La République, aux yeux de la multitude, était impuissante pour comprimer les factions intérieures, et pour repousser les attaques extérieures, elle ne protégeait ai le présent ni l'avenir. Les diverssysttmesd'administration publique, basés sur ce mode de gouvernement, que la révolution avait successivement essayés, étaient repoussés par l'opinion. Le nombre de leurs partisans diminuait chaque jour. Le pays n'avait jamais autant possédé de liberté réelle et pratique que depuis l'établissement du gouvernement consulaire. L'égalité devant la loi et pour Tadmission aux emplois était compltte. Etonaparte, dont la maiime favorite était a/Uon et
mibli, avait annoncé qu'il ne voulait reconnaître en France d'autre parti que le parti national. Il avait accueilli ayec la même bienvôlUasce les hommes des opinions les plusopposées, lors^u^ili se ralliaient franchement à la causegénéraie. Ghacon d'muk avait été «employé suivant sa capacité et quelques-uns même rempliiiaient d'importantes fonctions publiques. Le premier coniul) en oâLptimant son noble désir d'une condliatioti iiiicère entre tous les enfims dWe même patrie , tvait dit t «1 J^OttVré un grand chemin; quiconque y marchera droit « sera protégé ^ qui se jettera à droite ou à gauche sera puni. » Ll majeure partie des Français» satisfaite des sêntimens de liberté et de tolérance qui formaient la règle de l'adminiitTAticm y ne demandait pas autre chose que la continuité du gouvernement fondé par Bonaparte. De l'idée de stabilité et de continuité , il uV a pas loin ft celle d'hérédité. L^opinion publique i^accoutuma donc, peu â peu, à la pensée de trouver une sûreté pour le présent et une gftrftntie pour l'aveiur dans l'hérédité du pouvoir accordé au premier consul et à sa faoûlie. Le consulat à vie ne parut pas un gage suffisant de stabilité. L'hérédité seule pouvait couper court aux espérances coupables des divers partis et affermir la tranquillité de la Fraâce. Mais , si une magistrature à vie s'éloigne déjà du principe républicain, qui est l'élection, l'hérédité y est tout hàtureitement opposée. Or, il faut le reconnaître, les hommes mêmes qui avaient pris la plus grande part aux actes administratifs du Gouvernement pendant la révolution française, n^avaient pas trouvé dans l'élément démocratique et dans la forme républicaine les moyens d^assurer le repos et de développer la prospérité du pays. Malgré de séduisantes théories, le gouvernement pratique avait été tantôt atroce, tantôt ignoble, totûotirs incapable. Dans la nation, le^ classes les plus nombreuses et les plus populaires n'avaient recueilli de ce régime , que la terreur, la famme et là misère. Elles Confondaient dans une haine égale et les institutions républicaines et lés ôrimes de la révolution, qui avait voulu les établir. Le titre de roi était cependant encore en horreur dans cette partie du peuple. Les classes moyennes, sur lesquelles, après l'expulsion dé la noblesse et la confiscation des biens du
Clergé, avaknt pesé toutes les perséoutions et toutes les Dxaetions , regrettaient plus fi-anchement la rojfauté. Èlfafc aimaient surtout le gouyernement consulaire, parte qffeû rai^ son de son unité compacte et de sa vigueur administrâtiTe^ il leur rappelait le gouvernement monarchique.
Il restait bien enc<H*e quelques âmes fermes et généreuêés qdi avaient gardé leurs convictions républicaines ^ et qui tife [Rendaient pas leur République idéale responsable des crimes réels qui avaient été commis en son nom. Mais c^était un Men petit nombre'd'hommes. La monarchie ^ avec sa stalrilité et son ordre , était dans le vœu des masses.
CTest ce que jugèrent fort bien les hommed qui se consi'crèrent à rétablissement du. gouvernement impérial. Sans doute il y eut parmi eux un grand nombre d'ambitieux guidée par un intérêt égoïste; maiâ il y eut aussi Un plus grand nombre de dignes citoyens sincèrement amis de teur pays , sincèrement attachés à la révolution. Ces hommes honorables avaient compris que Topinion en France tournait aux idées monarchiques, et que, pour ôter toute Chance au rétablissement des Bourbons, dont le retour avec les prétentions et le cortège des émigrés auraient alors inquiété tous les intérêts créés par la révolution et amené dans lé pays une conflagration générale, il était nécessaire , soUs un titre nouveau , et qui n^efFarouchàt aucun citoyen , de rétablir le gouvernement monarchique, et de placer la couronne sur la tète d'un homme de la révolution.
Napoléon Bonaparte, quand il n'eût pas été alors à la tète de TËtat , était le seul qui f&t digne du prenuer rang par Ison administration, ses victoires et son génie.
Le Consulat avait sauvé la France de Tanarchie ; llËmpire sauva le pays des réactions que la monarchie des Bourbons aurait alors infailliblement amenées. Dans les deux cas , ces changemens furent une nécessité et un bonheur.
Quant à la République , le nombre de ceux qui la réclamaient, pour elle-même, avec désintéressement personnel et par conviction sincère , était imperceptible àU milieu des masses qui n'en voulaient plus, c'est ce dont les listes des opposans , lors du vote sur l'hérédité impériale , font fol.
. L'ambition de Napoléon Bonaparte vit sans doute avec plaisir la marche des événemens qui allaient lui donner la couronne. Il la favorisa même. Il savait quel fardeau est la suprême dignité , mais il se sentait la force de le porter. Après avoir recueilli plus de gloire militaire qu'aucun des grands capitaines anciens et modernes, la gloire de fonder un puissant empire était la seule qui fût désirable pour lui. Il était rempli d'un vaste désir de signaler son nom par la splendeur et la prospérité de la France. C'est vers ce hcblt but que , pendant les neuf années du gouvernement impérial, furent sans cesse dirigées les ressources de sa pensée, les méditations de son esprit , et les conceptions de son génie.
La motion d*élever Napoléon Bonaparte à la dignité impériale , et de déclarer Tempire français héréditaire dans sa famille, partit du Tribunat. Après une discussion, dans laquelle Garnot seul se montra opposé à la proposition, le Tribunat exprima à ^unanimité ( moins une voix , celle de Camot ) le vœu suivant :
«Considérant qu'à Tépoque de la révolution, où la volonté nationale put se manifester avec plus de liberté , le vœu général se prononça pour l'unité individuelle dans le pouvoir suprême et pour l'hérédité de ce pouvoir ;
«Que la famille des Bourbons ayant, par sa conduite, rendu le gouvernement héréditaire odieux au peuple, en fit oublier les avantages et força la nation à chercher une destinée plus heureuse dans le gouvernement démocratique;
a Que la France, ayant éprouvé les divers modes de ce gouvernement, ne recueillit de ces essais que le fléau de Tanarchie;
« Que TËtat était dans le plus grand péril lorsque Bonaparte, ramené par la Providence, parut tout à coup pour le sauver;
<i Que , sous le gouvernement d'un seul , la France a recouvré au dedans la tranquillité , et acquis au dehors le plus haut degré de considération et de gloire ;
« Que les complots formés par la maison de Bourbon, de
imtmmm*i—im»Êmtma,m,mi^
concert avec un ministère , implacable ennemi delà France, font avertie du danger qui la menace, si, en venant à perdre Bonaparte, elle restait exposée aux agitations ins^iMurables d'une élection ;
«Que le consulat à vie , et le droit accordé au premier consul de désigner son successeur, ne sont pas sufilsans pour prévenir les intrigues intérieures et étrangères, qui ne manqueraient pas de se former lors de la vacance de la magistrature suprême ;
<i Qu'en déclarant Thérédité de cette magistrature on se conforme à la fois à l'exemple des grands États anciens et modernes , et au premier vœu que la nation exprima en 1789 ;
«Qu'éclairée par Texpérience elle revient à ce vœu plus fortement que jamais , et le fait éclater de toutes parts ; -
«Qu'on a toi^ours vu, dans toutes les révolutions politiques, les peuples placer le pouvoir suprême dans la faDaMle de ceux auquels ils devaient leur salut ; ; «QuequandlaFrance réclame, pour sa sûreté, undiefhéréditaire, sa reconnaissance et son affection appellent Bonaparte;
«Que la France conservera tous les avantages de la révolution par le choix d'une dynastie aussi intéressée à la maintenir que l'ancienne le serait à la détruire ;
«Que la France doit attendre de la famille Bonaparte, plus que d'aucune autre , le maintien des droits et de la liberté du peuple qui la choisit , et toutes les institutions propres à les garantir;
« Qu'enfin il n'est point de titre plus convenable à la gloire de Bonaparte, et à la dignité du chef suprême de la natkm française , que le titre d'Empereur ;
«Le Tribunat, exerçant le droit qui lui est attribué par l'article 29 de la Constitution, émet le vœu :
« 1^ Que Napoléon Bonaparte , premier consul , soit proclamé empereur des Français , et en cette qualité chargé du gouvernement de la République française ;
js2^ Que le titre d'empereur et le pouvoir impérial soient héréditaires dans sa famille, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture ;
«3^ Qu'en faisant dans l'organisation des autorités consli-
HISTOIRB
Haé^ la» modifloitiovs que poarra enger Vétablisseinait da pWfW héréditak», régate, la liberté , lea droits da peupla, lotast o^naarvéa dans leur intégrité.»
Au moment où le yœu du Tribonat avait été emma , la Gorpa^Légialatif n^était pas rasaeipblé ; mais la luresqne totalité dea députés se trouvait à Paris. Ils se uéunireat chez leo» préfident» et «qirimèrentt par une adresse qui fàt iPfndna puMiffiai qu'ils adhéraient aux sa^îmens eipriméa par Torateur du Tribunal , et qu'ils exprimaient en conaéqneiMi lo vam formel que Napoléon , t>remler consul , Mt proébuné Eaqiereur.
La propûaitiopi du Tribunat^ appuyée de Tadresse du Goppa- Législatif, fht aolennallament comqiuniquée au Sénat, et adoptée à runanîmilé dans une séanee extraordinaire, tenue sous la présidenee du seQond consiil Gambaeérès. Le niéme jour^ on déoréta un sénatua-consulte orgai}i^e, deptbié à fixer les formes du nouveau gouvernement qu'on allait pnoelamar*
Le Sénat , en corps , porta à SainM]!loud et pr^aeqta^ à Mlqpoléon l'acte «institutionnel qui venait d'être dressét
Napoléon répondit à iGarabaoérès , qui le lui remit :
«Tout ee qui peut contribuer au bien de la patrie est esse»! «tiellement lié à mon bonheur. J'accepte le titre que vous «er^yez utile à la nation.
vJe soumets k la sanction du peuple la ioi^le l'hérédité i «yespère quç la France ne se repentira jamais des honneurs «dont elle environne ma famille : dans tous les cas, mon «esprit ne sera plus avec ma postérité , le jour où elle cesse- «fiit 4e mériter l'amour et la confiance de la gruide nation. »
L'empereur prêta ensuite, conformément à la Gôqstitution , un serment ainsi conçu :
«Je jure de maintenir l'intégrité du territoire de la Répu< Mîtpie, de respecter et de faire respecter les lois du concordat 'çt de la libfHlé politique et civile , rirrévocabilité des ventes des biens nationaux , ^e ne lever aucun impôt , de n'établir aucune taxe qu'en vertu de la loi, de m.aintenir llnstltution de la Légion^'Honneur , de gouverner dans la seule vue de Tintérêt , du bonheur et de la gloire du peuple françms.»
lAi^i
I4 lendemaia , Tempereur wipqi^ les owécteii» ^t 1m grands dignitaires de TEmpire, dont la créadoft étuit df^QQ^ Bée fMMT la Constitution.
ie pHoee Josepb Boonparte reçut le titre de gtmi Hea^^ teur, le prince Louis celui de cmmét^iblet Lesdeui eonauli, Qambaeérts et Lebnm, furmat nommés, Tun ait^ebauneeliep, TanOre arebitréaorier de TËnipire,
Les maréchaux ftirent choisis panniles généraux qiâ %'ém t^eat ilUiatrés eacommandant en chef les armées fraugaises} c'étaient Bertbier, Murât, Mmcey, Jourdan, Masséna, Aofi gereau, Bevnadotte, Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney, Davoust et Bessières. Quatre sénateurs, généraui également iigaalés par des victoires , furent honorés du mènie titre , KellepmeBB , Lefèbvre , Pérignon et Serrariep.
Napoléon pprtait dens les choses les plus sini^ps en ap» pavencele cachet de apii esprit zlorsqu- il s'agit de-dunsie les armes de TEmpire on en délibéra dans le Gonseil d'£tat , en la présence. Les uns proposent le Ikm , ror des animaux , ceux-ci les abeilles d'or des Mérovingiens, d'autres le eaq gaubns. L'empereur prit la parole : a Votre cog, dit-il , es^ « un animal qui vk sur le fumier, et se laisse manger par le <K renard. Je n'en veux pas. Prenons Taigle, e'est Toise^u qnt a portç la tendre , et qpi regarde le soleil en fvce. Les aifl^ « françaises saaront se faire respecter comme les aigles ro» cmaines. »
Peu de temps après sou éléyatioA k illaipire , Napolép», qui ynqiiit de recevoir Thommage et l'adhésion d^ toutes Im villes de Fr^nice et de tous les corps de Vtm , quitta Paria pour ^ler i Boulogn^^ rçcouoaUre la i^ituation des prépwitîll menaçftffs qu'il seyait ordonnés contre rAngleterrc. Il yPHlait aiml pour la première fois montrer l'plmpereur à l'armâp 1 ^ il #e ftt «çfiompagaer p^r ses frèrcf Josisph et Lomi^t mm ^ par iM 9nmds dignitaires et les grauds ofgcLors de riSniplM»
AvaBt de rapporter 1^ drconstanç^ dç cci voyagp mtm^ rable , il convient de dire quelques moti de la flottille fit dt l'armée que J!{apoléou allait visiter.
La fuptura du traité d'Amiens %mt été suivie dç rmta-
sion et de la conquête du Hanovre , propriété de famille du roi George UI.
Le projet de descente en Angleterre , conçu par Bonaparte en 1801 , fut repris en 1803 avec plus de chaleur que jamais. La capture des bàtimens de commerce français dans les mers de rinde et de TAmérique, faite par les Anglais sans déclaration de guerre préalable , avait excité à un haut degré Tindignatibn de toutes les villes maritimes de France. La guerre , dès son début, eut un caractère national. Les dons patriotiques vinrent au secours du Gouvernement pour Faider à la construction et au gréement de la flotte , destinée à porter dans là Grande-Bretagne les vengeurs du nom français. Tous les corps de TÉtat , le Sénat, le Tribunat, le Corps-Législatif votèrent des souscriptions pour des vaisseaux de ligne. Les conseils généraux des départemens imitèrent cet exemple. Les conseils d'arrondissemait et les grandes villes offrirent des . frégates ; les communes d'un ordre secondaire, des corvettes , des bricks et des goélettes ; enfin toutes les autres, suivant leur importance «et leur population, une prame , une péniche , un bateau plat ou une chaloupe canonnière. Tous les bateaux votés de la sorte ne furent pas construits, le nombre en eût été trop considérable; mais les fonds destinés à leur construction furent appliqués aux dépenses d'armement et d'entretien de la flottille. Les constructiolis eurent lieu avec la plus grande activité : pour les vaisseaux de haut bord et de guerre, dans tous les ports militaires et marchands ; et pour les bateaux de la- flottille , sur les bords de toutes les rivières dont le lit offrait plus de trois pieds de profondeur (soit qu'elles se déchargeassent directement dans la mer ou qu'elles fussent affluentes de la Seine , de la Loire, de la Garonne et du Rhin.) On établit partout des chantiers et des cales de construction. Paris devint même pour un mo~ nient un arsenal maritime. Les habitans de la capitale eurâit plusieurs fois par semaine pendant quelques mois le spectacle niajestùeux du lancement d'un navire à l'eau. Enfin si notre marine eût jamais pu reprendre son importance, le patriotisme , qui enfante des miracles; la lui aurait rendue alors. * La flottille de débarquement, réunie à Boulogne^ se compo-
Sait de deux mille trois cent soixante-cinq bàtimens de tdûte espèce. On y comptait vingt prames , bàtimens à trois màtô de 110 pieds de long et de 2S de large, gréés comme les corvettes et portant douze canons de 34 ; trois cent ' chaloupes canonnières de première grandeur (76 pieds surl7)Vârmées de 3 pièces de 24 et d'un obusier de 8 pouces; trois cent cinquante chaloupes canonnières de deuxième grandeur (60 pieds sur 10) , armées à chaque bout d'une pièce de 24 , et d'une pièce de campagne ; et enfin quatre cents péniches d'égale dimension que les chaloupes de deuxième grandeur; mais ne portant qu'un obusier de 6 pouces et une pièce de 4.'
Cette flottille montée par douze mille marins devait suf* fire au transport d'une armée de cent soixante mille hommes ,' et de dix mille chevaux , munie de six cent cinquante pièces d'artillarie (canons et obusiers) et de quinze jours de vivres de campagne.
Le ralliement, à Boulogne, à Wimereux, à Étaples et à Ambletèuse , des bàtimens de transport réunis par divisions dans des rades différentes sur tous les points de la côte de France , depuis la Hollande jusqu'à Bayonne , s'effectua avec succès malgré la vigilance et les efforts des croisières ennemies. Cette opération donna lieu à un grand nombre de petits combats où la fortune se montra presque toujours favorable à nos braves marins.
L'armée, comme la flottille, divisée en six grands corps, et placée sous les ordres du maréchal Soult, était campée sur les hauteurs qui couronnent Boulogne et ses environs, chaque corps dsîns le voisinage de la rade où mouillait la division de la flottille désignée pour son embarquement.Les dispositions avaient été si bien prises, que cette opération, difficile et compliquée, pouvait ainsi que celle des débàrquemens se faire en uiie heure et demie. L'Empereur, pendant son séjour à Boulogne , en fit deux fois répéter la manœuvre en sa présence y et diaque fois elle fut effectuée avec l'ensemble le plus parfait et la plus satisfaisante précision.
L'aspect des camps de chaque corps offrait un spectacle très pittoresque. C'étaient comme autant de villes militaires où lès rues étaient marquées par. les lignes parallèles , soit de
H18T0IHK
te^tf» ray^ies de bl^nc et de bleu ^ soit de baraqaes élégiBles e| (içilideiiieat eenstrmtes. Chaque rue tracée au eordeau per* tait le nom d'ua ffumrier morC au cbamp d'honneur. Des ter loan^ de stoe ou de verdure, dea statues, dei pyranudes , i$% obélisques , des faisceaui d'armes décorés pour la plu* part d'inacriptioi^ à la louange du vamqueur de lltalie et de l^^gypte , dea jardins soigneusement cultivés , des parterres émaillés de fleurs , de verts galons dont la f ratcheup était meessamment entretenue par des sources limpides ou par Peau de puits creusés avec adresse , ornaient ces villes improvisées. Tout y était Toovrage des soldats. Chaque régiment avait son jardin , chaque compagnie son parterre et son potager; dans les endroits marécageux, des saignées pratiquées avec art dans le sable préservaient de Thumidité les baraques des trqupes ] de vastf^ et belles chaussées assuraient les eommar nications avec les villages voisins. Les soldats, dont les jour* QéQi SCI trouvaient remplies par les exercices militaires et par les travaux de euUure de leurs jardins , étaient g^ et bien portans, La plus grande union , la plus franche cordialité régnait dans tous les corps de Tannée , dont Témulatiett se manifestait par la création multipliée d'établissmnens utiles ou agréables , rivalité noble dans son principe , et hfureuso dans ses résultats I
Pendant les premiers travaux de construction des batmix sur le bord des fleuves de Tintérieur , les Anglais s'^ent moqués de nos prépars^tift d'attaque. Leurs carieatima, iqiria avoir rassuré les oisife de Londres, avaient égayé ceux dea rives de la Seine. Mais bientôt la flottille de Boulogne Uispiin d'autres pensées, les alarmes succédèrent à la sécurité. On comprit que l'armement dont on s'était raillé était chose aé* rieuse. On craignit que les Français ne profitass«it d'un ipor ment fevorable pour aborder les côtes d'Angleterre. On prit des mesures extraordinaires et dont l'énergie prouva l'éten^ due des inquiétudes populaires. Toutes les voitures et tons les chevaux furent mis à la disposition du Gouvemepient. La levée en masse fut ordonnée. La partie de cette immense miliee qu'on ne put armer de fusils reçut des piques et des coutelas. L^ côtes se garnirent d'artillerie. Des fortifications
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DE L'EMPBR|:UI| IHAPOLÉON.
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furept auQipencées h Taitpur de liondr^. TpHt^ fal Gim^e- Bretagpe, m^re si confisiiite dans ses moyens D^^tur^ 4i iif&m^ 8Î orgueilleuse dq $a ceinture de flots et ie fio^^rs , devint comme un vaste camp, o& tou^ les çitoy^Qs , soldai! par kt crainte, s'effrfiyaient encore les ups .lf« ^ntm fn ^ commiwiquant leurs apprébçnsions toi^ours (^roissaptei r V%« gncolture était négligée; les (iteliers déserts i et les magising encombrés de produits de l'industrie et des manufactura restés sans débouchés, l^a mine du €9mm§r<3^ Wgllûs ê^t iouninente.
Le mmist^re britannique, poin» détruire I4 eau^ des ftlnr^ mes du peuple anglais, eut recours à de^ moyens jusqu'alors considérés comme odieux ^ la guerre. Après Avoir reeoiuiii rimpossibilité de mettre à exécution w projet conçi pou? fermer, au mpy^ de navirçs^chargés de pierres et coulés bas | le cb^ndl des ports oCi la flottille était mouillée, ramirauté «Ht glaise fit préparer m^ ijnmens# quantité de brul6ts , de eattt
marans et de machines infernales de tou9 If s genres t soît pour les lancf r i^ntr^ le# bÀtiqiena franqais dans la rade.de Bpulpgn? , ipoit pour les eonduirfi h la feveur de la nuit jiub que dans )f s jetées de ce port , au milieu duquel , poussés par la marée mpiltftnte, ils eurent foit explosion. Lord Melvflle^ preoiier lord de Tamir^uté, vint lui-même i bord du Yaissean
de Tamiral Keith, devant Boulogne, afin de surveiller Vnén cation de ces plans 1 tandis que le reste du minlstive anglais se transport» 9ur 1$^ ^§ opposée h celle de Franee afin^i peuyoir jouir, quoique d'un peu plus loin, du spectacle mapat fique fpm df^vait offrir pendant la nuit rinctndie de la floitillt fvmçùm^ Mais beurensem^t, et malgré des tentatives réilirées,nnenn94<^ inventions infiismales n'eut de sueeia. les bni* lèts n^oecasion^rent aucun incendie parmi les blitimeaa da la flétrie. L^ catamarans et les machines firent explosion mm causer d'fuitre perte que celle d'une péniche, dont Féqnips^t se hasarda à aborder un des b(^timens qui les portaient Lt Bûnistre anglais dut retourner h Londres avee la brate d V voir éobopé dana un projet horrible et là(^.
L'Empereur arriva à Boulogne le 19 juillet : il consacra les premiers jours qui suivirent son arrivée à visiter les camps ? les rades, les divisions de la flottille, et à fmt répéter aux troupes les manœuvres d'embarquement et de débarquement* n se montra satisfait de l'activité et du zèle apporté dans tons les travaux. Il fut témoin d'un combat naval et dirigea une attaque de notre flottille contre la ligne d'embossage des vaisseaux ennemis.
' Avant son départ de Paris , Napoléon avait présidé à l'inauguration de la Légion-d'Honneur et reçu le serment des grands dignitaires de l'ordre, dans l'église des Invalides, au milieu des trophées militaires conquis par nos armes. Cette brillante cérémonie devait se renouveler au camp de Boulogne. Le 15 août, jour de la naissance de l'Empereur, avait été fixé pour une grande distribution de croix de la Légion-d'Honneur, non-seulement à l'armée , mais encore à un grand nom- Inre de fonctionnaires civils qui avaient été invités à se rendre à Boulogne pour cet objet.
Napoléon , considérant la Légion-d'Honneur comme une des institutions qui devaient consolider le trône impérial , voulait donner à cette cérémonie tout l'appareil et le grandiose dont les lieux , le temps et la circonstance étaient susceptibles. L'armée, à qui la fête était spécialement consacrée, s'était chargée d'en préparer l'exécution.
On avait choisi pour cette fête un terrain voisin du palais ou plutôt de la baraque de l'Empereur, car Napoléon était venu demeurer au milieu de ses soldats, dans une habitation eonstruite, comme les leurs, en planches et en^ene. Cétait un vaste espace faisant face à la mer, et prétentant naturellement la forme d'un amphithéâtre semi-circulaire propre à contenir les cent mille hommes qui devaient à la fois former ee spectacle extraordinaire et en jouir. Les gradins de cet immense amphithéâtre étaient figurés par les mouvemens naturels du terrain. L'infanterie devait s'y placer en colonnes , et la cavalerie se déployer en ligne sur la hauteur. Le centre de l'espace ne devait contenir que les états-majors génâ*aux , et les drapeaux des corps placés en avant des légionnaires qui devaient prêter le serment. Au milieu, entouré par la
garde impériale et la musique des régimens , s'élevait un tertre dans le goût antique , tel que dans les camps romains on en dressait aux Césars lorsque ceux-ci voulaient haranguer Farmée. Ce tertre était orné d'étendards et de drapeaux surmontés d'aigles d'or. Â son centre, et posé sur des gradins, le siège antique du roi Dagobert , qui devait servir de trône à l'Empereur, était appuyé à un trophée d'armes composé de drapeaux , d'étendards et de guidons pris dans les batailles de Montenotte , de Lodi, d'Ârcole, de Rivoli , de Gastiglione, des Pyramides , du Mont-Thabor, d'Aboukir, de Marengo. Au milieu de ce groupe, brillait l'armure en pied des électeurs de Hanovre, et le tout était surmonté d'une immense couronne, de lauriers d'or , sur laquelle s'agitaient les queues pourprées des guidons des beys d'Egypte.
Les décorations qui devaient être distribuées aux légionnaires avaient été placées dans le casque de du Guesclin et dans le bouclier de Bayard.
Le 15 août , le soleil , que d'épais nuages avaient tenu caché la veille, se leva sur l'horizon, brillant de tout son éclat , et fut salué par les cris de joie de l'armée. A neuf heures, les troupes, parties de leurs camps divers , vinrent en colonne occuper l'espace qui leur était destiné. A midi l'Empereur sortit de sa baraque : une salve générale d'artillerie annonça son arrivée au lieu de la cérémonie.
Lorsque Napoléon parut , deux mille tambours battirent aux champs j et ne purent couvrir les bruyantes acclamations des soldats et des citoyens qui exprimaient leur enthousiame. Bientôt un roulement ayant annoncé que la solennité allait commencer, un profond et respectueux silence s'établit. L'Empereur prit place sur son trône. A ses côtés vinrent se ranger ses deux frères Joseph et Louis , le grand amiral Murât , les ministres, les maréchaux de l'Empire , les grands officiers de la couronne , les colonels généraux , les sénateurs présens à Boulogne. Derrière cette foule brillante étaient des capitaines de chaque corps de l'armée , tenant chacun un drapeau déployé. Les aides de camp de Napoléon, disposés sur les marches du trône, étaient là pour recevoir et transmettre ses ordres , et plus bas on remarquait des légionnaires d^à dé*
HtâMè^ éÉtdtiiMt ûeat trophées formés de drapeaux et d'étendafds eoiiqiiis sur remiètiii.
Legraad-Ghancelier de la Lég^on^-dHoimear, afantpris les ordres de rEmpereor, prononça ttn discours , dans lequel il é'ftttaeba principalement à relever le mérite de cette Imtitntion toute nationale, et à taire connaître l'étendue des devoirs qu^eUe imposait aux légionnaires.
Napoléon , se levant ensuite de son trône , pronon^ la IbrfflUle du serment que devaient prêter les membres de la Légion. Geui-ci s'écrièrent unaniment : lYoas le jurons, et par un mouvement spontané, toute Tarmée répéta ce serment de •délité et de dévouement. Les cris de vive Vempereur Napèléùn ! retentirent dans tous les rangs ; les soldats agitaient en Fair leurs armes et leurs bonnets. Ce fut au milieu de cette explosion derenthousiasme universel que les grands officiers, les commandons, les officiers et les simples légionnaires s^approchèrent successivement du trône , et reçurent individuellement , des mains de TEmpereur, la décoration de la Légion.
Au moment où la cérémonie finissait , lorsque les colonnes dln^nterie se déployaient , en se prolongeant sur les coteaux pour venir ensuite défiler par pelotons devant le trône, une division de cinquante voiles , avant-garde de la flottille du Havre , parut à la hauteur dti cap d'Aiprelc. Tous les regards se portèrent sur la mer, et Tenthousiasme prit un nouveau degré d'exaltation. On crut voir l'Océan , par l'arrivée d'un convoi impatiemment attendu depuis plusieurs mois , payer aussi son tribut à rEn\pereur.
ffapoléon resta encore quelques jours au camp de Boulo- ^e et sur les côtes ; ensuite , dirigeant sa marche par la Bel- ^que, il alla visiter les nouveaux départemens de la rive du Rhin, et rejoignit à Mayence l'impératrice Joséphine.
Enfin, après une absence de trois mois , pendant laquelle, au milieu d'oc£upations incessantes, de visites militaires, d^éntrétiens administratif^ , il avait arrêté l'organisation de TËcole Polytechnique, celles de l'Ëcole des ponts et chaussées et des Écoles de Droit, fondé les prix décennaux, hautes réèômpenèéâ promises aux sciences , aux lettres et aux arts , et pbépafé, dans ses conférences à Mayence, les éléments de la
IM
future confédération germanique et la dissolution du saint empire romain , il rentra à Saint-Gloud le li octobi^ei .
Le 1^ décembre suivant , lé président du Sénat présenta à l'Empereur le plébiscite qui confirmait dans sa famille Thérédité de la dignité impériale.
La questionposée au peuple avait été ainsi rédigée : « Le peu- « pie veut Thérédité de jjl jfVMtt impériale dans la descen- «dance directe, naturelle, légitime et adoptive de Napouêok «Bonaparte, et dans la descendance directe, naturelle et lé- (cgîtiitie de Josep a Bonaparte et de Loms Bonaparte, ainsi «qu'il est réglé par le sénatus-consulte dff 38 floréal an Xn. d
Afin de recevoir les votes, des registres^ dont le nombre était de 61,968, avaient été ouverts aux secrétariats de toutes les municipalités, aui greffes de tous les tribunaiix, chez tous les juges de paix et chez tous les notaire^.
Lés citoyens appelés à donner leur vote étaient cetix qui avaient eu le droit de voter la Constitution.
3,674,898 $e présentèrent. Dans ce nombre, deaa^ mille cinq eeni soûearUe^neufYOihTent contre (le consulat à vie avait trouvé 8,374 opposans), et trois nmiioits cinq cent soixante-dovze muxe trois cent tinot-nei»p votèrent pour.
Vœu populaire reçut41 jamais une plus imposante sanction I Tout y est clair et manifeste. La question est netterannit poeée et nettement résolue. Ce ne sont point des mandataires du peuple, prenant, pour étendre leur mandat , prétexte dd Tnrgence et de la nécessité. Ici , point àe précipitation préméditée ; c'est le peuple qui délibère et qui prononce atee lenteur, réflexion et liberté. Chacun vote sur ce qu'Ù a le droit de voter, et sur ce quil a été appelé à voter.
En présentant cet éclatant résultat de Tappel fait au peapte, d'après le désir exprimé par TEmperettr lui-même , le prési« dent du Sénat dit à Napoléon :
«Les actes (votes) sont contenus dans soilanie mille re- «gtstres qui ont été vérifiés et dépouillés avec scrupule. Il n'y «a point de doute sur Fétat, ni sur le nombre de ceux qui ont «émis leurs voix, ni sur le droit que chacun d'eux avait de la «donner, ni sur le résultat de ce suffrage universel. »
M II l.
RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE
ÉLÉVATION ▲ L^EBfPIRE. — CAMP DE BOtLOGlIE.
18 aiffii, Reprite dei préparatifi faits à
. Bouloffue pour une deioeate ea Angleterre.
Sli— Mastaore des blancs â Saint - Domingue , apr«s l'éTacnation de l*tle par les troupes françaises. Le général teclerc, bean-firère du i^** consul, et commandant l'armée d'expédition , y éiait mort , et avait été remplacé par le ^néral Rochambeau.
30 — Motion faite au Tribunat de conférer la dignité impériale au premier consul, i mcU, Adoption de cette proposition.
18— Sénatus-coDSulte organique qui déclare Napoléon empereur des Français , et lui défère la dignité impériale héréditaire. Établissement des ooUéges électoraux et d'une haute cour impériale.
19— Création des maréchaux de l'Empire.
30 — Proclamaiion de Napoléon F** em-
' pereur des Français.
iO Juin» Jugement de Cadoudal et de ses complices. Cadoudal protesta
• quf il avait voulu non pas assassiner, mais combattre le l*^** consul.
Jugement et condamnation de
Moreau.
16 — Pardon accordé par Napoléon à huit des coaccusés de Cadoudal . â MM. de Rivière, de Poligoac, Bouvet de Lozier , Charles de Lozier , Rochelle Gailliard, Russillion et Lajolais.
23— Décret impérial qui dissout deux congrégations de jésuites qui s'étaient introduits en France sous le nom de Pères de la Foi et de Poccanaristes.
U Juillet. Inauguration de la Légion-
d'Honneor. 16 — Nouvelle organisation de FÉ-
cole Polytechnique. — Création de
chaires de grammaire, de beIkS'
lettres et de topographie.
18 — L'Empereur quitte Paris pour aller visiter soeeessivement les camps d'Ambleteuse , Calais, Dunkerque, Ostende et Boulogne.
19 — Il arrive â Boulogne.
1-2 août. Bombardement du Uftvre par les Anglais.— Ce bombardement y caose peu de dommages.
11 — L'empereur d'Allemagne, François II , ajoute à ses titres celui d'empereur héréditaire d'Autriche.
15 — L'empereur distribue des croix de la Légion-d'Honneur à l'armée réunie à Boulogne.
26 — Combat navalen présence de l'Empereur.
31 — Le chargé d'affaires de Rossie
quitte Paris.
2 septembre. L'ambassadeur de Suède quitte Paris.
1-2 octobre. L'amiral Kdtti fait «ne tentative infructueuse pour incendier et détruire la flottille de Boo" logne.
12 — Retour de l'Empereur à Paris.
25 novembre. Arrivée de Pie VII à
Fontainebleau pour le sacre de l'Empereur, l^** décembre. Le Sénat présente k l'Empereur le plébiscite qui reconnaît la dignité impériale dans la famiUe Bonaparte.
Paru. *• De l'iuprinnie d« Rittuooi «t C*, me <iea FraMe«-B(Miitaow>S>wt.MiclMl