‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 41 sur 46 · Combat de Boara ( Italie · texte numérisé non relu

Combat de Boara ( Italie

11 r- Traité de Valençay. — Napoléon

rend à Ferdinand VII la couronne

d'Espagne.

15 — ÀNDistice entre les Russes et les

Danois. — Cet armistice enlève â la

France son dernier allié.

Blocus du 13^ corps commandé

par Davoust , dans Hambourg.

21 — Le passage du Rhin est livré par les Bâiois a 100,000 coalisés autrichreiiA.

22 — L'Empereur communique au Sénat ei au Corps-Législatif les pièces relatives aux négociations.

24 — Ctombîit de Castagnaro ( Italie ).

évacuation de la Hollande.

31 — Ajouraeroent du Corps-Législatif.

GeoëvecstlivréeauxAutrichiens.

— — Passage du Rhin à Gobleniz ^ar l'armée prussienne.

Le Rhin arrêta pendant deux mois les années coalisées. Le prestige de gloire qui environnait nos armes défendait encore la frontière française ; car les bat^lloos qui étaient rentrés sur le sol natal étaient trop nombreux pour garder tous les passages.

Tandis que les troupes étrangères s'accumulaient sur la ri?e droite du flenvé, les diplomates étrangers , sans doute afin de mieux abuser les peuples , parlaient encore de paix à Napoléon. Ils lui demandaient d'abandonner l'ÂlIema^e, l'Espagne , la Hollande et l'Italie. Ils exigeaient que la France rentrât dans ses frontières naturelles , des Alpes , deâ Pyrénées et du Rbin. L'AUema^e , nos soldats venaient de l'évacuer ; l'Espagne, elle avait été rendue à Ferdinand.Napoléon , en se soumettant à la nécessité , n'avait demandé au fils de Charles IV autre chose que sa neutralité , et que, libre de rinfluence Française , il n'allât pas tendre la tète au joug de l'Angleterre. La Hollande faisait encore partie du grand

empire ; lltalie était occupée par nos soldats : il était pénible d'y renoncer; cependant TEmpereur s'y résignait, lorsque les all«/s déclarèrent que la négociation narrèterait pas les opérations militaires. Ainsi , en renonçant à rAUemagne et à TEspagne , en détachant de sa cause la Hollande et toute ritalie , Napoléon n'obtenait même pas la certitude de préserver la Francis d'une invasiott — En attendant que toutes ces questions fussent résolues piur le congrès qui devait se réunir k Gh&tUton pour traiter de la paix sur les bases qu« lèi ilùki donnaient pour ulttmaiumj il fallut donc se résMdris à tombattre»

Littapemir, pour tirer parti de toutes les ressources du p2^, M te éifendre eontre l*étranger, numiNdt une activité adoirablii) M vit avee chagrin quil n'était pal ittAbdé. La liMiltivtede la guerre paraissait gén^lt : k peapteeompremlt (Dépendant qu'un effort de plue sufiSrait ponr aiuver la patrie «I conquérir la paix ; mais certiin^ persiMtiaages avaient déjà talcnlé quelles seraient pour eux les chances d'une révolution nouvelle , et la chute du gouvernement impérial présentât une vaste carrière à leur ambition : leur conduite et leurs discours attiédissaient l'ardeur populaire. D'to antre o6té, les andens compagnons d'armes dn général Bdnapan» , la plupart des marédiaux et des généraux qnil avait combléii de feveurs , soupiraient après le repos ; H) soit mauvaise volonté , soit épuisement produit par Tàge et la fatigue , manquaient de vigueur et d'activité. En&i le Ciorps-Législatif commençait à être travaillé par nneopporitîmi hostile à Napoléon lui-même. Le moment était mal chdrf. L'Empereur s'en expliqua av«c firanehise et vivacité èxBê la réception strfenndUe qui eut lieu apr^ la dissolution de cette assemblée. Il reprodia à ses membres l'éclat qu'ils avaient donné à leurs récriminatioas tMtrt son goùfVèmeknent. La simplicité dn langage, tet même la trivialité de quelques expressions donnaient plus de force aux parûtes de Napoléon. Après leur avoir rappelé le provert)e populaire, xpi'U faut laver son linge satè en famiBe, 3 sjouta :

«Je vous ai appelés pour m'aider à sauver la FVaftée. Vous ^ti^tes tt feiies efe qu'il £nit pour secmuler rétrangéTv : au

■•■**■**— Mi» mtmaÊÊÊmaamM i i m

«lieu de QO|is réunir vous nous diviseze-' Dans une monarfi c\m le trône et le monarque ne se séparent point.... Qu'est- -ce qu'un trône? un morceau de bois recouvert de velours: a dans la langue politique , le trône c'est moÎM,. Vous par- ^let du peuple, mais n'en suis-je pas le premier repré- «fteaUnt ? On ne peut m'att^quer sans attaquer la nation. S'il «y a quelque abus , estHïe le moment de me faire des re- «niontrancesquand deux cent mille Cosaques franchissent - «nos frontières? quand il s'agit de sauver la liberté poliiiaque et Tindépendance nationale, est -ce le moment de «disputer sur les libertés et les sûretés individuelles? tfVos idéologues demandent des garanties contre le pouvoir: « dans ce moment, tpute la France qe m*en demande que eonfn tre Tennemi. ^

Les coalisés I en effet , après avoir long-temps hésité , se préparaieolt à franchir nos frontières. Ils avaient dans Paris de nombreuses întelligenpes ; on les encourageait à avancer ; on dissipait leurs craintes ; on lejur dévoilait le secret de Tépuisement de notre population militaire , de nos finances et de nos arsenaux. Etj il faut le dire haut et ferme, les hommes qui trahissaient awi l'Empereur et la patrie, ce n'étaient point d'immuables partisans de l'antique famille des Bourbons , des chefs vendéens soumis malgré eux par les armées de la République ou par les soldats de l'Empire ( ceux-là au moins auraient eu en leur faveur l'excuse de vieux souvenirs et d'un fanatique dévouemj^nt). Des ministres même de l'Empereur^ de hauts ibnciSonnaires de la maison impériale, voilà quels étaient les traîtres, lies événemens ont permis qu'ils se soient, plus tard« fait honneur de leur trahison: c'est 4e leur priqpre main que le stigmate e^t imprimé sur leu^

fnmt^

«Les alliés^ a écrit un des aumôniers de l'Empereur, M. l'abbé 4e Pradt, qu'il avait fait ambassadeur et archevêque de Malînes , les alliés , se sentant sur un terrain tout neuf , au milieu cTélémens absolument inconnus, désiraient s'appuyer des connaissances des personnes qu'ils supposaient être les mieux informées de l'état intérieur de la France. MM. 4e Talleyrand et de Dalberg avaient fixé leur attention

d'une manière plus parlipulière.... Quelque peu de titres que je puisse avoir à partager cet HOimEUR , il m'avait été accordé. On avait povssé l'attention jusqu'à pourtoir a NOTRE AVENIR, $11 eût é(é compromis par les événemens.... Nos réunions avec les personnes ci-dessus citées continuaient toujours, et souvent plusieurs fois par jour. Le congrès de Ghàtilion était notre fléau. Nous n'avons pas laissé passer un jour sans miner, sans ébranler la domination de l'Empereur, et sans chercher ce qu'il fallait lui susciter au jour de sa chule. »

Cependant , tandis qu'au midi de la France le maréchal Soult contenait les Anglais sur TÂdour, qu'en Italie le prince Eugène arrêtait les Autrichiens et combattait glorieusement sur l'Âdige , tous les corps de l'armée française qui étaient restés sur le Rhin opéraient lentement un mouvement rétrograde et de concentration sur Chàlons en Champagne , point que l'Empereur avait choisi pour servir de pivot à ses premières opérations. Conformément à leurs instructions, les généraux laissaient dans les places,fbrtes les soldats malades ou fatigués , et ceux des nouvelles levées qui n'étaient pas encore habillés : ces nombreuses garnisons devaient former une armée de réserve, que l'Empereur comptait réunir sur les derrières de l'ennemi aussitôt que le moment lui paraîtrait favorable.

Les alliés avaient mis sur pied plus de 1,200,000 hommes, dont 600,000 franchirent d'abord le Rhin : ils le passèrent sur divers points, et notamment à Bàle , en violant la neutralité de la Suisse. Le reste était chargé de Tinvasidn de la Hollande , du blocus des places fortes de l'Allemagne , et de la guerre en Italie. Les troupes qui envahirent la France formaient deux armées. La grande armée ^ divisée en trds corps , avait pour chef le prince de Schwartzenberg ; Blocher commandait V armée de Silésie^ partagée aussi en trois colonnes. Le quartier général des souverains alliés suivait la grande armée. Les forces que l'Empereur pouvait opposer à ces masses multipliées ne s'élevaient pas , outre les garnisons des places fortes, à plus de 120,000 hommes. Il

^immmm^mÊtm

comptait sur la levée en masse des populations , mais cette levée ne produisit pas les résultats qu'il en attendait : les pajrsana des pays occupés ou menacés par Tennemi prirent seuls les armes. Napoléon avait aussi une espérance que le roi de Naples fit évanouir. Eugène et Murât devaient réunir leurs forces, ne laisser en Italie qu'un petit nombre d'hommes pour la garde des forteresses , passer les Âlpes^ et prendre les ennemis à dos pendant qu'il les attaquerait de front. Cette belle manœuvre, arrivant après quelque bataille gagnée, comme celle de Vauxchamps ou de Graorme, les coalisés auraient eu peine à repasser le Rhin. Napoléon y renonça lorsqu'il sut qu'Eugène seul pourrait la tenter.

L'Empereur donna ses ordres pour que sur tous les points de la frontière , en Hollande et en Belgique , la défense fût ce qu'elle devait être. Il réorganisa la garde nationale de Paris , et reçut le serment des chefs de légion. En présentant ces officiers à Marie-Louise et au roi de Rome , il leur dit: «Je pars avec confiance ; je vais combattre l'ennemi , et je «confie à votre garde ce que j'ai de plus cher au monde.»

En. effet , remettant la régence à l'Impératrice et au roi Joseph , son frère , il partit dans la nuit du 24 au 25 janvier, après avoir embrassé sa femme et son fils pour la dernière fois !

Les bornes qui nous sont imposées ne noua permettent que de tracer très succinctement la mémorable campagne de France : elle fut digne de Napoléon. Tous les hommes de guerre ont reconnu qu'il ne montra jamais, en aucune circonstance , plus d^aclivité , de fermeté , de présence d'esprit , d'audace , de génie, enfin. Cette campagne glorieuse méritait une heureuse issue. Malheureusement Napoléon ne retrouva pas dans ses généraux les qualités dont il leur offrait un si bel exemple. H fut victorieux dans toutes les batailles où il dirigea en personne les opérations : mais la fortune se montra souvent contraire à ses lieutenans.

A l'arrivée de l'Empereur à Chàlons, la confiance reparut dans l'armée. Il ordonna aussitôt aux corps qui s'étaient concentrés autour de cette ville de reprendre l'ofiFensive; et,

438 HISTOIRB

après avoir culbuté , le 27 janvier, à Samt-Dizier une avant- Qavde ennemie , dès le 29 il attaqua Blucher dans la beHe position de Brienne , et le battit complètement. Pendant Taction , le maréchal prussien Faillit tomber entre les mains de nos soldats : un officier de sort éta.t-major, le neveu da prince de Hardenberg , premier ministfe du rot FVéderic- Guillaume , fut pris à ses côtés.

L'arrivée du prince dé Schwartzenbérg , avec la grande armée autrichienne, redotma, trois jours après (à laRothière) Tavantage aux coalisés ; et ce succès , acheté par la perte de plus de 6000 hommes , les consola de là défaite dé Brienne.

Cependant le congrès dé Ghàtilloû s'ûUvrlt. Un envoyé de TAngleterre était drrivé au quiurtier général deè souverains alliés. Pour lui complaire, on signifia au plénipotentiaire fran(^ais que la France devait renoncer aui limites de 1800 , abandonner le Rhin et les Alpes , et rentrer dan& les anciennes frontières de 17d2. Casteireagh, en élevant cette prétention , fit remarquer sans doute que dans le partagé convoité de ^Europe, la Russie prenait la Pologne , \k Prusse un large équivalent de ses anciennes possessions , PAutriâie l'Italie , et qu'il était juste quVn permit à TAngleterre d'enlever Anvers à la France. Ainsi lès prôpasitioni précéd^Dàment faites, celles qui devaient servir de base aux négodâtions du congrès, furent considérées comme nulles dès Touverture des conférences.

L'Empereur était à Nbgent lorsqu'il reçût lâ nouvelle du man(q[ue de foi des alliés.— Blucher, I la suite du combat de la Rothière , s'avançait dans la Champagne. L^ennemi était mattre deTroyeset deChàlons.— On se montrait déeèmragé, au quartier général de l'Empereur, du fâcheux début de la campagne. iJne proportion de paix quelle qu'elte fût semblait aux conseillers de Napoléon devoir être admise surle-champ. Les alliés demandaient une réponse catégorique et prompte , et l'Empereur, silencieux , ne flrisait pas connaître ses intentions. «Napoléon persistait à ne Flàitrè aucune réponse ; te prince de Neuféhàtel et le duc de Bassano réunirent leurs instances ; ¥S\ humide, ils parlent de lu nécessité décéder... Napoléon se vit enfin forcé de s'expliquer. «Quoi !

DE L'EMPBRSOR NAPOLÊOff. lâd

«leur dit-il , vous voulez que je signe ua pareil traité, et «que je foule aux pieds mon serment! Des revers inouïs «ont pu m^arraeher la promesse de renoncer aux conquêtes «que j'ai faites ; mais que j'abandonne aussi celles qui ont «été faites avant moi ; que je viole le dépôt qui m^a été remis «avec tant de confiance; que, pour prix de tant d*eflbrts, de « sang et de victoires , je laisse la France plus petite que je éne rai trouvée 1... Si nous renm^ns à la limite du Rhin , «ce n'est pas seulement la France qui recule, c'est rAutriehe «et la Prusse qui s'avancent!.... La France a besoin de la «pdx , mais celle qu'on veut lui imposer entraînera plus de «malheurs que la guenre la phis acharnée !.... Répondez à «Gaulincourt, puisque vous le voulez ; mais dites-lui que je «rejette ce traité : je préfère courir les chances les plus ri- « goureuses de la guerre. » Après ce premier mouvement , Napoléon se jeta sur un lit de camp, le duc de Bassano resta auprès de lui; il passa une partie de la nuit debout, k son chevet ; et , profitant d'un moment plus calme , il obtint enfin la permission d'écrire au duc de Vicence dans des termes qui permettaient de continuer la uéjgfodation. d

Kléber avait répondu k ta mauvaise foi britannique par |4 victoire d'Héliopolisw Peu de jours après que les souverains alliés eurent ainrf rçtiré une parole donnée , f Einpereur Uianœuvrant sur la Marne défit l'armée de Bliin^her en pnq combats difFérens,

Le 11 février, la division russe d'Olsoukief fut écrasée k Champ- Aubert, et dès lors l'armée de Silésie se trouva coupée en deux* Le même jour, Sacken et Yorck étaient en marche pour se réunir. Sacken rencontra l'armée française à Montmirail : les Russes attaquèrent vigoureusement; mais leur opiniâtreté et leur bravoure ne servirent qu'à rendre notre victoire plus brillante et plus complète. Le lendemain , à Château-Thierry, ce fut le tour du général Yorek. Dans ces trois joiimées, la perte de Tcnnemi fut de H drapeaux, 50 pièces de caaon et 15,000 hommes tués , bleasés on i»i*

sonniers.

Blucher avait rallié les débris de Sacken et tf Yordc ce

rappelé à lui les cnrps de KleUt et de Langeron. D Ait attaqué le 14 à Vaiachampa et culbuté malgré sa résistance obstinée. Notre cavalerie le poursuivit jusqu'à Étoges. Dans ces. deux combats il perdit encore 10,000 hommes, 10 drapeaux et 16 pièces de canon. L'armée de Silésie , en quatre jours 9 se trouva ainsi complètement battue et désorganisée. Elle eût été détruite entièrement, si TEmpereur. n'eût pas été forcé de revenir sur Paris , que menaçait du côté de la Seine un mouvement de la grande armée alliée.

De Troyes, cette armée s'était portée sur Nogent, qu'elle avait tourné, ne pouvant l'emporter de vive force. EHe avait passé la Seine à Bray et à Montereau. L'Empereur se mit, à Nangis , à la tète des troupes, reprit l'offonsive dès le 17, et les copiÂats de Nangis et de Montereau rejetèrent les alliés sur Troyes.

Le combat de Montereau fut saQglant L'ennemi se défendait avec succès contre le corps du maréchal Victor, dont le gendre, le brave général Château , fut tué à la première attaque ; il fallut l'arrivée de TËmpereur pour décider la victoire. Napoléon fit enlever les hauteurs de Surville, qui dominent le confluent de la Seine et de ITonne , et y plaça en batterie l'artillerie de la gardé , qui foudroya bientôt les Wurtembergeois dans Montereau. L'Empereur pointait luimême les pièces, commandait les décbarges; l'artillerie ennemie faisait de vains efforts pour démonter nos batteries; ses boulets sillonnaient le plateau de Surville : déjà les soldats murmuraient de ce que Napoléon , cédant à l'attrait de son premier métier, restât ainsi exposé aux coups de l'ennemi. Us osèrent , avec une certaine rudesse , lui témoigner leurs craintes. Ce fut alors qu'il répondit gatment ces mots que tous les canonniers de l'armée ont retenu : « Allez, mes a amis, ne craignez rien; le boulet qui me tuera n'est pas «encore fondu.»

Mais pendant que nos succès réjouissaient les Soldats , redoublaient Tardeur des babitans des campagnes, et portaient jusqu'à l'exaltation le dévouement des jeunes officiers, l'Empereur remarquait avec inquiétude qu'un retour d'espérance n'avait pas encore pénétré dans le cœur de la plu-

paît des chefe de Tannée. Leur prudeoce |cachait un découragement complet.

«cU a à se plaindre des plus braves!.... Au combat de Nangis, un mouvement de cavalerie, qui aurait été fatal aux Bavarois , a manqué , et on en a fait reproche, à un général connu par son intrépidité , le général THéritier. La nuit dernière , Tennemi nous a surpris quelques pièces d'artillerie au bivouac , et elles étaient sous la garde du brave général Guyot , commandant les chasseurs à cheval de la garde; à Surville, au moment le plus chaud du combat, les batteries ont manqué de munitions; et cette négligence, qui est un crime selon les lois rigoureuses de rartillerie, semble retomber sur un de nos officiers d'artillerie les plus distingués, sur le général Digeon. La forêt de Fontainebleau vient d'être abandonnée sans résistance aux Cosaques; et le général qu'on accuse de n'avoir tiré aucun avantage ni d'une pareille position, ai de tels adversaires, c'est Montbrun! Enfin , peu t^tre le combat de Montereau n^'aurait-il pas été nécessaire, et tant de sang répandu aurait-il été épargné, si la veilleon eût marché assez vite pour surprendre le pont ; mais la fatigue a empêché d'arriver ; et c'est le duc de Bellune, autrefois l'infatigable Victor, qui a le malheur d'avoir à donner cette excuse !»

< De Montereau , l'Empereur marcha sur troyes. Il reçut, en route, par M. de Saint- Aignan , qui lui était envoyé de Paris, la nouvelle que toutes ses victoires n'avaient pas encore rassuré la capitale. C'était, il est vrai, à Paris que siégeait le comité qui s'honorait de ses relations avec l'ennemi ; et rien n'était négligé pour égarer les sentimens de la .population. <c M. de Saint- Aignan chargé de faire connaître à l'Empereur l'opuiion des hauts fonctionnaires qui possédaient sa confiance, ne négligea rien pour lui faire sentir que, dans l'état actuel des affaires, il y avait nécessité de tout sacrifier à la conclusion de la paix. « Sire , s'écria-t-il en «terminant^ la paix sera assez bonne, si elle est assez «prompte. — Elle arrivera assez tôt , si elle est hcmteuse, rc- «pliqua Napoléon.» Son front se rembrunit, et M. de Saintnàn fut brusquement congédié. Bientôt ces derniers mots

Aigi

411 HISTOIRB

8e répfttrent. On monta à cheval, et diacnn smyit en si* lence b ronte de Troyes. d

A rapproche de rEmperenr, les AntricUens évacuèrent la ville. Bientôt de fikchenses nouvelles arrivèrent au quartier général des souverains alliés : on apprit que le vice-roi avait gagné la bataille du Mincio et repoussé Tarmée qui lui était opposée ; que le maréchal Augerean , manœuvrant sur Genève, menaçait une des principales communications des eoaHaés avec TAIlemagne. L'arrivée du comte d'Artois à Ve* soûl Ht entrevoir à Tempereur d'Autriche que le trône de •on gendre pouvait être renversé. Ce n'avait point été son intention. Le cabinet autrichien était même loin de le désirer. Mettemich trouvait qu'yen obtenant lltalie et en remplaçant la France dans la direction des affistires de rAUemagne , rAntrichê avait toat ce qu'elle pouvait désirer. Les alliés, ft son instigation , offrirent donc un armistice qui fiit accepté par IIEmperear. Mais cette suspension des hostilités n'amena aucun résultat, c'était toujours la même et inacceptable condition; et pour bien apprécier quelle puissante niisan oM^ getft Napoléon à reAiser ces propositions , il sufSt de connaître Popinion, certes non suspecte, d'un des aides de camp de l'empereur Alexandre ^, sur ces limites de 1792, qui étaient toiyours l'ultimatum des coalisés et le but de l'Angletopre. Jomini place son opinion dans la bouche même de l*Erapereur : « Gomment aurais-je accepté ce que les alliés non* raaiem improprement les limites de 1792 P Je n*auraia pas demandé mieux , slls eussent voulu me rendre la monarcMe de Louis XVI; car j'ai déjà eu occasion de le dire, ^ aucune époque de ma tonte puissance, marïtuation relative n'av^t été aussi avantageuse que celle de la France à la fin de la

' le fMral Jonwn «t «a det éaiv^U» aiiUiaîret les plut reaoBMMii pour la sa^té et Je talent. Suîsm de oaisaance , il a fait ses premiëin^ armes dam Tannée flrançaise, et il a été long-temps chef d'état-major du maréchal Berthier , lui-même major {général de l'Empereur. Il est fochenx poorttféputatlon ^ue par «ne défection en temps de guerre» U ait, en pMsaiS m aerrioede k Bussie* rappelé dans ie XIX* siècle fatsaiidule Mkmm at la service intéressé des aventuriers allemands ou de ces condottieri italiens desXV^et XYl^ siècles qui mettaient successivement tt sans scrupule leurs bras et leurs épées à Tenchère de tous les partis.

OB I/BMPÉRKUll NAPOLÉON.

■«IIM*«l«îii*i

gaern d'Amérique. C'était abuser la France et l'Europe, que de publier que je refusais le même territoire qui avait bit l'or** gfueil de Louis XYI .et l'^yie du monde civilisé. Tout était changé dqmis 1792 ; et si ces conditions m'avaient paru in* iolérables en 1805 , lorsque l'Espagne et la Hollande étaient encore dans potre alliance ^ ^us quel aspect devais-je les envisager quand ces contrées, tombées dans les braa de nos enaemiSf augmenteraient de toutes leurs forces et de leurs reMources la prépondérance effrayante de l'Angleterre ? La France de 1792, moins l'alliance de famille avec l'Autriche, Naples et l'Espagne, moins l'alliance avec Tipposaëb^ moins sa marine et ses colonies, n'était pas, pour l'Angleterre de 1814, le quart de ce qu'était la France de Louis XYI à VAngleterre de 1792. 11 en était de même sur le continent; car la France avait perdu l'appui de tous ses anciens alliés ; la Pologne , qui jadis avait dîercfaéses rois dans la famille de France, était partagée ; elle pesait dans . la balance en fiayeuf ^e nos nouveausL ennemis. UMe au milieu de l'Eu* tape et rétrécie de tous côtés, la France n'aurait plus été en réalité que Tombre de sa grandeur passée.»

Pendant que l'Empereur accordait mi armistice au prince de Schwartzenberg , Blucher, avec ^es Prussiens, ne se croyant pas lié par les conventions des Autrichiens , s'avan* çait vers Paris : Mortier et Marmont Tarrètèrent à Meaux et le rejetèrent sur Reims. Napoléon , averti de te mouvement, résolut de le faire repentir de sa témérité. La victoire de Craonne, le combat sanglant de Laon et le succès complet obtenu à Reims, portèrent en effet de rudes coups au général ennemi ; mais réloignement de fEmpereur avait rendu le courage aux Autrichiens , et Sdivartzenberg en profita pour marcher â son tour sur Paris. Napoléon laissa Blucher pour revenir sur la grande armée coalisée , qui, effrayée du désastre de Samt-n*iest, à Rrims, avait déjà 41e- même battu en retraite sur Troyes. Le retour de l'Empereur causa une telle terreur au quartier général des souverains alOés qu'on y mit en question de se retirer jusqu'à Bar. Oc fut dans cette panique qu'Alexandre fit dire, à quatre heures du

444 HISTOIRB

matin, au général Schwartzenbei^, qu'il fellait envoyer un courrier à Ghàtillon afin qu'on signât le traité de paix que demanderait le plénipotentiaire français. L'anxiété de Temperenr russe fut si grande qu'il dit lui-même a que la moitié « de sa tète en grisonnerait. »

L'armée française rencontra l'armée ennemie à Arcis-snr- Aube, au moment oùcelle-ci effectuait sa retraite. Unebataille fut livrée , victoire sans résultat , car si les Français restèrent en possession du champ de bataille , ils ne purent empêcher les Autrichiens de repasser l'Aube. Cette rmicontre fiât même extrêmement critique. Napoléon y courut personnellement de grands risques. Enveloppé dans le tourbillon des chai^ de cavalerie, il ne se dégagea qu'en mettant l'épée à la main. A diverses reprises, il combattit à la tète de son escorte; et, loin d'éviter les dangers, il semblait au contraire les braver. Un obus tomba à ses pieds; il attendit le coup, et bienlàt disparut dans uh nuage de poussière et de fumée : on le ' croyait perdu; il se releva, se je(a sur un antre cheval, et courut de nouveau affironter le feu des batteries ennemies.... La mort ne voulait pas de lui. Il était loin alors de se douter des conseils timides que ses succès faisaient naître dans l'état-major des alliés; mais il était découragé de voir tant de succès inutiles, tant de brillans faits d'armes sans récompense.

' Ses succès même hâtèrent sa chute. Croyant avoir suffisamment imposé aux coalisés pour les rendre immobiles pendant quelques jours, il forma le hardi projet de laisser à ses lieuteuans le soin de couvrir Paris et d'aller lui-même manœuvrer sur les derrières de la grande armée de Schwartzenberg« Ce mouvement militaire devait im)bablement avoir les plus grands résultats et consommer l'œuvre de toute la campagne, en déterminant la retraite des coalisés. Malheureusement , les armées de Blucher et de Schwartzenberg , qu'un vague instinct de conservation mutuelle avait attirées l'une vers l'autre , opérèrent leur jonction. Une dépêché interceptée dévoila aux généraux ennemis le projet de l'Empereur, et ils résolurent de marcher sur Paris, où les appelaient les messages de leurs agens.

DE L'ËMPEHËUH NAPOLÉON 415

' ' " ■« I . I ■ I II ■ .. I. . Il ■ iiii , ,

L^mpereur était déjà à plusieurs marchés de Paris, lorsqu'il apprit le danger dont la capitale était menacée. Cette considération le fit s^ussitôt renoncer à son projet, et il se mit en route pour revenir de sa personne à Paris, laissant à ses généraux et aux troupes Tordre de le suivre aussitôt qu'ils le pourraient.

Laissons maintenant raconter à un des hommes qui ont accompagné Napoléon dans toute cette triste campagne, de quelle façon il vit évanouir ses dernières espérances.

a Vers dix heures du soir, il n'est plus qoih cinq lieues de Paris; il relayait à Fromenteau, près la ^ fontaine de Juvisy , lorsqu'il apprend qu'il arrive quelques heures trop tard. Paris vient de se rendre , et l'ennemi doit y entrer.

«Quelques troupes qui évacuent la capitale sont déjà arrivées dans le village. Les généraux se^ pressent autour des voitures; parmi eux se trouve l'aide -major général Belliard , et bientôt les plus affligeans détails mettent Napoléon au courant des événemens qui ont accéléré cette catastrophe.

«Les ducs de Trévise et de Raguse, après le maUieureux combat de Fère-Ghampenoise, n'avaient plus pensé qu'à se retirer en toute hâte sur Paris; mais à peine étaiait-4ls parvenus à la Ferté-Gaucher , que les corps Prussiens , arrivant par la route de Reims et de Soissons , étaient tombés sur eux. Dans cette situation, toute autre troupe aurait succombé. Les restes de l'armée française avaient forcé le passage. Le 28 mars au matin, l'ennemi, suivant leurs pas, était arrivé à Meaux; à cette nouvelle, la régence avait cru devoir s'éloigner de Paris. Enfin, le 29 au soir , les alliés avaîaott vu les dômes de la capitale.

«Depuis huit jours Paris était sans nouvelles. L'éloignement de Napoléon , qu'on croyait du côté de Saint-Dizier, avait feit perdre tout espoir d'être secouru. Le départ de l'impératrice et de son fils avait mis le comble au découragement ' ; et par suite de ce brusque départ , qui avait en-

' Oq a fait un reproehe au roi Joseph du départ 40 l'impératrioe. Pour mootrer ôomlHen . œ reproclie est injuste , il suffît de citer cettte lettre

446 HlSTOlRg

de l'flavarar, étmt m mmmvli wMMtàiJlk m

«Reims, 10 mars 1814.

c Ciouformémeiit aux iostructioDs ?erl>ales que je tous ai âouuées , et H cfesprit de toutes mes lettres . vous ne devez pas permettre que, dans •mumn cas, flmpénOrloe titrai 4e Borne tombent entre lesmmtns • de l'ennemi; je vais man«Ufi«r de mmibf ^'il sarai^ poèaj|#^ < TOUS ftisaiaz plusieurs jours sans avçir de mfBs nouvelles; si Veansm sV c Tance sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossi- «bte , fiâtes partir^ dans la direction de la Loire, la régente, mon fils, « les fNods dignitaves , les ministros , l«s officiers du JSéoait , les préridens «4a flOMeit d^liuit, lesgraiids officiers de la oourompe, lebtrondeLaBouil- «leriett le trésor; ne qatttez pof mon fils, ci rappelez-Tous que je c préférerais le setvoir dans la Seine plutôt que dans les mains des encnemis de la France; le sort d'Astyonox, prisonnier des Grecs, m'a «loujom para te son te plue «aHieareux de l'histoiti&

«¥«ln«ilBfslîOMéfipèK, «IMsuéNiMiÉHr.»

■ ■ 1' -V" !• ■ I l ^ l " ' ^1 I 11 ... ■ M . . ■ ■ Il I ■.., .

' » ' ^ ' " ■■■■#■111 K— yp— ■ ! I ' ■■Il I I I .1 I I I , I I I ^p,.»— ^»^i—

tr»M les miiiifttitt et lei priocipau didBi du goavènuement, tout était resté dans le désaccord et la confosioi»* A la voe de reonemi , le riche avait pensé à capituler , et le pauvre à comiMittre; les ouvriers avaient demandé des armes et n'avaient pu en obtenir, {

«Cependant les braves soldats des ducs de Trévîse et de Raguse, avant décéder la capitale aux ememis, avaient voulu tenter un dernier effort ; quelques milliers dliomaies ^qui fiûsaient le fond des dép6ts de Paris, les élèves de V%cole polytechnique formés en compagnie d'artillerie , et huit à dix mille braves Parisimui fournis par la garde nationale , étaient sortis des murs pour prendre part au combat Ils n'étaient pas en tout 28,000 baïonnettes, et Os aV voient pas désespéré de faire tète i rennemi*

«Ce matin même, 30 mars, la bataille s^était engagée dès dnq heures. f

cL'attaqueavaît été commencée sur le bots de Bomaînvilie par Tavant-garde du corps d'armée du prince Scbwartzenberg. Pendant toute la matinée , on avait combattu sur ce pwit avec une grande ténacité; Les villages de Pantin et de BomainviUei pris et rq^ris phisieurs fois , étaient restés au pouvoir des troupes françaises, et les alliés avaient été forcés

ç faire avancer leurs réserves pour soutenir le combat.

ais à midi, le plan d'attaque des alliés s'était développé; Blueher, arrivant sur la droite, s'était avancé à. travers la plaine Saint-Denis, et avait marché sur Montmartre; à gauche , les colonnes du dûc de, Wurtemberg s'étaient portées sur Charonne et sur Vincennes.

«Dès. ce moment nos braves, enveloppés de toutes parts, et d'heure en heure resserrés davantage , avaient perdu tout espoir, et ne combattaient plus que pour mourir !

«Le prince Joseph, commandant en chef l'ariâée parisienne , voyant les flots de l'ennemi parvenus au pied de Montiûartre, avait reconnu qu'on ne pouvait davantage différer dé capituler. Il en avait donné l'autorisation au duc de Raguse , et était parti pour aller rejoindre Je gouvernement sur la Loire.

«Dans l'espace de temps qui s'était écoulé en pourparler pour obtenir l'armistice, nous avions achevé de perdre nos positions les plus importantes. L'ennemi s'était empaoé des

hauteurs de Mont-Louis et du Père-Lachaise Au centre,

il avait pénétré dans Bellevilleet Ménilmontaiit ; il s'était établi sur la butte Ghaumont , qui domine tout Pliris. Sa dnMte s'était groupée en grandes masses autour de La Yillette, le duc de Raguse était acculé sur la barrière de BelleviUe ; Montmartre venait d'être forcé; Blucher , enfin, allait attaquer la bamère Saint-Denis , lorsqu'on était convenu de suspendre les hostilités. C'était vers cinq heures du soir. Des officiers d'état -major des deux armées s'étaient aussitôt réunis. Les bases d'une cajûtulation avaient été posées ; mais dans la soirée , la rédaction n'était pas encore terminée, et rien n'était signé. »

Ce récit laissait peu d'espoir, et, en effet, le duc de Yicence , que l'Eïapereur envoya à Paris pour oonnaitre s'il était encore possible de sauver la capitale , revint dans la nuit annoncer qpe tout était consommé. La capitulation avait été signée à deux heures du matin, et au jour les alliés devaient entrer dans Paris.

L'Empereur rAroussa chemm, et ie fit woduûre à Fontaind>leau»

RÉSUftfÉ CHRONOLOGIQUE.

1814. — CAUPAGNE DE FRANCE.

P' Joiwiêr. INtootm de rEmpereur aoz membres du CorpihLégislattf.

CapitnlatioD de Daotzick.

Page 1