‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 43 sur 46 · Combats de Cormeron et de No* gent · texte numérisé non relu

Combats de Cormeron et de No* gent

Combat de Saint-Oeorgéf.

19 — Combats de Plancy et de Méry.

19 — Rupture du congrès de ChatilloD

20 — BataiUe d'Arcis-sur-Aube.

Combat de Tarbes (âri^ d'Espagne).

51 — Combat d'Epernay.

Occupation de Lyon par les Autrichiens.

23 — Attaque de Manbeuge.

24 — Ferdinand VU rentrectk|Espagiie.

25 — Combat de La Fère champenoise.

26 — incombât de Saint-Dirior.

Combat et prise de Gand.

27 — 2 1' combat de Meaux.

28 — Siège de Soissons.

29 — L'Impératrice part pour Blois.

80 — Bataille et capitulation de Paris.

L'Empereur est à Fromenteau.

31 — 2e combat de Courtray.

Entrée des coalisés à Paris.

Paria. «- De riniprioieric de nievoccu C*, rue de* FnncfIiourgaow>SuBt4Iiclici , 8.

FONTAINEBLEAU. -It-E D'ELBE. -PARIS.

jUNCATlOn.— »TOIIB EH FBANQI.

Lorsque Paris reçut dans ses mur» les années coalisées , Bordeaux, depuis le 12 mars , avait acraeiUi les Anglais et proclamé les BouriwDS , et depuis le 32, Lyon, resté sans défense, était occupé par les Autrichiens, ha perte delà capitale, celle de deux prindpates villes de l'Empire , parut à quelques hommes marquer la fin naturelle du gouvernement impérial.

Tandis que les défections se tramaient dans Paris, l'armée se ralliait à Fontainebléan autour de l'Empereur. Mais seul, que poovait le dévouement des soldats? Et alors, parmi les chefs de l'armée, on bien petit nombre gardaient encore à Napoléon les sentimens d'affection, cpi'à défaut de la conscience du devoir, la reconnaissance aurait dû leur ins- {Hro*. Résolus à ne plus combattre, ilsme pensaioit qu'à conserver les grades , les titres, les dignités et les richessesdont l'Empereur les avait comblés. A c6té de ces hommes.

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déserteurs par la pensée de la cause qu'un reste de pudeur les empêchait encore d'abandonner publiquement, se trouvaient austt ; il est vrai , de braves officiers dont nos désastres n'avaient pas abattu le courage, ni corrompu la fidélité : ceux-là ne désespéraient pas encore du salut de la France.

La possibilité de voir l'Empereur prolonger la guerre eF-? frayait les souverains alliés; ceux qui, depuis long-temps, s'étaient faits les âge ns de l'ennemi ne négligeaient iMicpn moyen de leur foire oublier ces craintes, t'opiniou de la capitale était travJiiUée par mille pamphlets , où , mêlant le vrai et le faux , d'habiles calomniateurs insultaient Napoléon. C'était un débordement de toutes les passions basses , un triomphe de toutes les lâchetés. La conduite de certains habitans de Paris étonnait les alliés eux-mêmes. Un général étranger a exprimé avec énergie le dégo<it mêlé de surprise, que causait, même i nos ennemis, cette manifestation de «entimeps si peu confprmei i Thonneur mtional. «Cette nation qui , HP 1793 , avait laissé condamner ^ mort les jeunes filles de Verdun , coupables du seul crime d'avoir complimenté le roi de IVusse , regarda en 1814 les défenseurs de la patrie comme des flibustiers , et les soldats de la coalition comme des héros. On ne rougit pas de se parer de bonnets à la Blncher , huit jours avant que le canon grondât sur Paris. h^ l>rav^ qui se couvrirent de gloire pour la 4éfense de I9 capitale contre des forces décuples, épuisés de faim, ne trouv{arent p^s en la traversant tous le^ secours qu'ils méritaient; et les boutiques, fermées à leur pas^ge, s'ouvirûrent aux Pandqures. Toutes les têtes avaient tourné. Qordçaiix renchérit encoresur Paris, et les Anglais y furent accueilli^ en libérateurs. Lyon seul prit le deuil à l'aspect des Autrichiens. »

Gepçudant les cris populaires^ sur lesquels on avait fondé tant d'espérances, n'avaieiiit pas convaincu les souverains alliés. L'armée était pour Napoléon , et )es démqpstratiops effènrescentes de quelques partisans des Bourbon^ ne Iç ur semblaient pas une maiidfestatioa suffisante du vœu national. Le comité , présida par M. de Talleyrand , vit avec inquié-* tude cette hésitation , il sentit qu'il fallait brusquer le dé^ no^eptt Une poanœuvre hardie de l'Empereur, une at*

DK L'EMPEREUR NAPOLÉON. 451

^V^f? vigoureuse suiyie d'un sucpè$ , ppuvaient détruire en m if^^^|^ l'œuvre d'uoe Ipugue trahison. La mmorité du sénat proclaiiia Napoléon déchu et institua un gouvernement provisoire. C'était offrir i|u point de ralliement à la défection. Ôp circonvpit: Tempereur de Russie et le roi de Prusse : en rat>$encede Tempereur d'Autriche, on leur arracha la déclaration qu'ils ne traiteraient plus c|ésormais avec Napoléon* Munis de cette p|èce importante ^ des émissaires du comité vinrent tjsnter (a fidélité déji ébrai^lée de quelque& généraux. Pnd'eu^? le maréchal Marmopt se laissa entraîner. Par suite d^une convei^tipQ, çopclue avec le prince de Schwartzenberg , $e^ trq^ipes quittèrent la position d'Essonne qui couvrait Fpntainebleaii, ^t pren): Ipujr soumission a^igouvernement prpvispiri;* {^e^ souverains alliés fqrent dès lors persuadés qiie r^rmée abandppnait TEmpereur, et sa cause fut perdue sans retoui? dans leurs conseils.

]Une vic)toireauF9^it ch^pgé ces dispositions, TEmpereur s'était moutré diécidé ^ t^pter jencore une fois le sort des armes, mai^ le découragement 4^ maréchaux et des généraux qui l'entouraient Vivait foit reopucçr jk ce dessein, et, d'après leur avis, il avait remis, le 4 4Yri( , au due de Vicence, son pléni- PQteQtiaîre h Paris , la 4éclaf j|tîpn suivante :

«ILes puissances alliées ayant prpdiiiQé que l'empereur Na- «pplépii i^it le $epl a^stacle au rétablissement de la paix «eq Èui^pe, l'etnp^eiir I^ppléon, fidèle à son serment, «déclare qu'il est p^^t *i d^scisudr? 4utr<>ne, à quitter la «Françii et m^w la yic pour te bie» de la patrie, insépaarable de$ dnQit^ d^ nm Ql^t de Çfi\J^ de l^ régepce de l'iip-

« pératrice , et du «aiôtie» de» \m fte YMmwe. »

l,a iumyeil« de ia fioPveuiiPQ cowJue par Marmont fi|t aecaUâate pour l'Empereur, s L'ingrat, s'écria-t-ii, il sera

«plus malheureux que moi! » Malédiction prophétlqpe qi^e le teiâps s'est chargé d'accomplir ! Un ordre du jour adressé h. l'armép fit partager aux ^Idats ses doutoureux sentimeos. Cette pièce peut être considérée comme la seule défense que Napoléon crut devoir opposer alors à la condui|te de ses eopemis et aux calomnies de la trahison. Elle est digne et éloquente.

«L'Empereur remercie Tannée pour rattachement qu'elle «lui témoigne, et principalement parce qu^elle reconnaît que « la France est en lui , et non pas dans le peuple de la capi- « taie. Le soldat suit la fortune et l'infortune de son général, «son honneur et sa religion. Le duc de Raguse n'a point insa pire ce sentiment à ses compagnons d'armes ; il a passé aux a alliés. L'Empereur ne peut approuver la condition sous ia- « quelle il a feit cette démarche; il ne peut accepter la vie feet la liberté de la main d'un sujet. Le Sénat s'est permis de « disposer du gouvernement français ; il a oublié qu'il doit à <i l'Empereur le pouvoir dont il abuse maintenant, que c'est a l'Empereur qui a sauvé une partie de ses membres des ora- «ges de la- révolution , tiré de l'obscurité et protégé l'aiitre a contre la haine de la nation. Le Sénat se fonde sur les arti- «cles de la Constitution pour la renverser; il ne rpugit pas «de faire des reproches à l'Empereur, sans remarquer que, «comme premier corps de l'État, il a pris part à tous les « événemens. Il est allé si loin qu'il a osé accuser TEmperenr « d'avoir changé les actes dans leur publication. Le monde a entier sait qu'il n'avait pas besoin de tels artifices. Un signe « était un ordre pour le Sénat , qui toujours faisait plus qu'on

«ne désirait de lui Le bonheur de la France paraissait être

«dans la destinée de l'Empereur; aujourd'hui que la fortune «s'est décidée contre lui, la volonté de la nation seule pour- «rait le persuader de rester plus long-temps sur le trône. «S'il se doit considérer comme le seul obstacle à la paix , il «fsdt volontiers le dernier sacrifice à la France. Il a en con- «séquence envoyé le prince de la Moskôwa et les ducs de « Yicence et de Tarenté à Paris pour entamer la négociation. «L'armée peut être certaine que l'honneur de l'Empereur «ne sera jamais en contradiction avec le bonheur de la «France. ]>

Les négociateurs revinrent de Paris ; l'abdication donnée ne satisfaisait plus les ennemis de Napoléon. On exigeait qu'il abandonnât les droits de son fils. Le premier mouvement de l'Empereur , ainsi poussé à bout , fot de rompre toute négociation.

Ofi l'empërëuh napoléon.

A Fôatainebleau , il avait encore autour de lui 25,000 hommes de sa garde , etc. Rien ne s'opposait à ce qu'il ralliât les 25,000 de Farmée de Lyon, les 18,000 que le lieutenant-général Grenier ramenait dltalie, les 15,000 revenus de Catalogne avec le maréchal Suchet, les 40,000 du maréchal Soult, et reparût sur lé champ de bataille à la tête de plus de 120,000 combattans. Il était maître de toutes les placés fortes de France et dltalie. Il aurait long - temps encore entretenu la guerre , et bien des chances de succès s'offraient à ses calculs ; mais ses ennemis déclaraient à l'Europe qu'il était le seul obstacle à la paix : il fit le sacrifice qui lui était demandé au nom de la France, et signa le 11 cette nouvelle formule d'abdication :

a Les puissances alliées ayant proclamé que l'Empereur «était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, «FEmpereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce a pour lui et ses enfans aux trônes de France et d'Italie , et a qu'il* n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu'il ne* «soit prêt à faire aux intérêts de la France. »

Un traité fut préparé pour régler l'avenir de Napoléon. Ce traité , dont les conditions ne devaient pas être observées par ceux-là même qui l'avaient signé, l'Empereur seul ne voulait pas y souscrire. Une pareille négociation lui paraissait humiliante et inutile. Survivant à tdnt de grandeurs, il voulait vivre désormais en simple particulier, et il avait honte qu'un si grand sacrifice, offert à la paix du monde , fût mêlé à des arrangemens pécuniaires. «A quoi bon un a traité, disait-il, puisqu'on ne veut pas régler avec mot ce «qui concerne les intérêts de la France P Du moment qu'il ne a s'agit plu^ que de ma personne, il n'y a p^s de traité à faire... «Je suis vaincu , je cède au sort de^ armes. Seulement je deamande à n'être pas prisonnier de guerre, et pour me l'ac- « corder, un simple cartel doit suffire.»

Tous les chagrins et tous les embarras d'esprit que lui suscitaient ces prétentions le décidèrent à une action extraordinaire et difficile à expliquer de la part de celui qui avait dit à la garde consulaire : «Un soldat doit savoir vaincre la « douleur... Il y a autant de vrai courage à souffrir avec con-

HISTOIRS

astance les peines de Tâme, qu'à rester fixe sous la mitraille (t d'une batterie.... S'abandonner au cba(]^8ans résister, se a tuer pour s'y soustraire, c'est abandonner le champ de ba- <i taille sans avoir yaincu. t> Aussi ne rapportons-nous cet événement que sur le témoignage d'up homme qui accompagnait alors TEmpereur, et qui jouissait de sa confiance.

«Dans la nuit du 12 au 13 , le silence des lotigs corridors du palais , dit M. Fain , est tout à coup troublé par des allées et des venues fréquentes Les garçons du château montent et descendent ; les bougies de Tappartement intérieur s'allumeiit , les valets de chambre sont debout. On vient frapper â la porte du docteur Yvan , on va réveiller lé grand maréchal Bertrand , on appelle le duc de Ticence , on court chercher le duc de Bassano qui demeure â la chancellerie; tous arrivent et sont introduits successivement dans la chambre d coucher. En vaih la curiosité prête une oreille inquiète, , elle ne peut entendre que des gémissemens et des sanglots qui s'échappent de Tantichambre , et se prolongent dims la galerie voisine. Tout â coup le docteur Yvan sort , il descend précipitamment dans la cour, y trouve un cheval attaché aux grilles, monte dessus et s'éloigne au galop.— L'obscurité la plus profonde a couvert de ses voiles le mystère de cette nUit. Voici ce qu'on en raconte : «A Fépoque de la retraite de Moscou , N'apoléon s'était procuré , en cas d'accident , le moyen de ne pas tomber vivant dans les mains de l'ennemi. Il s'était fait remettre , par son chirurgien Yvan ^ un sachet d'opium , qu'il avait porté à son cou pendant tout le temps qu'avait duré le danger. Depuis , il avait loqservé avec grand soin ce sachet dans un secret de son nécessaire. Cette nuit , le moment lui avait paru arrivé de< recourir à cette dernière ressource.- Le valet de chambre, qui couchait derrière sa porte entr'ou verte , l'avait vu délayer quelque chose dans un verre d'eau , boire et se recoucher. Bientdt les. douleurs avaient arraché à Napoléon l'aveu de sa fin prochaine. C'était alors qu'il avait fait appeler ses serviteurs les plus intimes. Yvan avait été appelé aussi, mais apprenant ce qui venait de ce passer, et eiitendant Napoléon se plaindre de ce que l'action du poison n'était pas assez

DE L'BMPERttUH KaPOLËOH.

prompte, il arait pèfdu là tète et s'était sauvé pi*écipitamment de FGtataisiebleaa. On ajoute qu'iih long assoupisse^ ment était survenu , qu'après une éilenr abonAantè ^ leé douleurs avaient césëé, et que ié^ symptôiûes èffrayââè araient fini par s'e^cer, soit que la dosé se fàt trouvée iilsuffisante, soit que le teni})s en eût amorti le venin. Oii dit enfin que Napoléon , étonné dé vivre , avait réfléchi quelques instans : «Dieu iie le veilt pas ! r> a'était-il écrié; et, sV bandonnant à la Providétiée qui venait de conse^vei* sa vlfe , il s^était résigné à de nouvelles destinées.

a Ce qui vient de se passer est le secret de Fintérieur. Quoi qu'il en soit , dans la matinée du 13^ Napoléon se lève ets'baliiUe comme à l'ordinaire. Son refus de ratifier le ti*aité a cessé , il le revêt de sa signature, n

Soit par cette sorte de respect qu'inspire un vleiix gder-^ rier , soit pour faire parade de générosité, left alliés avadent laissé ï Napoléon le choix de sa retraite. Il indiqua rtis d'Elbe , voisine de là Corse où il était né , et de l'Italie , pre^ mi^ théâtre de sa gloire. Il conservait le titre d'Empereur. Sur sa demandé on lui permit d'emmener un petit nombre de ces vieux soldats avec lesquels il avait couru tant de hasardi^ j hommes fermes et dévoués que lé malheur ne décourageait pas. Quatre cents d'aitre eux furent désignés pour le suivre! tt ou eût admis tous ceux de bonne volodté ^ la garde entière Faorait accompagné.

Le traité du 13 avril Ait saivi de la dispersion de la fe* mille impériale. L'Impératrice et le roi de Rome, remis entré les mains des Autrichiens, furent conduits à Vienne: La mère de l'Empereur, le cardinal Fesch, son oncle ^ cherchèrent un refuge k Rome ; ses frères Joseph , Louis et Jér6me se re^ tirèrent en Suisse. L'Empereur , cerné â Fontâîneblean par les avant-postes ennemis , ne put embrasser aucun de ses parents. Il vit succetnivement partir d'auprès de lui la plupart des généraux et des maréchaux qui ^ naguère encore ^ briguaient la faveur de sa présence; Berthier, son major général*, le confident de tons ses plans militaires , le quitta sans même lui faire d'adieux l'^L'Empereor attendait à Fontainebleau l'arrivée des commissaires des puissances

alliées qui devaient raccompagner jusqu'à son embarquement f lorsque le colonel Montholon se présenta devant lui; cet officier arrivait des bords de la Haute-Loire, où il avait été chargé de foire une reconnaissance militaire; il rendit compte à l'Empereur des sentimens des populations et des troupes , et parla de rallier les armées du midi (Sovlt Tenait de livrer aux Anglais la bataille de Toulouse). Napoléon sourit à son zèle. aNon, lui répondit-il, il e^t trop tard ; ce ne «serait plus à présent qu'une guerre civile et rieli ne pour^ «rait m'y décider.»

Le jour du départ pour l'tle d'Elbe arriva enfin.

a Le 20 mars à midi , les voitures de voyage se rangèrent dans la cour du Cheval-Blanc, au bas de l'escalier du Fer-à- Gheval. La garde ûnpériale prit les armes et forma la haie; à une heure, Napoléon sortit de son appartement , il trouva rangé sur son passage ce qui restait autour de lui de là cour la plus nombreuse et la plus brillante de l'Europe ; c'étaient le duc de Bassano, le général Belliard, le colonel de Bussy, le colonel Anatole de Montesquiou , le comte de Turenne , le général Fouler, le baron Mesgrigny, le colonel Gkiurgaud , le baron Fain , le lieutenant-colonel Aihalin , le baron de la Place, le baron Lelorgne d'IdevîUe, le chevalier Joàanne, le général Kosakowski et le colonel Yonsowitch, ces deux' derniers Polonais. Napoléon tendit la main à chacun d'eux , descendit vivement TescaUer, et s'avança vers la garde. Il fit signe qu'il voulait parler ; et, dans le silence le plus religieux , on écouta ses dernières paroles.

a Soldats de ma vieille garde, dit-il, je vous fais mes q adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés constamment «sur le ehemin de l'honneur et de la gloire. Dans ces der- «niers temps, comme dans ceux de ma prospérité, vous «n'avez cessé d'être des tnodèles de bravoure et de fidélité. «Avec des hommes tels que vous, notre cause n'était pas «perdue; mais la guerre était interminable. C'eût été la «guerre civile, et la France n'en serait devenue que plus «malheureuse. J'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de «la patrie; je pars : vous, mes amis, continuez de servir la

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«France. Son bonheur était mon unique pensée; il sera toua jours Tobjet de mes vœux ! Ne plaignez pas mon sort ; si « j^ai consaiti à me survivre , c'est pour servir encore à votre « gloire. Je veux écrire les grandes choses que nous avons a£aites ensemble!.... Adieu , mes enfans. Je voudrais vous <K presser tous sur mon cœur; que j'embrasse au moins votre a drapeau !.;..»

« A ces mots , la général Petit , ^isissant Taigle , s'avança; Napoléon reçut le général dans ses bras, et baisa le drapeau. Le silence d'admiration que cette grande sctoe inspirait n^était interrompu que par les sanglots des soldats. Napoléon, dont l'émotion croissante était visible , fit un effort et reprit, d'une voix plus ferme : « Adieu , encore une fois , mes vieux compagnons ! Que 'ce dernier baiser passe dans vos cœurs l.... » Il dit , et s'arrachant au groupe qui l'entourait, il S'élança dans sa voiture, au fond de laquelle le général Bertrand était déjà placé, et partit.... »

PW*.

La France ignorait quelles intrigues venaient d'être mises en jeu. Elle accueillit les Bourbons avec empressement. Si quelques citoyens conservaienten secret des répugnances, les masses n'en manifestaient aucune. Un mot heureux du comte d'Artois \Rrty a rien de changé en France ; il n'y a qu'un Français de plus , ^v^it Mi fortune. La présence des princes de l'antique maison royale semblait devoir sauver le pays d'une nouvelle anarchie. On était persuadé que vingt ans de malheurs avaient éclairé ces princes. On pensait qu'ils avaient dû beaucoup oublier et beaucoup apprendre. Mieux qu'aucun autre souverain , ils étaient en pontiôn de réconcilier l'ancienne France avec la nouvelle :il ne leur fallait pour cela que la tète et le cœur d'Henri IV, dont ils étaient les descendans 'et dont ils réclamaient l'héritage. « L'idée de la conquête était insupportable aux Parisiens ; on voulait à tout prix échapper à cette situation et l'on courait se réfugier dans l'idée plus tolérable d'une restauration. j> Ce retour de l'amour-çropre national sur luimême fut habilement exploité; et l'opinion de Paris entraîna alors, comme toigours , celle des départemens.

On siit oomlnen Tadministration, établie en 1814, ao nom du roi, satisfit peu iea espérances popalaires. LoaisXVOI, quels qoe fussent les défiiut» de son caractère privé et les tices de son organisation morale , était un prince sage et prudent; il s'était rappelé que Henri lY estimait qoe Paris Tant hi/ta une messe , et il avait pensé qu'une couronne valait bien une constitution. Malheureusement pour lui , comme Napoléon renversé par la défaite de ses lieutenaus, il fut trahi par les fiiutes de ses ministres. Sa Charte aurait pu détenir un pacte d'alliance entre le peuple et le souverain. Ce pacte fut mis de côté par ceui-là même qui avaient le pMts d'intérêt à son existence. Les ministres du roi, les courtisans qu'il avait ramenés de son exil , les émigrés an^ ciens et nouveaux qui reparaissaient plus exigeans, plu$ âpres et plus fiers , changèrent les dispositions en éveillant toutes les inquiétudes. On tracassa les propriétaires de biens naticmaux; on humilia les hommes distingués qui ne sortaient pas des rangs d'une '^noblesse privilégiée; et cette armée , dont la gloire consolait la France des victoires de l'étranger, on la traita avec mépris.

Depuis on an que l'Empereur était à l'Ile d'Elbe, où il 8\iecupait , avec sa merveilleuse intelligence et son haUfttelle activité à améliorer la population, les ports et les routes , l'industrie et l'agricttltore , aucun des engagemeils pécu^ niaires pris avec lui n'avaient été remplis. Il réclamait contre ce manque de foi , lorsqu'il apprit que, dans le congrès de Vienne , les ministres français, afin de pouvoir se livrer sans doute sans retenue à leurs absurdes projets , avaient proposé de l'enlever de l'Ile d'Ëlbe pour le transférer dans un exil plus lointain , à Sainte-Hélène. L'Empereur n'atait rien fait qui pût excuser cette violation gratuite de traité dé piii : ses faibles moyens de défense auraient été impuissans pour résister à une pardlle tentative, il résolut de la ipréftnir par )a plus audacieuse expédition dont l'histoire ait jamais conservé le souvenir. D'attaqué qu'il allait être , il se fit assaillant. Le succès de cette entreprise est une des plus grandes preuves du géiiie de Napoléon et de sa connaissance Supérieure des hommes et des mobiles qui les font agir. En par-

DE L'EMPEREUR NAPOLÉOJ!!. I»

tant de Ttle d'Elbe, tout avait été |)réva par lui et déterminé à ravance.

Ses préparatifs de départ furent bientôt faits. Deux légers bricks reçurent toute jon armée, soldats mal yéttts,mal équipés , mais dont les âmes étaient Intrépides. Cette frêle escadre échappa aux croisières qui observaient llle d'Elbe , et après cinq jours de traversée , mouilla dans la rade de Cannes , près de la plage où quinze ans auparavant le général Bonaparte avait pris terre lorsqu'il accourut d'Egypte pour sauver la France de l'administration mortelle du Directoire.

Le débarquement se fit sans obstacle. Le voyage de l'Enipereur, de Cannes à Paris , fut une marche triomphale, hei soldats envoyés pour le combattre le siiluaient de leurs acclamations et se rangeaient de son côté. Pas un coup dé fusil ne fut tiré. Sur la route, il ne fut arrêté par aucudé tentative de résistance ; c'était à qui s^empresseraic le plus vite à lui apporter ses hommages , versatilité de sentimeùâ qui devait lui inspirer de tristes réflexions. Que de malheurs ce dévouement de 1815 aurait évités à la France s'il eût eu lieu en 1814! L'Empereur, de retour en France le 1*^ mars, arriva d Paris le 20 au soir, et prit aussitôt possession dil château des Tuileries , que la nuit antérieure Louis XYIIl avait abandonné pour se retirer à Gand.

Napoléon avait été précédé , dans sa marche, de deux proclamations au peuple et à l'armée qui , par Tinfluence qu'elles exercèrent , avaient Yhayé sa route jusqu'à la capitale. On y remarquait les passages suivans :

<r Français , après la prise de Paris, mon coMir fut déchiré, «mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que l'in- « térèt de la patrie ; je m'exilai sur un rocher au milieu deâ «mers. Ma vie vous était et d^|t encore vous être utile....

«Élevé au trône par votre Tiioix, tout ce qui a été fidt «sans vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans la France «a de nouveaux intérêts, de nouvelles institutions, tme ^nouvelle gloire , qui ne peut être garantie que par un gouavernement national, et par une dynastie née dans ces nou-

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« velles droonstances..* Un prince qui régnerait sur vous, qui «serait assis sur mon trône par la force des mêmes armées «qui ont* ravagé notre territoire, chercherait en vain à s'é- «tayer des principe^ du droit féodal ; il ne pourrait aspirer «llionneur et les droits que d'un petit nombre d'individus «ennemis du peuple , qui, depuis viifgt-cinq ans, les a con- «damnés dans 'toutes nos assemblées nationales....

« Dans mon exil , j'ai entendu vos plaintes et vos voeux : «vous réclamiez ce gouvernement de votre choix, qui seul «est légitime; vous accusiez mon long sommeil; vous me «reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de « la patrie. J'ai traversé les mers au milieu des périls de toute «espèce; j'arrive parmi vous reprendre mes droits, qui «sont les vôtres....

«Français, il n'est aucune nation, quelque petite qu'elle «soit, qui n'ait eu le droit de se soustraire et ne se soit «soustraite au déshonneur d'obéir à un prince imposé par «un ennemi momentanément victorieux.... C'est à vous seuls « et aux braves de l'armée que je me fais et me ferai toujours « gloire de tout devoir. »

«Soldats! Nous n'avons pas été vaincus! Deux hommes «sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur pays, leur «prince , leur bienfaiteur. Ceux que nous avons vus pendant «vingt-einq ans parcourir toute l'Europe pour nous susciter « des ennemis, qui ont passé leur vie à combattre contre nou\ «dans les rangs des armées étrangères, en maudissant notre «beHe France, prétendraient-ils commander et enchaîner «nos aigles , eux qui n'ont jamais pu en soutenir les regards? «Souffrirons-nous qu'ils héritent du fruit de nos glorieux «travaux; qu'ils s'emparent de nos honneurs, de nos biens; «qu'ils calomnient notre gloire P.... Ils cherchent à rabaisser « ce que le monde admire ; et s'il reste encore des défenseurs «de notre gloire, c'est {aru^es mêmes enneniis que nous «avons combattus sur le chaflp de bataille.... Dans mon exii, a j'ai entendu votre voix ; je Suis arrivé à travers tous les «obstacles et tous les périls; votre général , appelé au trône «par le choix du peuple, et élevé sur vos pavois, vous est

«rendu, venez le joindre.... Arrachez ces couleurs que la

a nation a proscrites.... Arborez cette cocarde tricolore, vous a la portiez dans nos grandes joumées^! Reprenez ces aigles a que vous aviez k Ulm, à Aiisterlitz, à léna, à Eylau, à «Friedland , à Tudéla , à Eckmûlh, à Essling, à Wagram , à aSmolensk, à la Moskowa» à Lutzen, à Wurtschen, à Montamirail... Vos biens , vos rangs, votre gloire, les biens , les « rangs et la glwe de vos enfans , n'ont pas de plus grands a ennemis que ces princes que les étrangers nous ont impoasés. Les vétérans des arn^ées de Sambre-et-Meuse , du a Rhin, d'Italie , d'Egypte, de l'Ouest , delà grande armée, a sont humiliés; leurs honorables cicatrices sont flétries. «Leurs succès seraient des crimes, ces braves seraient des a rebelles , si , comme le prétendent les ennemis du peuple, « des souverains légitimes étaient au milieu des armées étran- «gères. Les honneurs, les récompenses, les affections, sont <i pour.ceux qui les ont servis contre la patrie et contre nous. « Soldats I venez vous ranger sous les drapeaux de votre a chef : son existence ne se compose que de la vôtre; son «intérêt, son honneur, sa gloire, ne sont autres que votre «intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera «au pas de charge; Taigle, avec les couleurs nationales, «volera, de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre- «Dame. Vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices; «alors vous pourrez vous vanter de ce quç vous aurez fait. «Vous serez les libérateurs de la patrie. Dans votre vieil- «lesse , entourés et considérés de vos concitoyens , ils vous «entendront avec respect raconter vos hauts faits; vous «pourrez dire avec orgueil : Et moi aussi je faiscUs partie a de cette grande armée qui est entrée deux fois dans files murs de Fierme , dans ceux de Rome , de Berlin , de a Madrid^ de Moscou^ quia déUvrë Paris delasouU- (ilure que la trahison et la présence de Venne^d y ont ^empreinte lu

Peu de temps après son arrivée à Paris , l'Empei^ur vit la plupart de ses espérances trompées. Il avait compté que les rois de l'Europe , éclairés, par la merveilleuse expédition qu'il venait d'accomplir, renonceraient, comme ils avaient prétendu le faire en 1814, à s'immiscer dans les affaires de

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France^ Malbeuremfemeat, le congru ^tait encore assemblé ik yiepue ; TaUeyraqd s'y trouvait, Oo allait se partager TEprope : il eut l'adresse 4e persuader aux souyeraios réunis que Napoléon remettrait tons les partages en question, et la guerre fut décidée.

Tant que la grande qnestiQn des compensations territoriales restait I terminer, chacune des Hautes puissances qui s'arrogeaient le droit de démembrer l'Europe , avait conservé son armée sous les armes , i tout hasard, et peut-être dans la pensée de défendre au besoin ses prétentions contre SCS alliés. L'apparition de TEmpereur mit tout le monde d'acQord : <m se hftta de conclure, et quelques ordres suffirent pour fair^ reprendre la route de France aux troupes nombreuses qui étaient échelonnées en Allemagne.

On dira quelque jour comment TAutriche , malgré la décision des rois alliés, fut au moment de rendre à l^Ëaq)ereqr et sa femme et son fils ; cette partie de notre histoire , encore cpuverted'un voile épais,sera sans doute éclairde, etron saura quelles raisons, autres peut-être que des motifs politiques, empêchèrent le retour en France de llmpératrice et du roi de Rome, retour qui eût assuré i Napoléon la neutralité, sinon Talliance de VAutriche , et qui , certainement , eût empêché la reprise des hostilités, le désastre de Waterloo, et la seconde chute .du gouvernement impérial.

Au moment où TEmppreur apprenait la capitulation du duc d^Angoulême et la soumission de Marseille, de Toulon et des départemens du midi , une imprudence du roi de Naples lui enlevait ("appui de ritalie. Murât, dans ma désir d*efi^cer tout souvenir de Terreur momentanée qui, en 1814, Tavait éloigné de Napoléon , avait pris intempestivement les, armes , et, trahi par la fortune j^oq moins que par le courage de ses soldats , venait de perdre son royaume en quelques jours.

Cependant les plus grands obstacles que TEmpereur devait trpuver pour opérer le s^lut de la France , provenaient du manque de confiance exi$ta(it entre lui et le parti démocratique qui parut un instant se rallier à sa cause, et qui domina la Chambre des représeotans. Cette Chambre oo-

bliant , comme le Corps-Législatif de 1814, la gravité des circonstances , n'gipcorda aux efforts de TEmpereur qu'une coopération tiède et réservée. Vacte additionnel aux constitutions de l'Empire, que Napoléon publia dans son désir de prouver au peuple français ses dispositions 'à reconnaître toutes les libertés que la nation désirait , fut mal accueilli par le parti même qu'il était destiné à satisfaire. On disputait sur de vagues principes, on <:hicanait sur des mots. C'étaient de grandes paroles , de belles phrases, mais au fond , peu de hautes pensées politiques et de patriotisme éclairé. L'assém])lée du Champ-de-Mai fournit à l'Empereur l'occasion de manifester publiquement des sentimens favorables aux lib^tés publiques. La récomposition de la Chambre des pairs lui offrit le moyen de récompenser et d'anciens services rendus à la patrie, que sa chute , en 1814, Tavait empêché de rémunérer, et le dévouement dont quelques chefs de l'armée venaient de faire preuve à son retour.

Bientôt les Chambres s'ouvrirent ; l'Empereur apprit que le congrès de Vienne était dissous, et que les souverains alliés se mettaient à la tète de leurs troupes ; il partit aussitôt de Paris pour rejohidre l'armée qui , remplie d'ardeur , l'attendait avec impatience pour franchir la frontière étrangère. 11 allait trouver des ennemis en face , et il laissait des irattres en arrière. Blucher et Wellington étaient en Belgique ; à Paris, Fouché avait remplacé T^lleyrand.

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

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